mercredi 29 juin 2011

Une journée d'Ivan Denissovitch


Prisonnier depuis huit ans dans un camp de travaux forcés en Asie centrale sous le régime stalinien, Ivan Denissovitch Choukhov, petit homme bon et débrouillard, est un zek, un détenu dans le langage administratif soviétique. Harcelé par ses bourreaux, le froid et la faim, il s'adapte pour survivre avec dignité dans un univers inhumain. Avec Une journée d'Ivan Denissovitch, Alexandre Soljenitsyne nous plonge dans le quotidien d'une victime parmi d'autres du système concentrationnaire soviétique. Au fil de cette journée, c'est toute l'horreur de ce monde " hors la vie" qui nous saute au visage, mais c'est aussi et surtout la résistance. (D’après l’édition de poche de Robert Laffont)
La publication de l’ouvrage, bien qu’autorisée par le régime, a eu un fort retentissement, et pour cause, Soljenitsyne, y parle du Goulag, le système concentrationnaire où le régime communiste déportait ses opposants de toute sorte.

Ce livre se mérite ; il faut savoir prendre le temps et son temps pour l’apprécier mais surtout pour l’apprivoiser. Ce n’est pas tant le style qui est difficile, que le facteur temps qui serait presque un personnage à lui tout seul ; le lecteur rentre dans une autre dimension ; tout se passe à l’échelle de la journée. Alors forcément, cela laisse le temps aux choses et aux personnages.
En effet, sans être compliqué, Soljénitsyne est fidèle au " style russe ", riche en détails, en petits rien insignifiants qui demande une lecture attentive, une concentration maximum. L’effort vaut la peine. Soljénitsyne avec des mots simples, sobres parvient traduire l’ambiance concentrationnaire du Goulag, des conditions de travail, des difficultés et humiliations en tout genre que les prisonniers subissent.
Ce livre met en évidence le fatalisme, trait de caractère très russe. On ne sent pas de révolte parmi les personnages, seulement que es choses sont comme cela et qu’il faut les accepter comme elles viennent.
 Et dans cet univers lourd, difficile, froid, l’humour n’est pas en reste.

« Le travail, c’est comme un bâton, ça a deux bouts ; quand on travaille pour des hommes, on en met un coup ; quand c’est pour des cons, on fait semblant. »

« Une journée de passée. Sans un seul nuage. Presque de bonheur. Des journées comme ça, dans sa peine, il y en avait, d'un bout à l'autre, trois mille six cent cinquante-trois. Les trois de rallonge, c'était la faute aux années bissextiles. »

Soljenitsyne, après avoir été interdit, emprisonné, banni de son pays, a été réhabilité. Désormais son œuvre est étudié des lycéens russes. J’ai hâte de lire d’autres de ses œuvres, avec notamment l’imposant archipel du Goulag.

Alexandre Soljenitsyne- Julliard (1963) existe en format poche-279 pages

Alexandre Soljénitsyne est né en 1918 à Kislovodsk. Orphelin de père, il fut élevé pauvrement mais parvint cependant à faire de brillantes études de mathématiques, de physique, d'histoire, de littérature et de philosophie. Décoré de l'Armée rouge pendant la Seconde Guerre mondiale, il est arrêté en 1945 pour avoir critiqué Staline et condamné à huit ans de camp de travail. Après quatre autres années de relégation, il est réhabilité en 1957. C'est au bagne qu'il avait commencé à écrire. En 1962, Khrouchtchev autorise la publication d'Une journée d'Ivan Denissovitch, mais à partir de 1965, toutes ses œuvres sont interdites en Union soviétique. Exportées clandestinement, elles sont aussitôt traduites dans plusieurs langues étrangères : le Premier Cercle, le Pavillon des cancéreux, de nombreuses nouvelles, enfin l'Archipel du Goulag qui lui vaut d'être arrêté en 1974, puis déchu de la citoyenneté soviétique et expulsé. Prix Nobel de littérature en 1970, Soljénitsyne a vécu vingt ans aux États-Unis où il a achevé la rédaction de sa gigantesque fresque historique commencée en 1936 : la Roue rouge. Il a regagné sa patrie en mai 1994, et a vécu à Moscou où il meurt à son domicile à 89 ans dans la nuit du 3 au 4 août 2008.

Challenge Nobel 9






Challenge 26 auteurs/26 livres: 14/26 [S]

Connaissez vous - Paris?


Y a-t-il un rapport entre l'eau de Javel et le quai du même nom ? Combien y a-t-il d'arcs de triomphe à Paris ? Quel agréable souvenir dentaire est attaché à la place des Etats-Unis ? Entre novembre 1936 et octobre 1938, Raymond Queneau pose chaque jour aux lecteurs du quotidien L'Intransigeant trois questions sur Paris. L'Histoire s'y mêle à l'anecdote, la pratique documentaire aux dérives dans la ville, le sourire au savoir. Sur une idée d'Emmanuel Souchier, la présente édition vous propose plus de quatre cents de ces questions assorties de leurs réponses. Pour parcourir la Ville Lumière en compagnie de l'un de ses plus éminents piétons et découvrir une oeuvre méconnue de Raymond Queneau, jamais encore publiée en volume.

Cette question me va droit au cœur, moi qui aime tant "fouiner" et déambuler dans Paris. Je comptais bien avec ce livre, apprendre, mais apprendre en m’amusant et sans ennui.
Ce livre n’est pas un ivre comme les autres. Il reprend sous un même volume les questions à propos de Paris que Raymond Queneau posait régulièrement aux lecteurs de " l’intransigeant" aujourd’hui disparu des publications.
Ce recueil est composé de 76 groupes de 6 questions dont les réponses sont données au verso. Tout y passe : de la Grande Histoire, aux petites histoires de Paris, des Personnages nés ou morts sur place à ceux auxquels on peut rattacher une anecdote croustillante, des monuments les plus connus aux façades les plus anonymes…..
 On ne lit pas ce livre tel l’affamé qui fait son repas intégral, mais tel le grignoteur piochant ici où là de quoi combler une petite dent creuse.

Incontestablement le contenu est fort intéressant …mais….la construction et la présentation font que cela devient vite étouffant et lassant. Si j’ai appris énormément de chose, je doute qu’au terme de du livre il m’en reste beaucoup, tant les informations arrivent de manière sèche et impersonnelle.
J’aurais apprécié une petite originalité dans la présentation de ce quiz : en faire ressortir des thématiques par exemple, y adjoindre quelques illustrations…

Je remercie Livraddict et les éditions Folio pour ce partenariat

Raymond Queneau-Folio n°5254 (mai 2011)-175 pages


jeudi 23 juin 2011

Le temps présidentiel, mémoires tome 2

Dans le second volume de ses Mémoires, Jacques Chirac aborde avec une grande liberté de ton les deux mandats de sa présidence, la plus longue de la Ve République après celle de François Mitterrand. Il dresse son bilan et explique ce qui a guidé ses grands choix, sans passer sous silence les aspects qui ont suscité des critiques et des commentaires ? la dissolution de 1997, le feuilleton des « affaires », l’échec du référendum sur la Constitution européenne ? , il rétablit aussi la vérité sur les réformes menées en faveur de la réduction de la « fracture sociale » et de la modernisation du pays.
Il consacre une large part de ce récit aux questions de politique étrangère et à son inlassable engagement pour le respect des cultures et la paix, tant en ex-Yougoslavie qu’en Irak. Restituant ses échanges avec les grands chefs d’État du moment, de Bill Clinton et George W. Bush à Tony Blair, de Boris Eltsine et Vladimir Poutine à Helmut Kohl et aux dirigeants chinois, il révèle les dessous, jusqu’ici tenus secrets, d’une action internationale souvent déterminante.
Jacques Chirac évoque également avec beaucoup de sincérité ses relations avec les principaux protagonistes de ses douze années de pouvoir : aussi bien Alain Juppé et Lionel Jospin, que Jean-Pierre Raffarin, Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin.
Il raconte, enfin, l’autre grande aventure de cette période : la création du musée des Arts Premiers, aventure qui reflète, au-delà de sa dimension esthétique, la part la plus authentique d’un président profondément humaniste, épris d’universel.
En conclusion, Jacques Chirac s’adresse à la jeunesse et aux créateurs, tous ceux qui seront les acteurs de la France de demain, et s’appuie sur son expérience hors du commun pour livrer dans un « testament politique » sa vision d’une « France qui ose ».


« Car il n’existe pas plus de hiérarchie entre les arts et la culture qu’il n’existe de hiérarchie entre les peuples. » 20 juin 2006, Inauguration du musée des arts premiers, quai Branly

Ce second volet se veut plus politique, plus profond, et plus vachard aussi. Si Chirac ne tarit pas d’éloge pour ses plus fidèle collaborateurs, pour un certain nombre de personnalités qu’elles soient de son bord ou pas, il peut être sans concession pour d’autres et pas forcement des moindre, à tors ou à raison….car on ne connaît jamais les dessous d’une histoire ou de la grande Histoire. A certains moments il attribue aux une et aux autres des traits de caractères ou des actes qui étaient les siens ou ses faits en d’autres temps.

Quand j’écris que ces mémoires ont un caractère plus politique et plus profond, c’est que d’une part Chirac ne parle plus de lui, mais surtout des grands sujets internationaux, environnementaux, des enjeux du futur qui ont occupés sa présidence. Il m’a paru beaucoup plus sincère et  plus vrai lorsqu’il revient longuement sur ce qui l’a amené à refuser une intervention militaire ne Irak, sur son cheminement en matière d’environnement, sur sa réflexion à propos des enjeux de société au niveau planétaire.
Sur le plan intérieur, je suis nettement convaincue par ses propos, son analyse du 21 avril qui à mon sens n’a pas été compris (et pas uniquement par lui d’ailleurs) et par les réponses données.
Ses échecs ne sont pas esquivés, mais….il ne regrette rien.

Sans être dupe sur le fait qu’il ne peut pas tout dire, et qu’il n’a pas forcément intérêt à dire certaines choses, cet ouvrage a au moins le mérite de balayer de manière assez complète ces quinze dernières années , de connaître un peu mieux les principaux dirigeants internationaux.

L’ancien chef de l’état, tel un vieux sage, drapé d’une étoffe d’humanisme, feinte ou sincère ? je ne me prononce pas, revient aux origines de l’Homme, pour mieux s’adresser à la jeunesse : « Alors Français : rêvez ! Osez ! Ultime message, testament, mise en garde, humour corrézien….à chacun de juger 

Jacques Chirac(en collaboration avec Jean-Luc Barré) -Nil éditions (juin 2011)-610 pages

lundi 20 juin 2011

Chaque pas doit être un but; mémoires tome1


Jacques Chirac ne parle pas facilement de lui-même. Pudique et secret, il se raconte ici pour la première fois. Dans un style vivant et direct, non dénué d’humour, il évoque ses origines familiales, sa jeunesse aventureuse et ses débuts en politique, depuis son élection en 1967 comme député de Corrèze, qui lui a permis de s’imposer très vite dans un milieu pour lequel il ne se sentait pas prédestiné.
Ce volume couvre les soixante-trois premières années de sa vie, jusqu’à son élection à la présidence de la République en 1995. On y voit naître et se former un homme politique hors normes et s’élaborer sa réflexion profondément marquée par les valeurs conjointes du radicalisme et du gaullisme. Jacques Chirac revient sur ses relations privilégiées avec Georges Pompidou, ses rapports conflictuels avec Valéry Giscard d’Estaing, sa cohabitation à la fois orageuse et complice avec François Mitterrand, son affrontement avec Édouard Balladur. Il lève le voile sur les années de solitude qui, nonobstant les trahisons, l’ont conduit en 1995 à la tête de l’État. C’est avec la même franchise qu’il révèle ses échanges avec divers chefs d’État étrangers. Jacques Chirac consacre aussi une large place dans ce livre à ses souvenirs personnels, brossant un portrait intime et émouvant de ses parents, de son épouse Bernadette et de ses filles Laurence et Claude. Il nous fait entrer dans son « jardin secret » en expliquant les raisons de son goût pour l’Asie et les arts premiers, qui a largement fondé sa vision humaniste du monde et de l’Histoire.
Retiré de la vie politique, enfin officiellement, mais pas tout à fait  malgré tout,  Chirac le pudique se livre, un peu plus que d’ordinaire.
Chirac fait partie du paysage politique du pays depuis que je suis l’actualité, bien avant d’être électrice.
Chirac, l’Homme Chirac, m’est sympathique. C’est le bulldozer qui aime la poésie, c’est l’homme pressé et moderne qui s’intéresse aux origines de l’Homme. Née un même jour que lui, je me reconnais dans ses contradictions.

Le premier volet de ses mémoires, qui prend fin à la veille de son élection à la Présidence de la République est à mon sens plus personnel que politique. Bien que né à Paris, c’est en Corrèze, qu’il puisera ses racines radicales –socialistes, marqué par un grand –père instituteur de campagne, et laïc, enfant unique adulé par sa mère, et dont il dira de son père « qui a su lui inculquer un profond respect du travail ».
Il me fera sourire en évoquant une jeunesse pleine d’idéaux : son ambition d’être marin au long cours, la signature de l’appel de Stockholm, son épopée américaine….
Il s’attarde longuement sur la passion de sa vie pour les arts premiers ; une passion qu’il a longtemps tenu secrète, préférant passer pour un inculte, alors qu’il est reconnu pour être un spécialiste du domaine.
L’animal politique n’est pas loin. La « chose » a été sa vie. Si rien de nouveau ne nous est révélé, c’est une autre facette de la politique qui est montrée : celle des amitiés, mais aussi des trahisons, vraies ou ressenties, celles des coups bas. Pas une personnalité de l’époque ne manque à l’appel. Il n’est as tendre avec celles de sa famille politique, plus bienveillant avec ses adversaires ; revient longuement sur celui qu’il considérait comme un père : Pompidou.
« Lorsque j’apprends sa mort, le soir du 2 avril, le chagrin qui me submerge est tel que je ne cherche nullement à dissimuler ma peine, en privé comme en public. Bien que nous n’ayons jamais été intimes, je ressens la morte de  Georges Pompidou  aussi cruellement que celle d’un proche. »

Chirac le pudique, se fait sincère, je le crois en tout en ce qui concerne ce point précis, lorsqu’il évoque son engagement et ses conséquence sur sa vie familiale, sa fille Laurence, son épouse qui envers et contre tout l’a toujours soutenu.
Je suis un peu moins convaincue par ses combats, non pas que je ne trouve pas sincère dans ses convictions, mais plutôt dans la manière de les mettre en œuvre, et sur les résultats.
Par contre je suis « admirative » de l’endurance, et de la persévérance du personnage. En quarante  années de politique, il a eu ses hauts et ses bas, ses victoires et ses échecs –cuisants pour certains-mais à chaque fois il est remonté en selle, Bernadette à ses côtés, plus conquérant que jamais pour atteindre son, objectif : accéder à la Présidence.

Sur la forme, ces mémoires, sont agréables  à lire ; 24 chapitres sur le mode thématique, et en annexes des discours de l’époque et son bilan de gouvernement  1986-1988. Le style est à l’image du personnage accessible, sans détour, clair.
Bien que je j'ai lu ce livre dès sa parution, j’en rédige mes impressions au moment où je termine le second volet de ses mémoires.
Jacques Chirac- Nil éditions (novembre 2009)-505 pages

mardi 14 juin 2011

Challenge musical

 Anne (des mots et des notes)  nous propose une nouvelle aventure , toute en musique, une poésie qui cause au creux de l'oreille

Dans une semaine, c'est l'été... et c'est la fête de la musique !!
Alors voilà, je viens ajouter un défi de plus à la blogosphère en délire... tant mieux ou tant pis, à vous de juger !
Ce challenge s'appellera : Des notes et des mots.

N'ayons pas peur des mots, ni des notes, je serai grande soliste internationale avec 5 livres minimum, 1 CD ou 1 DVD .

Pas de panique, nous avons tout notre temps......fêtons ensemble la musique en 2011, 2012, et faisons le bilan en   le 21 juin 2013

Comme je suis une grande mélomane, j'ai pris un peu...beaucoup d'avance avec:

*Jean Baptiste Destremau, la sonate de l'assassin
*Alessandro Baricco, Noveccento: pianiste
*Franck Conroy, Corps et âme
*Pascal Quignard, Tous les matins du monde
*E.E.Schmitt, Ma vie avec Mozart
*Claude Clément, Chopin l'âme du piano
*Chochana Boukhobza, Le troisième jour
*Selma Lagerlöf, Le violon du fou
*Elfriede Jelinek, La pianiste
*Greg Dawson, Joue, joue sans t'arrêter
*Yogo Ogawa, Les tendres plaintes



A partir de maintenant, commence mon challenge.......
Do, le dos, il a bon dos.
rayon de soleil d'or
Mi, c'est la moitié d'un ton
Fa, c'est facile à chanter
Sol, la terre où nous marchons
La, l'endroit où nous allons
Si, l'espoir que nous avons
Do, et nous recommençons.....


*Paola Calvetti, L'amour secret 
*Wahiba Khiari, Nos silences 
*Metin Arditi, La pension Marguerite
*Jon Savage,Machine soul
* Naïri Nahapétian,Dernier refrain à Ispahan 
*Gaëlle Josse,Nos vies désaccordées 
*Raphaël Jerusalmy, Sauver Mozart
*Simon Van Booy, L'amour commence en hiver
*Vincent Borel, Richard W.
*Metin Arditi, Prince d'orchestre

dimanche 12 juin 2011

La marche de Mina


Après le décès de son père, alors que sa mère doit s'éloigner pour parfaire sa formation professionnelle, la petite Tomoko est revue pour un an chez son oncle et sa tante. Tomoko a douze ans ; à Kobe, son oncle l'attend sur le quai de la gare. Il la serre dans ses bras et la conduit jusqu'à la très belle demeure familiale. Pour Tomoko, tout est ici singulièrement différent. Sa cousine Mina passe ses journées dans les livres, collectionne les boîtes d'allumettes illustrées sur lesquelles elle écrit des histoires minuscules ; un hippopotame nain vit dans le jardin, son oncle a des cheveux châtains, il dirige une usine d'eau minérale et la grand-mère se prénomme Rosa. Au cœur des années soixante-dix, Tomoko va découvrir dans cette maison l'au-delà de son archipel : à travers la littérature étrangère, les récits de Rosa sur son Allemagne natale et la retransmission des Jeux olympiques de Munich à la télévision, c'est un tout autre paysage qui s'offre à elle. La grande romancière japonaise explore dans ce livre, et pour la première fois dans son œuvre, le thème de l'étranger et des origines. En choisissant le prisme des liens de l'enfance, elle inscrit ce roman, comme le précédent intitulé la formule préférée du professeur, dans un cycle voué à la tendresse et à l'initiation.
J’avais aimé la musicalité des tendres plaintes, et de fait j’avais envie de retrouver Yoko Ogawa dans sa " veine gentille".
L’écriture est tout aussi élégante, poétique parfois. Seulement voilà, malgré cela, ce livre n’a pas eu grand effet sur moi .Si j’en ai apprécié la lecture durant la première moitié, c’était sans passion et sans sursaut de curiosité qui pousse inexorablement vers la fin.
Il m’a fallu le temps pour venir à bout de la seconde moitié du livre tant il y a de longueurs et de petites choses sans intérêt qui finissent par lasser.
Yoko Ogawa, a comme souvent en littérature asiatique, une écriture lente, voir contemplative. Cela ne me gêne pas dans la mesure où j’ai une béquille suffisamment nourricière pour me tenir  en éveil. Ce fut le cas dans les tendres plaintes, où la musique, le clavecin  stimulaient en moi un certain nombre de récepteurs.
Ce ne fut pas le cas avec la marche de Mina, qui malgré les petites histoires, qui malgré Pochiko  et sa façon bien à lui d’accueillir son monde, ne renfermait pas le terreau pour fertiliser cette lecture.
J’ai pu, ici ou là apprécier la tendresse et l’attachement entre Mina et Tomoko…mais…pas au-delà.
Ce roman aux qualités indiscutables n’a pas fait naître d’émotion particulière ; ni dégout ni enthousiasme. Et c’est peut-être ce qui est pire, que de ne rien ressentir du tout, si ce n’est l’envie, à un moment donné d’en finir au plus vite.

Yoko Ogawa-Actes Sud (11/01/2008) -317 pages

mercredi 8 juin 2011

Le retable des ardents


Fascinant chef d’oeuvre de la Renaissance, le Retable d’Issenheim de Mathias Grünewald est connu dans le monde entier. Mais qui donc est Mathias Grünewald ? Est-il ce Meister Mathis dont on peut trouver la trace fugitive ça et là dans de pauvres chroniques ? Pourquoi, quand on cherche à
retracer son parcours, a-t-on l’impression désespérante que le peintre a choisi une stratégie de fuite pour échapper à la postérité ? Pour contourner ce parti pris de discrétion et d’humilité, il ne reste à l’amateur d’histoire qu’une seule issue : éclairer le personnage à la lumière de son oeuvre. Car, dans la chambre obscure du passé, le Retable d’Issenheim est un puissant révélateur. Il met à jour non
seulement le contexte de cette période charnière du passage des temps médiévaux à ceux de la Renaissance mais aussi, et surtout, la véritable personnalité de Mathis : celle d’un homme dévoré par la foi mais aussi profondément chamboulé par les malheurs de son temps. La curiosité de l’historien nous livre aujourd’hui un roman sensible et bouleversant.

Avant toute chose, pour savoir de ce qu’il est question dans le livre

Le retable (du latin retro tabula altaris : en arrière d'autel) est une construction verticale qui porte des décors sculptés ou peints en arrière de la table d'autel. L'étymologie du mot français est la même que l'espagnol retablo, lorsque le terme italien est pala d'altare.

Il est fréquent qu'un retable se compose de plusieurs volets, deux pour un diptyque, trois pour un triptyque voire davantage pour un polyptyque.

« Je compris que notre peinte était aussi un peu alchimiste, à ceci près qu’il ne cherchait pas, lui, à transformer le plomb en or mais tout simplement à obtenir les plus belles couleurs pour honorer notre Seigneur. »

Ce livre, présenté comme un roman, mais à mon sens se situe à mi-chemin du récit et du roman. Il combine à la fois une narration avec le "je" qui est l’assistant de Maître Mathis , et un mode plus impersonnel dans une grand partie du livre. Cela n’altère en rien sa qualité, c’est simplement une impression personnelle qui n’engage que moi.

Je remercie News book et  les éditions Verger, maison alsacienne, qui m’ont permis de lire ce livre, et par la même occasion de mettre à l’honneur par ouvrage original une région magnifique qu’est l’Alsace ; et pour y habiter tout près je peux en attester doublement.

Michel Winter a su très bien, dans un vocabulaire et avec un style accessible, amener son lecteur sur les chemins de l’art, de la religion, de l’histoire nous instruire de manière pointue, et savante, sans alourdir son teste ni assommer le lecteur.
J’ai lu ce livre avec beaucoup d’intérêt : avec le plaisir du roman, et l’attractivité du livre de connaissance.

Nous sommes en 1512, en haute Alsace il sévit une terrible épidémie de maladie des ardents, ou le feu de St Antoine. Maître Mathis, reçoit une commande pour un retable pour la communauté des Antonins d’Issenheim.
C’est sous la plume de Johan, son apprenti que nous suivrons tantôt de manière romanesque, et tantôt sur le mode plus documentaire (parce qu’il y a beaucoup de lacunes historique sur la question, qu’à partir du moment où les faits ne sont plus établi, l’auteur s’est osé à la liberté) la naissance de cet œuvre d’art encore exposée en Alsace.
L’auteur montre avec talent comment la piété d’un artiste va l’inspirer dans son œuvre, comment toutes les interrogations qui l’animent durant les 4 ans de genèse du retable vont au fur et à mesure le faire cheminer.
L’auteur n’en oublie pas pour autant le contexte politique et religieux de l’époque : la haute Alsace est dans le St empire germanique, et est fortement influencée par la réforme protestante, qui fera beaucoup douter le peintre. Le climat inquisitoire, avec notamment le sort réservé à celles que l’on soupçonnait de sorcellerie est bien abordé.

J’ai aussi beaucoup apprécié la précision des descriptions géographiques et des édifices ; en particulier la cathédrale de Strasbourg…
« Jamais il n’a vu, dans ce monde rhénan pourtant riche en sanctuaires somptueux, une construction aussi élancée, aussi richement décorée. Et cette pierre, le grès des Vosges qui se sculptait comme de la dentelle, accrochait et réverbérait les rayons du soleil dès le début de l’après-midi, quand l’épais brouillard qui parfois pesait sur la cité se levait sur les toits et les quais humides de la ville. »

Les techniques artistiques, et les matériaux utilisés pour les couleurs sont très bien abordés, avec juste de théorie mais pas trop.

Au final, j’ai beaucoup appris tout en détente et plaisir. Je n’ai qu’une hâte : me précipiter au musée Unter-Linden de Colmar où ce retable est exposé.


Michel Winter-Le verger éditeur -240 pages

Pour vous donner une idée de ce que représente ce retable:
 Retable fermé, avec la crucifixion au centre, St Sébastien à gauche, St Antoine à droite; L mise au tombeau sous la crucifixion.

 Retable, première ouverture, avec de gauche à droite: l'Annonciation, le concert des anges, la Nativité, la Résurrection
.Retable seconde ouverture avec de gauche à droite: la visite de St Antoine à St Paul, St Augustin, St Antoine, St Jérôme, la tentation de St Antoine

lundi 6 juin 2011

Les trois lumières

LES TROIS LUMIÈRES. Dans la chaleur de l’été, un père conduit sa fille dans une ferme du Wexford, au fond de l’Irlande rurale. Bien qu’elle ait pour tout bagage les vêtements qu’elle porte, son séjour chez les Kinsella, des amis de ses parents, semble devoir durer. Sa mère est à nouveau enceinte, et il s’agit de la soulager jusqu’à l’arrivée du nouvel enfant.
Au fil des jours, puis des mois, la jeune narratrice apprivoise cet endroit singulier, où la végétation est étonnamment luxuriante, les bêtes grasses et les sources jaillissantes. Livrée à elle-même au milieu d’adultes qui ne la traitent pas comme une enfant, elle apprend à connaître, au gré des veillées, des parties de cartes et des travaux quotidiens, ce couple de fermiers taciturnes qui pourtant l’entourent de leur bienveillance. Pour elle qui n’a connu que l’indifférence de ses parents dans une fratrie nombreuse, la vie prend une nouvelle dimension. Elle apprend à jouir du temps et de l’espace, et s’épanouit dans l’affection de cette nouvelle famille qui semble ne pas avoir de secrets. Certains détails malgré tout l’intriguent : les habits dont elle se voit affublée, la réaction de Mr Kinsella quand il les découvre sur elle, l’attitude de Mrs Kinsella lors de leurs rares sorties à la ville voisine…
Claire Keegan excelle à éveiller l’attention de son lecteur sur ces petites dissonances où transparaît le désarroi de ses personnages, en apparence si maîtres d’eux-mêmes. Explorant avec le talent qui lui est coutumier les failles du quotidien, elle brosse ici le portrait magnifique d’une enfant qui apprend à grandir entourée d’adultes mystérieux et d’une nature dont la beauté coupe le souffle.
Les parutions chez Sabine Wespeiser sont peu nombreuses chaque année, mais sont de qualité.  Leurs auteurs sont fidèles, et de qualité ; loin du tape à l’œil que l’on peut rencontrer parfois ailleurs. La sobriété est également de mise au niveau du livre lui-même. J’en apprécie le format carré caractéristique, son papier épais ivoire, et d’une extrême douceur.

Une petite fille  que son père amène chez des amis sans enfant, pour passer quelque temps au calme, le temps que la maman accouche de son énième enfant….Tel est le cadre de cette nouvelle dans un Irlande profonde, rurale, et humaine.
Elle est "la petite", puis "pétale". Elle arrive sans valise ; son père l’a oubliée. Elle mal peignée, crasseuse. Une enfant parmi tant d’autres dans une famille qui n’a pas la tendresse en bandoulière.
« Elle vous coutera une fortune en nourriture. » dit son père en la confiant…
La petite va donc arriver dans une famille qui a son secret, et de la tendresse à revendre. Les Kinsella sont attentifs, aimants, un peu originaux….mais qu’importe.
 « Oh, n’est –elle pas là pour qu’on la gâte ? dit Kinsella. »
 J’ai lu, ou plutôt goûté avec gourmandise, une savoureuse nouvelle, très courte, au style simple, où pas un mot n’est de trop. Claire Keegan économise en mot pour mieux laisser parler  la tendresse, l’amour, le respect de l’autre et la vie. 
Claire Keegan-Sabine Wespeiser-100 pages

Claire Keegan est née en 1968 en Irlande. Elle a grandi dans une ferme du comté de Wicklow, qu’elle a quittée pour aller étudier à La Nouvelle-Orléans et au pays de Galles. Également diplômée du Trinity College à Dublin, elle vit aujourd’hui près de Sligo. L’Antarctique, son premier recueil de nouvelles paru en mai 2010 chez Sabine Wespieser éditeur, a remporté un beau succès. Foster (Les Trois Lumières) a été publié dans le New Yorker en février 2010, puis édité comme texte isolé par l’éditeur anglo-saxon de Claire Keegan, Faber and Faber. Cette longue nouvelle a été couronnée par le prix le plus prestigieux du monde anglophone pour les textes courts, le Davy Byrnes Award. À paraître en 2012, chez le même éditeur, Walk the Blue Fields (À travers les champs bleus), son deuxième recueil de nouvelles.



 Seconde promenade irlandaise avec Val

dimanche 5 juin 2011

Les saisons de la nuit


« Ce roman parle de New York, d'amour, de mariages mixtes, de terrassiers qui creusent des tunnels, de bâtisseurs de gratte-ciel qui dansent sur des poutrelles à des centaines de mètres au-dessus de la ville. C'est peut-être le premier vrai roman consacré aux sans-abri, à ceux qui vivent au-dessous et à l'écart de la cité prospère. On sent que Colum McCann a fréquenté ces lieux-là : dans une langue qui procure un plaisir presque physique, il évoque avec une rare puissance ce présent qui empeste et ce passé qui oppresse. »
Frank McCourt
« Un superbe roman [...]. Je n'ai pas le souvenir qu'un auteur de la génération de McCann m'ait aussi profondément remué. »
Jim Harrison

« C’est seulement sous terre que la couleur est abolie, que les hommes deviennent des hommes. »
« Seigneur, j'suis tellement au fond du trou, quand je lève les yeux, je vois que le fond. »

A New-York nous admirons les buildings, nous arpentons les galeries du "subway", empruntons les nombreux tunnels qui servent à désengorger la ville et à relier les différents" borough" en entre eux. Ces constructions et infrastructures sont nées au début du siècle en accompagnant l’essor de la grosse pomme. Mais que savons-nous des hommes qui l’ont fait ?
Parallèlement, deux histoires se mettent en place, et finiront par se rejoindre pour ne faire plus qu’une.
A début du siècle, ce sont Nathan le noir, Sean, Vanucci l’italien, Con l’irlandais qui creusent tels des forçats des temps modernes tout droit sortis d’un roman de Zola, le tunnel qui relie Brooklyn à Manhattan ( probablement celui là même qu’empruntent les passagers de l’aéroport Kennedy) .
« Il y a eu beaucoup de morts dans le tunnel, mais c’est une loi que ces hommes-là acceptent :Tant qu’on vit, on vit, et puis plus rien. »
Quatre personnages reflet de la société américaine, qui vivent, ou survivent, se soutiennent mutuellement face aux accidents, à la maladie, au racisme puant, aux préjugés. « L’obscurité les dérobe aux regard : bien que mariés, ils vivent une histoire d’amour illicite. »
Hiver 91,  Teefrog le clochard, l’homme des rues, ou plutôt des sous terrain, nous entraine là où les touristes ne vont jamais. Mais au juste qui est Teefrog ?

Ce roman est construit  avec beaucoup d’intelligence ; alternativement nous changeons d’époque, et suivons les uns et les autres au gré de leurs vicissitudes et de leurs petits bonheurs. Progressivement nous apprenons à les connaître, passons les générations pour qu’enfin se lève le mystère Teefrog.
Avec minutie, et beaucoup de réalisme Colum McCann, rend ici hommage aux hommes de l’ombre, aux laissés pour compte, à ceux qui n’ont pas profité de l’essor économique de la ville, à tous ceux  que New-York cachent  et dénigre.

Ce roman est triste, mais plein d’humanité, et j’ose dire qui éclaire le lecteur sur une ville qui n’est pas que néons, boutiques de luxe, et grosses limousines. Il m’a kidnappée, serrée très fort, remuée, fait sourire parfois, attendrie, révoltée. Je l’ai aimé. C’est le second ouvrage que je lis de Colum McCann ; jamais 2 sans 3, dit-on…
Colum McCann-10/18-320 pages
Né à Dublin en 1965, Colum McCann est l'auteur de plusieurs romans - dont Le Chant du coyote, Les Saisons de la nuit , Danseur et Zoli - et de deux recueils de nouvelles, La Rivière de l'exil et Ailleurs, en ce pays. Son nouveau roman, Et que le vaste monde poursuive sa course folle, paru aux Editions Belfond en 2009, a remporté le National Book Award. Colum McCann vit aujourd'hui à New York.

Challenge ABC/Babélio :20/26 [M] 
Challenge 26 livres/26 auteurs: 13/26 [M]

Challenge New-York à l'initiative de Well read kid
Challenge de la littérature irlandaise à l'initiative de Val





Pour l'état de New-York 3/50 

samedi 4 juin 2011

De l'autre côté


Par un judicieux système d'allers-retours, un enfant retranscrit l’histoire de ses parents : ils ont vingt ans quand ils se rencontrent, ils s'aiment, mais vivent à Berlin-Est au début des années 80...Bien qu’issus de familles socialistes « modèles » ils vont peu à peu, entre absurdité du régime, harcèlement de la Stasi et découverte des disques des Rolling Stones rapportés de
Berlin-Ouest, changer leur regard sur le monde qui les entoure et se transforme.
On suit avec passion les bouleversements politiques et personnels d'une famille, celle de l'auteur, qui finira par s’exiler en 1984 à Berlin-Ouest, cinq ans avant la chute du Mur.
Je remercie chaleureusement Babélio, pour son opération masse critique spéciale BD, et les éditions Sarbacane pour m’avoir permis de changer le registre de mes lectures. En effet, je ne lis quasiment pas de BD, je n’ai pas été" biberonnée" à cela durant mon enfance…et mon inculture ne m’y pousse pas plus maintenant.
L’auteur, allemand natif de l’est retrace de manière illustrée l’histoire de sa propre famille, et par extension celle de milliers d’autres familles qui ont fuit leur pays pour trouver la liberté juste à côté.

D’un point de vue graphique, la couverture colorée et de style très 70’s tranche avec la noirceur des illustrations du texte. Celui –ci passe du noir au blanc avec toutes les nuances de gris possible. Cela m’a surprise au début, mais je m’y suis vite habituée. N’étant pas une lectrice habituelle de BD, j’ai apprécié le graphisme conventionnel, dans lequel je me suis retrouvée.
Le texte en lui-même est d’une grande simplicité.
J’ai passé un bon moment de détente en compagnie de ces personnages ; une excellente transition entre deux lectures radicalement différentes.

Simon Schwartz-Sarbacane (Mai 2011) -109 pages



Guerre sale


Florian Vidal, avocat spécialisé dans les contrats d’armement et les relations franco-africaines, a
été assassiné de manière effroyable : brûlé vif aux abords d’une piscine, un pneu enflammé autour
du cou, les mains menottées. C’est l’Afrique en plein coeur de Colombes, patron. Les connaisseurs appellent ça le supplice du Père Lebrun. Une technique en vogue à Haïti du temps des tontons macoutes. La coutume est sans doute née à Soweto où elle était, entre autres, la punition favorite pour les voleurs. Vous connaissez le cri de révolte de l’anti-apartheid radical ? « Avec nos boîtes d'allumettes et nos pneus enflammés, nous libérerons ce pays. » L’une des phrases favorites de Winnie Mandela. Or, cinq ans auparavant, Toussaint Kidjo, l’assistant de Lola, de père français et de mère congolaise, avait été assassiné de la même façon. C’est ce meurtre, jamais élucidé, qui avait
conduit Lola à anticiper sa retraite. Florian Vidal travaillait pour Richard Gratien, maillon fondamental de la Françafrique pour le secteur de l’armement. Redoutable et froid, Mister Africa, souvent dans le collimateur de la justice française, s’était pris d’affection pour Florian qu’il avait engagé comme chauffeur. Par la suite, il en avait fait un avocat réputé et riche et, avec les années, son fils adoptif. Pour Lola le lien entre les deux affaires ne fait aucun doute. Elle reprend alors son enquête mais empiète terriblement sur le travail du commandant en charge de l’affaire, fort sensible en raison des milieux qu’elle touche : la finance, la politique, les affaires étrangères, Sacha Duguin, ancien amant de son amie Ingrid avec qui il continue d’entretenir des rapports houleux… Lola doit se rendre à l’évidence, seule elle ne pourra rien, l’ennemi est plus puissant qu’il en a l’air. Dans ce contexte difficile, quel rôle notre duo va-t-il bien pouvoir jouer ?
Quelqu’un m’a dit il y a peu, il est bon d’avoir un policier sous le coude, comme ça pour se détendre…Et cela tombe bien parce que ce jour là, férié mais pourtant se service, j’avais envie de me détendre durant ma pause syndicale !!!! Et ce livre était là, sous le coude…..et il a rudement bien fait d’être là !!

Il faut juste être un peu attentif au début, car il y a beaucoup de personnages. C’est bien, dès le début de savoir qui est qui, et qui fait quoi.
Tous les ingrédients sont réunis pour en faire un bon policier :
*Une intrigue bien actuelle, une affaire politico- financière mêlée de diplomatie, de géopolitique.
*Des personnages "hauts en couleurs ", un peu stéréotypés, parfois mais juste ce qu’il faut. Sacha le commandant de police qui pourrait faire figure de gendre idéal, un avocat véreux et son épouse au sang chaud, un gentil qui s’avère à l’usage pas si gentil que ça…..
*De l’humour, surtout avec Ingrid l’ex de Sacha, amie de Lola ex flic qui reprend su service. Ingrid est américaine, et son français est souvent plus qu’approximatif ; et cela donne souvent des fautes truculentes.
*Du suspense….oui c’est un policier alors forcément avant se savoir le fin mot de l’histoire l’auteur va nous promener de fausses pistes en fausses pistes. Le tout s’accélère au bon moment de la lecture.
*Des morts…et là ce n’est pas bien joli ; sans pour autant nous décrocher le tube digestif.
*Le tout bien écrit, bien construit ; des pensés qui reviennent en italique, comme les cailloux du petit poucet pour nous éclairer petit à petit. En outre, j’ai trouvé que ce livre était bien documenté.

C’est peut-être peu de chose, mais la recette fonctionne bien, je n’ai pas vu le temps passer, je n’ai pas mis des lustres à le lire ; c’est bon signe, chez moi, un livre qui ne traîne pas…

Dominique Sylvain- Viviane Hamy (2011) -318 pages
Dominique Sylvain, née à Thionville en 1957, est une ancienne journaliste. En 1993, elle s'installe à Tokyo et commence à écrire des romans policiers. Son premier roman Baka ! prend d'ailleurs pour cadre la capitale nippone. Elle y met en scène, Louise Morvan, détective privé, personnage qu'elle fera vivre dans plusieurs romans avant de donner naissance en 2004 au duo d'Ingrid Diesel, masseuse le jour et effeuilleuse la nuit, et Lola Jost, ex-commissaire à la retraite. Passage du Désir, première épisode, est couronné Grand Prix des Lectrices ELLE en 2005. Dominique Sylvain a 13 romans à son actif, tous parus aux Éditions Viviane Hamy. On retrouve une constante dans tous les romans de Dominique Sylvain : une attention particulière portée aux évolutions de la société. Selon elle, le fait d'habiter au Japon lui donne le recul nécessaire et des points de comparaison qui enrichissent l'analyse. Les personnages de ses romans sont, pour la plupart, vivants et sensuels. Par ailleurs, Dominique Sylvain a le don de traiter avec humour des sujets graves.

mercredi 1 juin 2011

Le sixième jour

On fait sa vie. II faut vouloir sa vie. La volonté d'aimer, de vivre est un arbre naturel... " Pour Hassan, enfant beau et vigoureux il y a peu, aujourd'hui ratatiné comme un pruneau sec et bleu, la vie est un combat depuis que le choléra a posé sur lui son masque cruel. Dans cette course contre la mort, Saddika est là, grand-mère attentive, qui fait un barrage. Contre ceux qui l'épient, qui se méfient, qui veulent lui prendre l'enfant par peur de la contagion. Mais la vieille le sait. S'ils l'emportent, elle ne le reverra jamais. Alors il faut tenir. Jusqu'au sixième jour ! Le sixième jour, ou bien on meurt, ou bien on ressuscite..
Indiscutablement il y a de l’orient dans ce roman. Je ne sais trop l’expliquer, mais la manière de décrire les choses, l’ambiance dépaysent le lecteur. La sensualité à fleur de peau de cette grand-mère, j’oserais dire la « maternalité » puisqu’elle fait office de mère pour Hassan est palpable à chaque page, chaque ligne presque. C’est le combat de sa vie, envers et contre tout, elle veut sauver cet enfant, et crois dur comme fer que passé le sixième jour, il ressucitera.
Ce qui frappe également c’est l’optimisme, la foi en l’avenir, la foi en la vie.
« A présent, Hasssan et le choléra étaient uns. Il fallait les prendre ensemble. L’un avec l’autre. La mort avec la vie. On ne pouvait plus rien séparer. Il fallait traverser cela. Ensuite tout serait bien. »
L’enfant est au centre de cette courte, mais intense histoire. Andrée Chedid, réussit, avec peut de texte, des phrases courtes, claires et efficaces à instaurer un climat intime qui plonge le lecteur au cœur de sa lecture, sans l’en détourner. Elle utilise une belle langue tantôt poétique, tantôt chantante.

« La vieillesse est une terre plusieurs fois labourée, et cela est juste mon Dieu…Mais un enfant !... »

La force de caractère, la foi à toute épreuve n’exclut pas le doute, et une certaine forme de révolte. La dualité est présente dans ce roman, comme elle est l’essence même de la vie.
C’est le second livre d’Andrée Chedid que je lis. J’apprécie sa plume, la concision et densité de ses écrits.

Andrée Chedid-Librio n°47-130 pages
 Lu dans le cadre du blogoclub  organisé par Sylire     




Lu également dans le cadre du challenge la littérature fait son cinéma organisé par Will


Le message


En été, dans un pays en guerre, une jeune femme est blessée par une balle alors qu'elle essayait de rejoindre Steph, qui habite de l'autre côté de la ville. À vingt minutes à pied d'ici, Steph l'attend. Dans sa dernière lettre, il lui demande de laisser de côté leurs vieilles querelles et de vivre l'indéfectible amour qui, depuis toujours, les unit. Arrêtée dans sa course par la balle d'un franc-tireur, Marie n'a qu'une seule idée en tête : lui faire parvenir un message pour lui dire qu'elle venait... qu'elle l'aime.
C’est court, c’est intense, et c’est fort. Je rencontre Andrée Chedid avec ce roman magnifiquement écrit.
J’ai couru avec Marie qui allait au devant de son amoureux, j’ai peiné avec Marie à terre, une balle dans le dos. J’ai couru à nouveau avec Anya à la recherche de Steph. J’ai espéré avec Anton pour Marie. J’ai encore couru avec Gorgio à la recherche d’une ambulance. J’ai couru avec Steph à la recherche de Marie.
Chacun court, chacun cherche, chacun lutte à sa façon au nom de l’amour.
Andrée Chedid réussit à mettre le rythme idéal dans son écriture en fonction des situations. Celle ci se fait lente dans les bras d’Anton, et s’accélère dans les rues de cette ville dont on ne connaît ni le nom, ni la localisation, lorsqu’il s’agit d’aller à la rencontre de Steph, ne pas le manquer.
Pour mieux fixer le lecteur sur ses personnages, qui chacun à leur façon débordent d’humanité, André Chedid s’affranchit des contraintes temporelles et spatiales. A peine si nous avons qu’ils connaissent Souchon et Chedid parce qu’Anya les chante…Sinon c’est au lecteur de faire appel à son imagination.
L’important pour Marie est que Steph ait son message, que Marie sache que Steph ait son message.  Dans cette ville en guerre civile, le reste n’est que pur détail.


Andrée Chedid-J'ai lu n°6321-125 pages
Née en Égypte mais d'origine syro-libanaise le 20mars 1920, Andrée Chedid est mise en pension chez les Soeurs du Sacré-Coeur à l'âge de 10 ans. Elle apprend l'anglais et le français mais exprime sa tendresse en mots arabes. A 14 ans, elle gagne l'Europe puis revient au Caire pour étudier dans une université américaine. En 1942, elle part vivre au Liban avec son mari et publie l'année suivante un premier recueil de poèmes en anglais. En 1946, elle s'installe définitivement à Paris. Pour y avoir vécu et fait des études, elle connaît aussi intimement le Moyen-Orient que la France et l'Occident en général, et son oeuvre entière porte les marques de ce multiculturalisme. De même, la plupart de ses intrigues se situent en Orient, notamment dans son pays d'origine, le Liban. L'oeuvre d'Andrée Chedid est une éternelle quête d'une humanité, un questionnement ardent sur la condition humaine entrevue à travers les heurts de civilisations du monde méditerranéen. Tous ses livres sont habités d'une foi profonde en l'homme, d'un espoir que l'on rencontre, par ailleurs, dans ses nouvelles (' Le Corps et le Temps', 1979) et dans son théâtre (' Bérénice d'Egypte', 1968). Aujourd' hui elle occupe une place de choix parmi les auteurs français contemporains. Romancière, nouvelliste, dramaturge et surtout poète, ses nombreux ouvrages en prose ou en vers lui ont valu d'importants prix littéraires, dont le Goncourt de la nouvelle, le Prix Louise Labé et le Prix Goncourt de poésie en 2003.
Elle décède à Paris le 6 février 2011
Lecture autour de Andrée Chedid avec Sylire