mardi 30 novembre 2010

Profondeurs




Automne 1914. La Suède, malgré sa neutralité, craint d'être entraînée dans la guerre, car les flottes allemande et russe s'affrontent au large de ses côtes. Le capitaine Lars Tobiasson-Svartman reçoit la mission de sonder les fonds de la mer Baltique et de chercher une route maritime secrète à travers l'archipel d'Östergöland. L'homme est hanté par l'idée de contrôle qu'il exerce en mesurant tout ce qui l'entoure, les masses, le temps, les distances entre les lieux, les objets et les êtres (sa femme Kristina restée à Stockholm). Mais lorsqu'il découvre Sara Fredrika vivant seule sur une île désolée, la présence de cette femme très vite l'obsède et il devient son amant. Le fragile couvercle qu'il maintenait sur son " abîme " intérieur se soulève et son univers tiré au cordeau vole en éclats. D'allers et retours entre l'île et Stockholm, il s'invente des missions secrètes. De mensonge en mensonge - à Sara Fredrika, à Kristina, qui perd la raison, à l'amirauté qui le pousse à démissionner -, Tobiasson perd pied, sombre dans la folie et se suicide par noyade. Dans ce récit sobre et parfaitement construit, porté par une intensité émotionnelle constante, Mankell se mesure ici avec les plus grands auteurs suédois contemporains, Torgny Lindgren et Per Olof Enquist.

Profondeurs, au pluriel….un titre quelque peu énigmatique ; une couverture à dominante sombre, un rivage désert, une barque en premier plan…………..voilà qui est bien intrigant.
Profondeurs, comme celles de la mer dont le Capitaine Lars Tobiasson-Svartman, est chargé par son état-major de répertorier afin de permettre aux navires de guerre de circuler en toute sécurité.
Nous sommes à la veille de la première guerre mondiale, la Suède est neutre, mais se tient prête face à la marine Russe, et à la marine Allemande.
Le capitaine est amené à partir en mission secrète afin de mener à bien sa mission. La mort rôde, elle est partout.
Il règne une ambiance froide, glaçante, humide, hostile. L’auteur s’attarde sur les longues nuits suédoises, et les hivers extrêmes. Les hommes boivent, trompent leur ennui comme ils peuvent.
Le capitaine n’est pas en reste ; il s’invente une autre vie, vit une double vie.
Profondeurs, que le capitaine a inexorablement creusées après sa rencontre avec Sara Frederika ; comme l’abîme dans laquelle s’enfonce inexorablement le capitaine, sa femme. Son imagination, ses mensonges l’entraineront dans les profondeurs océaniques et dans les profondeurs de l’âme humaine
Une fois n’est pas coutume, c’est pour un livre à ambiance que j’aurai un gros coup de cœur. En dépit d’une quatrième de couverture inappropriée et trop révélatrice, ce livre m’a véritablement happée, au point qu’il m’a été difficile de le lâcher. J’ai trouvé l’écriture concise, les phrases courtes, et efficaces. Les chapitres sont courts, et le livre bien équilibré en dix parties. Tous ces éléments en rendent la lecture agréable, et lui donne un rythme soutenu.
« Parfois je suis quelqu’un d’autre, peut-être mon père, peut-être quelqu’un dont je n’ai pas idée. Je cherche quelque chose qui n’a pas de fond, dans la mer, comme en moi-même. »
Henning Mankell-Seuil-343pages

samedi 27 novembre 2010

Comme un père




Par un hasard douloureux de la vie, Louise, à vingt-cinq ans, perd sa mère et retrouve son père. Emprisonné depuis vingt ans, celui-ci demande l'hospitalité à sa fille avant de recommencer une nouvelle vie. Louise accepte, dans le déchirement et la culpabilité. Pendant cinq jours, le père et la fille vont tenter de vivre ensemble. Enfermée dans son hostilité, Louise découvre cette partie d'elle-même qu'elle a toujours niée. Mais ce subit retour du passé est le prix qu'elle doit payer pour aller de l'avant.
Laurence Tardieu a vingt-neuf ans. Elle nous donne ici son premier roman.
Un tout petit texte, tout en finesse, mais dont les mots et les phrases sont claires nettes et précises.
Dans ce premier roman, Laurence Tardieu s’attarde sur la relation père –fille, ou plutôt, la non relation père –fille. Et je dois dire que c’est assez émouvant de voir deux êtres liés de chair et de sang ne pas se reconnaître, non pas physiquement mais en tant parents. Louise s’est depuis longtemps détachée de ce père en prison depuis 20 ans. Elle l’héberger, par pur sens de l’hospitalité, mais……mais……Voilà une situation impensable, mais pas si rare que cela.
Ce texte se situe sur deux niveaux narratif, mais, à mon sens, construit un peu maladroitement. Ce double niveau permet à Laurence Tardieu, au travers de son personnage d’engager une réflexion sur la création artistique. C’est ce qui rend à mes yeux ce roman un peu moins bien que le jugement de Léa. La manière que Laurence Tardieu a d’explorer les sentiments humains est très plaisante, et est de plus en plus travaillée au fil de son œuvre.
Laurence Tardieu-Arléa-118 pages

La maison d'à côté



Un fait divers dans une banlieue résidentielle de Boston passionne les médias. Sandra Jones, jeune maîtresse d’école et mère modèle, a disparu. Seul témoin : sa petite fille de quatre ans. Suspect Nº1 : son mari Jason.

Dès que l’inspectrice D.D. Warren pénètre chez les Jones, elle sent que quelque chose cloche : les réticences de Jason à répondre à ses questions, son peu d’empressement à savoir ce qui a bien pu arriver à son épouse "chérie"… Tente-t-il de brouiller les pistes ou cherche-t-il à protéger sa fille, à se cacher ? Mais de qui ?

Après avoir lu ce suspense, vous ne regarderez jamais plus une porte déverrouillée, une fenêtre entrouverte ou une page Web de la même façon… Les fans de Sauver sa peau apprécieront cette nouvelle enquête particulièrement surprenante de la non moins surprenante D.D. Warren !
Une famille bien comme il faut : papa, maman et une ravissante petite fille, résidant dans une banlieue plutôt chic de Boston. Et pourtant en y regardant de près le tableau n’est pas aussi idyllique que cela.
Chacun espionne l’autre, chacun traine derrière lui quelques casseroles fort peu avouables. Mais les apparences sont sauves.
Un voisin, lui non plus pas très propre sur lui, c’est le moins que l’on puisse dire : un délinquant sexuel, fiché, catalogué, je dirais même presque étiqueté en tant que tel.
Quand Sandra disparaît au cours d’une nuit, il n’en faut pas moins pour faire d’Aidan Browster le coupable idéal.
Ce sera au commandant D.D Warner et son acolyte Miller de trouver le nœud de cette histoire pas banale du tout. C’est qu’elle n’est pas banale non plus D.D : un peu frustrée sur les bords (et les bords sont larges !!!), qui ne pense qu’au travail….normal, elle n’a que cela à se mettre sous la dent….
Et nos ne seront pas au bout de nos surprises ; Au beau milieu de l’histoire surgit de nulle part le père de Sandra, un élève as de l’informatique……….ah l’informatique, chers ordinateurs qui n’en finissent pas de délivrer leurs secrets, si tant est qu’un mari, lui aussi le coupable idéal, ne tente pas par tous les moyens de les faire taire……..
Il reste Clarissa, Ree pour les intimes, 4 ans, sensée savoir des choses, mais……Elle aurait pu être un peu plus mise en valeur, avoir un rôle un peu plus consistant.
Jusqu’au bout le secret aura été bien gardé. Non, non, je ne dirai rien, et comme je ne lis pas la fin avant la fin, et bien comme tout le monde, j’ai douté, tiqué, trouvé que telle ou telle ficelle était peut-être un peu trop grosse. Alors pour savoir, il n’y a qu’une solution, ne pas s’arrêter……
J’ai bien aimé la construction originale du roman. Il s’agit d’une narration à trois voix, qui sans rien dévoiler, permet tout de même au lecteur de cheminer dans son raisonnement, et de se dire « et si ça n’était pas ça, et si la solution était carrément ailleurs ? »
Le style est alerte, on ne s’ennuie pas une minute, un langage, parfois un peu…… « Pas très chrétien » ; en même temps n’oublions pas que nous avons affaire à un délinquant sexuel, et que ces gaillards là, en général, ne s’embarrasse pas avec la sémantique. Cela pourrait en choquer certains, pas moi, cela faisait partie du décor.
Tous les ingrédients étaient réunis pour en faire un coup de cœur
Lisa Gardner-Albin Michel-420 pages

mardi 23 novembre 2010

Et le jour pour eux sera comme la nuit



Denis d'Aubigné est bien mort, ce 23 janvier à huit heures du matin, dans la cour d'un immeuble bourgeois d'une rue paisible du XVe arrondissement de Paris. Vingt ans, sept étages. Pourquoi un jeune homme met-il brutalement fin à ses jours ? Un père, une mère, une grande sœur et un petit frère cherchent à répondre à cette question déchirante. Où est Denis ? Où sont-ils sans lui ? On ne sait rien de la mort sauf qu'elle change des vies.
Ayant connu deux suicides en peu de temps dans mon entourage, et ayant pu constater les ravages collatéraux que l’un d’entre eux a pu faire, le sujet, évidemment me « parlait ». Et s’il me parlait, je ne voulais pas pour autant avoir entre les mains un ouvrage technique, dont je n’avais pas vraiment l’usage, un roman me paraissant plus approprié.
L’ouvrage d’Ariane Bois est à mon sens une réussite. Dans une écriture minimaliste, ciselée, et j’ose dire saccadée par moment, mais avec infiniment de tact, de pudeur, et, de profondeur parvient à rentrer dans l’intime d’une famille anéantie par le suicide de l’un des leurs.
Une famille bourgeoise parisienne dans le modèle le plus traditionnel à qui tout semble sourire, trois beaux enfants qui ne semblent manquer de rien. Et pourtant….et pourtant…..
Pourquoi ? Telle sera la question tout au long de ce livre. Pourquoi Denis s’est t-il supprimé, que s’est t-il passé ?
Comment la famille va-t-elle encaisser ce séisme ; comment va-telle en parler, ou ne pas en parler ? Comment va affronter le monde autour d’elle ?
Le lecteur suit à distance raisonnable grâce à l’absence de voyeurisme la mise e route du processus de deuil de cette famille. Une famille dans laquelle on ne parle as beaucoup, dans laquelle il ne fait pas bon étaler ses douleurs ; une famille dans laquelle la mort est encore un mot tabou.
« Y a-t-il des familles où l’on aborde ce sujet avec un enfant de vingt ans ? Et chez les Aubigné, la mort était rarement évoquée »
Ceci dit, il n’y a pas que chez eux…….
« Il faut se montrer digne de Denis. Pas question d’exhiber sa douleur en public. »
Ariane Bois n’esquive pas les difficultés du couple : le dialogue impossible, le repli, les reproches, la culpabilité.
Le thème de la culpabilité m’a beaucoup interpellée dans la mesure où elle est un sentiment plutôt catholique, alors que curieusement le père est protestant, et la mère issue d’une famille juive. La culpabilité de ne pas avoir vu, ne pas avoir décelé (le père étant médecin), la culpabilité de ne pas avoir assez fait……..Attaché ou non à une pratique religieuse, la culpabilité est certainement ce qui ronge le plus de l’intérieur , et contre laquelle l’entourage peut le moins. De fait j’ai également remarqué l’absence de toutes manifestation de « bigoterie » d’idolâtrie, ou, de cérémonial plutôt catho traditionnel ; ce qui a donné à mon avis un caractère plus humain, et plus naturel au deuil.
Puisque le dialogue est absent, puisque que le chagrin ne s’exprime, il ne reste que la chimie pour tenter d’améliorer…..
Cette famille part à la dérive ; toute la famille chacun à sa façon. J’avais envie de les enfermer tous afin qu’ils se parlent, enfin, qu’ils disent les choses ouvertement, notamment au petit frère. J’avais envie de secouer la mère de Laura qui lui dit « c’est atroce, mais tu en auras un autre »…….
Il y aurait tant à dire…….
Un livre qui se veut apaisant, que l’on peut lire sans crainte, juste, discret, sans mot de trop, qui s’arrête là où faut, qui ne pas se faire envahissant.
Difficile de se mettre dans la peau de ces personnage, même quand on vit cela de très près…difficile de rassurer un proche et le convaincre qu’il a tout fait, qu’il ne pouvait faire plus, et qu’il ne pouvait éviter le geste, qu’il n’est pas responsable de la part de l’autre…….
Ariane Bois-Ramsay-125 pages
Quelques mots à propos de l'auteur
Ariane Blois est grand reporter, spécialisée dans les sujets de société. Avec Et le jour pour eux sera comme la nuit, elle signe son premier roman.

lundi 22 novembre 2010

La poursuite du bonheur

Dans l'Amérique de l'après-guerre minée par ses contradictions, des années noires du maccarthysme à nos jours, La Poursuite du bonheur nous plonge au coeur d'une magnifique histoire d'amour.
Manhattan, Thanksgiving 1945. Artistes, écrivains, musiciens... tout Greenwich Village se presse à la fête organisée par Eric Smythe, dandy et dramaturge engagé. Ce soir-là, sa soeur Sara, fraîchement débarquée à New York, croise le regard de Jack Malone, journaliste de l'armée américaine. Amour d'une nuit, passion d'une vie, l'histoire de Sara et Jack va bouleverser plusieurs générations.
Un demi-siècle plus tard, à l'enterrement de sa mère, Kate Malone remarque une vieille dame qui ne la quitte pas des yeux. Coups de téléphone, lettres incessantes... Commence alors un harcèlement de tous les instants. Jusqu'au jour où Kate reçoit un album de photos... La jeune femme prend peur : qui est cette inconnue? Que lui veut-elle ?
Douglas Kennedy nous livre ici un roman ambitieux où, à travers d'inoubliables portraits de femmes, résonnent les thèmes qui lui sont chers : la quête inlassable du bonheur, la responsabilité individuelle, la trahison.
Deux femmes se partagent la narration de ce roman qui vous prend à la gorge et ne vous lâche plus : Sara et Kate. Deux femmes liées au même homme sans le savoir.
Kate introduira et conclura l’histoire dans deux parties relativement courtes et concises.
Sara, qui est l’héroïne se taille la plus belle et la plus intense partie du livre.
Nous sommes au sortir de la seconde guerre mondiale, à New-York. Sara est jeune, probablement superbe, et a envie de croquer la vie à pleine dent à son idée, selon son idéal. La société New-Yorkaise est plutôt à cheval sur des principes, des valeurs puritaines qu’il convient, au fond, ne pas transgresser ; en apparence tout du moins. Sara l’apprendra à ses dépends, tout au long de sa vie, et se battra contre vents et marées pour ce qu’elle considère sa part de bonheur. Y parviendra t-elle ? Et à quel prix ?
Dans ce livre se résument toutes les contradictions d’une Amérique qui dans les années 50 a connu un épisode de chasse aux sorcières sans précédent.
Une Amérique qui se veut moderne, mais qui au fond reste profondément attachée à ses valeurs rigoristes, à une morale dépassée que tout le monde ou presque bafoue, mais dont les transgressions peuvent amener celui qui s’y aventure au ban de la société.
Une Amérique qui se veut le défenseur de la liberté, mais qui au nom de la peur, des préjugés ne pouvait admettre d’autres manières de penser.
J’ai aimé refaire le voyage à New-York, ressentir la ville au travers des mots de Douglas Kennedy, ressentir cette frénésie urbaine déjà si présente dans les années 50.
L’auteur fait très bien ressortir l’envie de consommer de cette société américaine, et en même temps son contraire avec l’évocation de la vie beaucoup plus austère qui règne un peu pus au nord du côté de Boston.
Ce livre se lit d’une traite ou presque ; l’histoire est prenante, dynamique, sans temps mort. J’ai trouvé l’écriture agréable. Ce n’est pas pour Douglas Kennedy dont je n’ai pas entendu que des éloges, loin s’en faut, que j’ai choisi ce livre, mais pour New-York.Il parait que c’est le meilleur Kennedy ; ce qui fait qu’avec cet auteur, je resterai sur cette note positive et n’en aborderai pas d’autres livres.
« Tu ne connais pas encore le principe fondamental de la vie américaine ? Quand tu te sens coupable de lâcheté morale, tu atténues tes remords en allant claquer plein d’argent. »
Une affirmation on ne peut plus…. american way of life……..
Doublas Kenneky-Pocket-774 pages
ABC Challenge Babelio:10/26 [K]

vendredi 12 novembre 2010

Purge


En 1992, l’union soviétique s’effondre et la population estonienne fête le départ des Russes. Mais la vieille Aliide, elle, redoute les pillages et vit terrée dans sa maison, au fin fond des campagnes.
Ainsi, lorsqu’elle trouve Zara dans son jardin, une jeune femme qui semble en grande détresse, elle hésite à lui ouvrir sa porte. Ces deux femmes vont faire connaissance, et un lourd secret de famille va se révéler, en lien avec le passé de l’occupation soviétique et l’amour qu’Aliide a ressenti pour Hans, un résistant. La vieille dame va alors décider de protéger Zara jusqu’au bout, quel qu’en soit le prix.
Sofi Oksanen s’empare de l’Histoire pour bâtir une tragédie familiale envoûtante. Haletant comme un film d’Hitchcock, son roman pose plusieurs questions passionnantes : peut-on vivre dans un pays occupé sans se compromettre ? Quel jugement peut-on porter sur ces trahisons ou actes de collaboration une fois disparu le poids de la contrainte ?
Des questions qui ne peuvent que résonner fortement dans la tête des lecteurs français.
« Un vrai chef-d’oeuvre. Une merveille.
J’espère que tous les lecteurs du monde, les vrais, liront Purge. » Nancy Huston
Les lecteurs ne s’y sont pas trompés en lui attribuant le Prix du roman. Plus qu’un coup de cœur, ce livre est une véritable claque que je reçois. Il m’a fallu me freiner pour ne pas le dévorer trop vite. Un livre aussi puissant, aussi percutant ne pouvait que se savourer avec l’esprit libre de tout le reste.
Un livre que je classe parmi mes 3 livres de l’année 2010
Le cadre se situe en Estonie et en URSS, de 1936 à 1992 ; sujet rarement abordé dans le roman. Il faut avant tout remettre en place l’Estonie dans son cadre géographique et historique, ce qui relativement complexe puisque l’occupation soviétique, l’occupation allemande, la seconde guerre mondiale, le Stalinisme, puis la chute de l’Union soviétique ont provoqué bien des tourments dans cette région.
Dès les première pages, j’ai compris que ce livre ne me laisserait pas indemne. Sofia Oksanen a une écriture percutante, violente, parfois quand la situation l’exige.
Construit avec pertinence, ce roman tisse sa toile au fur et à mesure. Le lecteur sent bien que…... mais il n’en est pas sur, le mystère se lève lentement, tel une intrigue policière qui fait voyager dans le temps, et l’espace.
Sofi Oksanen n‘épargne rien à son lecteur, ni la monstruosité stalinienne, ni celle des nazis, la déconfiture de l’empire soviétique qui laissera place à l’emprise des mafias, ces femmes à la recherche d’un monde meilleur- naïves sans aucun doute, mais prêtes à tout pour une autre vie – que l’on prostitue sans vergogne. Il y a de la violence dans le propos de l’auteur, qui ne m’a pas gênée, puisque les faits sont là. Les tabous tombent, la nausée n’est pas loin. On sait que cela eût existé (et que cela existe encore), mais formulé comme cela, quelle choc, quelle claque !!!
De quoi s’agit-il me direz vous ? Difficile de ne pas trop en dire, et de rompre le charme de la lecture
Aliide vit terrée dans sa campagne, et un beau jour, la fille est là apeurée dans son jardin…
L’histoire peut commencer………..Laissez vous faire, vous en aurez le souffle coupé
« Dans la terre du désespoir poussent de mauvaises fleurs »
Sofi Oksanen-Stock-408 pages-Prix du roman Fnac2010-Prix Fémina étranger 2010
Quelques mots à propos de l'auteur

Sofi Oksanen est née en Finlande en 1977, d’une mère estonienne et d’un père finlandais. Elle est devenue en trois romans et quelques pièces de théâtre un personnage incontournable de la scène littéraire finlandaise. Purge a marqué la consécration de l’auteur, qui a reçu en 2008 l’ensemble des prix littéraires du pays, mais le roman a également enrichi le débat historiographique sur cette période de l’occupation soviétique.
ABC Challenge Babélio: 9/26 [O]

jeudi 11 novembre 2010

Le jugement de Léa



Une jeune femme, Léa, a commis l'irréparable. Sous la surveillance d'un gardien, elle attend que les jurés de la cour d'assises rendent leur verdict. Le huis-clos et la violence morale de la situation font remonter à sa mémoire le frère adoré et disparu, les parents qui ne savaient pas aimer, les hommes qui ont traversé sa vie. Au cours de ces trois heures, un lien se noue entre Léa et le gardien, deux êtres que tout devrait tenir éloignés, mais que la solitude rapproche pour quelques instants. Et c'est ainsi que l'heure du verdict devient, pour Léa, celui de la grâce. Après Comme un père, Laurence Tardieu signe ici son deuxième roman.
Laurence Tardieu n’a pas son pareil pour transcrire en si peu de mots, mais si pertinents tous les sentiments d’une femme et d’une mère qui attend que les jurés décident ou non de sa culpabilité.
Léa est accusée d’infanticide, le crime le plus horrible qui soit dans nos sociétés.
C’est avant tout une femme qui est là, avec toutes ses ambigüités, toutes ses souffrances.
Elle est là, seule avec son gardien. Elle n’a rien pu dire à son procès. C’est devant cet homme qui ne peut rein pour elle, n’est là que pour la surveiller, quelle va peu à peu se libérer, aller au plus profond d’elle-même, va tenter d’expliquer l’inexplicable, revisiter sa plus tendre enfance pour en décrypter les origines de tout cela.
« Certaines choses, on ne peut pas les raconter. Ce serait trop misérable. » p39
Cette femme est tellement seule sur sa chaise à attendre que d’autres décident de son avenir ; elle parle d’elle, de son enfance, de son enfant. C’est ce surveillant, si humain, qui parviendra à ce qu’elle se libère, pour ne pas qu’elle devienne folle. La présence discrète d’un homme, mais efficace et chaleureuse.
Voilà une femme qui a commis l’infanticide, mais à laquelle je me suis attachée, sans la juger. Comment a-t-elle pu en arriver là ? Elle ne le dit pas ouvertement. Par petite touche elle dessine la fille qu’elle a été pour sa mère, et, son père.
Peut-on être vraiment mère quand on n’a pas été profondément l’enfant de quelqu’un ?
C’est quoi être mère ? Elle aussi se pose la question ; sans en avoir les réponses.
L’écriture de Laurence Tardieu est d’un rythme soutenu, les mots sont choisis, sans fioritures inutiles ; l’essentiel, rien que l’essentiel, comme pour laisser le lecteur à sa propre réflexion sur le sujet, douloureux, et, toujours d’actualité.
Une lecture qui m’a imprégnée tant elle poignante.
Laurence Tardieu-arléa-108 pages

Confidence africaine



« Je lisais tranquillement : tout à coup, je l'ai vue écarter mon rideau, bondir vers moi et renverser mon chandelier d'un coup de poing. Ah, ça n'a pas été long ! Je ne me possédais plus. En deux secondes j'étais debout et je l'empoignais à bras-le-corps. Que s'est-il passé au juste ? J'essaye de me rappeler tout, le mieux possible. On était dans l'obscurité. Je rageais pour de bon. Elle aussi. C'était une gaillarde solide. Je m'efforçais de la maîtriser, de la jeter par terre, avec le désir très net de cogner dessus et de lui enlever l'envie de recommencer. On était tous les deux en chemise, pressés l'un contre l'autre dans le noir, et on luttait comme deux forcenés. »
Il y a des textes qui n’ont besoin de rien d’autre que ce que l’auteur a bien voulu en mettre.
Ce livre est court, trop court, diront certains, juste ce qu’il faut à mon humble avis pour déceler chez son auteur la finesse du verbe, le choix précis du vocabulaire, la sobriété du style. Juste assez pour me donner envie de poursuivre dans son œuvre.
C’est Katherine Pancol dans Un homme à distance, qui me mettra l’eau à la bouche.
Roger Martin du Gard relate dans ces quelques pages les confidences d’un ami. Tout en retenue, tout en délicatesse, il réussi à faire comprendre au lecteur de quoi il s’agit. Jamais il n’intervient, il écoute avec attention, simplement, sans juger.
Je ne peux rien dévoiler de l’histoire sous peine d’en rompre le « charme ».
Une déclaration à laquelle j’adhère totalement.
« J’aime les gens simples et francs, qui sont ce qu’ils sont et se donnent pour tels, sans camouflage. » p 31
Roger Martin du Gard-Gallimard-88 pages
Quelques mots à propos de l'auteur
Auteur marquant de la première moitié du XXe siècle, l'oeuvre de Roger Martin du Gard intéressa tant l'avant-garde littéraire que le grand public. Si ses romans paraissaient relever d'une tradition classique, certains comme Camus ont vu en Martin du Gard un véritable annonciateur de la littérature de la seconde moitié du XXe siècle. Fils d'une famille de magistrats, il obtient un diplôme d'archiviste paléographe à l'Ecole des chartes en 1905. C'est son premier grand livre, 'Jean Barois', qui le fait remarquer des dirigeants de la NRF. Après la guerre, il se consacre à l'écriture d'un grand roman de douze tomes 'Les Thibault'. Il ne met fin à cette entreprise qu'en 1937 avec le dernier tome, 'L' été 1914'. Il reçoit le prix Nobel de littérature en 1937 pour l'ensemble de son oeuvre, qui compte aussi des 'farces paysannes' et des nouvelles. C'est à Nice, qu'il a rejoint lors de l'occupation allemande, qu'il entreprend son dernier roman, laissé inachevé, 'Souvenirs du colonel de Maumort'.

mercredi 10 novembre 2010

Bella Ciao



Myléna en avait assez.
Je n'ai pas attendu qu'elle me largue, c'est moi qui suis parti. Au bord de l'océan, pour en finir. Quand j'ai repris pied sur le rivage, j'étais dessoûlé, nu comme une bête et ne possédais plus rien. Passé un rideau de pins, on voyait des vignes. J'y ai trouvé un emploi d'ouvrier agricole. Franck ne m'a pas épargné, avec lui on ne prend guère de gants. Les mains deviennent comme des pelotes d'aiguilles.
J'ai continué à boire. J'ai appris cependant à travailler sans relever la tête. Est-ce ainsi que les hommes vivent ? Oui, s'il y a un espoir au bout. Le mien était de regarder mes enfants en face. Et de reconquérir ma belle.
Ce roman ne m’aura pas laissé un souvenir impérissable. La lecture en est aisée. Le sujet était porteur, et aurait pu donner quelque chose de puissant. Seulement voilà, cela manque de souffle, de profondeur. L’auteur n’a pas réussi à me toucher par cette histoire banale au départ, et à laquelle il pas, malgré une écriture soignée, réussi à lui donné un petit supplément d’âme.
La fin est laissée à l’appréciation du lecteur, qui se sent un peu seul, après le point d’interrogation final.
Eric Holder-Seuil-146 pages
Eric Holder vit actuellement dans le Médoc.
Il est passé maître dans l'art du roman bref, brillant et ciselé. On se souvient notamment de Mademoiselle Chambon, L'Homme de chevet, La Correspondante et, dernier en date, La Baïne

mardi 9 novembre 2010

Zola Jackson

Août 2005, delta du Mississippi : l’ouragan Katrina s’abat sur la Nouvelle-Orléans. Les digues cèdent sur le lac Ponchartrain et les quartiers modestes sont engloutis.
La catastrophe touche de plein fouet la communauté noire. Tandis que ses voisins attendent des secours qui mettront des jours à arriver, l’institutrice Zola Jackson s’organise chez elle pour sa survie. L’eau continue de monter, inexorablement. Du ciel, les hélicoptères des télévisions filment la mort en direct.
Réfugiée dans le grenier avec sa chienne Lady, Zola n’a peut-être pas dit son dernier mot.
Sous la plume de Gilles Leroy, Zola Jackson, femme de trempe et mère émouvante, rejoint le cercle des grandes héroïnes romanesques.
« Mais on ne quitte pas la Nouvelle-Orléans. On y nait, on y crève. C’est comme ça. » p23
Cette phrase résume à elle seule le ton de ce livre, court, mais riche et intense, qui se laisse lire d’une traite et qui que laisse pas indifférent.
Gille Leroy, dont c’est le premier livre que je lis, brosse le portrait d’une femme émouvante, attachante. Et il le fait en à peine 140 pages avec des mots percutants, et des phrases directes et ciselées.
Zola Jackson, a la cinquantaine, vit dans un de ces quartiers anéantis par l’ouragan Katrina qui ravage la Nouvelle –Orléans en août 2005.
Elle en a vu d’autre, Zola :
« J’ai survécu à l’ouragan Betsy. Mon fils était encore au sein, déjà malade, et là, oui j’ai eu peur. On a survécu tous les deux, tous seuls dans notre gourbi. » p22
Une femme au caractère bien trempé, qui ne s’en laisse pas dire, et qui sait ce que lutter veut dire.
Gille Leroy, en fait son héroïne, le personnage principal, en la posant d’emblée comme narratrice. Il mélange tout au long de ce livre le présent et le passé, pour mieux nous faire apprécier le vécu de cette femme : les difficiles conditions des Noirs, la méchanceté, l’insalubrité des logements. Rien n’a vraiment changé…..
Zola est profondément humaine, elle est institutrice dans son quartier.
« On passe plus de temps à rire et à débiter des sornettes qu’à réviser les leçons. (…)Le rire des enfants est une musique du ciel. » p46
Que dire de la fierté d’une mère qui a voulu le meilleur pour son fils, Caryl ; qui l’aime tant, qui l’admire, si heureuse de sa réussite, mais qui en même temps ne se résout pas à accepter ses choix de vie, mais qui malgré tout s’interroge de ses réactions.
« Etais-je si laide, si noire à ses yeux mêmes, que mon fils a fui toute femme et jusqu’à ma couleur ? » p103
Un roman qui navigue entre la réalité cruelle et morbide de la catastrophe, et les souvenirs d’un autre cyclone, intime celui là, qui touche son cœur de mère.
Les souvenirs tendres d’un époux, dont elle livre ici où là quelques éléments….
Gilles Leroy-Mercure de France-140 pages

dimanche 7 novembre 2010

Le convoi de l'eau


Un homme étrange s'engage au sein d'une équipe chargée de construire un barrage en haute montagne. Perdu dans la brume, tout au fond d'une vallée mal connue,se révèlent les contours d'un hameau, mais les travaux ne sont pas relis en question par cette découverte: le village sera englouti sous les eaux.
Au cours de ce terrible chantier, le destin de cet homme entre en résonance avec celui de la communauté condamnée à l'exil. A la veille du départ qui leur est imposé, il observe les premières silhouettes alignées sur le chantier escarpé. Elles sont innombrables et portent sur leur dos un singulier fardeau.
Des images de toute beauté, inoubliables
Tous les chemins mènent au livre. Pour celui-ci, c’est le libraire qui m’y aura amenée. J’en cherchais un autre, je lui parlais d’un que j’avais particulièrement aimé ; lui me présente celui là…..Comment résister à son œil pétillant en en parlant ? Comment résister à cette couverture superbe, au format si reconnaissable des Editions Actes-Sud, et de la qualité de leur papier ?
Je n’avais jamais lu d’auteur Japonais. Je me suis donc laissée tenter. Et puis, mon libraire m’assurant qu’il me reprenait le livre s’il ne ma plaisait pas, et en prenant un autre à la place !!!
Voilà un récit qui met les sens en éveil, et pour le moins étrange dans l’atmosphère qu’il dégage.
Nous sommes plongés dans une vallée reculée du Japon, au milieu des montagnes, dans une ambiance humide. J’ai été frappée par le vocabulaire se rapportant à l’eau : torrent, source, pluie, cataracte, bain, brume, brouillard. La sensation d’humidité, de moiteur est perceptible, même chez soi !!! « La peau luisante d’eau de pluie » p69
« La source jaillissait du lit peu profond. Le sable dansait au fond de l’eau, étincelant comme des paillettes. » p 72
Par ailleurs la référence aux couleurs est omniprésente, toutes les couleurs, mais notamment la couleur verte : « une fine couche de vert-de gris » p 45 ; « la vallée avait entièrement reverdie » p 68 ; « nous les écrasons en tâches vertes avec des tapettes » p69 ; « Le torrent s’écartait un peu de son lit, et ça et là, entourés d’impressionnantes parois rocheuses, s’ouvraient des gouffres vert foncé » p 71
« A cause de l’humidité, le corps était coloré de vert clair, comme s’il était couvert de mousses ou de moisissures. Il n’y avait plus e trace du vêtement blanc, qui frappé par la pluie et exposé à la brume, s’était déjà transformé en une chose naturelle » p116
En outre, le mot mousse est lui aussi très présent.
La nature, tient à elle seule de personnage ; de même rang que les habitants du hameau, les ouvriers ou le narrateur qui est un être bien étrange. Il voue une fascination pour les os.
« Cinq petits morceaux d’os des doigts du pied de sa femme……Posséder une partie d’elle me donnait le plaisir de profaner son cadavre » p20
« Le cadavre de la fille commençait déjà à montrer les premiers signes de transformation en squelette » p 136
Quand je vous dis étrange………
La mort est omniprésente dans ce récit, celui dramatique de la femme du narrateur, celui d’une villageoise, d’un ouvrier.
L’étrange est repoussant, mais, et, c’est tout le paradoxe de cette lecture, m’a attirée inexorablement vers la fin.
Vous l’aurez compris, ce récit ne se résume pas, il s’apprécie pas petite touches, ici où là, à tête reposée. Il ne fut pas un coup de cœur, mais assurément une belle découverte ; une lecture appréciée, aidée en cela par un nombre de page réduit pour ne pas alourdir d’avantage l’atmosphère.
Je voulais terminer en soulignant la poésie, le raffinement de ce texte, si caractéristiques d’une littérature japonaise que je connais bien mal.
Que mon libraire soit remercié de ce partage. Je ne lui rapporterai pas le livre, d’une part il est trop beau, et d’autre part il plaira autour de moi.
Akira Yoshimura-Actes-Sud-171 pages
Né le 1er mai 1927 dans le quartier populaire de Nippori à Tokyo, Akira Yoshimura publie une œuvre inspirée de vieilles légendes, de faits divers ou de l’histoire récente de son pays. Il a reçu de très prestigieux prix littéraires. Il est mort en 2006.
Actes Sud a déjà publié Naufrages (1999 et Babel n° 623), Liberté conditionnelle (2001) La nouvelle Liberté conditionnelle a servi de base au film L'Anguille de Shōhei Imamura. La Jeune Fille suppliciée sur une étagère suivi de Le Sourire des pierres (2002 et Babel n° 773), La Guerre des jours lointains (2004 et Babel n° 852) et Voyages vers les étoiles (20006).
ABC Challenge Babelio :8/26 [ Y]

samedi 6 novembre 2010

Créance de sang

L'ex-agent du FBI Terry McCaleb est à peine remis d'une greffe du cœur quand une inconnue, Graciela Rivers, vient le voir sur le bateau où il se repose et le somme d'enquêter sur la mort d'une certaine Gloria Torres, abattue à bout portant et de sang froid par un tueur masqué, dans une épicerie de la banlieue de Los Angeles.
Agacé par l'aplomb de la jeune femme, McCaleb refuse. Mais Graciela insiste et se trouble. Elle lui révèle soudain que Gloria Torres n'est autre que sa propre sœur, et que c'est son cœur qui bat sous l'énorme cicatrice qu'il a encore en travers de la poitrine : cette enquête, Terry McCaleb la lui doit.
J’avais entendu dire, de source sure, que ce livre faisait partie des excellents titres de cet auteur. Etant le premier Connelly que je lis, et en tout cas pas le dernier, je n’ai pas le recul nécessaire pour confirmer les dires. Ceci étant, je l’ai adoré. Et si les obligations professionnelles et la fatigue ne s’étaient pas interposées, j’aurais lu ce livre d’une traite.
Le suspens y est croissant ; une fois la moitié du livre arrivée, je ne tenais plus, il fallait que je le finisse. L’affaire s’accélère, la lecture également.
Un polar qui est placé sous le signe du cœur, celui d’une autre qui bat dans la poitrine de cet agent du FBI, et e ce même cœur qui bat la chamade pour une femme.
J’ai aimé être plongée dans le milieu hospitalier et de celui de la transplantation. Je n’y ai décelé, pour autant que ma modeste culture médicale m’y autorise, aucune invraisemblance.
J’ai apprécié le profil psychologique de McCaleb, un dur au cœur tendre, rempli de doute, et à l’état d’esprit tellement ambiguë typique des greffés ; rongé par la culpabilité, et si heureux d’être en vie
Eh lisant un policier, je me moque comme d’une guigne qu’il soit nordique, américain, ou de la vieille Europe…… Je lui demande d’être bien ficelé, de me tenir en haleine, de m’extraire du quotidien, bref, de me faire passer un moment d’exception.
Assurément avec ce polar ce fut le cas : un coup de cœur.
Michael Connelly-Seuil-460 pages

lundi 1 novembre 2010

Quand revient l'été

Chez nous, il y a les habitués, ceux qui reviennent chaque année à leur saison préférée, le début de l'été, ou encore lors des longues journées sèches d'août... Et voici que s'annonce Harry, un après-midi d'août de l'an de grâce 1994. Atteint d'un cancer du poumon, le célèbre financier Harry Wainwright veut absolument retourner encore une fois dans le modeste club de pêche à la mouche au fin fond de l'Etat du Maine où il a ses habitudes depuis trente ans. Pourquoi ? Quand revient l'été nous plonge dans l'histoire tourmentée d'une famille américaine brisée deux fois, par la Seconde Guerre mondiale, puis par celle du Viétnam, à la rencontre d'hommes et de femmes qui nous racontent leurs blessures — et finalement leur secret.
Quand revient l’été, quelle jolie phrase pour un livre lu à l’entrée de l’hiver !
Une jolie couverture, avec au centre de celle-ci un arbre dont on devine les couleurs automnales débutantes, un homme au premier plan, les pieds dans l’eau en train de pécher.
L’image est bucolique, tout come l’ambiance de ce livre. Je pensais au très beau film Et au milieu coule une rivière…….
Quatre parties encadrées par un prologue qui nous amène au sortir de la seconde guerre mondiale avec le retour des combats de Joe accompagné de sa femme et de leur fils Joe junior…..et d’un épilogue…..Chaque chapitre est en fait intitulé d’un nom de personnage qui sera le narrateur de ce chapitre là. Seul l’épilogue aura une voix différente, jamais entendue
Nous sommes dans l’Amérique profonde, pas celles des spéculateurs, des frimeurs ou des golden boys ; l’Amérique des grand s espaces, là où la nature reprend ses droits, là où ses habitants sont authentiques, ne s’embarrassent pas de paroles inutiles, là où la pudeur et la discrétion l’emportent.
Joe, le fils est marié à Lucy, et a repris le domaine familial où chaque année reviennent se remettre au vert les citadins, dont Harry, un fidèle des lieux depuis 30 ans.
Jordan est guide au domaine.
Les personnages, vont au gré de leur intervention tisser une histoire où se mêlent l’amour, l’Histoire avec un H, les secrets, car sinon, il n’y aurait as de piquant, la question de la fin de vie est de sa gestion.
Ce livre est à la fois reposant comme les rives d’une rivière au milieu de la nature, avec une indescriptible sensation de calme, mais sans qu’il n’y jamais la moindre longueur et que le lecteur n’éprouve la vilaine sensation de mollesse ni l’impression de faire du sur place. Une fois plongée dans ce livre j’ai eu beaucoup de mal à m’en extraire.
« Et je me suis haï moi-même aussi fort que j’ai pu haïr Harry, qui n’avait rien fait de mal sinon aimer un endroit et les gens qui y vivaient, avec tant de force que c’était là qu’il désirait mourir, et pas ailleurs. » p 469
Je remercie infiniment les éditions Le livre de poche et BoB pour cette lecture en partenariat, qui est pour moi un coup de cœur, et la découverte d’un auteur dont je suivrai les prochaines parutions.
Justin Cronin-Le livre de poche-538
Justin Cronin est l'une des valeurs montantes de la jeune littérature américaine. Lauréat du prix Pen-Hemingway pour Huit saisons (Mercure de France, 2003), il vit et enseigne à Houston, au Texas.