jeudi 30 septembre 2010

Bifteck

Chez Plomeur, à Quimper, on est boucher de père en fils. En pleine Première Guerre mondiale, le tout jeune André se découvre un don pour faire " chanter la chair " - et pas n'importe laquelle : celle des femmes, dont la file s'allonge devant la boucherie... Leurs hommes partis au front, celles-ci comptent sur André pour goûter au plaisir suprême. Hélas, le conflit touche à sa fin et les maris reviennent. Un matin, le boucher trouve sur le pas de sa porte un bébé gazouillant dans un panier en osier. pas un deuxième. un troisième... Du jour au lendemain, le. voilà père de sept enfants, et, poursuivi par un époux jaloux décidé à lui faire la peau. Avec la chair de sa chair. André s'enfuit à Concarneau et affrète un bateau. Direction l'Amérique ! Martin Provost sort des sentiers battus pour nous proposer une fable savoureuse, où il est question de sensualité, de paternité et du rapport, à notre terre nourricière. Il y a du Gargantua et. du Robinson Crusoé dans ce Bifteck exquis et étonnant, à consommer sans modération !
Alors que les hommes sont à la guerre, André travaille la chair, au propre comme au figuré ; et de sa chair naitra une ribambelle de bouches à nourrir, ce qu’il n’avait pas prévu du tout.
Le boucher jouisseur, se transforme illico en papa poule, et abandonne tout pour conquérir les Amériques.
J’ai ri, durant la petite heure et demie de lecture. Et comme dit le vieil adage, un bon fou rire, vaut bien un bifteck. Et qu’il fut gouteux ce bifteck, un court roman à l’allure d’un conte où tout finit bien.
Que de souvenirs ravivés, moi la petite fille de bouchers, qui comme André a appris à compter derrière la caisse, antique, du magasin de pépère et mémère ; moi qui ai la nostalgie des cervelles d’agneau arrivant encore fumantes des abattoirs……….un temps révolu.
Qu’il m’a fait rie André, avec son jargon de garçon boucher :
"André ne soupçonnais pas que les valseuses de porc que sa sainte mère faisait sauter aux petits oignons dans la cocotte pouvaient avoir le même usage que celles qui valdinguaient au fond de sa culotte."
Mais c’est que derrière le coureur de jupons sommeille un papa attentif, et soucieux de sa marmaille.
Devenu un père respectable, et tendre, les dialogues sont plus édulcorés. L’humour est là, mais plus fin, plus en retenue.
Croquez à pleine dents dans ce bifteck, appétissant à souhait, tendre comme du filet, juteux comme le suc d’un rôti qui s’échappe pour se transformer en sauce qui vous ravit les papilles.
Un bifteck à consommer les jours tristes à l’extérieur, pour jubiler à l’intérieur.
Martin Provost-Phébus-125 pages
Livre lu dans le cadre de la masse critique Babélio, et, en partenariat avec les éditions Phébus.Que tous deux soient remerciés pour ce moment particulièrement savoureux

mardi 28 septembre 2010

La Zingarina ou l'herbe sauvage

Stellina, Tzigane à l’âme sauvage, libre, trace son destin étincelant entre une fuite et une quête éperdues. La fuite : à quinze ans, sa famille souhaite la marier selon la tradition. Elle prendra la route, seule, pour échapper à cet enfermement, traversant la frontière italienne avec la détermination du feu follet. La quête : celle de l’ombre inspiratrice d’un grand cousin qui a su lui aussi tracer sa constellation au-dessus des horizons du passé – Django Reinhardt le magicien de la guitare. Sur ses traces, au fil des lignes sauvages et bleues, la Zingarina atteindra la capitale française et son éden artiste.
Stellina a des yeux pour voir par-delà les apparences. Elle peint et elle apprend à écrire en couchant des vers sur des bouts de papier. Jean Cocteau, Marcel Aymé, Philippe Soupault, Henri Mahé, Lucette Destouches-Almanzor, ces statues vivantes sauront entendre et discerner le talent de la Tzigane, qui deviendra leur écho musical.
Un roman d’inspiration autobiographique qui nous replonge dans la grande époque des années cinquante, si proche et si lointaine qu’on la croirait imaginaire. Par sa plume onirique, Sandra Jayat nous offre une confidence sublime et humble comme un murmure.
Plus qu’un coup de cœur, ce livre est une rencontre. Une rencontre sur l’étal du libraire, comme parfois cela arrive ; un livre qui vous attire : une jolie couverture, une maison d’édition pas très connue, une maquette agréable, un papier doux comme une caresse.
Un coup de cœur avant d’être lu ; un coup de coup de cœur une fois terminé. Un livre qui laisse une trace, qui répand un souffle de liberté, d’esprit bohème et d’insouciance.
Un livre revigorant par des temps moroses et angoissants.
Sandra Jayat, retrace sous les traits de Stellina, son propre parcours de jeune fille Tsigane refusant le destin déjà tracé pour elle par sa famille, et, qui le jour de son mariage quitte tout derrière elle, avec pour seul bagage son ours en peluche, quelques perles bleues, et les paroles de son grand père qui la suivront à jamais.
" N’oublie pas, petite, une Zingarina ne montre jamais ses larmes quand elle est triste : elle se redresse et elle danse. " p42
"Si tu ne sais où tu vas, n’oublie jamais d’où tu viens." p 26
Elle s’en va avec pour seul objectif : rejoindre un cousin de son père, Django Reinhardt à Paris. Mais je n‘en dis pas plus………..
Stellina, est une jeune fille rebelle qui porte en elle tout la fierté tzigane, et défend jalousement sa liberté.
"Je voudrais avoir le pouvoir de ma transformer en herbe sauvage pour grandir librement" p28
" Ne cache jamais tes origines, n’oublie pas t’es traditions, soutient ta liberté ; sois fière d’être du voyage."p58
"Nous ne sommes pas des sauvages, mais des civilisés d’une autre civilisation. Nous ne sommes ni supérieurs ni inférieurs au reste de l’humanité. Nous sommes différents, c’est tout !" p103
L’écriture est magnifique ; le livre regorge de petites phrases plus belles les unes que les autres. Il m’a été difficile d’en choisir quelques unes, plutôt que d’autres.
Sandra Jayat, est poétique, et onirique. Le rythme est soutenu,, dynamique comme la musique tzigane.
Seules 3 parties composent ce roman, 3 parties inégales qui correspondent aux étapes de son voyage. Chaque partie est librement écrite, je dirais presque improvisée, comme savent le faire les jazzmen.
Ce livre est à lui seul une invitation au voyage au cœur de l’âme tzigane, loin des clichés, et des propos désobligeants.
Sandra Jayat-MaxMilo-250 pages
Quelques mots à propos de l'auteur
Sandra Jayat est une fervente promotrice de la culture tzigane à travers le monde, son œuvre artistique, distinguée par de nombreux prix, est largement diffusée. Elle expose ses peintures en Belgique, Italie, Chine, Hongrie, aux Etats-Unis. Elle est l’auteure de plus d’une dizaine d’ouvrages. En 1992, elle signe pour la Poste une série de timbres « gens du voyage ». Décorée en tant que Chevalier de la Légion d'honneur, elle est membre de la Société nationale des beaux-arts et de la Société des gens de lettres.
Challenge ABC Babélio :4/26 [ J]

dimanche 26 septembre 2010

La cité des jarres

Un nouveau cadavre est retrouvé à Reykjavik. L'inspecteur Erlendur est de mauvaise humeur : encore un de ces meurtres typiquement islandais, un «truc bête et méchant» qui fait perdre son temps à la police... Des photos pornographiques retrouvées chez la victime révèlent une affaire vieille de quarante ans. Et le conduisent tout droit à la «cité des Jarres», une abominable collection de bocaux renfermant des organes...
En prenant hier soir en main ce livre, j’avais 4 raisons :
  • m’extraire, pour un temps du moins, d’une lecture pas très exaltante mais dont il faut que je vienne à bout.
  • Passer un bon moment, et si possible que ce livre soit un coup de cœur
  • Avancer dans mon challenge Partage-lecture qui patine un peu, il est vrai
  • Faire preuve de bonne volonté en diminuant ma pile à lire qui grossit telle un sumo en devenir.
Je peux dire que mes 4 objectifs de la soirée ont été atteints. Ce polar m’a prise par la main toute la soirée durant, et le lendemain.
Il s’agit de mon premier livre d’Indridason, et j’en avais choisi le premier mettant en scène le commissaire Erlendur.
Nous sommes en Islande, il y fait froid, gris, humide ; Les noms de lieux et de personnes sont imprononçables, un peu comme le volcan qui mis la moitié de la planète en émoi, il y a peu. Mais, cela fait partie du folklore. J’aime l’exotisme.
D’emblée nous sommes au pied du mur : il y a un mort, une scène de crime, un commissaire qui ne tarde pas à arriver, C’est parti, l’enquête peut commencer, cela bouge. Le passé ne tarde pas non plus à être déterré, comme les morts d’ailleurs. J’aime bien. Un bon point pour la scène à la morgue.
"L’odeur de la mort emplissait ses sens et imprégnait ses vêtements, l’odeur du formol, des produits de nettoyages et de la puanteurs terrifiante des corps morts qui avaient été ouverts."
Que voulez vous, la vue des pièces opératoires, des corps ouverts, ne m’a jamais fait blêmir…..
L’enquête est bien menée, se disperse, mais le suspens, pour peu qu’on ne lise pas la fin avant, se tient, et nous tient.
Et puis il m’est sympathique ce commissaire. C’est en fait un type un peu comme les autres ; il a ses soucis, ses travers, ses peines de cœur. Un type comme vous et moi, qui va travailler avec ses valises à porter, et qui cahin -caha, fait avec. Un type humain, sensible.
"Mais il n’y a pas plus de distance que de carapace. Personne n’est suffisamment fort. L’horreur prend possession de ton être comme le ferait un esprit malin qui s’installe au fond de ta pensée et te laisse en paix seulement lorsque tu as l’impression que ce bourbier est la vie réelle car tu as oublié comment vivent les gens normaux."
Arnaldur Indridason-Points-328 pages
Challenge ABC Babélio: 3/26 [ I]

samedi 25 septembre 2010

Tous les matins du monde

" Il poussa la porte qui donnait sur la balustrade et le jardin de derrière et il vit soudain l'ombre de sa femme morte qui se tenait à ses côtés. Ils marchèrent sur la pelouse.
Il se prit de nouveau à pleurer doucement. Ils allèrent jusqu'à la barque. L'ombre de Madame de Sainte Colombe monta dans la barque blanche tandis qu'il en retenait le bord et la maintenait près de la rive. Elle avait retroussé sa robe pour poser le pied sur le plancher humide de la barque. Il se redressa. Les larmes glissaient sur ses joues. Il murmura : - je ne sais comment dire: Douze ans ont passé mais les draps de notre lit ne sont pas encore froids. "
Bien que ne l’ayant pas encore vu au moment de la lecture du livre, je connais la renommée du film qui en a été adapté. Tout au long de cette lecture, facile, et fluide, je ne ressentais aucune émotion musicale. Et je me disais de plus en plus, qu’il est des livres dont les adaptations cinématographiques supplantent largement le livre.
Le film est tellement beau, qu’il est en effet préférable de le voir avant de lire le livre. Le texte dévoile toute sa poésie dans la bouche de Gérard Depardieu qui le fait vivre de façon magistrale. La viole de gambe dont il est question dans le livre délivre enfin son velouté sous les doigts de Jordi Savall.
Dommage que Pascal Quignard n’ait pu, à mon sens, rendre sur le papier la beauté des arpèges, , des accords et des ornements. Le livre est trop court ; et c’est ce qui prive, selon moi le lecteur des émotions qu’il est en droit d’attendre en ouvrant un tel ouvrage.
Pascal Quignard-Folio cinéma-117 pages
Challenge ABC Babelio :2/26 (Q)

jeudi 23 septembre 2010

L'oracle della luna

«Contemple, Giovanni, ton tragique et lumineux destin.
L'acceptes-tu ?»

Qui est Luna, la belle sorcière aux cheveux de feu ?
Quelle malédiction frappe le blessé retrouvé dans sa cabane des Abruzzes ?
Qui sont les hommes masqués de noir acharnés à sa perte ?
Quelles paroles terribles dissimule ce mystérieux parchemin qui ne doit surtout pas arriver jusqu'aux mains du pape ?
Au cœur d'un XVIe siècle hanté par les querelles religieuses et philosophiques, le nouveau thriller historique de Frédéric Lenoir nous entraîne des palais aux prisons de Venise, du Mont Athos au bagne des corsaires d'Alger, de Jérusalem au ghetto de Chypre. Un grand roman d'amour et d'aventures où passion, mort, mystique chrétienne et soufie, astrologie et kabbale rythment la quête initiatique de Giovanni, le jeune paysan qui avait osé lever les yeux sur la fille des Doges.
Ce roman aura été pour moi du début jusqu’à son terme un formidable voyage dans le temps, l’espace, mais surtout dans l’Humain.
Nous sommes dans l’Italie de la Renaissance, époque féconde à tous les niveaux. Tout commence comme un thriller, en flash back qui immédiatement vous entraine à poursuivre l’aventure avec Giovanni dans son parcours initiatique, et son ouverture à la philosophie, à la spiritualité, à l’astrologie, le soufisme, la Kabbale.
L’écriture limpide ne lasse jamais le lecteur. Le côté romanesque de l’histoire, car c’est aussi une histoire d’Amour, agrémente les passages sérieux, et met un peu de piment, et de distraction pour celui qui serait un peu rebuté par ces derniers.
Ma lecture aura été un appel à la sagesse ; elle aura suscité à de nombreuses reprises interrogations et de nombreuses petites phrases m’ont interpellée.
"La peur du monde est en fait une peur de soi même " p 281
"Les voyages changent le regard que nous portons sur nous-mêmes et sur notre vie" p 295
"Nous nous cramponnons à l’existence. Or exister est un fait. Mais vivre est un art. (…)On apprend à vivre comme on apprend à philosopher ou à faire la cuisine." p435
Devant un livre aussi riche de tout, aussi palpitant et prenant, il est difficile d’organiser les choses, et de hiérarchiser ses idées. Je les laisse, par petites touches, comme elles m’arrivent.
Je ne peux que vous inviter à vous laisser emporter à votre tour ; laissez vos mains tourner les pages, nombreuses, mais dont le nombre s’efface rapidement au profit d’un autre chose pas tout à fait descriptible mais qui vous rattrapera, j’en suis sure.
Frédéric Lenoir-Albin Michel-618 pages

Challenge ABC Babelio :1/26 [ L]

lundi 20 septembre 2010

Ne t'inquiète pas pour moi



Par le biais de Post-it sur le frigo, ce livre est constitué de la correspondance vivante, enjouée, parfois coléreuse entre une mère et sa fille adolescente. Des petits tracas du quotidien aux doutes et souffrances de l’adolescente, c’est un instantané de la vie. Jusqu’au jour où la mère découvre qu’elle est gravement malade…
J‘ai pris ce livre, pensant y trouver une lecture "légère" pour une soirée de fin de semaine. Et Bien que vite lue, elle ne fut pas si légère que cela ; bien au contraire, c’est de l’émotion condensée, à ne pas lire n’importe quand, dans n’importe quelle situation. Il faut être en paix, avoir le moral bien solide, pour en apprécier toutes les finesses et rester objectif.
Il s’agit d’une correspondance un peu particulière, puisque dans cet ouvrage, mère et fille communiquent entre elles par ces petits papiers que l’on colle un peu partout dans la maison en guise de pense bête.
Ces petits écrits sont généralement très courts ; rares sont ceux de la valeur d’une page Ils sont le plus souvent composés de quelques mots voire quelques lignes.
Claire est lycéenne, sa maman est médecin et travaille beaucoup ; elles se voient peu.
Le lecteur entre tout doucement dans une correspondance, faite de banalités, listes de courses, recommandations maternelles...Petit à petit les échanges sont font plus graves et plus sérieux. C’est que la situation l’est devenue ; mais je n’en dirais pas plus.
Au fur et à mesure de l’avancée de ma lecture, j’avais la nette impression que non seulement mère et fille ne se croisent jamais, mais surtout qu’elles n’arrivent pas à se parler normalement.
"Je suis rentrée, j’ai lu ton mot, je suis allée à la porte de derrière, je t’ai regardée dans le jardin, et je n’ai pas pu te parler, Claire. (…)Mais je ne trouve pas la force de te répéter en face ce que m’a dit le médecin. Je suis désolée."
Nous sommes devant une adolescente vraisemblablement confrontée pour la première fois à la Maladie, et de très près de surcroit. Elle semble parfois, au début tout du moins, comme pas tout à fait consciente, au regard de ses actes et ses propos. Mais qui le serait dans pareille situation ? Bien que pouvant être maladroite, Claire, crie son amour à cette mère qui s’en va. Elle n’a pu trouver autre chose que ces post-it collés sur le frigo. C’est déjà beaucoup.
"Je n’ai pas besoin de grandes vacances. Je veux juste que tu ailles mieux. Je t’embrasse fort, Claire."
La mère en fait de même.
Toutes ces choses qu’on ne peut se dire de vive voix, les yeux dans les yeux, que l’on s’écrit. La peur de soi ? La peur de l’autre ? La pudeur ? A chacun sa manière de communiquer, de montrer son amour, d’exprimer ses regrets, et de laisser une lueur d’espoir aussi…..
"Je reste optimiste tout en me préparant au pire, maman. Ça te semble bien, comme compromis ? "
Alice Kuipers -Albin Michel jeunesse-242 pages



Lu dans le cadre du challenge épistolaire

lundi 13 septembre 2010

Je voudrais tant que tu te souviennes



Ce roman se déroule dans une petite ville française, divisée entre une cité et un quartier pavillonnaire cossu et somnolent.
Mado y habite seule un pavillon. Elle n'a jamais eu d'autre amie qu'Albanala, une étrangère, cartomancienne à ses heures. Un jour, celle-ci lui présente sa nièce, Julide, une fillette alors âgée d'une dizaine d'années, et au fil du temps une profonde tendresse naît entre Mado et l'enfant. Le père de Julide est né dans un pays étranger, et sa mère est issue d'une campagne française. Dans un lieu comme dans l'autre, les mariages sont le fruit de la raison et non des sentiments : ainsi l'adolescente est-elle fiancée dès l'âge de seize ans à un cousin, sort auquel elle se plie.
Mais Mado la voit se résigner avec tristesse et impuissance, avec le sentiment que s'éteint la flamme qui habitait la jeune fille. Un jour, Albanala retourne dans son pays natal sans un mot d'explication, mais avant cela elle fait jurer à sa nièce de veiller sur Mado. Arrive en ville un homme que l'on surnomme l'Indien. Dès l'instant où Mado l'aperçoit, elle en tombe éperdument amoureuse. Mais pourquoi le fuit-elle lorsqu'il cherche à l'approcher ? Et pourquoi Julide s'efforce-t-elle d'empêcher à tout prix une rencontre ? Tous les thèmes chers à Dominique Mainard sont présents dans ce roman, l'exil, le monde imaginaire, les secrets et les mensonges, et enfin, les rencontres improbables qui seules nous permettent d'échapper à nous-même
Il est difficile, extrêmement difficile, de passer derrières tant d’éloges à propos d’un livre. Mais quand le livre nous laisse de bois, voir nous ennuie, cela devient gênant de laisser un avis dissonant.
Je suis rentrée à pas feutrés dans cette lecture, presque à reculons, tant elle semble fragile Mado. Je trouvais le début plaisant, poétique, finement écrit.
Et pourtant, au fil des pages l’ennui s’installe, et je m’éparpille, me disperse.
Je ne sais rien des personnages, des lieux, du temps, rien de rien.
Mon esprit cartésien est ainsi fait, il faut, à un moment où à un autre qu’il s’y retrouve, tel un GPS, qu’il puisse situer parfaitement les choses. Il n’aime pas l’imprécis, ni le flou, le manque d’histoire; L’imaginaire doit assez vite redescendre sur terre pour que je puisse en apprécier les finesses.
Arrivée à mi-parcours de cette lecture, j’ai du me mettre en mode lecture accélérée……Mais rien n’y fait, je n’accroche pas ; ou plutôt je décroche ; brutalement même, comme souvent.
Dominique Mainard-Editions Joelle Losfeld-248

mercredi 8 septembre 2010

Marie Leszczynska


Dans l'histoire de la France, les femmes, et avant tout les reines, ont souvent régné sur le cœur et l'esprit de leur peuple, bien qu'elles n'aient pas toujours exercé le pouvoir. Pendant quinze siècles, certaines ont joué un rôle prépondérant en se montrant plus lucides, plus préoccupées du bonheur de leurs sujets sinon plus attentives au rayonnement de la monarchie. Si les rois ont fait la France, on peut dire que les reines l'ont sans doute aimée davantage. Le 5 septembre 1725, Louis XV épouse Marie Leszczynska. Pour cette princesse inconnue, fille du roi de Pologne en exil, Stanislas Ier, ce mariage inattendu est un cadeau du destin. La gentillesse de la charmante Polonaise et l'amour du jeune roi balaient les préjugés. Mais le conte de fées ne dure qu'une dizaine d'années, le temps de donner naissance à huit filles et à deux garçons, dont l'un meurt en bas âge. Puis le " Bien-Aimé " se met à collectionner les favorites. La reine, tout en se tenant à l'écart de la politique, continue d'assumer ses tâches avec dignité et dévoile son vrai visage qu'Anne Muratori-Philip révèle ici dans tout son éclat.

« A Stanislas Leszczynski, le bienfaisant, la Lorraine reconnaissante »


Telle est l’inscription au bas de la statue au centre la place éponyme à Nancy. Quel rapport, me direz vous, avec la femme dont il est question dans ce livre ? Ils sont père et fille. Si les Lorrains sont français, c’est à Stanislas qu’ils le doivent ; Les Duchés de Lorraine et de Bar, ont été apportés en dot (tardivement) au Royaume de France par Marie Leszczynska.

Madame Muratori-Philip retrace dans ce livre le destin à peine croyable d’une jeune adolescente, fille d’un roi sans couronne, balloté par les vicissitudes de l’histoire en la Pologne, et la Lorraine où il finira sa vie sous les flammes de sa cheminée.

Voici ce qu’écrivait Stanislas à sa fille à la veille de ses noces avec Louis XV, en 1725 : "Répondez aux espérances du roi par toutes les attentions possibles ; vous ne devez plus pensez que d’après lui et comme lui, ne plus ressentir de joies ou de chagrins que ceux qui l’affectent, ne connaître d’ambitions que de lui plaire, d’autres plaisirs que de lui obéir, d’autres intérêts que de mériter sa tendresse ; vous ne devez ne plus avoir à vous ni humeur, ni penchant ; votre âme doit se perdre dans la sienne."

Autres paroles d’un père à sa fille : "Si le propre des reines est d’être trompées, elles détiennent en revanche le pouvoir extraordinaire de donner chair à la dignité de la couronne."


Si j’ai choisi de mettre en valeur ces deux extraits, c’est parce qu’ils reflètent parfaitement ce qu’a été la vie privée et de souveraine de l’épouse du roi de France. Ces qualités ont été bien mises en valeur par l’auteur, notamment son incroyable dignité vis à vie de la Pompadour, son rôle de souveraine qu’elle a assumé en dépit des nombreux deuils de mère.

Une reine qui n’était pas capricieuse, bonne mère et aimante, malgré ses apparences froides et timides. Ce fut une reine humaine, qui n’hésitait pas à s’endetter pour aider les nécessiteux, une musicienne ayant connu Farinelli, Couperin, et Mozart alors âgé de 7 ans.

Une femme bonne vivante, ayant hérité de son père la gourmandise. Nous devons à Stanislas la madeleine, et les babas ; Marie Leszczynska apportera la bouchée à la reine.

Si après 43 ans de règne, elle est inhumé comme le veut la tradition en la Basique St Denis, son cœur rejoindra Nancy auprès de ses parents, fidèle à la Pologne de ses origines et à la Lorraine sa terre d’adoption

J’ai apprécié cette lecture, malgré quelques longueurs inhérentes à toute biographie qui se veut complète. J’y ai retrouvé des éléments historiques fort intéressants, et de nombreuses références qui font le quotidien des Nancéens.

Anne Muratori-Philip -Pygmalion -389 pages

dimanche 5 septembre 2010

En attendant Noël........



Un nouveau challenge:

En attendant Noël, et les livres reçus en cadeau, vidons nos piles à lire.
Depuis le 1er septembre , la mienne a grossi de 8 livres...........et donc est à 50 livres

Le 25 décembre, je me fixe une pile à lire à 30 livres..........

samedi 4 septembre 2010

Ma vie avec Mozart



«Un jour, il m’a envoyé une musique. Elle a changé ma vie. Depuis, je lui écris souvent. Quand ça lui chante, il me répond, lors d'un concert, dans un aéroport, au coin d'une rue, toujours surprenant, toujours fulgurant. Il est devenu mon maître de sagesse, m'enseignant des choses si rares, l'émerveillement, la douceur, la sérénité, la joie.»

Voilà un livre sans prétention, qui se lit en un rien de temps, et qui s écoute.
A la manière d’une correspondance fictive Eric-Emmanuel Schmitt d’adresse à Mozart, lui adressant une sorte de panégyrique, qui bien que débordant parfois, et cela peut lasser le lecteur, démontre que rien n’est écrit d’avance, et qu’une rencontre peut tout changer.
Alors adolescent, malhabile dans ses vêtements d’enfant qu’il quitte et pas encore habitué au costume de l’adulte qu’il a déjà endossé, l’auteur confie avoir été un jour touché par la grâce de la musique de Mozart, et en particulier par la voix et les tourments de la comtesse, et d’avoir été guéri de tout.
Un homme fend l’armure, nous confie ses peines, expose ses failles. C’est touchant de sincérité et de sensibilité, sans dramatisation, ni pathos dégoulinant.
La musique peut-elle guérir ? Vaste débat dans lequel je ne me risque pas. Assurément elle apaise, console, émerveille, éveille, sensibilise. Eric-Emmanuel Schmitt, à partir de cet exemple concret, pose une définition de l’Art quel qu’il soit, d’où qu’il vienne qui est celle d’élever l’Humain.
Un passage du livre m’a particulièrement amusée et émue : celui des chats Mozartiens…..J’ai eu deux chats, tous deux de fins mélomanes. Le premier avait les moustaches qui vibraient au son du violon, le second était plus éclectique. Tous deux savaient manifester leur satisfaction, ou leur rejet d’une musique……..
Avec le livre, était proposé un disque d’extraits choisis d’œuvres de Mozart. Libre à chacun de l’écouter, ou pas. Pour ma part, préférant une œuvre entière à un extrait, et préférant la musique instrumentale quand je lis, j’ai établi ma propre programmation :
Concertos pour piano n° 9, 20 ,23
Grande Messe en Ut mineur
Concertos pour flute n°1, et pour clarinette
"Lorsque la soprano s’arrêta, il y eu un silence presque aussi émouvant que le chant, un silence qui, certainement, était encore de Mozart……" p19
Qui n’a jamais entendu et savouré jusqu’à la dernière note dans le calme d’une église, la Grande Messe en ut, ne mesure pas tout à fait la portée de cette phrase ; et pourtant, c’est véridique.
Eric-Emmanuel Schmitt-Albin Michel-165 pages et 1 CD

vendredi 3 septembre 2010

Inconnu à cette adresse



1er août 1933. «Tu es un libéral, Martin. Tu vois les choses à long terme. Je sais que tu ne peux pas te laisser entraîner dans cette folie par un mouvement populaire qui, aussi fort soit-il, est foncièrement meurtrier.»
18 août 1933. «Tu dis que nous persécutons les libéraux, Max, que nous brûlons les livres. Tu devrais te réveiller : est-ce que le chirurgien qui enlève un cancer fait preuve de ce sentimentalisme niais ? Il taille dans le vif, sans états d'âme. Oui, nous sommes cruels. La naissance est un acte brutal ; notre re-naissance l'est aussi.»

1932. Martin Schulse, un Allemand, et Max Eisenstein, un Juif américain, sont marchands de tableaux en Californie. Ils sont aussi unis par des liens plus qu'affectueux - fraternels.
Le premier décide de rentrer en Allemagne. C'est leur correspondance fictive entre 1932 et 1934 qui constitue ce livre, écrit par une Américaine en 1938, et salué à l'époque, aux Etats-Unis, comme un chef-d’œuvre. Incisif, court et au dénouement saisissant, ce livre capte l'Histoire avec justesse. C'est un instantané, une photographie prise sur le vif qui décrit sans complaisance, ni didactisme forcené, une tragédie intime et collective, celle de l'Allemagne nazie.

Une correspondance lue d’une traite un soir, et qui me poursuit encore le lendemain.
C’est court mais puissant.
Comment l’idéologie, l’aveuglement, le fanatisme peuvent détruire tout détruire sur leur passage.
L’amitié anéantie en quelques mots.
Ce livre ne se résume pas, ne se commente pas : il se vit.

Kressmann Taylor- éditions Autrement/Le livre de poche-90 pages
Lu dans le cadre du challenge de la littérature épistolaire.



jeudi 2 septembre 2010

Lettre au père




" Très cher père, Tu m'as demandé récemment pourquoi je prétends avoir peur de toi. Comme d'habitude, je n'ai rien su te répondre... "

Réel et fiction ne font qu'un dans la lettre désespérée que Kafka adresse à son père. Il tente, en vain, de comprendre leur relation qui mêle admiration et répulsion, peur et amour, respect et mépris.

Réquisitoire jamais remis à son destinataire, tentative obstinée pour comprendre, la Lettre au père est au centre de l'œuvre de Kafka.
J’ai lu cet essai dans le cadre d’un challenge de la littérature épistolaire. Ce choix, n’a rien d’innocent : le père, selon la définition, est l’initiateur, le fondateur de, le créateur de tout individu ,d’un auteur comme de son lecteur………..Et la relation tissée entre un père et son enfant, est loin d’être uniforme, est rarement un long fleuve tranquille, et de ce fait , même si elle ne conditionne pas tout, pose largement les fondations de tout individu.
Cette lettre, n’est jamais parvenue à son destinataire. Est-ce volontaire ?
Kafka, dans un texte court, mais d’une rare densité, se livre à une charge assez véhémente contre son père, dont il a reçu une éducation autoritaire, et dépourvue de tendresse. Il y remet en cause ses principes éducatifs, lui reproche son attitude dure à son égard. Il s’est senti mal préparé à sa vie d’homme, rendu inapte à la vie conjugale.
Malgré cette charge, il y a malgré tout, entre les lignes l’affection d’un fils, qui au fond a suivi un chemin parallèle à celui de son père, mis sans vraiment le rencontrer. Il y a beaucoup d’ambivalences dans les sentiments de Kafka à l’égard de ce père : la peur, l’admiration, le ressentiment, le sentiment d’infériorité. Tout cela se mélange dans la pensée de Kafka.
Le style épistolaire, qui se conçois comme spontané, accentue le côté répétitif de certaines réflexions, et donne un côté brouillon, et confus à cette lettre. Le style est à mon goût un peu trop alambiqué et tortueux. C’est ce qui en fait pour moi une lecture moyennement appréciée, mais non dénuée d’intérêt.
J’ai peut-être fait une erreur d’appréhender l’œuvre de Kafka avec cette lettre, mais voilà qui est fait.

Franz Kafka-Gallimard/Folio-99 pages

mercredi 1 septembre 2010

Les vestiges du jour



" Les grands majordomes sont grands parce qu'ils ont la capacité d'habiter leur rôle professionnel, et de l'habiter autant que faire se peut ; ils ne se laissent pas ébranler par les événements extérieurs, fussent-ils surprenants, alarmants ou offensants. Ils portent leur professionnalisme comme un homme bien élevé porte son costume. C'est, je l'ai dit, une question de "dignité"."
Stevens a passé sa vie à servir les autres, majordome pendant les années 1930 de l'influent Lord Darlington puis d'un riche Américain. Les temps ont changé et il n'est plus certain de satisfaire son employeur. Jusqu'à ce qu'il parte en voyage vers Miss Kenton, l'ancienne gouvernante qu'il aurait pu aimer, et songe face à la campagne anglaise au sens de sa loyauté et de ses choix passés... (tirée des éditions Gallimard)



Voilà un livre qui aurait pu m’échapper si je ne l’avais pas laissé un peu en friche, et surtout si je n’en avais pas regardé l’adaptation cinématographique, qui a sa sortie m’avais laissée plus que perplexe.
C’est l’écriture qui au début faisait repoussoir. Belle, magnifiquement bien construite, dans un style hautement aristocratique, mais terriblement rigide, à l’image de l’aristocratie de l’époque. Pour être crédible ce roman ne pouvait être écrit autrement.
Darlington Hall, dans les années 30, En attendant que le nouveau propriétaire des lieux n’arrive, Stevens, se voit proposer (et ce pour la première fois de sa carrière) quelques jours de" vacances " et la Ford de la propriété. Il décide d’aller rendre visite à Miss Kenton, qui fut gouvernante de ces lieux il y a quelques années. Le voyage dure 6 jours ; le livre comporte 6 chapitres.
Les souvenirs remontent en mémoire. C’étaient les années 20, Stevens, était alors majordome ; charge dont on héritait de père en fils, tant qu’on assurait son travail avec dignité.
Dignité, ou la raison de vivre de Stevens.
"Or, si la plupart des majordomes, je suis prêt à le concéder, risquent de découvrir en dernière instance que la capacité d’y parvenir leur manque, je crois profondément que cette dignité est un objectif que l’on peut viser avec profit tout au long d’une carrière." P 43
Cet homme est accaparé par son métier, et de ce fait incapable d’exprimer la moindre émotion. Cela se vérifiera à de nombreuses reprises, et dans les circonstances les plus tragiques comme la mort de son père.
"Miss Kenton, je vous en prie, ne me croyez pas grossier de ne pas monter voir mon père dans son « état de décès à ce moment précis. Vous comprenez, je sais que mon père aurait souhaité que je continue mon travail maintenant. " p 124
C’est stupéfiant, et impensable de nos jours.
Il est totalement assujetti à son employeur, qu’il appelle d’ailleurs "Sa Seigneurie ".
En ces temps là, Darlington Hall, est le cadre de réunions politiques internationales secrètes. Il se trame des tractations entre Allemands, Anglais, Français. Pour ne pas déplaire, on congédie deux femmes de chambres sous prétexte qu’elles sont juives. Stevens reste hermétique à tout cela. Je ne pense as que cela de la lâcheté, mais plutôt l’obsession d’accomplir sa tâche avec dignité. Il reste imperturbable, imperméable à tout ce qui sort du cadre de son travail.
Lors de l’évocation de son souvenir, l’auteur a su, tout au long de ce livre, et de manière constante, traduire par ses mots, et le style, l’atmosphère lourde, empesée, rigide, totalement dénuée de fantaisie qui régnait dans cette demeure.
L’humour n’en est pas moins présent. J’ai bien souri, en lisant, en début de livre les échanges savoureux entre Stevens et Miss Kenton, alors jeune gouvernante qui se fait reprendre de manière policée et désuète à propos de petits riens, ou lorsque Stevens manie la langue de bois avec les invités du château.
Comment ne pas s’attacher à Stevens, ne pas le plaindre, quelque part ; lui qui ne s’est jamais aperçu de "l’intérêt" pour lui qu’avait Miss Kenton, et qui fidèle à lui-même déclare des années plus tard alors qu’elle lui ait avoué à demi mot, il est vrai, ses sentiments :
"Je ne crois pas avoir répondu immédiatement, car il me fallu une minute ou deux pour digérer pleinement les paroles de Miss Kenton. De plus comme vous pouvez vous en douter, leur portée était de nature à susciter en moi une certaine douleur. En vérité –pourquoi ne pas le reconnaître ?-à cet instant précis, j’ai eu le cœur brisé." P 260

Kasuo Ishiguro-Presses de la renaissance-268 pages