dimanche 27 février 2011

Maison des autres


Grand admirateur de James et de Conrad, D'Arzo sait bien que les moments essentiels sont ceux où " il ne se passe rien ". Mais ce rien engendre ici une prose tendue et scandée où chaque mot semble arraché à la plus secrète réticence. La douloureuse question que la vieille femme de Maison des autres, après maints détours et lapsus, pose au prêtre d'un village perdu de l'Apennin émilien ne peut avoir de réponse. Dans un univers minéral et désolé que rythme le retour obsédant des saisons et des gestes, à peine troublé par le drame indicible qui fait le livre, elle renvoie chaque lecteur au profond de lui-même.
Un petit village dans la montagne où il ne se passe rien, où la vie s’écoule jour après jour…tel est le décor de cette petite nouvelle. Un curé vit au rythme de ses habitants, des clarines, des chiens qui aboient dans la nuit, des enfants du village, des morts qu’il faut enterrer.
« A cet instant on entendit, là dehors, un bruit de clarines de bronze, un bruissement comme de luzerne et d’eau qui envahissait la rue toute entière et un nombre infini de légers piétinements et de bêlements. »
La vie pourrait continuer ainsi s’il n’y avait pas cette question soudaine d’une vieille du village au prêtre………question à laquelle il ne répondra pas .......lâcheté, honnêteté ?
La solitude de l’homme d’église en général est mise en en lumière ici .Tel le commun des mortels, face aux grandes interrogations, il est face à lui même, sans réponse, livré à sa propre conscience, à ses propres doutes.
Une courte nouvelle à lire, à relire, parce qu’elle ne livre certainement pas toutes ses richesses au premier abord.
Silvio d'Arzo-Verdier-86 pages ( existe en poche chez Rivages)
Silvio d’Arzo (Enzio Comparoni) est né à Reggio Emilia en 1920. Il y est mort en 1952, sans en être jamais vraiment parti. Il déserta de l'armée en 1943 parce qu'il n'aimait pas le fascisme. Et c'était un grand admirateur de Henry James, de Conrad et de Stevenson.

samedi 26 février 2011

Anaïs


Libre et fière de sa beauté, fille mère indifférente à son enfant et maîtresse effacée d'un homme marié plus âgé qu'elle, Anaïs est une femme qui, de reculs en renoncements, traverse avec nonchalance la seconde moitié du XXe siècle. Mélancolie douce-amère et dérive des sentiments rythment ce récit polyphonique dans lequel les voix des personnages nous rapprochent peu à peu de l'héroïne. Porté par une écriture d'une sensibilité rare, Anaïs est un roman initiatique déchirant et cruel.
Ce livre se lit comme un rien, son écriture y est ciselée et précise .L’auteur, dont c’est ici le premier roman, a choisi de faire parler plusieurs narrateurs, pour nous présenter Anaïs, comme s’il voulait, finalement ne pas trop la mettre en avant, comme son héroïne qui tout au long de sa vie ne n’est pas mis en avant, mais au contraire a tu ses amours, ses désirs, pour se faire aimer de tous ceux qu’elle a aimé. Elle en délaissera pour cela son fils, né alors quelle était très jeune.
Si l’histoire n’a pas, en elle-même un intérêt capital, elle n’en reste pas moins émouvante devant Anaïs qui se sacrifie à chaque fois pour garder auprès d’elle, si ce n’est qu’un tout petit peu, l’homme qu’elle aime sans obtenir en retour l’amour et la présence tant désirée.
Des hommes qu’elle aura côtoyé sa vie durant, un seul s’intéressera vraiment à elle, mais il est déjà trop tard. Les autres auront profité d’elle, aimé sans doute mais à leur façon, sans ne jamais renoncer à rien, ou, pour d’autres avec la lâcheté et le cynisme en plus.
Je remercie chaleureusement Bob et les éditions l’Editeur pour m’avoir permis de lire cet ouvrage.
Michaël Colledo-l'Editeur(janvier 2011 )-221 pages
Michaël Collado est né dans le Var en 1973. Après une thèse consacrée à l'auteur mexicain Paco Ignacio Taibo II, il a enseigné l'espagnol en France et aux Etats-Unis. Désormais fixé en Afrique du Sud, il consacre l'intégralité du temps libre que lui laisse l'enseignement à l'écriture. Anais est son premier roman.

lundi 21 février 2011

Le coeur régulier


" Vu de loin on ne voit rien ", disait souvent Nathan. Depuis la mort de ce frère tant aimé, Sarah se sent de plus en plus étrangère à sa vie, jusque-là " si parfaite ". Le coeur en cavale, elle s'enfuit au Japon et se réfugie dans un petit village au pied des falaises. Nathan prétendait avoir trouvé la paix là-bas, auprès d'un certain Natsume. En revisitant les lieux d'élection de ce frère disparu, Sarah a l'espoir de se rapprocher, une dernière fois, de lui. Mais c'est sa propre histoire qu'elle va redécouvrir, à ses risques et périls. Grâce à une écriture qui fait toute la place à la sensation, à l'impression, au paysage aussi bien intérieur qu'extérieur, Olivier Adam décrit les plus infimes mouvements du coeur et pose les grandes questions qui dérangent.
Avec une écriture, et un style légers, et fluides, ce livre se lit tout seul, sans effort malgré le climat de gravité qui y règne.
Olivier Adam se met dans la peau d’une femme, qui assommée de chagrin à la mort de son frère, quitte mari et enfants pour se réfugier au Japon pour tenter d’y trouver des réponses. Dans un va et vient continu, le lecteur rentre progressivement dans l’intimité de cette familiale et professionnelle de Sarah, deux mondes avec leurs rudesses et leurs cicatrices qu’ils laissent insidieusement.
C’est plutôt un roman d’atmosphère, où l’on palpe plus les choses qu’elles ne sont clairement dites. Le paysage y occupe une large place, notamment au Japon, où j’imaginais assez bien quel pouvait être le lieu où Sarah s’est refugiée pour comprendre ce frère qui n’avait pas voulu, ou pu suivre le même chemin. Qu’a-t-il pu trouver au bord de ces falaises, en compagnie de Natsum ?
Sarah parviendra t-elle à comprendre, à cicatriser ?
Il y a beaucoup de souffrance, de non dit, sans que cela en soit étouffant.Le voyage sera pour elle une renaissance, une prise de conscience par rapport à sa propre vie de routine, presque tracée d’avance qui au fond l’étouffait un peu sans oser s’en détacher.
« Vu de près, pris dans le cours ordinaire, on ne voit rien de sa propre vie. »
« Si j’avais une chose du monde de l’entreprise, et du travail en général, c’est qu’on y tolère mal les faibles, que toute faille doit y être camouflée, toute fragilité niée, toute fatigue combattue et oubliée, qu’une part non négligeable de nous même doit être laissée au vestiaire comme un costume qu’on enfilerait qu’une fois le soir venu »
« C’est même pour cela que je l’ai épousé, je crois. Parce qu’il était gentil, pondéré, rassurant, raisonnable et fiable, et parce que j’aimais qu’il soit tout ça. Parce qu’il me tenait à la surface, me maintenait au-dessus des flots. Parce qu’à force d’avoir les pieds si fermement ancrés sur terre, il m’empêchait de glisser. »
Olivier Adam-Edition de l'Olivier-232 pages
Olivier Adam est né en 1974. Après avoir grandi en banlieue et vécu à Paris, il s’est installé à Saint-Malo. Il est l’auteur de nombreux livres dont Passer l’hiver (Goncourt de la nouvelle 2004), Falaises, À l’abri de rien (prix France Télévisons 2007 et prix Jean-Amila-Meckert 2008), Des vents contraires (Prix RTL/ Lire 2009).
Challenge 26 auteurs/26 livres: 8/26 [A]
Challenge ABC/Babélio: 15/26 [A]

samedi 19 février 2011

Carmen (Georges Bizet)

Opéra en quatre actes sur un livret de Ludovic Halevy et Henri Meilhac, d’après la nouvelle éponyme de Prosper Mérimée. 
Mise en scène : Carlos Wagner. Décors : Rifail Ajdarpasic. Costumes : Patrick Dutertre. Lumières : Fabrice Kebour. Chorégraphie : Ana Garcia.
 Avec : Isabelle Druet, Carmen ; Chad Shelton, Don José ; Chang Han Lim, Escamillo ; Claudia Galli, Micaëla ; Pascale Baudin, Frasquita ; Sylvia De La Muela, Mercédès ; Olivier Grand, Le Dancaïre ; Julien Dran, Le Remendado ; Jean-Vincent Blot, Zuniga ; Philippe-Nicolas Martin, Moralès.
 Chœurs de l’Opéra National de Lorraine (chef de chœur : Merion Powell). 
Chœurs de l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole (chef de chœur : Jean-Pierre Aniorte). Chœur d’enfants spécialisé du Conservatoire à Rayonnement Régional de Metz Métropole « Gabriel Pierné » (direction : Annick Pignot-Hœrner). 
Ballet de l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole.
 Orchestre Symphonique et Lyrique de Nancy, direction : Claude Schnitzler. 


Hormis le plaisir évident de pouvoir articuler pratiquement tout l'opéra , parce que je le connais presque par coeur, et que j'ai à chaque fois un souvenir ému d'avoir participer il y a un bail aux chœurs de Carmen avec Migenes Johnson; la soirée fut un régal.

Le décor, assez sombre, unique, mais modulable. La couleur était apportée par les lumière, et le tulle rouge dans la robe de Carmen. La couleur des costumes était à dominante noire, excepté les uniformes des brigades, en bleu, et la robe de Michaela. La touche de couleur, était aussi dans la danse, avec un bel effort de ce côté là.
Mais surtout c'était la couleur du timbre de Carmen: chaud, rond, de beaux aiguës qui restaient dans la tonalité.

Un confort d'écoute, puisque la qualité de diction exemptait l'auditeur (en tout cas pour ma part) d'utiliser les sous-titres, sauf pour ce pauvre Escamillo, à la prononciation approximative ( il est d'origine asiatique, alors je ne le blâme pas complètement).

Un bravo au choeur d'enfants; ces même enfants avec tout le sérieux, mais également leur fantaisie pour apporter une touche d'humour à l'ensemble.

Un moment magique, qui a filé si vite, que j'aurais bien recommencé. Les représentations sont archi complètes.....pas moyen de prendre une piqure de rappel. Les collégiens étaient là, avec leur professeur de musique: fruit d'un partenariat rectorat/opéra pour que chaque collégien aille au moins une fois dans cette Maison, pour y découvrir ce qui s'y passe, pour leur montrer "autre chose", titiller leur curiosité.

Je n'oublie pas don José, époustouflant, et Michaela très applaudie



jeudi 17 février 2011

Dérive sanglante




Suite à un improbable accident de montagne qui lui a fait perdre la mémoire, Stoney Calhoun est un homme sans passé. Cinq ans après avoir quitté l'hôpital, une confortable somme d'argent en poche, il a refait sa vie dans le Maine et coule des jours paisibles entre la boutique de pèche ou il travaille et sa cabane enfouie au cœur des bois. Jusqu'à ce que son meilleur ami disparaisse. Calhoun se lance alors sur sa piste et accumule les découvertes macabres. Au fur et à mesure, il se découvre d'inattendus talents d'enquêteur- qui vont le confronter aux fantômes de son passé. Première aventure de Stoney Calhoun, Dérive sanglante nous promène à travers les paysages idylliques et chargés d'histoire du Maine, jusqu'à un final aussi violent qu'étonnant.
J’ai fait connaissance il y a quelque temps de Stoney et Ralph avec Casco bay, et ce fut un délisse. Le regretté Mr Tapply n’en était pas à son premier coup d’essai, puisque Dérive sanglante est le premier volet des aventures de Calhoun. Je fais donc le voyage un peu à l’envers ; ceci n’a aucune incidence.
Nous sommes à nouveau dans ce décor bucolique du Maine, la forêt, les rivières, la pêche. Tapply nous présente son personnage principal, un homme sans mémoire, en tout cas officiellement, qui s’est installé là, tel un ermite, dans une cabane isolée, avec Ralph son fidèle compagnon à quatre pattes.
Je l’apprécie, ce Stoney, bourru, un peu ours mal léché, qui accueille les inconnus avec la carabine au point, mais mélomane à souhait, amateur de belle littérature fidèle, et dur au cœur tendre.
S’il est arrivé dans sa cabane pour y trouver le calme et le grand air, il ne va le rester bien longtemps. Il suffira que son meilleur ami, guide de pêche comme lui, disparaisse un beau jour, pour qu’il se mette en tête de tirer les choses au clair. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ne sera pas au bout de ses peines ; les choses ont beau s’écouler au rythme de la nature, sans précipitation, le livre ne manque pas d’action. C’est tranquille, mais pas mou ; il n’y a pas de démonstrations macabres, mais c’est viril. C’est sur ce point que je suis en désaccord sur la quatrième de couverture qui à mon sens y va un peu fort.
Mr Tapply, nous fait encore une fois la démonstration, que policier, ne veut pas dire grossièreté, ni langage châtier. Bien au contraire, il se fait un plaisir de mettre du lyrisme dans son écriture. La nature est omniprésente ; le lecteur vit en communion avec elle ; ici la forêt nous livre ses odeurs, ses bruissements, ses secrets aussi …….mais pour cela il faudra lire !!!
Mr Tapply ayant eu la mauvaise idée de nous quitter trop tôt, hormis Dark Tiger, qu’il me reste à découvrir, ne nous livrera plus ses superbes histoires…à mon grand regret.
Autre petite remarque, le titre original Bitch Creek, me paraissait plus adapté à ce livre que la traduction donnée pour l’édition française.
William G.Tapply-Gallmeister-267 pages
William G. Tapply est l'auteur d'une vingtaine de romans policiers dont Dérive sanglante et Casco Bay, les deux premiers volets des aventures de Stoney Calhoun, ainsi que de plusieurs livres consacrés à la pêche. Il est mort en 2009, alors que DarkTiger s'apprêtait à sortir aux Etats-Unis.
Lu dans le cadre du Challenge "Nature writting" de folfaerie



mardi 15 février 2011

L'héritière de Jacaranda


À la mort de Jock Witney, tyran domestique à la tête du plus grand vignoble d'Australie - le Domaine de Jacaranda -, sa famille se rend compte que les affaires vont en réalité très mal. Quand un groupe français fait une offre de rachat des plus alléchantes, les membres du clan s'entredéchirent.
Cornelia, la veuve de Jock, âgée de 90 ans, refuse catégoriquement de vendre. Elle aimerait convaincre Sophie, sa petite-fille, la prunelle de ses yeux, que la propriété familiale peut être conservée.
Dans ce but, Cornelia l'entraîne à l'autre bout de l'Australie, dans la vallée de Hunter, sur les traces de ses ancêtres. Elle profite de ce voyage pour lui narrer l'épopée familiale.
Du Sussex des années 1830 à l'Australie moderne, Tamara McKinley retrace la vie d'une famille de pionniers, marquée par de lourds secrets, des déchirures et une malédiction... Sophie saura-t-elle la briser pour réconcilier les deux branches de la famille et sauver le domaine ?
Ce livre, je l’ai croqué avec gourmandise, délectation, et abnégation. Je ne connaissais l’auteur que de nom, sans avoir l’occasion de la lire jusqu’à maintenant. Je reviendrai vers elle avec grand plaisir.
Comme à chaque fois, je suis captivée par les histoires familiales compliquées ; celles qui comportent ses secrets, ses vilains petits canards, son homme providentiel (ici il faut regarder du côté des femmes), et comble du bonheur nous sont racontée ne manière non linéaire, en mêlant le passé et le présent, presque à l’insu du lecteur. Que du bonheur !
L’invitation au voyage est puissante. L’auteur, Australienne de naissance, y situe en grande partie son action, et, par un jeu subtil de retour sur le passé nous renvoie dans la vieille Angleterre, la mère Patrie, avec ses us et coutumes de l’époque qui à chaque fois me révoltent.
« Tu ne le regretteras pas, Gilbert. Tu seras maître en ta demeure, Roses est la domestique d’Isabelle et sera à ta disposition quand ton estomac réclamera de la viande et non du pain perdu. Qui te reprochera de prendre une maîtresse ? C’est une tradition chez les hommes mariés, tu sais. » (C’est la mère de Gilbert, une Lady, qui s’exprime ainsi devant son fils…)
Je dirais que c’est un roman féminin, car beaucoup de femmes constituent les personnages principaux, et c’est à elles que revient la puissance de décision, la force, le caractère, l’esprit de révolte dans le bon ou mauvais sens ; les hommes y étant présentés sous un angle plus péjoratif.
J’ai beaucoup aimé ce long retour aux sources, que Cornelia entreprend avec sa petite fille Sophie. Chacune a de bonnes raisons de le faire, aussi bien à titre individuel que dans l’intérêt de la famille et de l’entreprise familiale. Sophie est de retour au pays après un divorce, les affaires familiales vont mal, très mal, la famille se déchire, Cornelia a 90 ans, et se sent au seuil de sa vie, et voudrait solder certains comptes pour mieux préparer l’avenir. J'aurais aimé en avoir au moins une comme elle...
« Après tant d’années de silence, elles souhaitaient peut-être combler la brèche et ramener un peu de vie dans les vignes en déclin. Elle pariait gros mais il le fallait si elle voulait sauver l’héritage de sa petite- fille. Si elle échouait, ce serait la victoire de Jock depuis l’au-delà. »
Elle m’a plu cette grand-mère qui pleine de tendresse, d’amour déploie une énergie folle pour mettre Sophie ne refasse pas les mêmes erreurs qu’elle par le passé.
Et puis il y a ces secrets, la malédiction, les haines familiales, les révélations. Tout cela sera révélé, distillé intelligemment, tout au long de ce roman à l’écriture agréable, dynamique, et entrainante. Une fois ouvert se livre se referme difficilement jusqu’à ce que la paix revienne, et que nos personnages redonnent du sens à leur vie.
Je remercie infiniment les éditions de l’Archipel et Bob pour m’avoir permis de recevoir, de lire, et surtout de savourer ce livre.

Tamara McKinley-L'Archipel-368 pages
Née à Launceston (Tasmanie), Tamara McKinley est encore enfant lorsqu’elle émigre en Grande-Bretagne, où elle est inscrite dans un pensionnat de jeunes filles du Sussex. Après avoir écrit des thrillers psychologiques, elle signe des sagas à succès, dont La Dernière Valse de Mathilda, Eclair d’été et Le Chant des secrets (L’Archipel, 2005 à 2009). Mère de trois enfants, Tamara McKinley vit sur la côte Sud de l’Angleterre, mais retourne souvent dans son pays natal, pour y puiser l’inspiration de ses romans.

dimanche 13 février 2011

Pour l'amour du père




Quand elle était enfant, le père a dit Alice : « Si tu as de la chance avec toi, tout ce que tu entreprendras réussira… »Cette phrase a obsédé Alice comme une énigme qu’il faut résoudre. Elle est de venue avocate. Mais a-t-elle réussi sa vie ? Avec ses sœurs, le temps a été impitoyable. Juliette est veuve. Edmée, mal mariée, lit des romans-photos se lance avec passion, dans une liaison avec un étudiant de 18 ans. Leurs enfants sont en pleine révolte. Comme l’avait été Sassou, la quatrième sœur, Sassou que le père a chassée. Depuis, personne n’a eu de ses nouvelles. Est-elle morte ? Est-elle encore vivante ? Lorsqu’ils ont quitté la Tunisie, trente ans plus tôt, un mince anneau d’or, l’alliance du père, a été empochée par un douanier. Et l’histoire qui nous force à répéter les gestes anciens poussera Edmée à donner à Alice son alliance et sa bague afin qu’elle les vende.
Comment s’affranchir du passé sans renier l’amour du père ?
Ceci est mon troisième roman de Chochana Boukhobza ; il précède 6 ans auparavant sous les étoiles, l’avant dernier. Si dans celui-ci, la plume est moins travaillée que sous les étoiles, et le troisième jour, on retrouve bien cette manière à la fois simple et complexe de dire les choses avec des mots simples, des phrases courtes, rendant le tout très efficace.
On y retrouve les thèmes communs à savoir la transmission, l’héritage familial immatériel, l’exil.
La fin du roman est largement ouverte. Nous suivons le parcours de vie de 4 sœurs, venues avec leur père en France. L’exil commençait. Des 4 sœurs nous n’en verrons que 3, mais la quatrième nous n’aurons que des bribes d’informations. D’ailleurs personne ne sait ce qu’est devenue Sassou. Et c’est bien là le drame. Elle hante tout le monde, mais personne n’en parle. D’ailleurs, chacun a sa version de l’histoire.
«Il pleure en parlant. Il s’essuie les joues, mais les larmes coulent sans qu’il puisse les retenir. Il dit qu’il l’avait prévenue, le seul nom de Sassou, c’est comme une écharde dans les yeux. »
Et si c’était Sassou qui pouvait faire revenir un peu de bonheur dans cette famille écorchée ?
Il y a bien un frère, mais lui, est parti gagner sa vie dans Kibboutz. Il est loi, et revient peu.
Les trois sœurs ont eu des vies différentes, on fait leurs choix, plus ou moins malheureux. Le père les aime, mais comme beaucoup d’hommes, ne dit rien, puis que c’est évident. Il a du mal à comprendre les chemins de chacune d’elles. De leur côté elles souhaitent vivre à leur façon, mais comment ne pas trahir l’héritage familial ? Comment garder le cap, tout en prenant une direction différente ?
Il n’y a pas de réponses, que des amorces, c’est en cela que j’y ai vu une fin ouverte. Cependant, les personnages évoluent, et s’ouvrent au dialogue, se laissent aller, le père s’autorise à parler de leur mère, très tôt disparue tout en restant énigmatique.
« L’amour que j’ai eu pour ta mère m’a couté deux filles. »
Chochana Boukhobza-Seuil-188 pages

Le mystère Napoléon


Lors de sa mort en 1821 à Saint Hélène, Napoléon emporta dans sa tombe bien des secrets. Durant ses années de conquête, il avait en effet mis la main sur de nombreuses richesses mais aussi sur des archives occultes. En particulier celles du Vatican et des Chevaliers de Malte. C'est à la quête d'un des secrets de l'Empereur, peut-être le mieux gardé, que se lance cette fois Cotton Malone. Pour quelles raisons Napoléon a-t-il, peu de temps avant sa mort, demandé à son fidèle serviteur Saint Denis de remettre à son fils un ouvrage consacré aux Royaumes Mérovingiens ? Quels sont les
secrets que renferme ce livre ? Et qu'en est-il de ces mystérieux documents que se sont disputés dans le plus grand secret l'Empereur et son ancien complice, devenu son ennemi juré, le Comte Pozzo di Borgio ? Du Paris historique à la Tour Santa Maria au Cap Corse, en passant par un mystérieux château de la Loire, Steve Berry nous propose encore une fois un fabuleux voyage en compagnie de Cotton Malone, plein de mystères, d'énigmes et de retournements.
Le mystère Napoléon restera mystérieux pour moi, car je suis dans l’incapacité de poursuivre au-delà de la page 150…….. C’est simple, je ne comprends rien à cette histoire.
N’ayant jamais lu Steve Berry, je ne savais pas trop ce que j’allais y trouver, mais une chose est sure, c’est que plus je lis, plus c’est embrouillé, plus il y a d’énigmes, et plus que je m’y perds, et plus je peine à continuer.
Il y a trop de lieux dans ce livre, on n’arrive pas à se poser, que déjà on est ailleurs…..
Une énorme déception pour moi, et il est clair, que c’en est fini avec cet auteur, qui plait, je le sais, mais qui n’a pas su m’embarquer là où je souhaitais aller.
Je remercie Bob et les éditions du Cherche midi pour ce partenariat, avec mes plus grands regrets pour ne pas avoir pu apprécier et poursuivre cette lecture
Steve Berry-Le cherche midi-507 pages
Steve Berry est avocat ; Il vit en Géorgie. Après Le Troisième Secret, L'Héritage des Templiers, L'Enigme Alexandrie, La Conspiration du temple, La Prophétie Charlemagne et Le Musée perdu, Le Mystère Napoléon est son septième roman publié en France. Traduit dans plus de quinze langues, il a figuré sur la liste des best-sellers dès sa parution aux Etats-Unis.

samedi 12 février 2011

La pianiste


Elle ne boit pas, ne fume pas, couche encore à 36 ans dans le lit maternel et aime bien rester chez elle. Chaque fois que ses horaires de professeur de piano au conservatoire de Vienne le lui permettent, elle se plaît à fréquenter les cinémas pornos, les peepshows et les fourrés du Prater. Et quand un de ses étudiants tombe amoureux d'elle, Erika Kohut ne sait lui offrir en échange qu'un scénario éculé, propre à redorer la vieille relation du maître et de l'esclave. Cru, féroce et en même temps d'un comique irrésistible, ce livre n'épargne ni l'amour maternel et ses vaines ambitions, ni la vénérable institution qu'est à Vienne la grande musique, ni le sexe et ses névroses.
A sa sortie, j’avais vu le film ; je l’avais trouvé dérangeant, dur, mais joué à la perfection.
Je ressors de cette lecture un peu groggy. En effet, tout est dense et implacable dans cet ouvrage. Voici un roman, composé de deux parties à peine identifiées, sans aucun chapitre, et dont le contenu de chaque partie est à peine aéré. La densité du texte rend le contenu encore plus lourd. Je ressens comme un essoufflement à la lecture, car on ne sait pas où s’arrêter, bien qu’il faille s’arrêter, tellement c’est difficile. Ce livre ne se lit pas d’une traite, il nécessite que l’on prenne son temps.
Bien que la trame de l’histoire ne se situe pas en huis clos, l’impression qui se dégage est celle d’un enfermement, un enferment psychologique des personnages, et notamment les deux protagonistes féminins.
Erika est professeur de piano au conservatoire de musique de Vienne. Elle a 36 ans, et vit (encore) chez sa mère….et dès les premières lignes, on imagine quel sera le psychisme de l’enfant, comme se plait à l’appeler sa mère. Cette mère qui est tyrannique, culpabilisante, infantilisante, abaissante, jalouse de sa fille, qui n’a jamais fait de place au père, et qui formera avec Erika un couple assez glauque.
Erika, en effet, partage avec sa mère le lit conjugale, et est installée dans une relation de dépendance à sa mère, qui lui rappelle constamment les sacrifices consentis pour elle, afin qu’elle se consacre à son art : la musique.
« Le métier d’Erika, la passion d’Erika ne font qu’un : c’est la musique, puissance céleste. »
« Souvent la mère est prise d’inquiétude, car tout possédant doit apprendre d’abord, et il l’apprend dans la douleur, que la confiance c’est bien, mais le contrôle c’est mieux. »
«Chez Erika, tout ce qui peut être fermé est fermé. »
Erika a reçu une éducation rigide, autoritaire, dénuée de toute image et repères masculins, l’homme ayant été diabolisé par la mère. Et, c’est là son drame. Il y a un fossé abyssal entre l’image policée, rigide, cassante, et lisse qu’elle donne lorsqu’elle enseigne « Madame le professeur », et celle dépravée, dévergondée, et névrosée lorsqu’elle sort du conservatoire pour aller dans les peepshow, et jouer les voyeuses dans les parcs un peu chauds de la ville de Vienne.
« Mais Erika ne veut pas passer à l’acte, elle veut simplement regarder. »
De cette absence de repère masculin, Erika sera incapable d’aimer, elle qui de par l’éducation maternelle est incapable de s’aimer. Sa relation aux hommes parait bien compromise.
« Erika ne sent rien et n’a jamais rien senti. Elle est aussi insensible que du carton goudronné sous la pluie. »
Alors quand un élève, plus jeune qu’elle s’en éprendra, la relation qu’ils entretiendront ne pourra qu’être esclavagiste, perverse et violente.
Bien que l’histoire soit nettement portée sur la sexualité é et ses déviances , et que l’auteur soit claire à ce sujet, la sémantique reste dans l’ordre de l’acceptable. L’auteur épargne à son lecteur, par un style impeccable, la vulgarité et ne dédaigne pas user ici ou là d’un humour assez caustique.
Ces deux femmes, pour des raisons qui finalement se rejoignent m’inspirent de la tristesse. Elles sont plus à plaindre qu’à blâmer, même la mère, dont on ne sait explicitement pas grand-chose sur son passé, mais que l’on n' imagine pas très épanouissant.
Elfriede Jelinek-éditions Jacqueline Chambon(1988)/Points-250 pages
Elfriede Jelinek est née en 1946 en Styrie. Organiste, compositeur, romancière, dramaturge et pamphlétaire, elle a obtenu le prix Nobel en 2004. On la considère comme l’héritière du grand Thomas Bernhardt. “L’Autriche signifie pour moi une provocation permanente. Finalement, cet amour-haine continuel est un humus fertile pour l’écriture.” Elfriede Jelinek, qui vit à Vienne dans une retraite farouche depuis son prix Nobel, est perpétuellement branchée sur le monde à travers Internet et toutes les formes des médias.

Challenge des Nobel n°6
Challenge 26 auteurs/26 livres: 7/26 [J]

mercredi 9 février 2011

La porte étroite


La porte était close. Le verrou n'opposait toutefois qu'une résistance assez faible et que d'un coup d'épaule j'allais briser... A cet instant j'entendis un bruit de pas ; je me dissimulai dans le retrait du mur.
Je ne pus voir qui sortait du jardin; mais j'entendis, je sentis que c'était Alissa. Elle fit trois pas en avant, appela faiblement :
- Est-ce toi Jérôme?...
Mon cœur, qui battait violemment, s'arrêta, et, comme de ma gorge serrée ne pouvait sortir une parole, elle répéta plus fort
- Jérôme! Est-ce toi?
A l'entendre ainsi m'appeler, l'émotion qui m'étreignit fut si vive qu'elle me fit tomber à genoux.
Je ne garderai pas de cette lecture un souvenir impérissable, bien au contraire. Elle s’est faite dans un climat de révolte quasi permanent. En outre je l’ai trouvée terriblement ennuyeuse, austère, et en tout cas plus efficace que n’importe quel somnifère.
Je n’ai pas aimé le style qui m’est paru immédiatement ampoulé, austère, tarabiscoté. Tout cela est désuet, vieillot, démodé. Il m’a fallu lutter pour lire les 30 pages que je m’assignais à chaque fois que j’ouvrais ce livre pour ne pas dormir.
Que dire de l’histoire ?
Jérôme aime Alissa, sa cousine, qui l’aime également. Pour l’instant tout va bien, il suffirait qu’ils se marient, qu’ils eurent beaucoup d’enfants, comme le prescrit la religion Chrétienne, et l’affaire serait entendue en on en reparlerait plus….. Et bien non, la sœur d’Alissa, Juliette, aime aussi Jérôme (quel succès !!), et Alissa s’en rend compte. Et c’est là que l’affaire tourne au vinaigre. Alissa se laisse aller, aspire à la sainteté, et, sublime un amour jusqu’au renoncement, au sacrifice.
D’emblée l’austérité protestante est palpable, et le moindre bout de chair visible, ou couleur inappropriée provoquent scandale et indignation.
« Et vous appelez aussi de deuil ce châle rouge qu’elle a mis sur ses épaules ? Flora, vous me révoltez ! S’écriait ma mère »
Au sein de cette famille, personne ne sait ce qu’il veut ; On hésite, se pose des questions, se tourmente, se déchire……
« Tout, en elle, n’était que question et qu’attente…Je vous dirais comment cette interrogation s’empara de moi, fit ma vie »
Alissa est versatile : quand elle est seule, elle écrit des lettres enflammées (dans la limite de la morale, tout de même !!!) à Jérôme, et quand ce dernier est dans les parages, elle ne veut pas le voir, et veut souffrir vertueusement……Elle aurait mérité d’être secouée un bon coup.
La clé de ce livre, se situe dans les Evangiles « Efforcez vous d’entrer par la porte étroite, car la porte large et le chemin spacieux mènent à la perdition, et nombreux sont ceux qui y passent » C’est cette voix du sacrifice, de la recherche de la difficulté suprême qui guident les personnages dans la conduite de leur vie…..
Cette vie de rigueur leur plait ; ils la recherchent. Alors Alissa souffre, c’est un fait, mais je reste impassible devant tout cela. C’est son choix, qu’elle assume. Qu’ils assument, car Jérôme est tout autant illuminé, endoctriné. Ils prennent tout pour vérité absolue ; il n’y a aucune place pour le libre arbitre, et le sens critique…..
J’ai été, malgré moi, imprégnée de religion, et d’histoires de ce genre, et je me suis battue pour imposer mon propre chemin ; alors j’ai du mal à comprendre cette résignation, ce manque de combativité.
Toute idée de sacrifice, de vie excluant tout plaisir, le refus du bonheur, de culpabilité permanente m’est insupportable. Ce sont des notions très Chrétiennes auxquelles ne n’adhère pas du tout.
C’est pourquoi, je suis persuadée qu’il faut être infiniment croyant pour apprécier ce livre. Un chef d’œuvre pour certain, une histoire sans intérêt pour moi. Je n’ai pas aimé du tout. Je l’ai lu, presque en intégralité, puisque j’ai survolé de très haut je journal d’Alissa, parce qu’il était court. Sinon, il aurait connu le même sort que ses camarades plus copieux : retour au placard.
André Gide-Folio n°210-185 pages
Lauréat du prix Nobel en 1947, André Gide est considéré comme un écrivain majeur du XXe siècle, 'un contemporain capital' selon les termes d'André Malraux. D'abord proche des cercles symbolistes, il se détache peu à peu de ce mouvement et publie sa première oeuvre majeure : 'Les Nourritures terrestres' en 1897. Il y évoque déjà la question de l'homosexualité - thème repris dans l'essai intitulé 'Corydon' - et clame sa volonté d'assouvir ses désirs et de s'affranchir des servitudes sociales et religieuses. Ces convictions nouvelles mettent un terme à son amitié avec le fervent catholique Paul Claudel. Toute sa vie, André Gide se préoccupe du rôle et de la responsabilité de l'écrivain et devient un des chefs de file de la Nouvelle revue française. Son succès s'accroît après la Première Guerre mondiale, notamment grâce à sa théorie de 'l' acte gratuit' développée dans 'Les Caves du Vatican'. Avec 'Les Faux-monnayeurs', l'auteur signe son chef-d' œuvre et s'inscrit comme un précurseur du Nouveau Roman par sa forme narrative complexe : refus de chronologie linéaire, multiplication des points de vues et intrusion d'histoires secondaires. La richesse du travail d'André Gide réside en grande partie dans son apparente contradiction, celle d'un homme élevé dans la rigueur protestante, très attaché à l'ordre moral mais toujours en quête de liberté, à la recherche de ses propres codes littéraires et existentiels.
Lu dans le cadre du Challenge de Nobel:



Lu dans le cadre de la lecture commune avec Partage-Lecture

mardi 8 février 2011

L'arbre aux secrets


Sofia est une jeune fille au caractère volontaire et orgueilleux, hérité de sa mère, Anna, fougueuse Irlandaise qui a quitté son pays pour épouser Paco Solanas, un argentin issu d'une grande famille. Sofia grandit dans la superbe hacienda familiale de Santa Catalina, entourée de ses nombreux cousins. Elle est particulièrement proche de l'un d'eux, Santiago, et quant cette complicité se transforme en une liaison passionnée, leurs parents ne peuvent le tolérer. Commence alors pour Sofia un interminable exil. D'argentine en Angleterre, en passant par la Suisse, son destin restera à tout jamais marqué par cet amour interdit...
C’est le type même de livre qui vous délivre de ce que vous avez pu lire de vilain, ou d’une lecture empesée et somnifère du moment.
Ce livre m’a fait voyager, m’a fait vivre avec ces personnages aux caractères bien trempé, et bien décidés à Vivre.
Ce livre, une fois que vous l’avez dans les mains, ne vous quitte plus. Le reste n’est plus rien, ou presque rien.
Ce livre est tout à la fois, tendre, passionné, dépaysant, triste, cruel, parfois révoltant.
Ce livre vous ferait presque oublier qu’il faut aller travailler ; Il vous coupe du monde ambiant et de ses contraintes.
C’est l’histoire d’un amour interdit ; mais pas comme souvent dans les histoires d’amour, un truc un peu guimauve pour les cœurs d’artichaut prêts à pleurer à la moindre ligne au son des violons langoureux………
C’est un peu plus que cela. Une famille qui apprend au fil des années et des drames à se réconcilier, à se retrouver, à apaiser ses douleurs et ses non-dits, à se comprendre, et aussi à renoncer. Une famille comme il en existe des tas d’autres avec ses épines bien ancrées.
L’écriture est alerte, entrainante, sans temps mort, sans bla -bla inutile.
La fin, m’a émue. Les personnages m’ont remuée. Le parcours de Sofia m’a interpellée, et à bien des égards, m’a touchée au cœur.
Santa Montefiore- France-Loisirs/Belfond-538 pages
Né(e) à : Winchester, 1970Issue de l'aristocratie anglaise, Santa Montefiore est diplômée de l'université d'Exeter en espagnol et en italien.
Elle a vécu plusieurs années en Argentine, à Buenos Aires, pays natale de sa mère.
En 1998 elle c'est convertie au judaïsme en se mariant avec l'écrivain Simon Sebag Montefiore (1965).


vendredi 4 février 2011

L'élu


" Avec L'Elu, Chaïm Potok a écrit un des plus beaux romans de ces dernières années. II faut lire une centaine de pages pour entrer dans la magie de cette communauté juive new-yorkaise où hassidiques et sionistes vivent ensemble et se détestent. A l'occasion d'un match de base-ball, deux adolescents exceptionnels des deux communautés vont devenir amis et surmonter les obstacles. Tout y est : la tendresse du père, l'amitié plus forte que la mort, la connaissance source de vie. On se prend même à se passionner pour les querelles théologiques du Talmud. " Le Figaro.
Il est difficile, voir délicat de conseiller un livre ; surtout à quelqu’un que l’on ne connaît pas, ou pas bien. Et pour cela je remercie Madame Boukhobza de m’avoir parlé de ce livre et de m’en conseiller la lecture. Sans cela, je serais sans aucun doute passée à côté d’une petite pépite. D’autant plus que j’ai eu entre les mains une vieille édition, aux feuilles jaunies par le temps, et à l’odeur si caractéristique du vieux papier.
Nous sommes à New-York, et plus précisément dans Brooklyn, à la veille du débarquement allié en Europe de l’ouest. Tout commence dans la férocité d’un match de base-ball, magistralement raconté (au point de le rendre passionnant) au cours du quel s’affrontent deux équipes aux conceptions religieuses radicalement différentes.
De cet affrontement, va naître une amitié solide entre Reuven, d’éducation ouverte sur le monde, et Danny, d’éducation très repliée sur la communauté à laquelle sa famille appartient. Rien ne les unit, ni leur passé ni leur avenir plus ou moins tracé pour eux, et pourtant………Cette amitié, permettra à chacun de trouver sa voie, permettra à chacun de s’émanciper de son milieu. Chacun, apprendra de l’autre, se nourrira de l’autre, fera un pas vers l’autre en dépit des oppositions parfois radicales de leur père respectif.
Bien que le narrateur soit Reuven, sont point de vue n’en sera pas privilégié pour autant.
De père, il sera beaucoup question dans cette fabuleuse histoire. La transmission que chacun des pères fera à leur fils, est une chose ; ce qu’ils en retiendront, et ce qu’ils en feront sera autre. Chacun prends sa part, et fera sa propre expérience
La relation au père est très forte dans chacune des deux familles. Il est très peu question de la mère : Reuven a perdu la sienne très tôt, celle de Danny est très effacée. Cela m’a surprise, dans la mesure où la judéité est transmise par la mère.
Bien que très présente, la question religieuse n’est pas étouffante. A bien des égards, j’ai appris sur les pratiques, les conceptions de la judéité, les conséquences qu’ont eu sur cette dernière, la seconde guerre mondiale.
« Le Talmud dit que chacun doit faire deux choses pour soi même. La première est de se trouver un maître. La seconde est de se choisir un ami. »
« Deux amis vrais sont comme deux corps qui ont une seule âme. »
« Reuven, à mesure que tu prendras de l’âge, tu t’apercevras que les choses les plus importantes t’arriveront souvent comme si elles n’étaient que les conséquences de quelques faits idiots, comme tu dis- des faits ordinaires seraient plus juste. Ainsi va le monde. »
Chaïm Potok-Calmann-Lévy (1969) épuisée / éditions 10/18 ( 1998 et 2004)- 310/381 pages
Chaïm Potok est né en 1929 à New York de parents juifs polonais immigrés. Diplômé de la Yeshiva University en 1950, Chaïm Potok a reçu l’ordination rabbinique au Séminaire de théologie juive américaine. Il a servi comme aumônier pendant la guerre de Corée. Il a enseigné dans diverses universités ( Los Angeles et Philadelphie ) avant de devenir éditeur à la Jewish Publication Society of America. Il est l'auteur d'une couvre abondante, et notamment de nombreux romans - dont Le Livre des lumières (1997), Je m'appelle Asher Lev (2002), Docteur Rubinov (2002). Chaïm Potok est mort en 2002.

mercredi 2 février 2011

Les oreilles du loup


Du haut de ses arbres et de ses cinq ans, un garçon farouchement libre, crinière rousse au vent et ses chaussettes jaunes bien remontées sur son pantalon rouge, guette les ombres du monde des adultes et le fantôme fou de son père. Bringuebalés dans la tourmente de la séparation de leurs parents, sa petite sœur et lui entament avec leur mère une errance entre ta savane et la ville, ta jungle et les plateaux de ta cordillère des Andes, en quête de survie, d'une éclaircie. Les sensations et images isolées qu'il perçoit avec ses yeux de tigre, la force de la violence et du malheur, mais surtout celle de l'amour et de ta beauté, composent le portrait impressionniste d'une Colombie sensuelle et meurtrie.
Et bien, je dois dire que je suis bien déçue par ce livre. Je cherchais un auteur en U, ce qui est déjà assez rare, un Colombien de surcroit……..et j’ai donc trouvé ce Monsieur, et son petit livre, dont la couverture m’a semblé fort sympathique.
Je ne peux pas dire que le livre est mal écrit, bien au contraire. Il est certainement trop bien écrit pour que ce langage imagé, onirique, et finalement abstrait puisse me toucher. J’ai eu beau lire, je n’ai jamais pu m’installer dans l’état d’esprit de ce petit garçon, ni ,m’impliquer dans son voyage à la fois réel et irréel qu’il entame avec sa petite sœur, et sa mère entre la ville et la campagne.
Il fuit le monde réel, et, dans un monologue use d’une symbolique animalière pas très explicite pour moi. Les oreilles du loup, titre de cet ouvrage, restent Le mystère du livre.
Un livre qui peut aisément convenir à des personnes ayant une sensibilité et un regard autres que les miens et, qui sont moins en attente d'une histoire, ou d'un scénario que moi.
Antonio Ungar-Les Allusifs-132 pages
Écrivain et journaliste, Antonio Ungar figure dans la liste « Bogotá 39 » réunissant les trente-neuf meilleurs auteurs latino-américains de moins de trente-neuf ans. Né en 1974 dans la capitale colombienne, il habite aujourd'hui en Palestine. Il travaille comme correspondant pour journaux espagnols, italiens et sud-américains, une activité pour laquelle il a remporté en 2006 le prix de journalisme Simón Bolívar. Il collabore régulièrement à des journaux colombiens et mexicains, pour lesquels il rédige des articles abordant principalement la situation au Moyen-Orient. Outre Les oreilles du loup, son premier ouvrage traduit en français, il est l'auteur de deux recueils de contes, Trece circos comunes (1999) et De ciertos animales tristes (2000), d'un livre pratique, Contar cuentos a los niños (2001), et d'un roman, Zanahorias voladoras (2004). Il travaille actuellement à la rédaction de son troisième roman, sur les massacres perpétrés par les groupes paramilitaires en Colombie.
Challenge 26 auteurs-26 livres: 6/26 [U]


Lecture sur proposition d' Evertkhrus

mardi 1 février 2011

A l'ouest rien de nouveau


« Quand nous partons, nous ne sommes que de vulgaires soldats, maussades ou de bonne humeur et, quand nous arrivons dans la zone où commence le front, nous sommes devenus des hommes-bêtes? »Témoignage d'un simple soldat allemand de la guerre de 1914-1918, À l'ouest rien de nouveau, roman pacifiste, réaliste et bouleversant connut, dès sa parution en 1928, un succès mondial retentissant. Il reste l'un des ouvrages les plus forts dans la dénonciation de la monstruosité de la guerre.
Me voilà assez partagée après la lecture de ce livre. En effet, j’ai trouvé ce récit lourd, angoissant, et, au final, pénible à lire. Le texte compact, les chapitres longs, et le manque d’espace accentuent davantage mon impression.
Et pourtant, ce texte est admirablement écrit, et compte tenu, de la nature même des faits, bien que très réaliste et explicite, Erich Maria Remarque a évité de versé dans un récit sanguinolent, et, de fait s’abstient de tout voyeurisme inutile. Et cela le rend émouvant.
Nous sommes durant la première guerre mondiale, Paul Bäumer, le narrateur, évoque son quotidien, au front en compagnie des autres soldats dans les tranchées, dans les hôpitaux, ou plus à « l’abri » lorsqu’ils ne sont pas en première ligne.
L’évolution de ces soldats est flagrante tout au long de ce récit, avec le temps ils deviennent résignés, s’interrogent sur le pourquoi et le comment de cette guerre.
« C’est bizarre, quand on y réfléchit, poursuit Kopp. Nous sommes ici pour défendre notre patrie. Mais les Français, eux aussi, sont là pour défendre la leur. Qui a donc raison ? »
« Pourquoi donc y a-t-il la guerre ?demande Tjaden »
Mieux qu’un livre d’histoire, l’auteur montre la boucherie que fut ce conflit, les conditions misérables dans lesquelles étaient les combattants.
« Le jeune homme aura de la peine à supporter le transport et c’est tout au plus s’il ne peut encore vivre quelques jours. Tout ce qu’il a souffert jusque là n’est rien à côté de ce qui lui reste à souffrir avant qu’il meure. »
Et quand les temps sont difficiles, quand les individus sont exposés de la sorte à la faim, au froid, et, à la mort, ou pire encore à la lente souffrance qui mène à la mort, rien ne vaut l’esprit de camaraderie qui règne partout et en toutes circonstances, mêmes les plus insignifiants.
En lisant ce texte, et en songeant à ce que peut être l’état d’esprit d’un soldat du rang lorsqu’il part au front, je ne peux m’empêcher de penser à cette phrase de Paul Valéry, «La guerre, un massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas » On ne pouvait pas être plus cynique.
Erich Maria Remarque-Le livre de poche n° 197-220 pages
Incorporé en 1916 et envoyé au front, Erich Maria Remarque revient un an plus tard, blessé aux mains ce qui le fait renoncer à une carrière de musicien pour laquelle il aspirait. Après avoir donné des cours en école primaire, il écrit quelques comptes rendus pour un journal. En 1920, il publie son premier livre 'La baraque de rêve' qui passera inaperçu. Mais c'est neuf ans plus tard, avec son roman 'A l'ouest rien de nouveau', que sa carrière débute vraiment. Il sera alors pris pour cible par les nazis qui l'accusent d'affaiblir le moral de la nation allemande dans ses écrits. En 1933, ses livres sont d'ailleurs brûlés à Berlin et interdits dans les bibliothèques. Il quitte alors l'Europe, car la Gestapo veut l'arrêter, pour New York, d'où il critique plus tard la nouvelle république de Weimar, faite selon lui de personnes mêlées de trop près aux crimes nazis. Avec sa nationalité américaine, il rentre en Suisse en 1947 et écrit de nombreux romans comme 'L' obélisque noir' ou 'Un temps pour vivre, un temps pour mourir'. C'est à partir de 1963 que la presse allemande reconnaît l'importance de son oeuvre.
Challenge 26 auteurs-26 livres: 5/26 [R]
Challenge ABC/Babélio: 14/26 [R]