dimanche 29 août 2010

Le désert des tartares




Heureux d'échapper à la monotonie de son Académie militaire, le lieutenant Drogo apprend avec joie son affectation au fort Bastiani, une citadelle sombre et silencieuse, gardienne inutile d'une frontière morte. Au-delà de ses murailles, s'étend un désert de pierres et de terres desséchées, le désert des Tartares.
A quoi sert donc cette garnison immobile aux aguets d'un ennemi qui ne se montre jamais ? Les Tartares attaqueront-ils un jour ?
Drogo s'installe alors dans une attente indéfinie, triste et oppressante. Mais rien ne se passe, l'espérance faiblit, l'horizon reste vide.
Au fil des jours, qui tous se ressemblent, Drogo entrevoit peu à peu la terrible vérité de fort Bastiani.
" Ainsi se déroulait à son insu la fuite du temps" p75
" L’existence de Drogo, au contraire s’était comme arrêtée. La même journée, avec ses évènements identiques, s’était répétée des centaines de fois sans faire un pas en avant. Le fleuve du temps passait sur le fort, lézardait les murs, charriait de la poussière et des fragments de pierres, li !ait les marches et les chaines, mais sur Drogo il passait en vain, ; il n’avait pas encore réussi à l’entrainer dans sa fuite." P 80
"Quatre années s’étaient écoulées depuis lors, une respectable fraction de vie, et rien, absolument rien n’était arrivé qui pût justifier tant d’espoirs." p144
Ainsi le temps, qui passe, qui court, qui fuit, est le maître mot de ce roman. Et pourtant cela n’a rien d’évident au début.
Hormis le fait que l’action se situe au somment d’une montagne, dans un fort, le lecteur ne sait rien de plus quand au lieu, et au temps. Dès le début, il règne une intemporalité que j’ai trouvée assez particulière. Seules les saisons rythment le récit.
L’attente est l’occupation principale, unique même de Drogo et ses camarades militaires. Ils sont à l’affut d’un ennemi hypothétique, qui tarde à venir. Viendra, viendra pas ?
Et si l’ennemi n’était finalement pas ailleurs, plus intime aussi ?
L’absurdité est poussée à l’extrême ; passer une vie à attendre. Mais quoi ? Tout est là.
L’espoir dans son expression la plus noire.
"Effectivement s’avançait contre Giovanni Drogo l’ultime ennemi .Non point des hommes semblables à lui, (…), mais un être tout puissant et méchant." P 229
L’écriture de Dino Buzzati, est belle, et son style est soigné. La lenteur du démarrage m’a un peu décontenancée. J’avais peine à avancer, mais paradoxalement, je me sentais intriguée au fur et à mesure.

Dino Buzzati-Robert Laffont-231 pages


mardi 24 août 2010

Colline



Un hameau provençal cerné de blé, de lavande, de genièvre. Le père Janet contemple cette nature depuis des années, il en connaît les sortilèges, et les secrets qui bruissent sur la colline. En montrant jadis où il fallait creuser pour capter l’eau, il a donné une fontaine, la vie, au village. Mais aujourd’hui Janet est vieux, couché près de l’âtre , il attend la mort en délirant. Ses paroles mystérieuses, menaçantes, inquiètent ses proches : c’est peut-être le signe qu’un danger plane sur le village. La fontaine tarit, une fillette tombe gravement malade, un incendie détruit les terres…..Et si le vieux sorcier, se sentant finir, avait décidé de précipiter le village avec lui dans la mort ?

Cruel est le dilemme : faire ou ne pas faire de critique. Quand un livre plait, ou au contraire ne passe pas, la question ne se pose pas ; il y a à dire quelle que soit l’option. Mais quand un livre laisse indifférente, quand une fois le livre fermé, les yeux sont grands ouverts en voulant dire "oui, et alors que vais-je faire de tout cela maintenant que j’ai terminé ?"
C’est à peu près l’état d’esprit qui était le mien, au beau milieu de mes vacances, alors que j’étais détendue, heureuse, libérée de pensées parasites qui m’encombre l’année durant, et que j’ai refermé ce livre.
L’écriture de Giono est belle, les mots sont bien choisis. Il y a un fond d’histoire, qui appelait plutôt à humer une ambiance, à ressentir un terroir.
Je pensais y sentir la garrigue, le romarin. Je comptais entendre chanter les cigales. Je me réjouissais comme avec Pagnol de cet accent provençal qui sent les vacances et le soleil…..
J’ai eu beau ouvrir en grand mes narines, pas d’odeur flatteuse.
J’ai eu beau ouvrir mes oreilles, et là c’est sur, je sais faire, pas de cigales pour bercer les fins de soirées
J’ai eu beau d’essayer, pas d’accent Provençal à la Pagnol.
Rien, un livre que l’on ferme comme on éteint une lampe derrière soi pour aller ailleurs…….
Giono, que je ne connaissais pas, ne m’a pas touchée. Je n’ai pas aimé, je n’ai pas détesté ; j’ai simplement été impassible devant tout cela.

Lu dans le cadre de la lecture commune d'août avec Grain de sel
Jean Giono- Grasset-189 pages

vendredi 13 août 2010

Blog en vacances............


Les vacances sont enfin arrivées; mon blog aussi a droit à un repos bien mérité.

A plus tard avec , je l'espère ,des lectures de vacances à faire partager


jeudi 12 août 2010

La femme blessée


Elle incarne la vieille France, lui l'ambition politique.
Ils sont mariés depuis vingt ans et forment ce couple idéal taisant mine de petit-déjeuner en double page des magazines avec des sourires qui ne sont pas du petit matin. Peu à peu, cette vie sur papier glace va très banalement tourner au vinaigre. Elevée pour être une épouse et une mère parfaites, Victoire est pourtant invitée à laisser la place. Son éducation, ses sentiments, les lois de son milieu le lui permettront-ils ? le temps d'une crise, toute l'histoire du couple, son passé comme son avenir, peu à peu se dévoile.

Peut-on échapper aux règles non écrites inhérentes à son milieu social ? La femme est-elle vraiment plus libre de sa destinée de nos jours ? Telles sont les deux questions que je me pose une fois avoir terminé ce livre.
Caroline Pascal fait rentrer le lecteur au cœur d’un monde où tout n’est que façade, silences, manigances, mensonges, petits arrangements entre « amis », ragots.
Victoire Mornas, née de Clervy, a obéi à tous les codes que son milieu impose. Elle facilitera l’ascension sociale de son mari, Henry, et l’envol de sa carrière politique. Parce que dans ce milieu, il en est ainsi ; les petites filles sont éduquées à cela dès leur plus tendre enfance. Quoi qu’il arrive, il faut se taire, et fermer les yeux, serrer les dents, souffrir en silence, mais sourire au monde.
Victoire, est délaissée, bafouée, trompée. C’est un détail insignifiant qui lui ouvrira les yeux. Elle n’en peut plus, n’accepte plus cette vie là.
Henry c’est le sale type par excellence. Il n’est pas de bien loin, un peu infirme- canard boiteux comme l’appellent ses beaux parents, mais a une ambition dévorante. Tous les moyens sont bons. Il est profiteur, cynique, avide de reconnaissance, infidèle pour finir.
Caroline Pascal analyse intelligemment et sans complaisance une société qui n’accepte pas ceux qui ne sont des leurs et qui font comme si.
« Dans un couple tout n’est pas bon à dire, Les hommes ont leurs affaires qui ne nous concernent pas et il vaut mieux ne pas les connaître. On ne comprendrait pas, on s’affolerait peut-être, on ferait même des bêtises qu’ils nous reprocheraient sans doute. Et avec raison » p 82 (c’est la mère de Victoire qui parle à sa fille)
J’ai trouvé que l’auteur faisant un minutieux décorticage des codes de l’aristocratie, et cela pouvait donner par moment à des dialogues savoureux .Je retiens en particulier quand Victoire vouvoie sa mère, où lorsque les même se lâchent en privé, avec des propos loin des mots convenus qu’elles peuvent avoir en société….
Les temps changent, mais rien ne change. Combien de Victoire sont encore réduites à accepter l’inacceptable au nom de la raison d’état, ou de la raison tout court ?
Si à la fermeture de ce livre la fin m’a surprise, avec le recul, pouvait-il vraiment en être autrement ?
Un livre qui fait réfléchir sur la condition féminine.
Tout cela me remet en mémoire un vieil adage, mais toujours d’actualité : mieux vaut vivre seule, que mal accompagnée.

Caroline Pascal-Plon-256 pages

A propos de l'auteur


Normalienne, agrégée, docteur es lettres, Caroline Pascal est universitaire. Elle a traduit en français les deux grands écrivains espagnols de la fin du XIXe siècle: Emilia Pardo Bazán et Benito Pérez Galdos. Elle est l'auteur de deux romans salués par la critique, Fixés sous verre (Plon, 2003) et Derrière le paravent (Plon, 2005).

lundi 9 août 2010

Un jour en mai

Ça se passe un jour en mai. En 1972. Alex Pappas, 16 ans, décide de suivre ses acolytes pour une virée dans le quartier noir, histoire de semer un peu la pagaille. Forcément, l'affaire tourne mal. Trente-cinq ans plus tard, le souvenir de l'" incident " est toujours vivace. Certains cherchent à se racheter, d'autres veulent à nouveau en découdre. Tous ont encore la rage au ventre

Autant le dire de suite, cette lecture, souhaitée et choisie, fut laborieuse et dénuée de plaisir. Je m’attendais à trouver un polar, comme indiqué sur le livre (ayant été primé par les lecteurs comme le meilleur polar de l’année 2010)………. Ce livre n’est pas un polar, tout au plus un thriller très édulcoré (et encore), mais avant tout une chronique socio-urbaine.Il est inutile de chercher le moindre suspens, il n’y en a pas.
La narration manque de piquant, d’entrain, et de dynamisme. Autrement dit, je me suis assez vite ennuyée dans cette lecture. Celle ci n’est pas ans rappeler de grandes similitudes avec ce que j’ai pu lire de Richard Price……….. George Pelecanos aura le mérite d’avoir limité le nombre de pages afin de ne pas effrayer le lecteur.
Les personnages sont à mes yeux trop caricaturaux, et sans grandes nuances. Il vient s’y greffer l’Afghanistan et son conflit, les relations urbaines difficiles, l’immigration, la violence……….avec parfois le sentiment de ne pas trop savoir pourquoi tout cela en même temps.
Je ne n’ai pas aimé ce livre, non pas pour son absence de qualité, son style, ou autres, mais tout simplement parce que ce genre ne me convient pas. J’ai besoin d’action, de suspens, de retournements de situation, de personnages qui sortent de l’ordinaire et remarquables dans le bon comme dans le mauvais (mais pas des Monsieur et Madame Tout le monde avec lesquels je m’ennuie assez vite). J’ai besoin d’être captée par un petit fil invisible qui m’entraine inexorablement- sans avoir besoin de me poser mille et une question- et goulument à la dernière page d’un livre.


Je tiens à remercier les éditions Points et Partage-Lecture, qui m’ont permis la lecture de ce livre en partenariat.

George Pelecanos-Points-376 pages
Summer PAL-challenge: 42 livres........pour l'instant, le compte y est....

vendredi 6 août 2010

Corps et âme



A New York, dans les années quarante, un enfant regarde, à travers les barreaux du soupirail où il est enfermé, les chaussures des passants qui marchent sur le trottoir. Pauvre, sans autre protection que celle d'une mère excentrique, Claude Rawlings semble destiné à demeurer spectateur d'un monde inaccessible. Mais dans la chambre du fond, enseveli sous une montagne de vieux papiers, se trouve un petit piano désaccordé. En déchiffrant les secrets de son clavier, Claude va se découvrir lui-même : il est musicien. Ce livre est l'histoire d'un homme dont la vie est transfigurée par un don. Son voyage, à l'extrémité d'une route jalonnée de mille rencontres, amitiés, amours romantiques, le conduira dans les salons des riches et des puissants, jusqu'à Carnegie Hall... La musique, évidemment, est au centre du livre - musique classique, grave et morale, mais aussi le jazz, dont le rythme très contemporain fait entendre sa pulsation irrésistible d'un bout à l'autre du roman. Autour d'elle, en une vaste fresque foisonnante, Frank Conroy brosse le tableau fascinant, drôle, pittoresque et parfois cruel d'un New York en pleine mutation.

A la fermeture de ce livre, je me retrouve identique à la dernière note d’un concert fabuleux : hébétée, les bas en l’air, incapable d’applaudir tellement ce fut beau et bon. Quelqu’un disait qu’après Mozart, le silence qui suivait était encore du Mozart……….l’après de ce livre est encore le livre.
L’écriture se déroule tel un legato, sans rupture ni temps mort ; l’intensité est modulée au gré des mots et des chapitres.
Les pages s’enchainent, tel un mouvement perpétuel dans lequel le lecteur rentre, sans y éprouver la moindre lassitude, aucun mot de trop, aucune longueur. Tout y est intense, concentré, fort.
Je me souviens particulièrement du passage lorsque Claude déchiffre le concerto pour 2 pianos de Mozart…………..j’en entendais presque les notes………frustrée tout de même de pas avoir l’enregistrement à portée de main pour m’accompagner.
La musique est omniprésente, tel un personnage à part entière. Elle fait corps avec Claude Rawling.
« Aussi singulier ou mystérieux que fût l’environnement (…), où qu’il se trouvât, dès qu’il s’asseyait au piano, le monde qui l’entourait n’avait simplement plus d’importance. Sa relation physique avec le piano était immuable. Tout le reste était là. Ses repères étaient là » p 210
Les références musicales sont nombreuses, sans élitisme. Même non averti dans le domaine, le lecteur ‘y retrouvera.
Quel bonheur de se promener avec Mozart, Chopin, Bach, mais aussi les plus grands jazzmen de l’après guerre……
En dehors de la musique, l’auteur a su donner de la consistance à son autre personnage clé du roman Claude Rawling. Nous faisons la connaissance d’un jeune garçon, pauvre, un peu livré à lui-même, qui vit avec une mère fantasque dans le New York bouillonnant des années 40.Son destin était tout tracé………….sauf qu’à New York, dans ces années là, pour peu que l’on soit un peu ambitieux, et travailleur, tout était possible. Si l’on rajoute à cela un petit coup de pouce du destin, la confiance d’un voisin dans lequel Claude va trouver le père manquant, l’avenir s’ouvre en grand devant lui. Un prodige, très vite conscient de ce qu’il est, va prendre le lecteur et l’accompagner dans son ascension musicale, et sociale ; dans sa vie d’homme, avec ses joies et ses meurtrissures, ses secrets.


Assurément ce livre est un immense coup de cœur.




Frank Conroy/Folio/680 pages

3ème livre du challenge Partage -lecture
Summer PAL-Challenge: il reste 43 livres.................

jeudi 5 août 2010

Challenge épistolaire


C'est un genre que je connais peu.

http://decouverteslivresques.blogspot.com/et http://ptite-boukinette.blogspot.com/ organisent un nouveau Challenge:le challenge épistolaire.

D' ici juillet 2011, je lirai entre 3 et 4 ouvrages du genre .Parmi une liste bien fournie, j'en ai dégagé les titres parmi lesquels je puiserai mes lectures.




- Lettres d'Indochine,Lucien de Reinach

- Lettre au père, F. Kafka
-Un homme à distance, K. Pancol
-Inconnu à cette adresse, Kressmann Taylor
-Oscar et la dame rose, E-E Schmitt
-84,Charing cross road, Helene Hanff
-Quand souffle le vent du nord, Daniel Glattauer
-La septième vague, Daniel Glattauer
- La Couleur pourpre, A. Walker
- De profundis, Oscar Wilde
-Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates,M.A Shaffer& A.Barrows

lundi 2 août 2010

Ville noire, ville blanche




Une jeune femme blanche, en état de choc, se réfugie aux urgences d'un hôpital. L'inspecteur qui l'interroge relève très vite dans son récit et son comportement des contradictions... Roman choc entre deux communautés – la noire et la blanche, dans une banlieue new-yorkaise –, ce livre n'est qu'en apparence un thriller et révèle une ampleur sociale et psychologique d'une intensité impressionnante.

« On tient un grand livre qu'on ne lâchera plus. Style sec, nerveux, troublant. Personnages attachants, subtils, torturés. »
"L'Express"

« Entre le noir et le blanc, l'écriture puissante de Richard Price saisit toutes les nuances de la peur. » Elle


Une femme blanche, à priori sans histoire arrive blessée aux urgences, alors qu’on lui a volé sa voiture dans la quelle dormait son fils. Lorenzo, dit Big Daddy, flic noir se voit confié l’enquête. Il y est décrit comme un homme affable, humain, un Monsieur tout le monde en quelque sorte. Jess, journaliste dans un petit journal local, est à l’affut, et espère le bon scoop qui va doper sa carrière.
L’action se situe dans une banlieue ouest de New York, de l’autre côté des rives de l’Hudson ; 2 bourgades qui se font face :Gannon la Noire, Dempsy la blanche.
Tout autour gravite un certain nombre de personnages, dont certains resteront assez nébuleux pour moi……….
Richard Price, dans une première partie laborieuse campe lentement ses personnages, son décor, et l’action, si l’on peut appeler cela une action…….
La seconde partie tant espérée ne sera pas plus exaltante, soporifique, ennuyeuse au possible. J’ai vaillamment lutté durant 400 pages pour jeter l’éponge, sans aucune fierté puisque dans le cadre d’une lecture commune avec Partage –lecture je m’étais fait une joie de le proposer, et de le voir choisi.
En achetant ce livre dont l’action se situe à New-York, je m’attendais à une histoire énergique, une intrigue prenante, haletante, à un tempo rapide, à l’image de cette ville qui ne dort jamais……………..quelle déception à ce point de vue là. A aucun moment je n’ai retrouvé dans ce livre le dynamisme et l’élan qui m’avait tant enivrée.Le titre de ce livre, évoquait un contraste qui convient si bien à Big Apple, et bien je ne l’ai à aucun moment retrouvé dans les lieux de ce livre, ni dans les personnages. Il m’est difficile de m’identifier à l’un d’eux tant ils me paraissent fades.

Richard Price-éditions 10/18-620 pages

quelques mots à propos de l'auteur

Ayant passé son enfance dans le Bronx, Richard Price connaît à la perfection les nombreuses cultures qui composent ce quartier et les rapports entre les différentes communautés. Phénomène littéraire aux Etats-Unis, il est salué par la critique dès son premier livre paru en 1974. Ses romans, comme 'Ville blanche, ville noire' et le 'Samaritain' évoquent les rapports entre les Blancs et les Noirs dans les cités. Scénariste reconnu à Hollywood, Richard Price travaille notamment pour Martin Scorsese sur le film 'La Couleur de l'argent' Oscar du meilleur scénario en 1988, 'Clokers' de Spike Lee, d'après son propre roman, et 'Mélodie pour un meurtre' avec Al Pacino.

Summer-PAL challenge: La PAL comporte 44 ouvrages

dimanche 1 août 2010

Les hirondelles de Kaboul





Dans les ruines brûlantes de la cité millénaire de Kaboul, la mort rôde, un turban noir autour du crâne. Ici, une lapidation de femme, là un stade rempli pour des exécutions publiques. Les Taliban veillent. La joie et le rire sont devenus suspects. Atiq, le courageux moudjahid reconverti en geôlier, traîne sa peine. Toute fierté l'a quitté. Le goût de vivre a également abandonné Mohsen, qui rêvait de modernité. Son épouse Zunaira, avocate, plus belle que le ciel, est désormais condamnée à l'obscurité grillagée du tchadri. Alors Kaboul, que la folie guette, n'a plus d'autres histoires à offrir que des tragédies. Quel espoir est-il permis ? Le printemps des hirondelles semble bien loin encore...


« De plus aucun homme ne doit quoi que ce soit à une femme. Le malheur du monde vient de ce malentendu » p25
« Avec ce voile maudit, je ne suis ni un être humain ni une bête, juste un affront ou une opprobre que l’on doit cacher telle une infirmité. C’est trop dur à assumer » p62
« C’est toi qui a besoin d’attention, pas elle. (…).Résultat, ça t’a fragilisé, et il a suffit à une chienne mal odorante de gémir pour te fendre l’âme. Laisse-la crever. Je t’assure qu’elle est à sa place là où elle est. Après tout ce n’est qu’une femme. » p121
Trois phrases qui m’ont marquée, tout comme hier matin j’ai été confrontée de près, à une ombre en noir, un fantôme dans les rues de ma ville.
Un livre puissant, bouleversant, dont les mots donnent parfois la nausée tant ils sont durs. C’est hélas une vérité ; une vérité qui doit être dite, criée même.
Kaboul, l’armée russe est partie, les talibans ont pris le relai, et instaure un régime de terreur au nom d’un Dieu et d’une foi, d’une « vérité » qu’ils pensent détenir. La ville est anéantie, les Hommes aussi, les Femmes sont emmurées chez elles, ou engrillagées dans un linceul bleu qui les isole du monde telles des pestiférées, des encore moins que rien.
Chacun résiste à sa façon, mais pour combien de temps ?
Yasmina Khadra, dont c’est mon premier livre, a su me toucher au cœur avec ce court mais intense récit.
Mesdames, Messieurs, mettons nos petites querelles politiciennes de côté pour refuser haut et fort chez nous, ce qui nous apparaît comme inacceptable ailleurs.

Yasmina Khadra-Pocket( Julliard)-148 pages

Summer -PAL-challenge: la pile compte 45 ouvrages