lundi 31 octobre 2011

C'est lundi que lisez -vous? (11)

Ce que j'ai lu la semaine passée

*Muse, Joseph O'Connor (Masse critique Babélio)
* Mémoire d'une geisha, Yuki Inoué 
*La voyeuse interdite, Nina Bouraoui
*Donne -moi tes yeux, Torsten Petterson (jury Points)
*Les feuilles mortes, Thomas H.Cook  ( avis à venir)

Ce que je suis en train de lire

*Île de Pâques, le grand tabou, Nicolas Cauwe
*Où va l'Amérique d'Obama?Hervé de Carmoy

*La ferme africaine, Karen Blixen (lc du 10 novembre) en pause
*Le sac , un petit monde d'amour, Jean-Claude Kaufmann en pause
Ce que je lirai cette semaine

Ce qui est en cours, et dans le meilleur des cas, le terminer !!!

samedi 29 octobre 2011

Donne -moi tes yeux


Lorsque je découvre ce corps nu, je m’agenouille pour regarder son visage. Du sang séché à la place des yeux. Je me relève d’un coup. Pas seulement à cause de la puanteur, mais à cause des images qui me reviennent : les photos du corps de Gabriella, six mois plus tôt. Strangulation, énucléation, déshabillage, gravure d’une lettre sur la peau. Tout concorde. À Forshälla, le Chasseur est de retour.
Je termine la sélection des 9 polars sélectionnés pour le jury des lecteurs Points avec un premier roman d’un auteur finlandais de langue suédoise. Et je crois bien qu’il va bousculer mon classement que je croyais définitif….

Ce « policier » ne ressemble pas beaucoup à ce que j’ai pu lire par ailleurs. Certes, il a sa patte nordique, mais un petit quelque chose en plus … En un mot, le bluff !!! Rien, mais rien, ne me permettait de savoir avant….non, tout s’est joué dans les 15 dernières pages. L’auteur aura , entre temps promené son lecteur dans les forêts, parmi les femmes russes de petite vertu, un ancien militaire……bref…..en nous racontant des histoires apparemment sans rapport, avec ce qui nous intéresse, en trouvant un coupable idéal, Torsten Petterson donnera une consistance à son roman, et surtout construit page après page un policier, Harald, professionnel jusqu’au bout du pistolet, parlant peu de lui, et qui chemin faisant fend l’armure, mais surtout, sans crier gare, bâtit à l’insu lu lecteur l’intrigue qui finira par exploser au yeux du lecteur.

J’ai apprécié la construction en journal dont le narrateur principal est Harald, qui s’entoure d’une équipe de cinq personnes. Régulièrement viennent s’insérer, au grès des évènements, toute une série de personnages dont on lit les confidences, les mémoires, les récits, ou les comptes rendus d’audition. Si l’intervention de certains personnages peuvent donner la sensation de perdre le lecteur, j’ai, au contraire trouvé cela particulièrement malin de la part de l’auteur.

La traduction  parfaitement réussie donne une écriture élégante, bien soutenue, et de bon niveau.

Voilà un premier roman ambitieux, prometteur, et surtout de très bon augure pour la suite.

Sélection 2011 Prix du meilleur Polar des lecteurs de Points

Torsten Pettersson- Télémaque (juin 2010)/Points Octobre 2011)-445 pages

Né en 1955 en Finlande, Torsten Pettersson est professeur de littérature en Suède. Avec Donne-moi tes yeux, il signe son premier roman.






Challenge ABC Critiques Babélio 16/26 [P] 

Lu dans le cadre du défi scandinave organisé par Prune
Pour la Finlande.

vendredi 28 octobre 2011

Le jardin éphémère

En octobre, les jardiniers de la ville de Nancy s'éclatent. La place Stan devient un jardin.
Les jardiniers se sont découvert une âme de mélomane, la musique s'est fondue dans les végétaux, les plantes se sont faites instruments, portées et notes.....










Le xylophone










Les notes sur une partition rouge tango.....L'opéra est derrière...
















L'arc Héré , et en arrière plans les tours de la Basilique St Epvre où je chanterai pour les 30 ns du GAM en Mars 2012


Le saxophone, et au fond la fontaine d'Amphitrite, qui se pare de rose pour Octobre rose...nous les femmes nous savons ce que c'est.....





Un vrai régal pour les yeux...
Merci la ville !!!


jeudi 27 octobre 2011

La voyeuse interdite


Dans les rues d'Alger, les hommes s'étreignent. Derrière leurs portes closes, les femmes s'ennuient. Séparée de la ville par un rectangle de verre, une jeune fille observe. Un mur sale, un trolley bondé, une enfant imprudente lui donnent les mots d'une nouvelle histoire. Elle invente. Elle s'invente. Elle est pubère, son père ne lui parle pas depuis deux ans. La mère prépare l'intrigue, les sœurs se taisent. L'ennui ronge la capitale. Personne n'y échappe. Pas même le soleil  !
Les hommes attendent. Ils l'attendent. L'amour et l'espoir n'existent pas. Les pensées se cognent contre un espace amputé de son temps.
Cachée derrière sa fenêtre, avide de savoir, la voyeuse force sur la réalité. Un voile s'éloigne, une petite fille meurt sous les pneus d'un camion. Les trous de serrure s'élargissent, la voyeuse dérobe la vie des autres. Le rêve s'impose. La mort guette. Toutes deux se convoitent, s'invitent, se rejettent. Le sang se faufile entre les mots et les maux.
« Le corps est le pire des traitres, sans demander l’avis de l’intéressé, il livre bêtement à des yeux étrangers des indices irréfutables : âge, sexe, féconde pas féconde ? Pubère, il m »a rendue inapprochable, dans le royaume des hommes je suis la souillure, sur l’échiquier des dames, le pion en attente caché derrière une reine hautaine qui choisira seule le bon moment de se déplacer. »

« Nous, filles, étions sa douleur, nos visages, nos corps lui rappelaient sa faiblesse, notre sexe, son sexe amputé, et si elle avait toujours l’air triste c’est parce qu’elle savait l’absurdité de notre existence à part qui nous éloignait un peu plus des hommes et de nos semblables »

Elle est enfermée, n’a que pour horizon la rue, juste devant sa fenêtre. Elle est pubère depuis peu de temps, doit garder intact son trésor pour celui que son père lui aura choisi. Nous sommes à Alger, début des années 70…

Quelle plume, quelle force, quelle rage, quelle violence …..

Une langue imagée, incisive, colorée, expressive, charnelle

J’ai été saisie , emportée, par cette écriture hachée, saccadée, irrégulière, rythmée par les pensées de cette jeune fille que j’aurais voulu pouvoir empoigner fermement et la tirer de cette sordide baraque où personne ne considère personne. Le père viole la mère, la rabaisse faute d’avoir eu le mâle tant désiré, et qui vaut tout, alors que les filles ne valent rien. La mère violente la fille. Comment respecter sa fille quand on est soi-même considérée comme un tas de chair ?

Un père qui n’adresse plus la parole à sa fille depuis qu’elle est « mariable ».

L’enfermement, le rejet, le désespoir, l’implacable destin des filles….tout cela explose dans ce livre court mais lourd de révolte.

La révolte hurlée tout au long de ses pages.

La révolte étouffée

La femme engrillagée, emmurée

La femme prisonnière des siens, prisonnière de sa culture, de ses coutumes….

Et aujourd’hui ? Ouvrons les yeux…..

Par décence pour cette jeune fille qui aurait pu être moi, si j’avais eu la malchance de naître sous d’autres cieux, c’est un coup de cœur qui ne dira pas son nom.

Un livre coup de gueule qui donne envie de l’ouvrir encore plus grande quoi qu’il puisse en coûter.

« Il roulait, il rebondissait, se cognait contre les formes qu’il avait lui-même rendues inhumaines, sa tête enfouie sous une aisselle où pendait une dentelle rousse, s’inventait un corps plus désirable et moins fatigant. Plein d’envies inassouvies, il se vengeait sur le ventre de ma mère en lui administrant des coups violents et réguliers avec une arme cachée dont il était le seul détenteur. »

Nina Bouraoui-Gallimard (1991)-142 pages
Prix du livre Inter 1991

Nina Bouraoui est née en 1967 à Rennes d'un père algérien originaire de Jijel et d'une mère bretonne. Les quatorze premières années de sa vie, elle les passe à Alger. Puis elle vit à Paris, Zurich et Abou Dabi avant de revenir à Paris.
 Elle est notamment l’auteur de La Voyeuse interdite (prix du Livre Inter 1991), Le Jour du séisme, Garçon manqué, La Vie heureuse, Mes mauvaises pensées (prix Renaudot 2005), Poupée Bella, Avant les hommes, Appelez-moi par mon prénom, Nos baisers sont des adieux et Sauvage.

Merci à Zazy qui grâce à son challenge m'a portée vers ce bijou

mercredi 26 octobre 2011

Mémoire d'une geisha


Née en 1892, vendue à l'âge de huit ans, Kinu Yamaguchi fera l'apprentissage du dur métier de geisha. C'est un peu l'envers du décor qu'elle raconte : avant de porter le kimono de soie, il lui faudra vivre un apprentissage rigoureux, étudier tous les arts de divertissement et endurer pour cela privations, exercices physiques traumatisants, soumission aux coups sous les ordres de la " Mère " et des " grandes soeurs ". Après son initiation sexuelle, elle s'enfuira, puis reviendra vivre dans le " quartier réservé " avant de devenir elle-même patronne d'une maison de geishas. Récit bouleversant, description édifiante de la vie de tous les jours dans l'intimité d'une okiya, avec ses cérémonies, ses coutumes, ses fêtes et ses jeux. On y entend des histoires de plaisirs, de chagrins, de courage aussi, qui éclairent sous un jour nouveau ce monde fermé sur lequel l'Occident ne cesse de s'illusionner.
Voilà une lecture que je qualifierais d’exotique ( ne pas y voir un caractère péjoratif)tant l’univers dans lequel est plongé le lecteur est éloigné de notre culture occidentale, et plus largement judéo-chrétienne.

Une fois franchi le premier quart de l’ouvrage qui m’aura demandé pauses et décantation, c’est d’une traite que j’en finirai la lecture.

Le récit, car c’est d’un récit dont il s’agit, peut dérouter par la forme. L’auteur transcrit le vécu d’une femme, et  agrémente assez copieusement sa narration, des propos directs de Kinu dont il est question dans ce livre.

Ce récit constitue un témoignage complet, et à mon sens honnête, sur une pratique, ou plutôt un  « art de vivre » bien méconnu des occidentaux. Je dis méconnu, car il me semble que le terme de Geisha et de tout ce qui s’y rapporte ne constitue qu’une vague idée pour qui n’a pas lu ou vu à ce sujet. Le monde des plaisirs et  de la courtisanerie au japonais reste assez obscur, du fait d’une part que durant son âge d’or, le Japon était un pays replié sur lui-même, et, que d’autre part, l’histoire du Japon, et notamment l’après-guerre a accéléré le déclin de ces pratiques. Il se dit que de nos jours, l’apprentissage tend à reprendre vigueur…..

Est-ce un bien ? A la lecture de cet ouvrage, sans aucun doute. J’ai découvert, par l’écrit  en tout cas, un monde barbare consistant à vendre ses filles à des maisons de plaisir, pour en faire de parfaites hôtesses à messieurs fortunés. Mais à quel prix ???

Celui de la soumission, de la souffrance, l’abnégation, la résignation, et au final une exploitation féminine qui ne dit pas son nom. Tout cela existe à nos portes, me direz-vous….oui, mais la pratiques des arts en moins, le raffinement en plus ; en apparence, car à y regarder de plus près, quelle violence faut-il infliger à ces toutes petites filles pour en arriver à maîtriser l’art de la conversation, de la cérémonie du thé, de l’art floral, ou de la pratique musicale…….

C’est la première partie, qui s’intéresse à la formation de la future Geisha, qui est la plus indigeste. Les deux autres respectivement consacrées à son activité de Geisha, puis de patronne d’une maison de Geisha, seront plus abordables, et plus instructives parce que l’évolution du « métier » suit intimement l’histoire du Japon. Et tout cela ne m’a pas déplu, loin de là.

J’ai apprécié la présence de photographies noir &blanc tout au long de ce récit. Cela donne un plus à l’ouvrage, qui pour moi n’est pas un roman, mais plus une récit-documentaire.

La personnalité de Kinu, est assez complexe. A la fois soumise résignée, bonne élève, elle n’en est pas moins déterminée, dotée d’un caractère rebelle. Elle n’hésite à pas à supporter les coups pour sortir des griffes de son souteneur ; et n’est pas dénuée d’ambition, puisqu'à son tour elle fondera sa propre maison de Geisha en ayant tiré les leçons de sa propre expérience.

Les mœurs familiales en vigueur à l’époque sont assez difficiles à comprendre de notre propre point de vue. Au siècle dernier, vendre ses filles pour quelques yens était chose courante, et communément admise, voire normal.

 Yuki Inoué-Picquier poche(1997) 1ère parution au Japon en 1980-280 pages

 Auteur née en 1931 - Elle rencontre Yamaguchi Kinu octogénaire, qui lui raconte sa vie passée dans Higashi-Kuruwa, un des quartiers de maisons closes de la ville de Kanazawa. Une vie passée à apprendre les arts de la danse, de la musique, de la cérémonie du thé, et à satisfaire les clients sur l'oreiller.

Challenge ABC Critiques Babélio 15/26 [I]
 

mardi 25 octobre 2011

Muse


Elle était pauvre, irrévérencieuse, sensuelle, très belle et rebelle à toute autorité, sauf à celle du génie et de l’amour. Elle s’appelait Molly Allgood, elle fut une comédienne célèbre et elle eut pour amant l’un des plus fameux dramaturges irlandais, John Millington Synge. C’était en 1907. Elle avait dix-neuf ans, il en avait trente-sept. Il fut son Pygmalion, elle sa muse. Ils vécurent une passion sans borne. Mais leur différence sociale et religieuse, les conventions et l’austérité de la famille Synge, leurs amis même, tout et tous s’y opposèrent. Jamais ils ne purent se marier et Molly Allgood rompit avec l’homme de sa vie qui mourut peu après, en 1909, rongé par le bacille de Koch. Quarante-cinq ans plus tard, on retrouve l’ancienne actrice, réduite à la misère et hantant les rues de Londres par un matin brumeux. Peu à peu, les souvenirs resurgissent, comme l’amour et le désir pour ce Vagabond qui ne l’aura jamais quittée… De tous les romans de Joseph O’Connor, Muse est sûrement le plus grand, en tout cas le plus intense. À chaque page, le lecteur est ébloui, bouleversé. Voilà un livre forgé de lumière et d’airain.
 
Que je suis contente d’avoir terminé ce livre, non sans mal. S’il est indéniablement bien écrit, il est d’un abord difficile, voire parfois très difficile. Même lu à petites doses, ce livre ne parviendra pas à me séduire  

C’est surtout le changement de narration qui m’a mis mal à l’aise ; non pas que je n’aime pas cela ; bon nombre d’ouvrage fonctionne de cette manière-là. Mais en ce qui concerne ce roman, l’auteur en use et en abuse sans que cela soit clair au départ.

En toute simplicité : je me suis ennuyée.

O’Connor s’inspire des amours passionnelles entre une comédienne et un dramaturge de 18 ans son ainé pour bâtir, de manière assez brouillonne pour moi, une fiction très libre, puisque lui-même l’explique au terme de son ouvrage.

Tout commence à la fin, alors que Molly erre dans Londres, imbibée d’alcool, à recherche du cachet pour survivre. Son grand amour n’est plus depuis longtemps, elle se souvient…..grand retour à ses débuts de comédienne. C’est sous la forme du « tu » qu’elle s’exprime, se parlant à elle-même….. C’est lourd D’autant plus lourd, que cela change souvent.

Que retirer d’une telle histoire ? Que cette histoire d’amour était vouée à l’échec : Synge, catholique bien né, dans une famille attachée à ses principes ; Molly , catholique moins bien lotie. Tous deux sont obligés de se cacher, et sont l’objet d’un rejet de leur famille et de leurs amis comédiens ? Le monde un peu spécial des comédiens ? En réalité, je me sens assez démunie, et à court d’argument à propos d’une lecture souhaitée, attirante sur le papier, et décevante à l’arrivée.

Un grand merci aux éditions Phébus et à Babélio pour m’avoir permis de lire ce livre dans le cadre de la masse critique.


Joseph O'Connor-Phébus-278 pages

Né en 1963 à Dublin, Joseph O’Connor est considéré comme l’un des écrivains irlandais les plus importants de sa génération. Son oeuvre est traduite en trente-cinq langues. Découvert en France en 1996 avec son recueil de nouvelles Les Bons Chrétiens (Libretto, 2010, préface de Hugo Hamilton), il est encensé par la critique des deux côtés de l’Atlantique lorsque paraît Desperados (Phébus, 1994), puis Inishowen (Phébus, 2001). A l’irlandaise (Robert Laffont, 1999), L’Etoile des mers (Phébus, 2003), Redemption Falls (Phébus, 2007) et Muse (Phébus, 2011) confirment l’immensité de son talent.

Challenge 26 livres/26 auteurs:24/26 [O]
Challenge ABC Critiques Babélio: 14/26 [O]
                                                                       










Challenge du 1% littéraire organisé par Hérisson.
15 ème lecture

lundi 24 octobre 2011

C'est lundi que lisez -vous? (10)

Ce que j'ai lu la semaine passée

*Code Salamandre, Samuel Delage
*Cent ans, Herbjorg Wassmo


Ce que je suis en train de lire

*Muse, Joseph O'Connor (Masse critique Babélio)

*Mémoire d'une geisha, Yuki Inoué 
*Donne -moi tes yeux, Torsten Petterson (jury Points)
*La ferme africaine, Karen Blixen (lc du 10 novembre) en pause
*Le sac , un petit monde d'amour, Jean-Claude Kaufmann en pause
Ce que je lirai cette semaine

Ce qui est en cours, et dans le meilleur des cas, le terminer !!!

dimanche 23 octobre 2011

Cent ans


Sara Susanne, Elida et Hjørdis, sont respectivement l’arrière-grand-mère, la grand-mère et la mère de la narratrice. Cent ans est le roman de leurs vies, des hommes qu’elles voulaient et des hommes qu’elles ont eus, des enfants auxquels elles ont donné naissance. C’est aussi l’histoire d’une petite fille qui se cache au grenier pour l’éviter, lui. Elle a un crayon jaune qu’elle taille avec son couteau de poche et qui lui sert à écrire.
Le cadre est rude, hostile, froid, désert ; c’est le nord de la Norvège, les hivers sont longs et sombres. Mais la mer y est généreuse : elle nourrit et donne du travail aux hommes. Et les femmes ?
Dans ces contrées, elles font des enfants, sans se poser de questions, parce que c’est comme cela, c’est la vie. Leur vie, elles la vivent librement. Elles épousent contre l’avis de leurs mères, donnent leurs enfants en nourrice quand il faut s’en aller faire soigner l’homme plus au sud.
1842-1942 : cent ans séparent la naissance de Sara Suzanne et celle d’ Hjørdis. Entre les deux il y aura Elida, Hjørdis. Quatre femmes pour presque 600 pages qui défilent, qui se laissent apprivoiser sans qu’on s’en aperçoive vraiment malgré ce foisonnement de personnages, malgré ces fratries nombreuses où parfois l’on se perd pour mieux se retrouver plus tard.
Quatre femmes pour 6 cahiers qui constituent ce livre. Les cahiers qu’ Herbjørg, enfant griffonnait dans le grenier, en secret ?
Six cahiers qui commencent par la narratrice relatant ses souvenirs, sa famille avec le « je » de celle qui s’implique, et  puis qui se poursuivent avec l’évocation de l’une d’entre elles, dans le désordre….Certes il faut suivre…mais qu’à cela ne tienne c’est bien pensé, bien écrit. Il y a dans cette histoire, dans la façon d’offrir au lecteur une lumière qui manque dehors.
L’histoire de la Norvège n’est jamais loin, l’ambiance y est particulière. J’ai aimé le livre de Dina avec lequel je faisais la connaissance de cet auteur. Et c’est comme chez « Felix Potin », on y revient !! Gaïa a la bonne idée de rééditer, en un seul volume le fils de la providence d’une part, et l’Héritage de Karna d’autre part. Nul doute que j’y reviendrai un de ces jours…

Herbjørg Wassmo-Gaïa (Février 2011)-560 pages

Herbjørg Wassmo est née en 1942, dans le nord de la Norvège. Cette ancienne institutrice se consacre à la littérature depuis plus de vingt ans. L'ouvrage qui l'a fait connaître en Norvège, mais aussi à l'étranger, est la trilogie de Tora. Elle connaît ensuite un grand succès avec la trilogie Le Livre de Dina.

Challenge ABC Critiques Babélio 13/26 [W]