jeudi 31 mars 2011

Le septième fils


Les soirées sont longues à Isafoldur, la capitale des fjords de l'ouest de l'Islande, quand on est chargé de traquer le scoop par un rédacteur en chef avide de sensationnel, et qu'on rêve de retrouver sa nouvelle petite amie laissée à Reykjavik. Et puis on découvre que les bars des hôtels abritent des célébrités intéressantes, une séduisante vedette du football national et son copain d'enfance qui le suit comme son ombre et profite de ses conquêtes, une chanteuse pop qui a failli gagner le titre de Nouvelle Star, un brillant avocat d'affaires, les groupies respectives de ces gens importants, et des groupes d'adolescents en révolte. Des maisons brûlent, des tombes sont profanées, des touristes lituaniens sont volés et soupçonnés de trafic de drogue, tout s'emballe... Einar, le correspondant du Journal du soir, mène l'enquête avec son air désabusé, sa nonchalance et une ironie qui lui permettent d'apprivoiser les témoins et de porter un regard sans préjugés sur les événements.

Ayant déjà eu l’occasion de lire son compatriote Indridason, j’étais déjà de fait familiarisée avec l’ambiance si particulière de la littérature policière Islandaise. Elle est à l’image des lieux, brouillardeuse, dépouillée, minérale, avec des personnages un peu cafardeux comme la météo locale. L’action y donc ralentie, comme le froid et peut ralentir, voir parfois mettre en hibernation tout un tas de personnages.

En effet, dans ce troisième roman d’Arni Thorarinsson, l’action se déroule sur 26 jours, autant de chapitres, plus un petit dernier, qui lui se passe quelques jours plus tard…..Chaque chapitre a pour intitulé le nom du jour. On pourrait presque penser à un journal.

Et de journal, il sera beaucoup question dans ce livre, puisque notre personnage principal, justement, est journaliste dans la presse écrite.

Il mène donc l’enquête sur une ile bien petite, où tout le monde se connaît. Cependant, bien plus qu’une enquête, l’auteur nous offre, sous cette forme, un tableau sociologique d’un pays que l’on devine en plein chamboulement. L’Islande, qui longtemps est resté un peu à l’écart des autres pays européens, en gardant un attachement fort avec ses traditions…Mais, les temps changent, le pays aussi, et il se voit confronté avec tous les aléas de la mondialisation. Et ce sont ces aléas, ses travers, et ses perversions qui émanent de tous ces faits divers et tragiques qu’Einar, notre journaliste, qu’on imagine assez mal dans sa peau, avec ses soucis et ses démons, va tenter de d’élucider, à son rythme, au rythme de l’Islande et de ses caprices météo (pas de volcans fumeux ici…).Le suspense est assez bien tenu, par la multiplicité des évènements, des lieux, des pistes. Et puis, il y a le mystère du titre, qui ne s’éclaircira qu’assez tard dans l’enquête, ce qui intrigue le lecteur, et l’entraine au fil des pages.

Nous croiserons une multitude de personnages, ayant tous un prénom improbable, assorti comme c’est la coutume dans le pays d’un surnom tout aussi improbable, qui se révèlent être une photographie de la société islandaise en mutation.

Le rythme de l’écriture, ne m’a pas gênée outre-mesure, pas plus que la linguistique qui peut en rebuter plus d’un lecteur. J’ai l’âme voyageuse, et m’adapte facilement à ce goût de l’ailleurs.

J’ai beaucoup apprécié ce livre, ce voyage au pays des geysers, et de la grisaille, et de fait, je ne compte pas m’en éloigner très longtemps.

Arni Thorarinsson-Métalié (septembre 2010)-380 pages

Arni Thorarinsson est né en 1950 à Reykjavík où il vit actuellement. Après un diplôme de littérature comparée à l’université de Norwich en Angleterre, il devient journaliste dans différents grands journaux islandais. Il participe à des jurys de festivals internationaux de cinéma et a été organisateur du Festival de cinéma de Reykjavík de 1989 à 1991. Ses romans sont traduits en Allemagne et au Danemark.

Lu dans le cadre du défi scandinave noir, en Islande proposé par Prune

mardi 29 mars 2011

Grand amour


À la suite d'une déception amoureuse, Agnès, traductrice de romans sentimentaux, quitte Paris sur un coup de tête. Direction l'Auvergne où se trouve l'homme de ses rêves, le demi de mêlée de l'équipe d'Aurillac qu'elle a vu nu dans un calendrier...Après le très remarqué Actrice en 2005, Stéphane Carlier signe une comédie remuante, élégante et sexy. Hommage décomplexé à la littérature sentimentale façon Barbara Cartland, Grand Amour est à la fois d'un romantisme éperdu et d'une irrésistible drôlerie.

Je remercie chaleureusement les éditions du Cherche midi pour ce cadeau surprise. Une surprise à double titre : je ne m’attendais pas à un cadeau de leur part, et une fois le cadeau annoncé, je n’en connaissais pas la nature. Et c’est là que la surprise fut la plus déroutante….

En effet je ne lis jamais ce genre de littérature, une affaire d’éducation, des ambitions culturelles quelque peu différentes, et surtout par manque de goût pour la chose.

Pour être honnête j’ai abordé ce roman avec beaucoup de réticences, argumentées par une couverture d’un rose qui me laissait craindre un peu le pire : j’espère qu’il ne s’agit pas d’un roman à l’eau de rose pour midinette… me suis-je dis.

C’est un livre qui se lit très vite, les chapitres sont aérés, et d’une longueur moyenne. Cela fait un peu mieux passer le contenu, et le sujet qui m’ont paru plus que superficiels, et en tout cas, sans grand intérêt.

Le niveau de langage est à l’avenant, c'est-à-dire simple, dans un registre assez populaire, voir parfois un peu populeux par endroit, mais cela reste suffisamment épisodique pour ne pas en compromettre la lecture.

Ce fut une expérience, que j’ai gardée pour un après-midi au soleil tout en gardant un œil ouvert sur l’horizon. Elle n’a pas duré trop longtemps, et c’était ce qu’il fallait : les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures.

Voilà un genre de « littérature » qui peut convenir à certaines, ou certains, mais qui en tout cas ne comble pas mes attentes en la matière. Tout le monde ne peut pas aimer la même chose, et heureusement, d’ailleurs.

Stéphane Carlier-Le cherche midi (14 avril 2011)-222 pages

Virginia


Nous sommes en 1943, et les bruits de la guerre n'épargnent pas même cette grande demeure bourgeoise construite au bord de la mer du Nord. Ses propriétaires, un couple sans enfants, accueillent leur jeune neveu de quatorze ans, mais aussi la fille adolescente de la couturière de Madame, pour la mettre à l'abri des bombardements qui menacent Copenhague. Lorsqu'un avion s'écrase non loin de là dans les dunes, un drame silencieux va se nouer entre les deux adolescents et un pilote britannique... Ce récit dépouillé et émouvant sur le thème de l'innocence perdue marque sans doute un tournant dans l'écriture de Jens Christian Grondahl, dont le talent s'affirme de livre en livre.

Il sera difficile de faire un commentaire de ce petit roman sans dévoiler quoi que ce soit de l’intrigue.

Il est le 3ème opus traduit en français de cet auteur que j’ai découvert très récemment lors d’une présentation d’un de ses derniers livres (auteur danois, parfaitement francophone), mais dont je n’avais encore jamais rien lu.

En l’espace de peu de pages, l’auteur a réussi à me plonger complètement dans cette histoire, émouvante, pleine de non dit.

Deux adolescents qui font connaissance pendant la seconde guerre mondiale. C’est une histoire pleine de sensibilité, d’humanité, qui se lit d’une traite, et, qui au fond, plutôt que se raconter, se lit, et laisse un petit quelque chose derrière soi qui appelle à retrouver son auteur pour d’autres histoires. Il suffit se laisser emporter par ces deux jeunes gens dans la campagne danoise, au bord de la mer du nord……

Jens Christian Grondahl-Gallimard-111 pages

Danois né à Copenhague en1959
Après des études de philosophie, Jens Christian Grøndahl se dirige vers une formation de réalisateur à l'École danoise du cinéma.

Auteur de nouvelles, d'essais et de pièces de théâtre, il a publié depuis 1985 une dizaine de romans. Silence en octobre, son premier livre publié en français, paraît en 1999, suivi de Bruit du cœur (2002), Virginia(2004), et de Sous un autre jour en 2005.

Lu dans le cadre du défi scandinave en blanc, au Danemark proposé par Prune

lundi 28 mars 2011

Le voyage de Sparte


Le voyage en Grèce, au tournant du XIXe siècle, est une figure obligée dans un parcours de lettré : un écrivain digne de ce nom doit aller se dorer au soleil de l'Attique et faire son pèlerinage aux sources de la civilisation classique. Aussi est-ce avec le sentiment d'accomplir son devoir que Maurice Barrès débarque à Athènes en avril 1900. Le Voyage de Sparte est le fruit littéraire de ce périple. Il se présente comme une balade initiatique, une odyssée éperonnée par une quête : celle de l'âme grecque. L'écrivain la cherche à Athènes, mais la beauté froide et morte de l'Acropole le laisse insensible. Après une errance dans le Péloponnèse, c'est à Sparte, entre les montagnes du Taygète et le fleuve Eurotas, dans cette plaine riante où souffle l'esprit, qu'elle se révèle enfin à lui. Ce texte, qui permet de mieux comprendre l'ascendant que ce styliste hors pair exerça sur toute une génération en quête de ferveurs extrêmes, mérite aujourd'hui de retrouver sa place dans les bibliothèques et les esprits.

Je ne connaissais de Maurice Barrès que l’expression La colline inspirée faisant allusion à la colline de Sion, haut lieu spirituel bien connu des lorrains.

L’occasion de lire Maurice Barrès me fut donnée par les éditions François Bourin et Bob, qu’ils en soient vivement remerciés.

Ce qui frappe d’emblée à la lecture, c’est un style grandiloquent, lyrique qui très vite m’a étouffée. J’ai trouvé cela désuet, terriblement lointain, et périmé, comme dépassé.

Barrès, dans un premier chapitre, évoque longuement Louis Ménard, écrivain et poète, helléniste…J’insiste sur l’adverbe longuement, car ces 18 premières pages ont littéralement plombé ma lecture et campé mon impression générale de lourdeur et de manque de clarté.

J’ai beaucoup peiné à lire, et, j’ai plus butiné que lu pour parvenir au terme du livre.

Si la Grèce a déçu Maurice Barrès, son voyage littéraire m’a déçue tout autant. Je ne parviens pas à définir exactement les attentes à propos de ce livre, mais d’instinct, je peux affirmer qu’il n’y a pas répondu.

« Il est trop certain que la vie n'a pas de but et que l'homme pourtant a besoin de poursuivre un rêve. »

Maurice Barrès-François Bourin-199 pages

Né à Charmes (Vosges), le 17 août 1862.

Après des études de droit à Paris, Maurice Barrès connaît à 26 ans un succès précoce avec le premier tome de sa trilogie 'Le Culte du moi'. Habitué des cénacles littéraires, il confirme son talent avec la suite de son premier opus avec 'Un homme libre' en 1889, et 'Le jardin de Bérénice' en 1891. Il se lance alors dans la politique : sa volonté d'anticonformisme et son esprit de rébellion le poussent à devenir boulangiste, et il est élu député de Nancy en 1889. Il s'impose ensuite comme chef de file des antidreyfusards, et s'oriente vers un nationalisme traditionaliste. En 1894, il fonde son propre journal, La Cocarde, et sera élu chef de la 'tribu des bourreurs de crâne' pendant la première guerre mondiale. Fondateur de la Ligue de la Patrie française en 1898, il ne cache pas dans ses textes ses penchants antisémites et xénophobes. Nommé député de Paris en 1906 - il le restera jusqu'à la fin de ses jours - il entre à l'Académie française la même année, et succède à Paul Déroulède à la tête de la Ligue des patriotes en 1914. Adversaire de Jaurès et des pacifistes lors de la première guerre, il voit en 1920 son projet visant à instituer une fête nationale pour Jeanne d'Arc adopté par la Chambre des députés. A sa mort en 1923, Maurice Barrès laisse inachevé le manuscrit 'Le mystère en pleine lumière'.

dimanche 27 mars 2011

Défis scandinaves en noir et blanc
















Nouveau défi, nouveau voyage......Prune nous propose la Scandinavie:

*Danemark
*Finlande
*Islande
*Norvège
*Suède

Il s'agit de passer par les 5 pays en lisant du roman, et/ou du polar,et ce jusqu'au 31 décembre 2011

Catégorie Ourson : lire au moins un roman de chacun des 5 pays scandinaves (soit un minimum de 5 romans).

Catégorie Flocon : lire au moins un roman de chacun des 5 pays scandinaves et approfondir sa connaissance d’un des pays en lisant au moins trois auteurs différents du même pays (soit un minimum de 7 romans).

Catégorie Étoile des neiges : lire au moins un roman de chacun des 5 pays scandinaves, approfondir sa connaissance d’un des pays en lisant au moins trois auteurs différents du même pays, et approfondir sa connaissance d’un des auteurs en lisant au moins 3 de ses romans (soit un minimum de 9 romans).










J'ai choisi de panacher Scandinavie noire, et Scandinavie blanche, dans la catégorie étoile des neige, soit un pays pour le quel il y aura 3 livres, et un auteur pour lequel il y aura 3 ouvrages, soit 9 livres.

Virginia,Jens Christian Grondahl
La ferme africaine, Karen Blixen





Donne-moi tes yeux, Torsten Pettersson




Le livre de Dina, Herbjorg Wassmo
Cent ans, Herbjorg Wassmo


Le septième fils,Arni Thorarinsson
Le moindre des mondes, Sjon
Hypothermie, Arnaldur Indridason



Le sang des pierres, Johan Theorin
L'heure trouble, Johan Theorin                           
    L'écho des morts, Johan Theorin 
Hiver, Mons Kallentoft                                                                                                                      

samedi 26 mars 2011

Le livre des choses perdues


Il était une fois - car c'est ainsi que toutes les histoires devraient débuter - un garçon de 12 ans qui venait de perdre sa maman. Inconsolable, David a trouvé refuge dans les livres pour oublier le remariage de son père et la naissance de Georgie, son demi-frère. Une nuit, persuadé d'entendre sa mère l'appeler, David découvre un passage caché au fond du jardin. Il le franchit et se retrouve propulsé dans un monde fantastique, peuplé de personnages issus de ses lectures et de son imaginaire. Alors que la Seconde Guerre mondiale déferle sur l'Europe, David entame un périple à la recherche d'un vieux roi qui conserve ses secrets dans Le Livre des choses perdues, sésame qui permettrait au jeune garçon de quitter ce royaume. Mais le conseiller du souverain a pour lui d'autres desseins...

Une jolie couverture, un titre intrigant, des avis enjoués m’ont fait acquérir il y a un an. Il a attendu patiemment son tour .Je l’ai ouvert, commencé…refermé pour lire autre chose, puis encore autre chose. Trois semaines sont passés, je l’ai repris, lu une trentaine de pages…

Mais, la rencontre ne se fait pas, je ne rentre pas dans l’histoire, je n’accroche pas, je n’ai de cesse de le refermer, et de faire autre chose.

Ce livre n’est pas pour moi, j’y ai cru, mais cela n’a pas marché.

John Connolly-l'Archipel-347 pages

Né à Dublin en 1968

Après avoir quitté le lycée en 1985, John Connolly travaille pour un journal local de la ville, puis entreprend des études d'anglais et de journalisme à l'université de Dublin. Plus tard, il écrit pour le 'Sunday Tribune' et le 'Sunday Press', puis à plein temps pour 'l' Irish Times'. John Connolly se consacre désormais à ses romans. 'Tout ce qui meurt', son premier livre, a tout de suite été salué par la critique. Cet Irlandais de naissance est désormais considéré par les Américains comme l'un des maîtres du roman noir... à l'américaine.

Challenge ABC/Babélio :16/26 [C]

Challenge 26 libres/26 auteurs :9/26 [C]


Dark tiger


II y a sept ans, Stoney Calhoun s'est réveillé dans un hôpital de vétérans, privé de mémoire et de passé mais doté de talents inattendus. Depuis, il s'efforce de mener une vie normale, partagée entre la boutique de pêche dont il s'occupe avec la sublime Kate Balaban, son chien Ralph, et sa cabane perdue dans les bois. Lorsque l'Homme au Costume, qui vient régulièrement s'assurer qu'il n'a pas retrouvé ses souvenirs, commence à mettre en danger sa nouvelle existence, Calhoun est contraint d'enquêter sur le meurtre d'un agent gouvernemental retrouvé mort au nord de l'Etat. II doit alors prendre la place d'un guide de pêche à Loon Lake Lodge, un luxueux hôtel situé en plein coeur des espaces sauvages du Maine. Les paysages crépusculaires du Nord-Est des Etats-Unis servent de décor à cet ultime volet des aventures de Stoney Calhoun. Après Dérive sanglante et Casco Bay, nous retrouvons ce sympathique bourru dans sa plus dangereuse enquête.

Pour la troisième et dernière fois hélas puisque que William Tapply nous a quitté emmenant avec lui sa canne à pêche et Calhoun l’atypique vers d’autres cieux, l’auteur transporte son lecteur vers les superbes paysages du Maine.

Tout y est serein, posé, sans effusions, sans descriptions à donner la nausée, ni ostentation. Tapply utilise une langue élaborée pleine de finesse, et de beauté dans la description des lieux et des gens. C’est un régal à lire.

Calhoun ne cause pas, ne frime pas, il écoute, regarde, observe, réfléchit, se pose, prend le temps de vivre, de regarder la vie autour de lui, de humer l’air qui l’entoure, prend le temps d’aimer, de se faire aimer.

Que j’aimerais partir avec Calhoun au grès des lacs du Maine pour taquiner la truite, au bord de la rivière pour y débusquer le saumon, ou tout simplement pour apprendre l’art de confectionner les mouches, dont la Dark Tiger qui a donné son nom à cet ultime opus.

J’aurais voulu lui dire de fendre un peu l’armure avec Kate, de lui parler, de la rassurer…mais il n’est pas très causant, Calhoun ; je dirais qu’il est même un peu ours !! Ces deux là s’aiment, se respectent mutuellement, mais leur relation n’en est pas moins douloureuse. La psychologie de Calhoun se fait plus précise, plus étoffée dans ce roman. Au fil de son écriture, Tapply nous met en confidence, nous autorise à plus d’intimité avec lui.

J’ai tremblé pour lui quand l’hydravion s’est abîmé dans le lac.

Je suis charmée devant la complicité qu’il a avec son chien Ralph .Ces deux là ne font qu’un, n’ont pas besoin de parler pour se comprendre, et s’aimer.

Je me suis imaginée dans la forêt à deux pas d’une biche passant par là…

Et quand Kate et Calhoun se sont retrouvés, comme s’ils s’étaient quittés une heure auparavant, c'est-à-dire sans effusions, sans grandes démonstrations, j’ai esquissé un sourire en me disant » c’est Calhoun tut craché ça »

J’ai dégusté ce livre plus lentement que les autres, non pas faute de temps, ou d’autres raisons imputables au livre…..Je j’ai savouré parce que je savais qu’il n’y en a plus d’autres, et qu’il me fallait donc faire durer un peu plus le plaisir.

« Je l’ai remise à l’eau pour que quelqu’un d’autre puisse l’attraper. (..) , un gros poisson est quelque chose de trop précieux pour n’être attrapé qu’une seule fois. »

William G.Tapply- Gallmeister-251 pages

William G. Tapply est l'auteur d'une vingtaine de romans policiers dont Dérive sanglante et Casco Bay, les deux premiers volets des aventures de Stoney Calhoun, ainsi que de plusieurs livres consacrés à la pêche. Il est mort en 2009, alors que DarkTiger s'apprêtait à sortir aux Etats-Unis.



mercredi 23 mars 2011

Le moindre des mondes





"Un jour tout blanc de neige et de glace, le révérend Baldur Skuggason part à la chasse, fusil à l'épaule, fureur au ventre. Pendant ce temps, Fridrik le botaniste cloue un cercueil, celui d'Abba, handicapée de naissance. Ces trois personnages, la bête féroce, le lettré et la douce enfant vont de façon étonnante mêler leur histoire"

Baignant dans une nature austère et hostile, cette nouvelle l’est tout autant, tant dans le style sec, sans fioriture, et concis, que dans la nature des personnages.

Nous croisons un Révérend cruel parti chasser la renarde dans un décor déshumanisé, un botaniste qui est tout le contraire du Révérend. Et puis au milieu, il y cette simple d’esprit, reliée aux deux personnages précédents.

J’ai trouvé cela étrange, mais pas désagréable à lire. L’ambiance y est glaciale, sèche. Pour un écrit de petit gabarit, cela passe facilement.

J’ai pu y lire de belles descriptions, de belles évocations qui donnent envie, d’aller plus loin dans cette littérature un tantinet particulière.

« Le soleil réchauffe le corps blême de l’homme en même temps en même temps que la neige qui craque avec un bruit feutré : l’homme est l’oiseau du jour »

« Le monde entrouvre subrepticement le rideau, s’offrant au plus beau des regards. La perdrix cacabe. Les ruisseaux dégouttent lentement sous la pellicule de glace et rêvent de ce printemps où ils se feront périlleuses rivières. Des volutes de fumées s’élèvent de monticules de neige disséminées çà et là sur les flancs de la montagne-voici leurs fermes. Ici tout n’est qu’azur uniforme, sauf le scintillement des cimes. C’est l’hiver dans la vallée de Dalur. »

A lire cela, j’ai envie de préparer mon sac, et d’aller voir des mes propres yeux….pas vous ?

Sjon-Rivages-122 pages

Né en 1962 à Reykjavik, Sjón (de son vrai nom Sigurjón Birgir Sigurosson) est romancier, poète et parolier. Il a travaillé avec le groupe littéraire et culturel Medusa, le groupe punk Megacubes dont est issue Björk et avec Lars von Trier. Le moindre des mondes a reçu le prix littéraire du conseil Nordique en 2005 (plus haute distinction des pays du nord)


lundi 21 mars 2011

La nuit


Né en 1928 à Sighet en Transylvanie, Elie Wiesel était adolescent lorsqu'en 1944 il fut déporté avec sa famille à Auschwitz puis à Birkenau. La Nuit est le récit de ses souvenirs : la séparation d'avec sa mère et sa petite sœur qu'il ne reverra plus jamais, le camp où avec son père il partage la faim, le froid, les coups, les tortures... et la honte de perdre sa dignité d'homme quand il ne répondra pas à son père mourant. " La Nuit, écrivait Elie Wiesel en 1983 est un récit, un écrit à part, mais il est la source de tout ce que j'ai écrit par la suite. Le véritable thème de La Nuit est celui du sacrifice d'Isaac, le thème fondateur de l'histoire juive. Abraham veut tuer Isaac, le père veut tuer son fils, et selon une tradition légendaire le père tue en effet son fils. L'expérience de notre génération est, à l'inverse, celle du fils qui tue le père, ou plutôt qui survit au père. La Nuit est l'histoire de cette expérience. "

Ce témoignage aussi court qu’il est poignant est dans la lignée de Si c’est un homme, ou du journal d’Anne Frank .Il fait parie de ce qu’appelle les indispensables.

J’ajoute l’excellente préface de François Mauriac qui est à elle seule d’une beauté à couper le souffle.

« En quelques secondes nous avions cessé d’être des hommes »

Avec des mots simples et percutants, dans un style impeccable, avec juste assez de détails sans pour autant alourdir, Elie Wiesel réussit à raconter dix ans après l’indicible, l’incroyable, l’impensable, pour toute une génération que n’a pas connu cela. Et pourtant, ça a existé…..

Dans ces quelques pages il y a tout l’amour d’un fils pour son père, son admiration inconditionnelle, tout le respect pour l’homme de foi, toute la tendresse pour un homme qui se meurt à petit feu à côté de lui, sans qu’il fut possible de faire quoi que ce soit.

Je suis toujours éberluée de lire la passivité des déportés face au funeste destin qui les attendait. Comment ont-ils pu se laisser aller ainsi à la mort ?

Je connaissais Elie Wiesel pour l’avoir à de nombreuses reprises entendu s’exprimer sur le sujet, je connaissais l’homme de paix qui au sortir des camps s’est acharné tout au long de sa vie à défendre l’Humain, ses droits, sa dignité, où qu’il soit dans le monde. Curieusement aucun de ses livres n’était arrivé jusqu’à moi, c’est choses faite. Et c’est avec plaisir que je retrouverai au hasard d’un autre ouvrage.

Elie Wiesel-Editions de minuit-178 pages

Publié en 1958 aux Editions de Minuit, La Nuit est le premier ouvrage d'Elie Wiesel qui est, depuis, l'auteur de plus de quarante œuvres de fiction et de non-fiction. Prix Nobel de la paix en 1986, il est titulaire d'une chaire à l'université de Boston.

vendredi 18 mars 2011

Lettres d'Indochine;1893-1899


Les lettres réunies dans ce recueil ont été adressées par le lieutenant de Reinach à sa famille pendant les six années qu'il a passées en Indochine. Écrites au jour le jour, sans aucune recherche de style, elles n'étaient pas destinées à être rendu public. On y trouvera, à côté de descriptions simples, mais sincères du pays, les difficultés de la vie coloniale où l'officier et l'administrateur doivent, de leur propre initiative, suppléer à l'insuffisance des moyens dont ils disposent. On y verra le lieutenant de Reinach faisant, tour à tour, œuvre de militaire, d'explorateur, de juge, d'ingénieur, voire même de vaccinateur.

Il ressort de cette lecture beaucoup de calme, et de sérénité. Je lui ai trouvée un charme un peu désuet, la correspondance n’étant plus de nos jour un genre usuel, accentué par l’époque qui nous parait tellement lointaine, et le cadre qui semble sorti tout droit d’une carte postale aux couleurs passées par le temps.

Un jeune officier part prendre ses fonctions dans la lointaine Indochine de la fin du 19 ème siècle. Il n’y a point de conflit ; il s’agit juste d’assurer la présence administrative de la métropole dans cette terre du sud –est asiatique.

Cette correspondance est incomplète, et se divise den trois parties inégales. La première met le lecteur en appétit avec l’évocation du voyage qui mènera l’officier à bon port. Ce qui frappe dès le départ, c’est la relation particulière au temps. Le voyage prend du temps, un temps fou, inconcevable pour le voyageur d’aujourd’hui qui veut aller de plus en plus vite. La marine est à vapeur, les escales sont longues avant d’arriver en Asie. Mais c’est sans compter sur l’hydrographie locale, les conditions géographiques, et les moyens mis à disposition.

Dans un second temps, note officier restera en poste assez peu de temps au Tonkin, où sa mission est assez mal définie. Il passera beaucoup de temps en déplacement, profitant ainsi pour nous donner une description du pays qui parait à jamais rentrée dans les livres d’histoire.

La majeure partie de son temps sera consacrée à son séjour au Laos, où il aura une mission d’ordre géographique, puis sera commissaire gouvernemental. C’est dans cette partie que la correspondance est la plus incomplète.

J’ai décelé au fil des pages, un jeune officier posé, loin des clichés habituels de l’armée coloniale. Les conditions de vie sont précaires, l’officier est un home polyvalent, pouvant être ingénieur, vaccinateur, géographe etc., etc.

J’y ai vu un être d’une grande humanité,intègre, prenant le temps de comprendre les populations indigènes (terme utilisé tel quel dans le texte, qui était celui de l’époque, et qui pour moi n’a aucun caractère péjoratif, en tout cas tel qu’il est utilisé dans ce livre là).

J’ai apprécié cette lecture, un brin décalé dans le temps et dans l’espace ; j’ai aimé me délester le temps d’une centaine de pages du confort moderne pour un retour à un peu plus de rusticité et d’exotisme. J’aurais, en revanche, apprécié la présence d'une carte géographique de l'époque: les frontières ont parfois changé depuis, et certaines villes ont été rebaptisées. Le lecteur non averti peut facilement s'y perdre.

Je remercie, pour cela les éditions Dubuisson, et Bob, qui me l’ont permise.

Lucien de Reinach-Edition Dubuisson-143 pages

« Si courte qu'elle ait été, la vie de Lucien de Reinach est un bel exemple pour ceux qui voient dans le service de la patrie le plus rigoureux des devoirs en même temps que la source la plus féconde de satisfactions et de consolations. Arrivé à l'âge où l’on se décide a suivre une carrière, Lucien de Reinach pouvait, à raison des ; études consciencieuses qu'il avait faites et de sa situation de famille, choisir sa voie. Il n'hésita pas à marquer sa préférence pour le métier des armes. II entra donc à Saint-Cyr le 1er octobre 1885 à l'âge de 21 ans, en sortit le 1er octobre 1887, suivit pendant une année les cours de l'Ecole d'application de cavalerie, et fut nommé, à sa sortit de Saumur, sous-lieutenant au 190 Chasseurs. Promu lieutenant au 2e Hussards le 1er juillet 1891, il se donna tout entier à son métier, publia en 1 892'la traduction d'une étude allemande sur Le Passage des cours if eau par la cavalerie et en 1893 se présenta à l'Ecole de Guerre, où, après avoir été admissible il n'échoua que de quelques points. Par décision ministérielle du 23 mars 1893, il fut mis à la disposition de M. de Lancssan, Gouverneur général de l'Indochine, et s'embarqua le 27 avril pour le Tonkin. Mais quatre années passées au Laos avaient altéré sa santé. I1 dut demander un congé qu'il vint passer en France. Mais quatre années passées au Laos avaient altéré sa santé. I1 dut demander un congé qu'il vint passer en France. » J. CHARLES-ROUX, Président de l'Union Coloniale Française et de la Fondation Lucien de Reinach.


J'intègre cette lecture dans le cadre du challenge épistolaire d'Anne Sophie.


mercredi 16 mars 2011

Gibier d'élevage





En pleine guerre, un avion américain s'écrase dans les montagnes japonaises. Le rescapé est aussitôt fait prisonnier par les villageois. Or il est noir... Aux yeux du jeune enfant naïf et émerveillé qui raconte cet épisode, sa nationalité, sa race, sa langue n'en font pas un étranger ou un ennemi, mais une simple bête dont il faut s'occuper.

Où finit la bêtise, où commence la haine de l’autre ? Est-ce l’ignorance, ou bien le mal ancré au fond des personnes qui conduisent à ces faits là ?

L’auteur donne la parole à deux frères dont « Crapaud » et un de leurs amis « Bec de lièvre » qui dans la campagne japonaise, au milieu de la forêt, dans un pays en guerre, voient pour la première fois de leur vie, un Noir, ennemi de surcroit parce qu’américain…..

« Les ennemis qu’elle tête peuvent-ils bien avoir ? »

« C’est un Noir, un Noir ! Pas un ennemi ! » A la limite, c’est encore pire …..

« C’est une bête, rien qu’une bête, dit mon père avec gravité. Il pue comme un bœuf »

Voilà à fond toute l’essence de cette petite mais très dense nouvelle. Comment éduquons-nous nos enfants, comment les plaçons nous devant l’autre qui n’est pas comme nous ? Comment l’ignorance des parents conduit irrémédiablement à l’ignorance des enfants dans une société fermée à toute autre culture à l’époque où se situe l’histoire ?Même si ces enfants apprendrons à apprivoiser ce pauvre homme de couleur, ramené au rang de bête, même s’ils tous surpris, se rendent compte qu’il est bâti come eux, et même mieux (avec à ce sujet un passage croustillant que je ne dévoilerai pas !!), le mal est fait.

Cette histoire se passe il y a longtemps, et pourtant, et pourtant……de nos jours, elle serait encore bien actuelle.

Ce livre est court, et comme souvent en littérature japonaise, ce n’est pas forcément le plus accessible. On ne lit pas cela comme on lit un roman de plage. L’écriture est belle, prenante.

Je n’avais pas forcément prévu de lire cet auteur ; il était mis en valeur à la médiathèque, et je me suis dit :pourquoi pas ? Sans regret.

Kenzaburô Ôé-Folio n°3752-105 pages

Ecrivain japonais né en 1935, Kenzaburô Ôé grandit sur l'île méridionale de Shikoku, qui sera le décor principal de son œuvre romanesque, puis fait des études de littérature française. Dès la fin des années 1950, il publie ses premières nouvelles et c'est en 1964, avec 'Une affaire personnelle', qu'il connaît son premier grand succès. Tout en écrivant de nombreux romans et nouvelles, il est critique littéraire, spécialiste de William Blake, Malcolm Lowry et Dante. Son œuvre est orientée vers l'engagement politique de gauche et l'analyse psychologique. Le génie de Kenzaburô Ôé consiste à concilier, dans un style original, un certain naturalisme, des fragments autobiographiques, une réflexion sociologique et historique et une imagination inégalée par les auteurs japonais modernes. En 1989, il reçoit le prix Europalia et, en 1994, le prix Nobel de littérature, signes d'une reconnaissance internationale.

challenge des Nobel n°7

mardi 15 mars 2011

Un alligator nommé Rosa




Un coin perdu du sud de la France, entre la mer et la montagne. Antoine, nouveau garde-malade, vient au chevet de Rosa, vieille femme fatiguée, usée par la vie. Dans un paysage idyllique, c’est pourtant Haïti qui est au cœur de ce roman où les dialogues prennent des allures de soliloques et où les procès n’ont pas lieu devant un jury. Implacablement, Marie-Célie provoque des rencontres entre un bourreau et sa victime, entre une femme et un homme, un tête-à-tête d’où personne ne sortira indemne. Des années après la mort du dictateur, les blessures sont toujours aussi vives. Pour les panser, certains ont choisi l’exil, d’autres, l’oubli. Chaque fois, il faut partir, partir pour un ailleurs qui est souvent soi. Mais la mémoire veille, brûlante. Alors, il faut parler, dire la douleur, retrouver les mots. C’est ce que fera Antoine, espérant enfin trouver la paix au terme d’une longue errance.

Je remercie Bob et les éditions vents d’ailleurs pour la découverte de cet auteur et de son livre, ainsi que de cette maison d’édition.

Les premiers mots qui me viennent pour qualifier cette lecture sont pesanteur, gravité. Tout est lourd et grave dans cette histoire, et ce dès le départ. Ce livre, malgré sont faible nombre de pages, ne se lit pas d’une traite ; au contraire, il faut digérer, assimiler, et se libérer de ce qu’on lit.

Bien qu’il s’agisse d’une fiction, le lecteur sent bien tout le vécu de l’auteur, au travers de cette histoire, qui, hélas, prend appui sur les heures sombres d’Haïti, et de ses abominables dirigeants.

Je connaissais assez mal, dans le détail si je puis m’exprimer ainsi, cette période concernant la présidence des Duvalier. Ce livre aura eu le mérite de m’éclairer davantage à ce sujet.

Bien que la haine, le ressentiment, la douleur du vécu soient présents à chaque page de ce livre, ce qui explique la lourdeur et la gravité que je lui attribue, l’auteur a su rester sobre dans ses descriptions. C’est au travers du style, d’un vocabulaire imagé et sans concession et d’un texte assez compact, et ce malgré des chapitres relativement courts et réguliers, qu’elle a su donner à son ouvrage toute la gravité qu’il convient à cette période, sans parvenir à quelque chose de glauque.

« N’ouvre pas tant la bouche, c’est très vilain et tu m’effraies. Je n’aime pas voir cet affreux dentier. Cela me fait penser à un crocodile, non, à un alligator ! On le prétend plus cruel. »

Marie-Célie Agnant-Vents d'ailleurs-192 pages

Romancière, poète, nouvelliste et conteuse, Marie-Célie Agnant est née en Haïti et vit au Québec depuis 1970. Elle est une écrivaine attentive au monde qui l’entoure et écrits des textes qui reflètent cet engagement. Très active sur la scène littéraire québécoise, elle connaît également une grande carrière internationale avec des traductions de ses textes vers l’espagnol, l’anglais, le néerlandais, le coréen. Depuis 1994, elle a publié une dizaine d’ouvrages parmi lesquels La Dot de Sara, Le Silence comme le sang, Le Livre d’Emma. Un alligator nommé Rosa a paru à Montréal aux éditions remue-ménage en 2008. Plusieurs de ses textes, Alexis d’Haïti ; Alexis, fils de Raphaël, La Légende du poisson amoureux, sont destinés à la jeunesse.