lundi 31 janvier 2011

Le signal


Pour la dernière fois, Mack et sa femme, Vonnie, partent camper dans les montagnes du Wyoming afin de se dire adieu. Enlisé dans les dettes et l'alcool, Mack a peu à peu contraint Vonnie à renoncer à l'amour profond qui l'avait attirée vers l'Ouest, et la jeune femme a refait sa vie. Cette randonnée est un moment de complicité retrouvée, une ultime chance de se dévoiler l'un à l'autre. Pour Mack, cette expédition est aussi l'occasion d'exécuter une dernière mission pour le compte d'un intermédiaire douteux afin de sauver son ranch de la faillite. Au coeur des vastes étendues sauvages, guidé par un faible signal GPS, il doit retrouver une mystérieuse balise égarée lors d'un survol de la région. Mais cette mission se révélera bien plus périlleuse que prévu. Le Signal est un roman magistral combinant le destin d'un amour qui s'achève avec un suspense qui nous mène au paroxysme de l'angoisse. Un livre palpitant qui se lit d'une traite.

Fidèle à sa ligne éditoriale, les éditions Gallmeister, nous offre à nouveau un retour à la nature.

Ron Carlson, dans Le signal, non seulement nous emmène en randonnée dans le Wyoming, avec dans son écriture une manière presque invisible de vous projeter dans ces montagnes, de telle manière qu’en lisant, j’étais là-bas, le sac au dos, le bâton à la main à suer sur les chemins, et à (presque) admirer les lacs aux couleurs éclatantes.

Mis, il n’y a pas que cela, l’auteur ne se content pas d’un roman contemplatif, qui aurait pu devenir lassant.

Il met en scène un ex couple, qui se retrouve pour une randonnée d’adieu, en quelque sorte, comme au bon vieux temps, le temps où s’aimaient. Deux êtres qui le temps de 3 jours reprennent des gestes de vie commune .Mak sort de prison après avoir trempé dans des affaires pas très claires pour garder coûte de coûte le ranch familial. Vonnie, qui l’ épaulé, puis jette l’éponge, accepte ce dernier rendez-vous, sans savoir que Mack, n’a pas tout à fait rompu avec ses anciennes habitudes, et que la randonnée ne sera pas vraiment telle qu’elle l’avait imaginée. Et c’est cela qui va tenir le lecteur en haleine.

L’auteur nous amène à réfléchir sur la fin d’un amour, le couple, ou du moins de ce qu’il en reste, et sur la question d’un possible retour en arrière. Immanquablement le lecteur y pense : et si, finalement ………

Dans un style qui mélange le thème central de la nature, des grands espaces, de la beauté environnante que l’on contemple en même temps que nos deux compères, celui plus vif et direct des moments plus sportifs et plus virils, et, enfin, celui des souvenirs égrenés au fil de ce roman avec lesquels l’auteur nous fait « rentrer » dans les personnages, Ron Carlson, réussit à happer son lecteur, et à me happer, et m’entrainer passionnément dans cette histoire.

Ron Carlson-Gallmeister-222 pages

Ron Carlson est né en 1947, en Utah. Il est l’auteur de plusieurs recueils de nouvelles et de quatre romans qui ont reçu de nombreuses distinctions aux États-Unis. Il enseigne la littérature à l’Université de Californie, à Irvine, et vit à Huntington Beach. Le Signal, publié en 2009 aux États-Unis est son dernier roman.

Livre lu dans le cadre du challenge Nature writting organisé par "les lectures de folfaerie"


dimanche 30 janvier 2011

Vingt ans l'an quarante

Ils ont vingt ans, ils sont étudiants et ils s'aiment. Mais c'est la guerre, les Allemands occupent Paris. Alors eux, les étudiants, les amants, veulent combattre. Ils vont s'engager, même s'il faut soutenir la Milice, même s'il faut faire semblant. Ce sont des audaces qui se paient au prix fort... « Noël et Clotilde, je vous connais. J'ai vécu ce temps avec vous. J'ai dans l'oreille le claquement sec des semelles de bois, dans l'oeil le déploiement en corolle de vos robes légères dans les pédalées dominicales. Il y avait la guerre, bien sûr. Mais surtout l'amour et la faim. La peur de mourir et aussi la peur de survivre et d'en avoir honte...» Jean Cosmos (Extrait de l'avant-propos) Michel Wyn, avec une sensibilité et une vitalité qui ne lui ont jamais fait défaut tout au long de son parcours de réalisateur, nous livre, avec son premier roman Vingt ans l'an quarante, une page ambiguë de notre histoire.

Ils ont tout pour eux : ils sont jeunes, beaux, et s’engagent dans de belles études. Seulement voilà, nous sommes en 1943, année terrible pour la France : les exactions allemandes vont bon train. Il y a la milice, la Gestapo, la chasse aux juifs, les arrestations….

De tout cela, Noël et Clotilde, nos deux amoureux, sont conscients, et veulent faire quelque chose et s’engager. Elle est du « ch’nord », issue de la bourgeoisie de province, catholique mais s’en arrange un peu…..

Lui est de St Etienne, d’une honorable famille d’ouvriers, ayant déjà payé un lourd tribut à la folie des hommes, et le père, bien que du « bon bord » lui paraît être un bon père tranquille qui ne veut pas faire de vague.

Nous deux tourteaux ne sont pas pétainistes, bien au contraire.

« Tu n’imagines pas !....On a honte d’être un homme quand on voit ce qu’ils font. »

« Un regard à droite, un regard à gauche : personne ! Noël déchire l’affiche et repart en courant en direction de Montmartre. »

Seulement voilà à force de vouloir bien faire, ce brave Noël, tel est pris qui croyait prendre, s’y brulera les ailes. Résister en jouant sur les deux tableaux n’est pas donner à tout le monde.

Leur amour survivra t-il à ces évènements ?

Il y a ceux qui fidèles à leurs idéaux, et à leur morale, prendront le chemin de la Résistance active, ceux qui résisteront à leur manière, dans leurs actes de tous les jours, comme des héros de l’ombre, qui ici ou là cachent ceux que l’on persécute.

« Moi, ils ne m’ont rien fait, les juifs. Je ne comprends pas que le Maréchal laisse persécuter ses pauvres gens »

Et puis il y a les salauds, les collabos, qui mangent à tous les râteliers, et qui quand le vent tournera, tels des rats, quitteront le navire pour ne pas sombrer avec lui.

Voilà la période troublée qu’a connu le pays durant ces années, et que l’auteur avec une plume alerte a su mettre en évidence, pour en faire un livre à la fois léger, car très facile et agréable à lire, et à la fois profond dans l’analyse des sentiments ambigus que peuvent ressentir des jeunes gens projetés dans un conflit qui finalement les dépasse.

J’ai à la fois de la peine, et de la colère pour ce jeune homme. De la peine, car, je le crois profondément sincère dans ses convictions humaines, et son envie de bien faire. Mon soupçon de colère, parce que comment peut-on être aussi naïf ?

Clotilde aura été plus maligne.

Michel Wyn-Kyklos éditions-276 pages

Jeune diplômé de Sciences Politiques et de l'IDHEC, Michel Wyn débute sa carrière de réalisateur en devenant l'assistant de grands cinéastes tels que René Clément, Henri Verneuil, Christian-Jaque, André Hunebelle, Vincente Minnelli, Joshua Logan, Romain Gary, Stanley Donen, et participe aux tournages de célèbres films tels que « Paris brule-t-il ?» « Le Président », « La tulipe noire », etc.

En 1964, il réalise un court métrage « One day » qui reçoit le Grand Prix du Cinéma Indien et le Golden Gate Award 1964 (San Francisco).Avec la passion qui le caractérise, Michel Wyn ouvre la voie des grandes séries télévisuelles.Au cinéma, il réalise deux longs métrages : « Les suspects », et « Oublie-moi mandoline », une comédie au scénario signé Jacques Faizant.Il rédige au passage « Le cinéma et ses techniques » et divers scenarii et pièces de théâtre.Michel Wyn est aussi l'auteur de deux ouvrages racontant la trajectoire d'une intense vie au service de la mise en scène :

Je remercie Partage –lecture, pour ce partenariat avec Kyklos éditions, et cette nouvelle découverte qui m’aura donné une excellente journée de lecture.

samedi 29 janvier 2011

Les visages


Lorsqu'Ethan Müller, propriétaire d'une galerie, met la main sur une série de dessins d'une qualité exceptionnelle, il sait qu'il va enfin pouvoir se faire un nom dans l'univers impitoyable des marchands d'art. Leur mystérieux auteur, Victor Crack, a disparu corps et âme, après avoir vécu reclus près de quarante ans à New York dans un appartement miteux. Dès que les dessins sont rendus publics, la critique est unanime : c'est le travail d'un génie. La mécanique se dérègle le jour où un flic à la retraite reconnaît sur certains portraits les visages d'enfants victimes, des années plus tôt, d'un mystérieux tueur en série. Ethan se lance alors dans une enquête qui va bien vite virer à l'obsession. C'est le début d'une spirale infernale à l'intensité dramatique et au coup de théâtre final dignes des plus grands thrillers. Bien loin des polars calibrés habituels, Jesse Kellerman, styliste hors pair, nous offre ici un roman d'une indéniable qualité littéraire qui, doublée d'une intrigue machiavélique, place d'emblée le livre au niveau des plus grandes réussites du genre, tels Mystic River, de Dennis Lehane, ou L'Analyste, de John Katzenbach.

Je ne placerai pas ce livre au rang de coup de cœur, car, bien qu’il fût d’une lecture très agréable, il lui manquait ce petit quelque chose qui coupe le souffle, et qui lui donne une aura particulière.

Les premières pages se mettent gentiment en place, c’est un peu lent, mais malgré tout il y ce petit truc qui « m’autorise à continuer ».Assez vie ensuite le lecteur rentre dans le vif du sujet, et assez vite, j’ai commencé à deviner : dès la moitié du livre, je me suis dit : tiens il y a un truc là, c’est là que cela se passe. Dès la page 303, je me suis doutée d’un certain nombre de choses, qui se sont révélées vraies à la fin du livre. C’est ce suspense un peu perméable qui certainement manquera à ce livre.

Nous sommes à New- York, l’action se passe après les attentats du 11/09, dans le milieu des marchands d’art contemporain. Et c’est la découverte d’un grand nombre de dessins qui va bouleverser la vie d’Ethan galeriste de son métier.

J’ai aimé la construction de ce roman, dont, j’ai finalement du mal à définir le genre. Il est composé de 22 chapitres bien ancrés dans l’actualité de nos personnages, entrecoupés de 8 interludes qui sont en fait des flashbacks sur la généalogie d’une famille d’émigrés arrivés à New York d’Europe dans les années 1800. Et c’est au cours de ces préludes que le lecteur va petit à petit faire connaissance avec les Müller, et leur descendance. Une histoire typiquement américaine, ou, comment de pauvres Européens sans le sou arrivent à New-York et y font fortune, non sans y avoir laissé quelques casseroles derrières eux ?

Et ce sont justement les casseroles, qui nous intéressent ici…..

Jesse Kellerman-Sonatine-472 pages

Jesse Kellerman est né en 1978. Il est le fils des écrivains Jonathan et Faye Kellerman. Les Visages est son premier roman publié en France.

Challenge 26 livres/26 auteurs 4/26 [K]

Challenge New-York..............et oui l'action s'y déroule

mardi 25 janvier 2011

Quelques -uns des cent regrets


" Elle portait des cheveux un peu plus longs que par le passé. Sa blondeur s'était mêlée d'argent. Son visage gardait la beauté simple qui en était la marque. A peine les rides l'avaient-elles tissé d'un mince réseau de blessures. Le temps s'était déposé en elle, avec sa fatigue et son poids, comme une poussière. Etaient-ce les années vécues sans la voir qui me faisaient la croire plus jeune qu'elle n'était en vérité ? " A la mort de sa mère, le narrateur revient sur les lieux de son enfance, dans une petite ville du Nord inondée par la crue d'une rivière. Durant les trois jours qu'il passera là surgissent les figures disparues, celle de la mère bien sûr, jadis aimée plus que tout, et celle plus inquiétante du père absent dont la légende dit qu'il est mort dans une guerre lointaine. Roman poignant où, par petites touches, Philippe Claudel explore l'amour filial avec une extrême délicatesse et une surprenante réserve.

Il y a comme une nostalgie apaisante dans ce court roman, d’une pudeur et d’une délicatesse visibles à chaque page. Cela fait tant de bien que de lire des mots aussi doux qu’une caresse……

Par un jour de crue, le narrateur arrive dans une ville du nord, dont on ne connaît rien, pour enterrer sa mère qu’il n’a pas vue depuis 16 ans. Le narrateur ne dit rien de précis sur ce lieu, mais un ou deux indices ne laisseront pas indifférents : la pâtisserie du « merle blanc » si connu des gourmands Nancéens (toute ma jeunesse que ce merle blanc) où le petit garçon mangeait du St Epvre…..douceur bien connue à Nancy. Quelle part d’autobiographie comporte de roman ? Philippe Claudel est Nancéen……

Comme un peintre, notre narrateur, du bout de son pinceau, se laisse aller à ses souvenirs, à ses regrets. De cette mère qu’il a peu connu, qu’il a quittée seize ans auparavant, il va se souvenir avec une infinie tendresse, alors qu’il s’apprête à faire avec elle son dernier voyage. Il était arrivé chargé d’un mystère, qu’il choisira, finalement de ne pas lever, sans regrets.

Un ode à la mère, à toutes les mères ; celles qui sont encore là que l’on chérie, et celles qui ne le sont plus, mais dont on garde à jamais au fond de soi mille et un souvenirs, quelques regrets, un visage qui avec le temps s’estompe, mais ne s’efface jamais.

Merci Monsieur Claudel de cet oasis de douceur teintée de mélancolie mais sans la tristesse .

« Des poux, on en a plein, une mère, on en a qu’une ! »

Philippe Claudel- Folio n°4357- 182 pages

Philippe Claudel est né en 1962. Il est l'auteur des Âmes grises (prix Renaudot 2003, Grand prix littéraire des lectrices de Elle en 2004, consacré meilleur livre de l'année 2003 par le magazine Lire, traduit dans près de trente pays), et de La petite fille de Monsieur Linh (Stock, 2005). Quelques-uns des cent regrets, initialement paru aux éditions Balland, a reçu le prix Marcel Pagnol en 2000.

dimanche 23 janvier 2011

Premier amour


Au début de l'été 1833, à peine âgé de seize ans, Vladimir rencontre l'amour pour la première fois dans la maison de campagne où il passe les vacances. Mais la belle jeune fille qui l'a ébloui, plus âgée que lui, forte et indépendante, va bientôt le réduire au désespoir... --Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre.

Qui ne se souvient pas de ses premiers émois ?

Vladimir est éperdument amoureux, pour la première fois. Et comme un amoureux transis à peine sorti de l’enfance, il ne voit rien, ou du moins pas tout de suite. La belle est capricieuse, séductrice, elle sait y faire avec les hommes, elle les fait tourner en bourrique, les met à ses pieds. Vladimir, est jaloux, terriblement jaloux. Il supporte assez mal de voir ses rivaux autour d’elle. Mais au fond que sait-il de son rival ?

Cette Zénaïda, est ce qu’on appellerait de nos jours une allumeuse, mais qui n’éteint pas !! J’avais envie de prendre Vladimir entre 4 yeux et le faire réagir un peu, lui dire de ne pas s’emballer. La morale sera sauve, Vladimir saura tourner la page, pour les autres la vie leurs sera plus cruelle

Sans m’avoir transportée, cette nouvelle m’aura, et ce n’est déjà pas si mal, remise sur le chemin des beaux mots, et des phrases joliment tournées, et, au final fait passer un agréable moment.J’ai apprécié la belle évocation de la campagne russe, imagée subtilement.

Ivan Tourgueniev-J'ai lu Biblio-96 pages

Challenge ABC/Babélio: 13/26 [ T ]

Challenge 26 auteurs-26 livres : 3/26 [ T ]

samedi 22 janvier 2011

Deux femmes


Dans l'East End, banlieue sinistrée du sud-est de Londres, le danger et la violence sont l'ordinaire. Susan y joue des seules armes dont elle dispose : l'humour et l'amour infini qu'elle porte à Barry, son mari, le caïd à la gueule d'ange. Mais Barry ne sait pas l'aimer, et la frappe à la moindre contrariété. Un soir, dans un acte désespéré, Susan lui fait éclater le crâne à coups de marteau. Sa seule certitude, c'est d'avoir protégé ses quatre enfants d'un monstre. Eux, au moins, lui auront échappé. On la transfère dans la cellule de Matilda Enderby, meurtrière elle aussi. Les destins de ces deux femmes vont se nouer à jamais. Personne n'aurait pu prédire quelles conséquences aurait leur rencontre...

J'en ai lu 70 pages........ Cette chose n'est pas un livre, mais un torchon.... et je pèse mes mots.

Pas une seule ligne n'est exempte de vulgarité. Le vocabulaire est d'une pauvreté indescriptible. Les livres Arlequin à côté sont de la poésie......Et il y a 700 pages comme cela.......avis aux amateurs!!!

Le sujet aurait pu être intéressant, si "l'auteur" n'y avait pas mis cette vulgarité, et cette trivialité dans son langage, et s'il n'y avait pas mis autant de voyeurisme, qui, à mon sens est contre productif.

Qu'un homme use de ce langage, passe encore, mais de la main d'une femme , cela m'est intolérable.

J'ai déjà eu des navets dans les mains, mais là cela dépasse l'entendement !!

Les distributeurs de films sont tenus de respecter une signalétique en fonction du contenu de l'œuvre; les éditeurs seraient bien inspirés d'en faire de même avec les livres qu'ils éditent, cela éviteraient au lecteur potentiel de se faire tromper sur la marchandise et d'acheter malgré lui la vulgarité qui d'ordinaire se trouve gratuitement dans le caniveau pour peu qu'on se baisse un tout petit peu pour la ramasser.

Bref une parution à éviter à tout prix, vous y perdrez votre argent et votre temps.

Martina Cole-Le livre de poche-727 pages

Lu dans le cadre de la lecture commune avec Partage-Lecture

jeudi 20 janvier 2011

Cette vie ou une autre


Lucy a quitté le lycée et sa famille pour suivre un professeur charismatique qui n'est peut-être pas celui qu'elle croyait, Miles recherche son frère jumeau disparu depuis dix ans et qui a sans doute causé la mort de leurs parents, le jeune Ryan est bouleversé d'apprendre la véritable identité de son père : trois personnages totalement étrangers les uns aux autres, et dont les destins viennent s'entre-mêler de manière vertigineuse. Comme dans un jeu de pistes, Dan Chaon, finaliste du National Book Award, établit des correspondances subtiles entre ces trajectoires, transformant peu à peu son récit en un véritable suspense psychologique, à la croisée des univers de David Lynch et de Don DeLillo. Une démonstration de virtuosité et d'audace littéraires sur l'érosion de l'identité dans un monde de plus en plus virtuel.

Je remercie les éditions Albin Michel et Bob pour m’avoir permis de lire ce livre, et par la même occasion de découvrir cet auteur

Le lecteur rentre dans ce livre sans qu’il soit fait de fioritures : 3 chapitres courts, qui exposent trois histoires, trois destins. Puis les chapitres prendront une longueur plus traditionnelle, qui, chacun racontera une des trois histoires, en « flash back ».

Bien qu’il s’agisse d’un roman, Dan Chaon écrit à la manière d’un thriller psychologique. Cela rend la lecture rapide, haletante, et met le lecteur en état de tension qui le pousse inexorablement vers la fin.

Trois personnages, qui n’ont rien à voir les uns avec les autres. Ils ont en commun un passé un peu chaotique, et une personnalité quelque peu perturbée, et fragile. Au fur et à mesure, l’auteur tricote ses personnages, dont on perçoit, subtilement et progressivement, que les destins ne sont pas si étrangers que cela. Et pour cela, je suis satisfaite de ce livre qui m’aura tenue jusqu’au bout…….mais……mais, la fin me laisse sur ma faim. En effet, je pensais à une résolution claire et nette…Et bien non !! Cela est resté confus pour moi. Je referme ce livre avec une question et alors quoi ?

Ce livre reste au demeurant agréable à lire, de part une écriture soignée, une présentation aérée, bien découpée, équilibrée, et astucieusement bien construit……si ce n’est la chute, à mon goût un peu expédiée, et en tout cas beaucoup trop ouverte pour moi.

Dan Chaon-Albin Michel-402 pages

Originaire du Nebraska, Dan Chaon est l'auteur de Parmi les disparus (Albin Michel, 2002) et Le Livre de Jonas (Albin Michel, 2006). Considéré comme l'un des meilleurs écrivains de sa génération, il a reçu, dans son pays, de nombreuses distinctions littéraires. Dan Chaon enseigne à Oberlin College, la prestigieuse université de Cleveland (Ohio), où il vit aujourd'hui.

lundi 17 janvier 2011

Casco bay


Sept ans après le mystérieux accident qui a effacé sa mémoire, Stoney Calhoun a repris sa paisible existence de guide de pêche, partagée entre la boutique de la belle Kate Balaban et sa cabane isolée dans les bois du Maine. Jusqu'au jour où, sur une île inhabitée de Casco Bay, il découvre un cadavre entièrement carbonisé. Peu de temps après, le client qui l'accompagnait est assassiné. Malgré ses réticences, Calhoun est entraîné dans l'enquête du shérif Dickman et ses vieux réflexes reviennent. Casco Bay, la deuxième aventure de Stoney Calhoun, nous emmène une nouvelle fois dans les paysages marins du Maine qui laissent peu à peu resurgir les fantômes d'un passé menaçant.

C’est paradoxal à dire, mais je viens de lire un polar tranquille, calme, reposant. Un vrai polar, car, il y a du cadavre, plusieurs même, et du suspense qui vous tient jusqu’au bout. Et pourtant, et c’est là tout l’intérêt de ce livre, c’est qu’on n’en sort pas à bout de souffle, exsangue, les doigts crispés aux pages, le cœur palpitant prêt à rompre……. Non, j’ai refermé ce livre, à regret, mais reposée, avec l’impression d’avoir pris un grand bol d’air marin, d’avoir profité de chaque parcelle de nature dont l’auteur livre de superbes descriptions.

Nos personnages sont eux aussi apaisant. Calhoun est le plus attachant. Je le vois comme un briscard un peu bourru au cœur tendre, retranché dans sa cabane , dont la première partie de vie lui échappe, et qui s’est refait une santé au vert, en organisant des sorties de pêche dans Casco bay. Son épagneul Ralph, le suit comme son ombre, son omniprésence dans le roman saute aux yeux. Dès les premières pages, j’ai remarqué la relation quasi charnelle, en tout cas filiale entre ce solitaire féru de musique et son chien. Un type qui aime son chien et la musique ne peut être qu’un type bien.

« Pour lui la musique n’était pas qu’un fond sonore, elle méritait qu’on l écoute, même avec une seule oreille valide.»

Mr Tapply prouve ici que polar et belle écriture ne sont pas incompatibles. Dans cette région loin du tumulte des rands villes, et de ses ban lieux agitées et mal famées, le langage y est soigné. Le rythme n’est pas le même non plus. On ne se précipite pas, on prend le temps de vivre, et de profiter de chaque instant. Le shérif Dickman, est un calme aussi, mais redoutablement efficace, et persuasif. L’enquête est menée au rythme de la nature, sans sombrer dans l’apathie ni la mièvrerie. Je n’aime ni la mollesse ni la lenteur, et je suis grée à l’auteur de m’avoir épargné l’ennui et le ronron grâce à savant dosage de beau, de suspense, de tendresse, d’adrénaline, et de dépaysement.

« A environ deux cents mètres, une volée d’oiseaux, des mouettes, des mouettes et des sternes, était apparue dans le brouillard humide là où, une minute auparavant, il n’y avait rien. Elles décrivaient des cercles, se regroupaient puis plongeaient vers l’eau grise, et d’autres oiseaux s’approchaient à tire-d’aile venant de toutes les directions. Leurs cris rauques et leurs piaillements remplissaient l’air et, juste au-dessous, Calhoun vit les éclaboussures et les remous provoqués par une centaine de féroces tassergals. Ils encerclaient un banc de petits poissons complètement paniqués, et les oiseaux s’étaient précipités pour récupérer les restes de chair ensanglantée. Là sous nos yeux, pensa Calhoun, c’est tout Darwin en condensé »

Il y a quelques mois, alors que mon avion, sur le point d’arriver, survolait le golfe du Maine, le temps était clair, la vue entièrement dégagée, et il se dégageait comme une impression de sérénité, vu d’en haut. Je me disais qu’il pourrait faire bon aller se reposer là, juste en dessous….. Mr Tapply , m’a juste rafraîchi la mémoire, et donné soudainement une envie d’évasion.

William G.Tapply- Gallmeister-290 pages

William G. Tapply est l'auteur d'une vingtaine de romans policiers, dont Dérive sanglante, le premier volet des aventures de Stoney Calhoun. Il collabore régulièrement à des magazines de pêche américains et enseigne la littérature à Clark University.Il est décédé en juillet 2009


samedi 15 janvier 2011

Le dernier mort de Mitterrand


Le 7 avril 1994, François de Grossouvre se suicide dans son bureau, au cœur du Palais de l'Élysée, à deux pas de François Mitterrand dont il a été l'un des plus fidèles compagnons de route. Grossouvre, aristocrate maurrassien engagé dans la Résistance, industriel entretenant des réseaux en Afrique, ancien membre des services spéciaux, n'était plus le séducteur élégant, le financier des campagnes électorales, mais un homme amer, un ami déçu. Pourquoi ce ministre de la vie privée de François Mitterrand, parrain de Mazarine, a-t-il décidé d'en finir ? Pourquoi voulait-il dénoncer à la presse et à la justice les dérives d'une mitterrandie crépusculaire ? Le Dernier Mort de Mitterrand est une réflexion sur le pouvoir, c’est aussi le roman d'une amitié amoureuse, au-delà des intrigues courtisanes.

Je tiens à remercier chaleureusement Babélio et les éditions du Livre de poche pour m’avoir permis de lire cet ouvrage dans le cadre de la masse critique Babélio.

L’affaire avait fait grand bruit à l’époque…….. Un mort à l’Elysée, un conseiller, ami du Président se suicide au Château !!!! Cela fait vraiment désordre ; et cela rallonge, un peu plus la liste des « affaires » qui ont émaillé les deux septennats.

Raphaëlle Bacqué ne nous présente pas une enquête, mais plutôt un portrait de celui qui fut l’ami du Président, un de ses plus proches conseillers, mais surtout celui avec lequel le Président partageait un secret qui porte le nom de Mazarine.

Dans un style journalistique, donc clair et concis, l’auteur évoque un parcours bourgeois, ombrageux d’un homme tombé sous le charme du Président au point de mettre très tôt en œuvre tout un système visant à protéger au mieux ses petits secrets, et qui petit à petit tombe en disgrâce.

Férue d’actualité, et de politique, je ne découvre pas grand-chose. En revanche c’est amené d’une manière telle que cela se lit tel un roman. Le personnage en question dont, par contre, je n’avais qu’un tout petit aperçu, est bien abordé, et, la rédaction est bien agrémentée de déclarations des divers protagonistes…………et parfois cela fait froid dans le dos.

Raphaëlle Bacqué dresse, sans complaisance, le tableau des années Mitterrand, l’esprit de cours, les « affaires », le mode de vie assez peu en adéquation avec le discours officiel.

« Aucun journaliste, au grand jamais, n’est invité. François Mitterrand l’a interdit expressément ; le peuple de gauche ne goûterait pas de découvrir dans son journal une démonstration si éclatante de cette survivante monarchique au cœur de la République » (à propos des Chasses Présidentielles somptuaires dont était chargé Mr de Grossouvre)

Raphaëlle Bacqué-Le livre de poche-192 pages

Raphaëlle Bacqué, dont l’œuvre a déjà été récompensée par plusieurs prix, est journaliste au Monde depuis 1999. Elle est également l’auteur, entre autres, de Seul comme Chirac, La Femme fatale et L’Enfer de Matignon.

jeudi 13 janvier 2011

On dirait presque le paradis


Lemuel Sears mène une vie paisible à Manhattan. Conscient de son vieillissement, il vit dans la crainte de ne plus jamais connaître l'amour. Un jour, il se rend dans la petite ville de Janice pour patiner sur l'étang et découvre que celui-ci est utilisé comme dépotoir. Révolté, il entame une procédure judiciaire pour rendre à Janice son paysage bucolique. Entre politiciens véreux et mafiosi, Lemuel Sears croisera la route de femmes et d'hommes à la recherche, comme lui, d'un peu de beauté.

Je remercie Livraddict et les éditions Folio pour m’avoir permis de lire un auteur jusque là inconnu pour moi.

Cette lecture, dont j’attendais certainement trop est décevante. En effet, au regard de la 4ème de couverture, je m’attendais à quelque chose d’assez écologique, à une immersion en pleine nature.Or ça n’est pas tout à fait cela, en tout cas à mes yeux.

Je me suis un peu perdue dans ces deux familles. L’intrigue amoureuse qui ne dit pas son nom, tourne un peu en rond.

Et l’étang devenu une décharge publique, dans tout cela ? J’ai trouvé que le sujet était traité très succinctement, un peu à la va vite ; comme si finalement on savait déjà que l’affaire est entendue, et qu’on l’expédie.

Et pourtant la lecture en elle-même n’est pas désagréable. Le style est simple, quoiqu’un peu confus. Les moments poétiques ne manquent pas dans les descriptifs. L’humour ne manque pas non plus. Mais vous l’aurez compris, cela ne suffit pas à assouvir ma faim. En refermant le livre, je reste, en effet sur cette faim de grands espaces, de nature, de combat pour la préserver.

Je ne connaissais pas cet auteur, qui a bonne réputation, surtout dans la nouvelle. Je ne regrette pas de l’avoir lu, le livre est court. En revanche, je n’ai pas spécialement envie de poursuivre avec cet auteur.

John Cheever-Folio-132 pages


mercredi 12 janvier 2011

D'un autre monde


1914. Appelés sous les drapeaux, les hommes de la famille Kergalin sont arrachés à leur maison et à leur Bretagne natales. Ils reviendront blessés ou traumatisés et, désormais, pour eux comme pour les femmes qui ont dû s organiser en leur absence, rien ne sera plus comme avant ...

Vaste fresque éclairant notre temps, D un autre monde fait vivre plusieurs générations emportées dans le siècle par les grondements de l histoire. Affrontant le fracas des guerres et les assauts de la modernité, héros ou lâches, tour à tour jouets et maîtres de leur destin, les Kergalin nous touchent, comme s ils étaient les membres de notre propre famille.

Durant la lecture ce livre, j’ai « vécu » littéralement avec les Kergalin, dans cette région de Bretagne que je ne connais pas, mais qui m’a paru pourtant si familière.

Si j’ai pu me glisser dans cette famille, c’est qu’au fond, malgré son histoire bien à elle, malgré ses non dits, et ses secrets, c’est parce qu’au fond chacun peut s’y retrouver à un moment ou à un autre.

Madame Crozon met l’accent sur les évènements tragiques de ce siècle, pour donner à ses personnages toutes leur profondeur ; et ainsi démontrer que chacun d’eux, et donc nous, est le fruit non seulement de ses ancêtres, mais aussi de l’empreinte laissée par les conflits, les rapports sociaux et religieux de l’époque.

Chaque génération est marquée par « sa »guerre, et donne à la génération suivante son bagage à porter.

A chaque malheur, à chaque tragédie, arrive aussi son lot de joie et de réjouissances, comme pour mieux souligner le mouvement perpétuel des générations, e renouvellement presque systématique ; la vie qui reprend toujours le dessus quoiqu’il arrive.

Parmi les membres de cette famille qui à l’arrivée finit par être conséquente, et disséminé aux quatre coins du monde, il en est certains qui ne sont pas passés inaperçus.

D’abord, il y a Etienne ; l’exemplarité même cet homme. Un homme qu’on aimerait avoir rien que pour soi tant il est droit et profondément humain.

Madeleine, l’infirmière rebelle, en avance sur sont temps, et qui paiera cher pour tout cela. Madeleine et le réveil de l’engagement humanitaire, sa révolte contre la misère.

Emilienne, la « douairière », qui voit défiler les conflits, qui voit son monde changer, s’écrouler parfois. Emilienne qui résiste.

« Qu’un homme ne revienne pas de la guerre, c’est insupportable encore que comprhensible, mais une femme, une mère, ma fille… »

André, qui revient de loin, qui en a vu, enduré. André le dur, le replié. Mais au fond, , il a peut être ses raisons d’être ainsi.

« Je me suis engagé comme on s’exile, pour en finir avec les masques. »

Pauline, c’est l’avant dernière génération, c’est elle qui va faire la transition entre deux mondes, l’ancien et le nouveau. C’est elle qui va défricher les archives familiales, et va aller de découverte en découvertes, pour comprendre ou du moins éclairer certaine situations et certains comportement.

L’épisode Pauline est complexe : non seulement elle fait l’objet d’un long développement, et comme rien n’est jamais simple dans une famille, Pauline aura un autre visage…….

Je serais incomplète, en oubliant un personnage qui n’en est pas tout à fait un stricto senso, mais qui au même titre est le pilier de cette famille : c’est La Maison. Le domaine qui comme chaque personnage, s’adapte à son temps, à son usage. Cette maison, est la mémoire de la famille. Elle est le point de ralliement, le point d’ancrage de chacun. C’est en son cœur, que la plupart du temps, les secrets se délient…Cette maison est le théâtre des jours heureux, mais hélas aussi des drames ; les obsèques d’Alice en particulier.

C’est une écriture fluide, des chapitres aérés et de bonne longueur, qui ont contribué à rendre la complexité et le nombre de personnages plus compréhensible, et, de ce fait, en faire une lecture extrêmement agréable.

Claude Crozon-Robert Laffont-480 pages

Claude Crozon est psychanalyste. D'un autre monde est son premier roman.

vendredi 7 janvier 2011

Une vie après l'autre


D'incidences en coïncidences se forgent d'improbables destins : celui de Gabrielle aura été de rencontrer, un soir de décembre 1982, Lila von Haffen, pianiste classique adulée. Leurs existences vont s'imbriquer en dépit de l'empreinte que nulle gloire, nul génie, nul talent n'effacera. De cette étrange nuit où chacune se trouve dans l'attente d'un événement indéfini, la première va s'enfermer dans sa destinée tandis que la seconde s'en délivrera par le suicide. Vingt ans plus tard, Gabrielle entre en possession d'une correspondance signée de la main de la virtuose. Elle se lance alors sur ses traces, à travers l'Europe jusqu'en Argentine. Ce voyage la conduira à accepter son destin cristallisé en la personne de Lila von Haffen...

J’avais déjà tenté une première approche de cet auteur avec les années d’innocence, livre qui ne m’a pas laissé de souvenir notoire, si ce n’est le caractère brouillon du récit……

Malheureusement, pour moi, je constate la même chose dans ce livre là. C’est compliqué, embrouillé. En tout cas je m’y perds entre les lettres, les souvenirs de Gabrielle, et ce qu’elle vit au présent.

J’ai beaucoup de mal à comprendre ce qui se déroule sous mes yeux.

Qui est ce Lucas qui arrive p 64, comme cela sans les présentations d’usage ?

Il me semble qu’en réalité j’ai choisi ce livre pour de mauvaises raisons. En effet, c’est la musique, et Chopin qui m’ont attirée. Mais, même si il y a tout cela dans le récit, ça n’est que secondaire, et que prétexte. L’auteur veut nous parler d’autre chose que je ne perçois pas. Alors musicalement je suis frustrée, et je passe complètement à côté de ce qui est certainement un bon livre, mais visiblement pas pour moi.

Frankie Ventana-Kyklos-178 pages

Challenge ABC/Babélio : 12/26 [V]

Challenge 26 auteurs/26 livres: 2/26 [V]

jeudi 6 janvier 2011

Maria


Les Vosges sous l'occupation nazie. Maria est institutrice. D'une beauté saisissante, elle coule des jours insouciants avec son mari, Jean, patron du bistrot du coin. Lorsque les maquisards viennent la chercher à l'école devant ses élèves, ils promettent de la ramener bientôt, que tout ira bien… Commence alors le calvaire de Maria. Un calvaire qui durera toute sa vie. Car voilà : Jean est un traître, un collabo, et beaucoup sont morts par sa faute. Pour l'avoir aimé, Maria sera battue, torturée puis violée, avec à jamais gravé en elle la disgrâce et la cruauté de ceux que la France élèvera bientôt au rang de héros. Elle n'en parlera à personne. Cinquante ans plus tard, un jeune homme arrive dans cette vallée par une nuit neigeuse. Il vient rendre visite à l'une des pensionnaires de la maison de retraite. La voix fatiguée d'une conteuse sur les ondes d'une radio locale l'accompagne dans son périple nocturne. Pour ses auditeurs, elle évoque l'histoire de ces terres où gèlent les eaux de la Moselle. Les fantômes du passé planent sur son récit. Avec Maria, Pierre Pelot revient à sa géographie intime, honorant, dans cette langue percutante et sensible, la mémoire d'une région aussi écorchée que son personnage. Alors que la neige fond et devient boue, visages des résistants et des nazis se confondent. Un roman entre drame intimiste et thriller historique, aux paysages blancs issus d'Un roi sans divertissement de Jean Giono.

Elle nous parait bien frêle la Maria , comme on dit chez nous en Lorraine, elle parait comme une petite chose , perdue au fond de la Montagne vosgienne , malmenée par ses semblables, et ce ne sont pas forcément ceux qu’on croit qui sont les méchants…..Et pourtant, elle ne dira rien….elle assumera, comme on dit maintenant, vivra sa vie cahin caha, sans se plaindre. Du fond de sa maison de retraite, elle raconte sur une station radio locale sa Lorraine, dont les propos, en italique, viennent couper ce court mais intense récit de Pierre Pelot, fin connaisseur des lieux puisqu’il y est né, comme pour mieux laisser aller le lecteur dans ce bout de Lorraine, et pour laisser planer encore un peu le mystère…..car mystère il y a , forcément……….

Un récit rude comme la vie d’autrefois dans ces vallées reculées des Vosges , avec l’accent de là –bas, s’il vous plait, ça fait plus vrai, et plus rustique.

Mais qu’on ne s’y prenne pas, elle a beau ne rien avoir dit du tout, elle se souvient de tout, la Maria. Et croyez moi, on a rancune tenace, dans le pays ; parole de demi-vosgienne……

« Il ne savait rien de la région. Ça ne lui était jamais venu à l’esprit qu’on pût y vivre. (…) Quelques clichés, bien sûr, à se mettre sous la dent, pas mieux. La ligne bleue des Vosges, les bucherons vosgiens, la Bête des Vosges, l’affaire Grégory……….Comme des sortes d’accrocs dans un paysage lisse de montagnes rondelettes couvertes de sapins. »

Je remercie chaleureusement Bob et les éditions Héloïse d’Ormesson qui m’ont permis de lire un auteur Lorrain que je ne connaissais pas encore, et dont je suivrai le travail.

Pierre Pelot-Héloïse d'Ormesson-128 pages

Né en 1945 à Saint-Maurice-sur-Moselle où il vit toujours, Pierre Pelot a signé plus d’une centaine de livres, du polar à la SF. Il est l’auteur notamment de L’Été en pente douce, C’est ainsi que les hommes vivent (prix Erckmann-Chatrian), Méchamment dimanche (prix Marcel Pagnol), L’Ombre des voyageuses (prix Amerigo Vespucci) et La Montagne des bœufs sauvages.