dimanche 20 janvier 2013

La vie sans fards

« Cette réappropriation matérielle de l’Afrique me prouvait qu’allant plus loin que le chef de la Négritude, mon maître à penser, je commençais de m’assumer. »

Maryse Condé se livre telle quelle, au risque peut-être de choquer, ou pour le moins de surprendre ses lecteurs.
Femme noire,  douée, partie étudier à Paris, elle y rencontrera le meilleur comme le pire. Elle semble cumuler les déconvenues, les galères. On la sent largement en délicatesse avec la France.

« C’est à Paris que j’avais été blessée et humiliée. J’avais souffert  dans mon cœur et dans mon orgueil. J'étais devenue une déclassée, une paria. »

C’est l’Afrique qui l’appellera, et lui « offrira «  ses années les plus difficiles accompagnée d’hommes qui ne lui mèneront pas la vie facile ; L’Afrique, où elle tentera de se trouver. Une Afrique qui ne la comble pas, et à laquelle elle s’accroche pourtant si fort. Une Afrique qui la rejette, elle femme des Antilles, qui rejette son fils ainé, métis.
La vocation littéraire de Maryse Condé n’a rien de précoce. C’est finalement assez tard qu’elle a commencé à livrer dans ses romans ce qui a fait sa vie.
Elle a longtemps cherché l’amour, sans le trouver en retour, hormis dans celui de ses enfants qui l’ont, malgré les aléas de la vie, et ses conditions matérielles le plus souvent proches de la misère, accompagnée dans ses errances africaines.   Cette vie, narrée avec réalisme, dans un style fluide, permet de mieux comprendre son œuvre, et son engagement en faveur de la mémoire de l’esclavage.
J’ai apprécié la distance prise par Maryse Condé ; les faits sont anciens, elle a laissé le temps faire son œuvre pour parler de « ses années d’apprentissage ».Si les mots sont sans concessions, je n’ai perçu ni haine, ni rancœur ; sa vérité nous est présentée, comme le titre l’indique «  sans fards », sans artifices tout simplement.

La vie sans fards, Maryse Condé
JC Lattès (Août 2012)
334 pages

4ème de couverture :

« La Vie sans fards répond à une double ambition. D’abord je me suis toujours demandé pourquoi toute tentative de se raconter aboutissait à un fatras de demi-vérités. Trop souvent les autobiographies et les mémoires deviennent des constructions de fantaisie. Il semble que l’être humain soit tellement désireux de se peindre une existence différente de celle qu’il a vécue, qu’il l embellit, souvent malgré lui. Il faut donc considérer La Vie sans fards comme une tentative de parler vrai, de rejeter les mythes et les idéalisations flatteuses et faciles.
C’est aussi une tentative de décrire la naissance d’une vocation mystérieuse qui est celle de l’écrivain. Est-ce vraiment un métier ? Y gagne-t-on sa vie ? Pourquoi inventer des existences, pourquoi inventer des personnages sans rapport direct avec la réalité ? Une existence ne pèse-t-elle pas d’un poids déjà trop lourd sur les épaules de celui ou celle qui la subit ?
La Vie sans fards est peut-être le plus universel de mes livres. J’emploie ce mot universel à dessein bien qu’il déplaise fortement à certains. En dépit du contexte très précis et des références locales, il ne s’agit pas seulement d’une Guadeloupéenne tentant de découvrir son identité en Afrique ou de la naissance longue et douloureuse d’une vocation d’écrivain chez un être apparemment peu disposé à le devenir. Il s’agit d’abord et avant tout d’une femme cherchant le bonheur, cherchant le compagnon idéal et aux prises avec les difficultés de la vie. Elle est confrontée à ce choix capital et toujours actuel : être mère ou exister pour soi seule.
Je pense que La Vie sans fards est surtout la réflexion d’un être humain cherchant à se réaliser pleinement. Mon premier roman s’intitulait En attendant le bonheur : Heremakhonon, ce livre affirme : il finira par arriver. »
A propos de l’auteur :

Née à Pointe-à-Pitre en Guadeloupe, Maryse Condé est l’auteur d’une œuvre considérable et maintes fois primée : Ségou, La vie scélérate, Traversée de la mangrove, Moi, Tituba, sorcière noire de Salem, Les Belles Ténébreuses, En attendant lamontée des eaux… Après avoir longtemps enseigné à l’université de Columbia, elle se partage aujourd’hui entre Paris et New York.

 Pour le défi d'Opaline


1 commentaire:

  1. Je ne connaissais pas la vie de cette auteure que j'ai beaucoup lue lors de mes années Guadeloupéenne. Je note ce titre, ton avis donne envie.

    RépondreSupprimer