vendredi 29 avril 2011

Les jambes d'Alice

Aux portes de N'Djamena, capitale du Tchad en proie à la guerre civile, les gens se pressent pour trouver la paix des campagnes. C'est au cœur de ce tumulte qu'un jeune professeur de français qui tente de rejoindre sa femme et sa fille croise l'une de ses élèves - objet de ses fantasmes les plus inavouables. Devant lui, si près de lui, Alice - et sa démarche inoubliable - l'attire jusqu'au vertige. Ensemble ils vivront quelques jours aux confins de la sensualité. L'écriture à la fois lyrique et très maîtrisée de Nimrod met en scène avec une superbe clairvoyance les dérives d'un homme subjugué par la splendeur d'un corps qui, à ce jour n'avait été que rêvé. Mais le désir est fragile l'assouvissement charnel a ses limites - la réalité sociale aussi.
Ce fut un livre de pur hasard ; pour un défi un peu fou je cherchais un auteur en N…et ma main et mes yeux se sont arrêtés sur ce titre un peu énigmatique, et une couverture pleine de mouvement et laissant aller au fantasme…
Ce ne fut pas un coup de cœur, loin de là, mais néanmoins ma curiosité m’a poussée à son terme sans déplaisir.

Ce jeune professeur de français, marié et amoureux de son épouse, se laisse aller, en des temps mouvementés au Tchad, à une liaison aussi brève que puissante avec une jeune élève, Alice. Il se laisse aller à ses fantasmes, à les dire, et à les vivre, non sans une certaine culpabilité, mais sans pour autant résister.
Plus que l’histoire en elle-même, c’est l’écriture de Nimrod qui m’a charmée .Il manie une langue, imagée, poétique, chargée de sensualité, jamais vulgaire, ni grossière. Il s’agit une prose dans laquelle transpire la chaleur africaine, une prose à fleur de peau, plus que sensuelle parfois….brulante même.

Un livre à découvrir, un auteur à découvrir. Le hasard a du bon parfois ; prendre un livre pour les plus mauvaises raisons qui soient, et y trouver à son insu un certain plaisir de lecture.


Nimrod- Actes Sud (2001)/Babel(2008)  -139 pages

Poète, romancier et essayiste, Nimrod est né en 1959 au Tchad. Titulaire d'un doctorat en philosophie, il vit à Amiens. Sa poésie est publiée aux éditions Obsidiane. Chez Actes sud, il est l'auteur de deux autres romans (Le départ, 2005 ; Le bal des princes, 2008) et d'un essai (La nouvelle chose française, 2008).

Challenge ABC Babélio 17/26 [N]
Challenge 26 livres/26 auteurs  10/26 [N]



mercredi 27 avril 2011

HHhH


A Prague, en 1942, deux hommes doivent en tuer un troisième.
C'est l'opération " Anthropoïde " : deux parachutistes tchécoslovaques envoyés par Londres sont chargés d'assassiner Reinhard Heydrich, chef de la Gestapo, chef des services secrets nazis, planificateur de la solution finale, " le bourreau de Prague ", " la bête blonde ", " l'homme le plus dangereux du IIIe Reich ". Heydrich était le chef d'Eichmann et le bras droit d'Himmler, mais chez les SS, on disait : " HHhH ".
Himmlers Hirn heisst Heydrich - le cerveau d'Himmler s'appelle Heydrich. Tous les personnages de ce livre ont existé ou existent encore. Tous les faits relatés sont authentiques. Mais derrière les préparatifs de l'attentat, une autre guerre se fait jour, celle que livre la fiction romanesque à la vérité historique. L'auteur, emporté par son sujet, doit résister à la tentation de romancer. Il faut bien, pourtant, mener l'histoire à son terme.
Aimant l’histoire, et particulièrement ce qui touche à cette période, de plus, intéressée par des faits plus confidentiels, j’ai profité d’une lecture commune pour lire ce livre qui, au moment de sa parution ne m’avait pas plus attiré que cela…
Cet ouvrage  est qualifié de roman.....à mes yeux ce n'est ni un roman ni un essai historique; et c'est aussi les deux à la fois !! Cela me gêne. Que ce soit l’un ou l’autre ne me posait, à priori aucun problème. Mélanger les deux genres, en revanche me laisse sur une grosse faim dans la mesure où je ne sais pas où me situer.

L'idée de départ est intéressante: parler d'un fait historique un peu confidentiel (en tout cas pour moi), d'une réalité dont on perle peu: la résistance autre que française au nazisme....
Mais, l'auteur est trop présent dans son récit, il ne prend pas assez de recul
Je n'ai pas les connaissances assez étoffés pour juger du bien fondé ou pas de ses interventions, et de ses prises de position, mais le principe me gêne....
Je n’ai pas beaucoup apprécié certaines affirmations péremptoires, blessantes, à l’égard de personnalités politiques du moment, ou d’écrivains.
L’auteur a des liens personnels avec la Tchécoslovaquie ; je lui reconnais d’avoir abondamment documenté son ouvrage, un peu trop par moment…Le livre a l’avantage de se lire rapidement, d’être composé de chapitres courts, voir très courts ; ce qui compense un peu la lourdeur de son implication personnelle.
 Je ne garderai pas un souvenir impérissable de ce livre, plus en raison de la forme, que le fond avec cependant quelques réserves émises concernant la partialité de l’auteur.

Laurent Binet-Grasset-442 pages

Laurent Binet est né à Paris en 1972.
Il fait des études de lettres, puis il part effectuer son service militaire en Slovaquie (où il enseigne le français). Cette expérience est sans doute déterminante pour la naissance de son premier roman. Il a vécu à Prague et éprouve pour cette ville, ses habitantes et son histoire un profond attachement, pour ne pas dire un grand amour.
Il est agrégé de lettres. Il publie un premier récit d'inspiration surréaliste en 2000 : Forces et Faiblesses de nos muqueuses, puis un témoignage (en 2004) sur sa vie d'enseignant La vie professionnelle de Laurent B.
La consécration arrive avec la publication en 2010 de HHhH, grâce auquel il obtient le Goncourt du premier roman.

mardi 26 avril 2011

Sauver sa peau



Sally, Cindy, Lucile... Depuis l’enfance, Annabelle Granger s’est habituée à devoir changer brusquement de prénom, de nom, de maison, de ville, d’histoire… Sans qu’on lui donne la moindre explication. La découverte dans une chambre souterraine de l’ancien l’hôpital psychiatrique de Boston, des cadavres de six fillettes, mortes des années auparavant, fait la une des journaux. Un nom sur un médaillon identifie l’une des petites victimes : Annabelle Granger. L’heure n’est plus à la fuite et Annabelle décide de sortir enfin de l’ombre. Mais le tueur est toujours aux aguets. Il l’attend. Depuis vingt cinq ans…
Le début intrigant d’un suspense qui ne l’est pas moins… et a propulsé Lisa Gardner en tête des listes des meilleures ventes aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, où elle est considérée aujourd’hui comme l’égale des plus grandes romancières du genre.

« Je sentis la nostalgie me prendre à la gorge, les larmes me bruler les yeux. Et je compris pourquoi je n’étais jamais allée de l’avant : parce que j’avais surtout envie de revenir en arrière. »

« La vérité m’apprend que mes parents m’aimaient vraiment et elle me rappelle que l’amour, seul, ne suffit pas. En fait ce dont on a besoin, c’est d’une identité. »

D’identité il sera beaucoup question dans ce thriller redoutablement efficace. Annabelle, la narratrice, découvre, un beau jour que son corps vient d’être découvert au fond d’une cavité d’un vieil hôpital psychiatrique. Qui est donc cette jeune fille, et les 5 autres (car bien entendu, elle n’est pas seule dans l’histoire), puisque Annabelle, c’est elle…enfin, c’était elle…
D’où vient –elle ? Qu’est-ce donc qui l’a amenée là ? Pourquoi a-t-elle si souvent changé d’identité ? Pourquoi tant de mystères autour de ses parents, de ses amis ? Pourquoi autant de fuite dans sa vie ?

A toutes ces questions il y  aura des réponses, des contre-réponses, des pistes, fausses pistes.
Lisa Gardner entretient intelligemment un suspense qui se fait de plus en plus insoutenable au fil des pages pour offrir une résolution grandiose de l’histoire, et une fin insoupçonnée.
Les 2 enquêteurs D.D et Bobby sont peu mis en lumière, cette fois nous sommes immergés avec Annabelle et ses satellites, les disparues et leurs familles. L’auteur nous fait rentrer dans l’univers angoissant des disparitions de fillettes, d’adultes au psychisme pas très ordonné.

L’écriture est alerte, les chapitres de taille idéale, l’histoire très bien construite. Tous les ingrédients sont réunis pour en faire un coup de cœur, une lecture idéale de week-end printanier et calme. J’en redemande sans modération.
  
 Lisa Gardner-Albin Michel (septembre 2009)-414 pages

lundi 25 avril 2011

L'autre fille


Yvetot, un dimanche d'août 1950. Annie a dix ans, elle joue dehors, au soleil, sur le chemin caillouteux de la rue de l'Ecole. Sa mère sort de l'épicerie pour discuter avec une cliente, à quelques mètres d'elle. La conversation des deux femmes est parfaitement audible et les bribes d'une confidence inouïe se gravent à jamais dans la mémoire d'Annie. Avant sa naissance, ses parents avaient eu une autre fille. Elle est morte à l'âge de six ans de la diphtérie. Plus jamais Annie n'entendra un mot de la bouche de ses parents sur cette sœur inconnue. Elle ne leur posera jamais non plus une seule question. Mais même le silence contribue à forger un récit qui donne des contours à cette petite fille morte. Car forcément, elle joue un rôle dans l'identité de l'auteur. Les quelques mots, terribles, prononcés par la mère ; des photographies, une tombe, des objets, des murmures, un livret de famille : ainsi se construit, dans le réel et dans l'imaginaire, la fiction de cette " aînée " pour celle à qui l'on ne dit rien. Reste à savoir si la seconde fille, Annie, est autorisée à devenir ce qu'elle devient par la mort de la première. Le premier trio familial n'a disparu que pour se reformer à l'identique, l'histoire et les enfances se répètent de manière saisissante, mais une distance infranchissable sépare ces deux filles. C'est en évaluant très exactement cette distance que l'auteur trouve le sens du mystère qui lui a été confié un dimanche de ses dix ans.
Ce texte est une commande d’un éditeur à l’occasion de la création d’une nouvelle collection : « Ecrivez la lettre que vous n’avez jamais écrite ».
Il n’y a pas de plus beau cadeau qu’un être puisse faire qu’un lettre, c’est un peu de lui qu’il donne, à l’autre, aux autres, sans retour ni récupération possible. Une lettre c’est un morceau d’âme que l’on couche sur le papier pour l’éternité, c’est un peu ou beaucoup de son intimité dont on se démet pour l’offrir à l’autre.

« T’écrire, ce n’est rien d’autre que faire le tour de ton absence. Décrire l’héritage d’absence. Tu es une forme vide impossible à remplir d’écriture. »
Avec une écriture ciselée, bien à elle, Annie Ernaux écrit cette lettre à sa sœur ainée morte de la diphtérie à 7 ans et qu’elle n’a jamais connue. Les mots sont choisis avec précision, il n’y a rien de trop.Il y a comme une économie de phrases et de mots, et pourtant, tout y est.
Un concentré de ressenti.
Un voyage au cœur d’elle-même, au pays de son enfance.
« A mon enfance racontée, pleine d’anecdotes, ne correspond pour la tienne que le vide. »

Annie Ernaux dit la douleur d’être celle qui reste, celle qui remplace.
« A la fin, elle dit (en parlant de sa mère qu’elle entend par hasard, étant enfant) de toi elle est plus gentille que celle-là. »
« Je suis venue au monde parce que tu es morte et je t’ai remplacée »
« Les parents d’un enfant mort ne savent pas ce que leur douleur fait à celui qui est vivant. »

Annie Ernaux  se pose plus de question, qu’elle ne trouve de réponses .Il y a tout le poids des non dits de cette époque. Elle savait, pour sa sœur, mais n’en a jamais rien dit à ses parents. Chacun a fait comme si l’autre ne savait pas.
« Me conforter à leur désir de mon ignorance de toi. »

Cette lettre m’a touchée, émue par moment. J’ai beaucoup d’admiration pour celle ou celui qui avec des mots simples, choisis et forts,sait parler de son intime sans déballage, mais au contraire avec finesse. L’art est difficile, la frontière entre la pudibonderie, et l’étalage indigne est tenue,
Annie Ernaux réussi l’exercice avec brio : en dire assez mais pas trop, avec élégance.
Il y a quelques années, j’avais été un peu déroutée par son écriture ; je me remettrai à l’ouvrage.

Annie Ernaux-Nil coll les Affranchis (mars 2011)-77 pages
Depuis Les Armoires vides (1974) jusqu'aux Années (2008), en une quinzaine de livres, Annie Ernaux est devenue l'un de nos meilleurs écrivains. La recherche formelle dont témoignent ses textes, par la voie d'une méthode sans cesse inédite et repensée, a définitivement bouleversé le champ de l'écriture autobiographique. Fille unique d'un couple d'ouvriers devenus commerçants, elle passe son enfance à Yvetot, dans l'épicerie-café que tiennent ses parents, avant de faire ses études à Rouen et de devenir institutrice, puis agrégée de lettres. C'est tout particulièrement sa jeunesse en Normandie qui lui fournit le sujet ou le cadre de ses textes (La Place, La Honte, Ce qu'ils disent ou rien, L'Evénement, Les Années). À la suite de Nathalie Sarraute (Enfance), Michel Leiris (L'Age d'homme) ou Georges Perec (W ou le Souvenir d'enfance), elle révèle la trame du récit et la fiction intrinsèques au matériel autobiographique. A partir d'une parole, d'une photographie ou d'une émotion, elle impose la forme nécessaire à son récit. Le milieu ouvrier et paysan dont elle est issue l'a souvent conduite à un travail linguistique et culturel qui tient de l'anthropologie, mais la fluidité de son style et les sujets qu'elle aborde (le rapport au père, à la mère, au corps, la passion amoureuse) ne l'ont jamais privée d'un lectorat très large. Comme tous les grands écrivains, Annie Ernaux a donc réussi à imposer une écriture d'une exigence implacable sans jamais cesser d'être populaire.


Ouvrage lu dans le cadre d'un challenge épistolaire sous l'initiative d'Anne- Sophie 

Des adhésifs dans le monde moderne

Georgie a le moral en berne : son mari vient de la quitter et elle a pris du retard pour rendre ses articles à la revue Les Adhésifs dans le monde moderne. Mais quand elle rencontre Mrs Shapiro, une vieille émigrée juive excentrique qui fourrage dans sa benne à ordures, une solide amitié se noue. Peu après, Mrs Shapiro est admise à l’hôpital et Georgie, attachée à sa nouvelle amie, prend en charge sa grande bâtisse en ruine. Flanquée de sept chats malodorants, de trois artisans incompétents et de deux agents immobiliers véreux, elle découvre le passé de Mrs Shapiro et de sa maison. Elle se rend compte combien les êtres humains sont soumis aux lois chimiques de l’adhésion, et combien ils sont accrochés les uns aux autres par des liens qui se tissent tout au long de la vie.
Je remercie chaleureusement Babélio, qui dans le cadre d’une opération spéciale masse critique, m’a proposé de lire ce livre. Je ne connaissant pas l’auteur, je trouvais la couverture amusante, et la lecture de la 4 ème de couverture me laissait penser que cela pouvait être original, et surtout me plaire.
Et pourtant….je me suis assez vite ennuyée dans ce livre, et je n’en ai pas beaucoup apprécié la lecture.
Je ne suis jamais parvenue à m’installer dans l’histoire, et à faire des personnages des compagnons de route, ou plutôt de lecture.
Les sujets traités sont graves : vieillesse, séparation, conflits moyens –orientaux, la crise, les problèmes sociaux économiques, Mais, la manière de les aborder, avec un humour typiquement anglais m’a déroutée .Je n’ai pas été touchée par cette histoire ; pour en parodier le titre, je dirais que je n’y ai pas vraiment adhéré. Je suis toujours restée en marge, comme regardant de très loin ce qui se passe sans pouvoir m’y impliquer. C’est dommage. Peut-être n’était-ce pas le bon moment ; peut-être ne suis-je pas sensible à la plume de l’auteur…

Marina Lewycka-Editions des 2 terres-512 pages

Marina Lewycka est née à la fin de la guerre, de parents ukrainiens, dans un camp de réfugiés à Kiel, en Allemagne. Elle a grandi en Angleterre. Pour son premier roman, Une brève histoire du tracteur en Ukraine, elle a reçu le SAGA Award et le prix Bollinger en 2005. Ce livre a eu un succès exceptionnel avec plus d’un million d’exemplaires vendus en Angleterre et est resté plus d’an sur la liste des best-sellers en Allemagne. Son deuxième roman, Deux Caravanes, était numéro un sur la liste des best-sellers du Sunday Times et Des adhésifs dans le monde moderne a également été un best-seller. Marina Lewycka est mariée, mère d’une fille aujourd’hui adulte et vit à Sheffield.

    

vendredi 22 avril 2011

Au nom du sang versé


La mort de sa mère force Antoine Demarsand à quitter la Californie, où il a longtemps cherché à oublier sa mélancolique enfance en Suisse, lorsque des révélations vont le plonger malgré lui dans un passé qu'il aurait préféré ne pas connaître. Des coffres-forts secrets des banques privées aux ruelles de Cracovie, des banlieues parisiennes aux plaines du Texas, Antoine cherche la vérité sur les sympathies nazies de son père. La mémoire des siens est à ce prix. Mais, quand le passé tue, savoir est-il toujours nécessaire ?
Pierre Simenon, le fils de son père, signe là son premier thriller. Il s’agit d’une œuvre écrite en anglais ; ce roman est donc une traduction supervisée et relue par l’auteur…..Je trouve surprenant de la part d’un auteur dont la langue maternelle est le français d’écrire en anglais…

Il y a du rythme dans ce thriller, trop parfois, au risque d’essouffler le lecteur qui n’a pas toujours le temps de plonger dans un lieu avec des personnages, que l’auteur le précipite dans un autre, avec d’autres personnages.

Habitué du monde cinématographique hollywoodien, l’auteur nous donne là un roman qui n’en est pas moins hollywoodien : beaucoup de personnages, beaucoup de lieux, du rythme…mais au fond il ne rentre pas vraiment au cœur des choses.

L’idée de départ, était bonne : mettre en scène une affaire politico -financière, sur fond de seconde guerre mondiale, de trafic d’argent, et d’œuvres d’art, et d’une recherche sur un passé familial…Cela étant, cela reste relativement superficiel. Les multiples rebondissements sont somme toute assez convenus, prévisibles.

Ne boudons cependant pas le plaisir de lecture, pour un roman qui se lit très facilement, abordable, rythmé, aéré en fait une lecture idéale pour les vacances. Il n’est nul besoin de trop réfléchir, de mettre en œuvre des connaissances particulières. C’est simple, rapide, efficace, sans pour autant en faire une lecture qui laissera une trace indélébile. Je m’attendais à un peu plus d’originalité de la part de Simenon fils.
Je remercie chaleureusement les éditions j'ai lu de m'avoir offert l'opportunité de lire ce livre en partenariat.

Pierre Simenon-J'ai lu n°9414- 441 pages
Fils de Georges Simenon, Pierre Simenon est parti s'installer aux Etats-Unis en 1987. Il est avocat spécialisé dans le cinéma à Los Angeles. Au nom du sang versé est son premier roman.





mercredi 20 avril 2011

Le livre de Dina

Les limons vides-Les vivants aussi-Mon bien-aimé est à moi
Poursuivie par l'image atroce de sa mère ébouillantée, Dina, une enfant moralement abandonnée et mal aimée, s'installe dans des fantasmes et des hallucinations qui construisent son quotidien. Devenue femme, Dina est sans vergogne et ne se refuse rien. Mariée toute jeune à Jacob, un ami de son père, elle mène sa vie en toute indépendance et consume son entourage, du personnel de maison aux valets de ferme, des membres de la famille aux voyageurs de passage.
Immense fresque du nord de la Norvège au XIXe siècle, Le livre de Dina dresse le tableau naturaliste de la vie et des mœurs du lieu, et fait la part belle au personnage échevelé de Dina, inséparable de Lucifer, son cheval noir, sur fond de paysages grandioses et fascinants, au cœur des nuits polaires.
L'épopée romanesque à l'érotisme flamboyant d'une femme révoltée, convoitée, passionnée.

Dina est  un livre comme je les aime : un livre qui vous emporte, un livre que l’on empoigne, un livre qui vous attrape, et ne vous lâche qu’à la dernière ligne.
Dina est une histoire comme je les aime : des personnages, une belle portion d’anticonformisme, un peu dépaysement, une once d’étrange, quelques notes de musique, le tout littérairement bien arrangé, un petit « je ne sais quoi » qui vous entraine inexorablement page après page sans temps mort, et sas lassitude.
Sans rien dévoiler de ce que fut la vie de Dina, j’ai aimé cette atmosphère un peu surannée, cette ambiance désuète, ce climat rempli de référence bibliques, dans une Norvège pétrie par la religion Luthérienne. Et pourtant, on ne peut pas dire que Dina soit la rigueur morale. Elle  rebelle sauvageonne, forte comme personne ne l’est autour d’elle, redoutablement intelligente. Dina veut vivre Sa vie, et se donne les moyens de la vivre, assume pleinement ce qu’il y a de viril, et bestial en elle.
« L’jour où Dina  fera sa demande, celui auquel elle s’adressera aura pas besoin d’poser de questions ! Il aura qu’à répondre ! »

Dina a à bien des égards, un côté aussi attachant que repoussant. Comment ne pas être attendrie par cette musicienne dans l’âme.
« Savoir jouer les notes ne veut pas dire qu’on a le pouvoir d’émouvoir. La musique a une âme, comme les gens. Il faut aussi la faire entendre… »
Quand Dina joue du violoncelle, c’est son corps entier qui s’empare de son instrument. J’imaginais parfaitement Dina et le violoncelle ne faisant plus qu’un.
L’étrange dans ce livre représente une part non négligeable. Dina, est entourée des fantômes de son existence qui ne la laissent jamais tranquille bien longtemps.
« Le chagrin c’est toutes les images qu’on ne peut pas voir, mais qu’il faut porter quand même. »
J’ai aimé l’importance que l’auteur accorde à son environnement naturel, en insistant sur l’extrême solitude des régions septentrionales, et de la nécessaire adaptation à la nature des habitants.

Herbjorg Wassmo-Gaïa-555 pages
Herbjorg Wassmo est originaire du nord de la Norvège. Conteuse de grand talent, elle est l'un des écrivains les plus lus en Scandinavie, et le personnage de Dina a rejoint les plus grandes héroïnes de la littérature. Son œuvre - romans, livres pour enfants, poésie, théâtre - est traduite en de nombreuses langues, et inscrite aux programmes scolaires et universitaires en Norvège.

Lu dans le cadre du Challenge La littérature fait son cinéma organisé par Will

Dina, film de Ole Borneval (2003); avec Maria Bonnevie,Gérard Depardieu
Lu dans le cadre du défi scandinave en blanc, en Norvège proposé par Prune



samedi 16 avril 2011

Brokeback Mountain




Brokeback Mountain : un bout de terre sauvage, hors du temps, dans les plaines du Wyoming. Ennis del Mar et Jack Twist, cow-boys, nomades du désert américain, saisonniers des ranchs, s'y croiseront le temps d'un été. Ils n'ont pas vingt ans. La rencontre est fulgurante. Bientôt, à l'abri des regards, les deux hommes s'étreignent et succombent à une passion sublime et crue, qui ne dit pas son nom. Ils se quitteront, se retrouveront, d'année en année, prenant femmes, mais animés en secret du seul rêve de se rejoindre et de monter ensemble leur propre ranch, sur Brokeback Mountain. Ni le temps, ni l'espace, ni les non-dits, ni les hommes, n'auront raison de cet amour - que seule viendra briser la mort. Pour Ang Lee, réalisateur du film adapté du livre, Brokeback Mountain n'est pas seulement l'histoire d'une relation homosexuelle clandestine, où est abordée la difficulté d'être gay dans certains milieux, certaines contrées, et vis-à-vis de soi-même parfois ; c'est aussi « une grande histoire d'amour épique qui représente le rêve d'une complicité totale et honnête avec une autre personne ». Avant tout, le récit déchirant d'une passion, au cœur des grands espaces américains, ces somptueuses solitudes dont Annie Proulx est sans conteste l'écrivain le plus inspiré dans la littérature américaine contemporaine.
Dans cette courte nouvelle il faut savoir passer outre le langage osé, et abrupte, qui colle bien à la rudesse des cow-boys, pour se laisser emporter par la magie des montagnes du Wyoming, et des grands espaces. Derrière la rugosité verbale de nos deux personnages, il se dégage une sensibilité à fleur de peau, une amitié et un amour  que rien ou presque ne viendra détruire.
Parce qu’il n’est pas facile, dans cette partie de l’Amérique, d’aimer différemment. Parce là aussi, il faut encore faire semblant pour pouvoir glaner ici ou là quelques moments, rares mais intenses de bonheur.
Ce récit est émouvant, apaisant. Son adaptation au cinéma m’avait laissé, à sa sortie, un excellent souvenir, m’avait enchantée tant par la beauté des paysages , que par la beauté cette l’histoire intime de Jack et Ennis.

Annie Proulx-Grasset (janvier 2006)-96 pages

Annie Proulx, née en août 1935 dans le Connecticut de parents d'origine canadienne-française est une auteure américaine Elle vit dans le Wyoming .
Ses premières publications sont des guides pratiques de bricolage, qu'elle écrit en marge de ses activités de journaliste.
En 1992 puis en 1993, elle obtient le PEN/Faulkner Award pour son roman 'Cartes postales' puis décroche le très précieux Pulitzer pour Noeuds et dénouement'.
Elle répète à l'envi 'qu'il faut avoir vécu avant d'écrire', et sans doute a-t-elle eu raison d'attendre puisque son oeuvre est couronnée de prix et de succès. Elle reçoit un deuxième Pulitzer pour sa nouvelle Brokeback Mountain, tirée du recueil Pieds dans la boue et qui sera adaptée au cinéma par le réalisateur Ang Lee en 2005. La nouvelle connaît un nouvel essor à la sortie du film et sera rééditée indépendamment. Les nouvelles vont bon train pour Annie Proulx qui publie C’est très bien comme ça en 2008.



 Livre lu dans le cadre du challenge La littérature fait son cinéma organisé par Will





jeudi 14 avril 2011

Inch'Allah,tome2: Le cri des pierres


1956-2001. Le Moyen-Orient s'enflamme. Les passions s'attisent. Certains choisissent la voie de la paix, d'autres la lutte armée, d'autres encore le terrorisme. Dans ces années tourmentées, nous continuons de suivre la destinée de quatre familles juive- palestinienne, irakienne, égyptienne - qui cherchent à survivre et à conserver leur part d'humanité. Mais entre la guerre des Six Jours et celle de Kippour, l'embrasement du Liban et l'intifada, y a-t-il une place pour l'amour? Une Syrienne, aussi passionnée qu'insaisissable, et un Egyptien ; une Palestinienne, prête à tous les combats, et un Israélien vont essayer de le prouver, comme un défi à la folie des hommes.

Faisant suite au souffle du jasmin, le cri des pierres  reprend le fil de l’Histoire du Moyen –orient depuis la prise de pouvoir de Nasser jusqu’aux attentats du 11 septembre 2001.
Avec ses talents de conteurs, Gilbert Sinoué nous fait traverser un demi-siècle fait de guerres, réconciliations, de conflits larvés, de traités de paix, de mésententes intra-communautaires, avec nos 4 familles et leur descendance.
L’Histoire est un éternel recommencement. Les générations se suivent, la haine et les rancœurs les accompagnent tout autant.
Nous retrouvons les personnages qui ont traversé cette période avec plus ou moins de félicité : Sadate le martyre, Saddam Hussein le tyran, Yasser Arafat. Nous assistons, impuissants à un enlisement de toute une région dans une situation inextricable, d’un peuple qui réclame le droit à sa terre, à son état, le droit de vivre tout simplement comme tout le monde.
Tout change et rien ne change.
 Je me suis sentie un peu moins imprégnée que lors de la lecture du tome précédent, pour la seule raison d’avoir trop tarder à le lire. Il m’aurait fallu, pour profiter pleinement de la plume de Gilbert Sinoué, lire les deux livres dans la foulée.
Je remercie chaleureusement l’auteur de m’avoir offert ce second tome, et de me l’avoir dédicacé avec tant de gentillesse. 

Gilbert Sinoué-Flammarion(2010)-379 pages


Comme ton ombre


Imaginez qu’avant de pouvoir rentrer chez vous, vous soyez obligé de faire le tour du bâtiment afin de vérifier que tout est normal. Imaginez qu’une fois dans le hall de votre immeuble, vous deviez vérifier six fois que la porte d’entrée est bien fermée. Une, deux, trois, quatre, cinq, six. Et que si vous êtes interrompu en plein rituel, il faille tout recommencer.
Imaginez que, arrivé chez vous, vous tourniez la poignée de votre porte six fois dans un sens, puis six fois dans l’autre pour vous assurer d’être en sécurité. Que vous restiez plusieurs minutes derrière la porte, à l’affût du moindre bruit dans la cage d’escalier. Et que, tous ces contrôles effectués, vous commenciez une ronde dans votre appartement. Fenêtres, rideaux, tiroirs, tout doit passer au crible de votre attention. Imaginez aussi que vous ne puissiez faire les courses que les jours pairs et pratiquer un sport les jours impairs, mais à condition que le ciel soit nuageux ou qu’il pleuve.
Bienvenue dans l’univers paranoïaque de Cathy, une jeune Anglaise à qui la vie souriait jusqu’à ce qu’un soir elle fasse une mauvaise rencontre…

Je remercie chaleureusement Bob et les Presses de la cité qui étrennent avec ce titre leur nouvelle collection Thriller psychologique. J’ai pu lire en avant première ce livre, le premier de l’auteur ; un coup de maître si je peux me permettre l’expression.
Je serais d’avis de faire lire ce thriller à toutes les femmes, sans exception. Bien qu’il s’agisse d’une fiction, elle n’en est pas moins réaliste. En effet qui n’a pas rêvé, un jour de tomber sous le charme d’un homme beau comme un dieu, doté d’un charisme irrésistible, qui sait vous parler, vous regarder ? Et pourtant, derrière le beau gosse, charmeur et charmant, se cache souvent un manipulateur , pervers, violent, cynique, menteur,…bref, un type pas aussi bien qui n’en a l’air.
Chaque femme devrait lire ce livre afin de pouvoir déceler les signes qui devraient alerter, mais qu’aucune ne veut voir parce qu’il est déjà trop tard.
C’est pourtant ce qui arrive à Cathy, jeune femme pétillante, qui aime la  fête, indépendante, plein d’amis…..Parlons en aussi des amis…On devrait se méfie, parfois, de sa meilleure amie…
Cathy, un jour tombe sous le charme de Lee. Elle ne sait pas que l’enfer l’attend .Elle ne sait pas que sa vie tiendra à peu de chose.
Cathy, est un personnage de fiction, me direz- vous. Et pourtant en dévorant ce livre, je me disais que Cathy pouvait être ma sœur, une de mes amies, une collègue, une voisine. Cathy, ce pouvait être moi. Nous sommes toutes des Cathy en puissance. Nous sommes toutes à merci d’un pervers, prêt à tout pour s’approprier « sa petite amie » et en faire sa chose, son esclave.
C’est une histoire qui fait froid dans le dos, car elle est terriblement réelle.
La construction de ce thriller est remarquablement menée. Il débute par une transcription d’un procès dont on ne devine pas trop les tenants et aboutissants, puis par la narration de ce qu’on l’on pourrait appeler un fait divers, sordide. Puis, Cathy, la narratrice, s’exprime, en alternant les époques. On comprend vite qu’il y aura un avant, et un après. La souffrance  qu’elle expose au travers de ses TOC, et crises prennent petit à petit un sens pour le lecteur. La machination se met en place, l’angoisse monte au fur et à mesure. L’espoir, s’installe aussi, sous les traits de Stuart grâce auquel Cathy va reprendre goût à la vie.
L’installation des personnages se fait de manière progressive mais soutenue, sans que jamais la tension du lecteur ne retombe. L’auteur fait un travail remarquable en ce qui concerne l’évocation des troubles obsessionnels et paranoïaques. L’univers des personnes qui en souffrent est très bien retranscrit.
Le livre prendra fin, comme il aura débuté : avec un procès, et une scène dont on devine les contours au fur et à mesure que l’on côtoie les personnages.

Une fois que vous aurez ce livre dans les mains, il vous sera difficile de le lâcher tant il est prenant, agréable et terrifiant à la fois à lire.
Elizabeth Haynes signe  là son premier livre, c’est une réussite. Assurément, c’est un auteur à suivre.

Elizabeth Haynes-Presses de la cité-466 pages 


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mardi 12 avril 2011

La littérature fait son cinéma



Will propose une nouvelle aventure

Le cinéma et la littérature se sont toujours fait la cour. Le cinéma s'intéresse à la littérature depuis pratiquement ses débuts.
Il n'y a qu'à voir le nombre d'adaptation de romans, nouvelles et pièces de théâtre que le cinéma nous a donné. 

Quel est donc le but de ce challenge?
C'est tout simple: Lire des romans, des nouvelles ou des pièces de théâtre qui ont été adaptés sur grand écran.
 J'aspire à devenir meilleur second rôle, dans un premier temps,et puis pourquoi pas meilleure actrice et dans ce cas lire au moins 10 ouvrages......
Pour devenir Meilleur Second Rôle, le but sera de lire 5 livres (romans, nouvelles ou pièces de théâtre) qui ont été adapté au cinéma.
Le Challenge commence dès le lundi 4 avril. Il durera un an et prendra donc fin le 4 avril 2012

Ma pile à lire regorge d'idées, mon cerveau en est plein également.......Bonne lecture à tous
* Brokeback Mountain
-> Le secret de Brokeback Mountain, de Ang Lee
*Le livre de Dina
->Dina de Ole Borneval
*No et moi
-> No et moi, de Zabou Breitman
* Le sixième jour
->Le sixième jour de Youssef Chahine
*La couleur pourpre
->la couleur pourpre de Steven Spielberg
*En retard pour la guerre
->Ultimatum de Alain Tesma
->le prince des marées de Barbra Streisand
*une saison blanche et sèche
->Une saison blanche et sèche, de Euzhan Palcy
*La lettre écarlate
->Les amants du nouveau monde, de Roland Joffé
*Avant la nuit
->avant la nuit, de Julian Schnabel
*La ferme africaine
->Out of africa, de Sidney Pollack

Challenge atteint !!

Les réformes ,Luther, Calvin et les protestants


Au début du XVIe siècle, humanistes et théologiens s'élèvent contre les abus du clergé et entrent en rébellion contre l'Église, prônant un retour à une religion plus simple. À leur tête, Luther et, quelques années plus tard, Calvin, dont les idées de Réforme se propagent dans presque toute l'Europe, avant de la diviser profondément. L'Église réagit, puis persécute. Les massacres de la Saint-Barthélemy signent en lettres de sang l'ère des guerres de Religion, qui ne prendront fin qu'avec l'édit de Nantes, en 1598. Mais le temps de la tolérance est encore loin.
Olivier Christin nous fait traverser cette Europe déchirée par la Réforme.
Cet ouvrage est une lecture à la fois instructive par la concision des textes, sa pertinence, et, délassante par une iconographie riche et intelligemment disposée.
Cet ouvrage est destiné à qui veut comprendre, apprendre, sans être forcément assommé de dates, de noms et de faits. Il va droit à l’essentiel, mais suscite chez le lecteur l’envie d’aller plus loin. Il constitue une excellente introduction à l’histoire du protestantisme qui m’attend, et que je lirai lorsque j’aurai l’esprit plus disponible.
L’auteur nous rappelle les circonstances historiques des Réformes religieuses qui ont secoué l’Europe dès la fin du 15 ème siècle. Les mutations politiques et sociologiques depuis la découverte des Amériques, les abus de l’Eglise médiévale, mais surtout la découverte et l’essor de l’imprimerie ont amené de profonds changement du paysage religieux en Europe.
L’auteur fait une excellente synthèse des travaux et du cheminement de Luther, ainsi que de Calvin, les deux principaux artisans du protestantisme. Il montre la manière dont le mouvement s’est propagé en Europe, mais aussi, en insistant sur le cas français, les guerres de religions, la fuite des Huguenots, jusqu’à un relatif apaisement avec la signature de l’Edit de Nantes.
Tout ce qui a amené au schisme, explique bien la différence culturelle que l’on observe de nos jours entre les catholiques et les protestants. Le mouvement de contre réforme, des années 1550, en même temps que l’essor de l’art baroque et de son exubérance, explique l’extraversion du culte catholique, par opposition à la sobriété protestante toujours de mise de nos jours. Il n’y a qu’à rentrer dans un temple pour se rendre compte de l’extrême simplicité des lieux, le dénuement parfois, et de la sobriété du culte qui va droit à l’essentiel : la place des Écritures, et de la Cène un véritable moment de communion collective.
Olivier Christin-Découvertes Gallimard n°237 (Février 1995)-160 pages
Olivier Christin est professeur d'histoire moderne à l'Université de Lyon-II depuis 1997 et directeur d'études à l'École pratique des hautes études depuis 2003 Spécialiste de l'histoire des XVIe-XVIIe siècles, il a publié une dizaine d'ouvrages et près de cent articles au carrefour de l'histoire, de l'histoire de l'art et des sciences.

Un enfant de l'amour


James Reid est un jeune homme romantique dont le principal défaut est d'avoir trop rêvé sa vie avant qu'elle ne commence véritablement Durant l'été 1939, il embarque pour l'Inde avec son régiment et, lors d'une escale au Cap, croit trouver en Daphné, jeune femme mariée, le grand amour qu'il attendait. À la fin de la guerre, il apprend que de cette liaison passionnée est né un enfant qui ne se sait pas illégitime. James va alors tout entreprendre pour rencontrer son fils...
« L'amour fait une courte mais sublime escale en pleine guerre. » Le figaro
Il y a peu, j’avais tenté une première rencontre avec L’auteur, qui n’avait pas abouti. Peut-être l’œuvre n’était pas assez accessible, ou le sujet inapproprié au moment ? L’écriture, cependant ne m’avait pas laissée indifférente ; je remettais donc à plus tard une autre rencontre, avec un autre livre.Cette fois sera la bonne.
Un enfant de l’amour, est le livre de la désillusion d’un homme qui rêve sa vie, mais ne la vit pas. Un homme qui jeune rêve à la femme de sa vie, qui part à la guerre, mais qui ne la fera pas. Un homme qui vivra un amour intense, et fugace, mais…..Un homme qui se découvrira père, mais…Un homme qui fera sa vie, mais…Un homme qui partira à la recherche de son passé, mais…
J’ai bien aimé l’écriture de Doris Lessing, un peu moins la compacité du texte, sans chapitres et presque sans paragraphe. Cela peut parfois donner la sensation d’y perdre son souffle, alors que, paradoxalement le déroulement est assez lent. L’auteur semble s’être longuement attardée sur la difficile condition des soldats, même quand ils ne combattent pas, et peu sur cet enfant, et ce désir de reconnaître une paternité comme pour mieux accentuer sur la désillusion prévisible.
« Vous voyez, articula t-il, je ne vis pas ma vie. Ce n’est pas ma vraie vie. Je ne devrais pas vivre comme je le fais. »
« Savoir qu’on vit une vie mensongère, qu’on ne vit pas sa vie, c’est une chose horrible. »
Quand l’occasion se présentera, j’irai à nouveau à la rencontre de Doris Lessing.
Doris Lessing-Flammarion/J'ai lu n°8721-190 pages
Doris Lessing est née en Perse en 1919 et a vécu une grande partie de son enfance au Zimbabwe. Devenue célèbre dès son premier livre, Vaincue par la brousse (1950), elle est aussitôt apparue comme un écrivain engagé aux idées libérales. Prix Nobel de Littérature en 2007, elle est l'auteur d'une quarantaine d'ouvrages, parmi lesquels le célèbre Carnet d'or (Prix Médicis étranger), mais aussi Mémoires d'une survivante. Flammarion a notamment publié Le Rêve le plus doux (2004), Les Grand-mères (2005), Un enfant de l'amour (2007), et Alfred et Emily (2008).
Challenge des Nobel n°8

dimanche 10 avril 2011

Les passerelles célestes


Au crépuscule de sa vie, Ndali, une métisse dont les origines mystérieuses ont longtemps alimenté les chroniques de sa contrée, doit transmettre son héritage spirituel à sa descendance. En leur livrant l'histoire de sa vie teintée de rejet et de doutes, la doyenne leur dévoile son rôle de combattante dans une dimension occulte afin de maintenir les équilibres qui régissent l'Univers.
Un voyage au cœur des croyances ancestrales d’un peuple ancré dans l'absolue nécessité de préserver son identité culturelle et une mise en lumière de la place de la femme camerounaise dans les sociétés patriarcales de 1890 à nos jours.
Des profondeurs de l'inconscient, explorant le mysticisme qui préexiste à toute société, jusqu'aux réalités de la diaspora, un récit envoûtant, fidèle à la tradition orale africaine.
Je remercie les éditions Kyklos qui m’ont permis de lire Marie Gisèle Nkom dont c’est le premier roman.
Je ne garderai pas un souvenir mémorable de cette histoire.
Non pas parce qu’elle est mal écrite, bien au contraire ; l’écriture est alerte, rythmée, facile à ingérer. Ce livre se lit presque comme un rien.
Non pas que le livre soit mal construit : bien que la narration se fasse à plusieurs étages, sur plusieurs générations, sur plusieurs lieux, avec plusieurs personnages, je m’y suis assez vite bien retrouvée dans ce désordre finalement assez ordonné.
Non pas que l’histoire en elle-même me repousse : j’aime beaucoup ses histoires de famille, ces histoires sur plusieurs générations, ces lignées que l’on suit dans le temps et l’espace.
Ce que je n’ai pas aimé c’est justement cette culture qui m’est si étrangère, si inaccessible, à moi qui suis si cartésienne et qui ait tant besoin de rationalité, et de clarté. Les esprits, les marabouts, les croyances plus incroyables les unes que les autres me laissent définitivement sur le bas-côté de la route, et il m’est impossible de prendre le transport en marche… impossible. C’est un roman « africain », sans aucun doute…trop africain pour moi. J’ai moyennement apprécié la satire à peine voilée de « l’homme blanc » Est-ce une manière de pour l’auteur de régler un compte avec ce dernier ?L'Histoire est ce qu’elle est, on y peut rien, il faut faire avec, d’un coté comme de l’autre.
J’ai très peu apprécié, les passages situés en banlieue parisienne, au cours desquels l’auteur met en lumière la disposa africaine avec ses dérives présentées comme une fatalité. Tout cela m’échappe un peu. Je dirais que ces passages là n’ont pas un intérêt capital…
Je me permets de relever 2 coquilles sur le plan imprimerie : la présence double des pages105 et 106, et, une faute grammaticale importante page 303 « Enfin Mballa vint le chercher pour l’emmener à l’établissement pénitentiaire ou Kaira se trouvait en détention préventive. » il fallait, je suppose lire « où » A deux reprises, j’ai repéré ce genre de coquilles dans les parutions Kyklos (Le fleuve et le sablier, et vingt ans l’an quarante), mais je n’ai pas relevé…Cette fois, je le fais pour les prochaines éditions…
Marie Gisèle Nkom-kyklos-342 pages
Née en 1971, dans une petite ville du Cameroun (Afrique Centrale), l'enfance de Marie Gisèle Nkom est marquée par une odyssée culturelle dont raffole sa famille, notamment la littérature, si bien que lorsqu'elle est en âge de lire, encouragée par son oncle, étudiant à l’université, elle ne déroge pas à la règle.
A son entrée au collège, Marie Gisèle est remarquée par son professeur de français ; celui-ci l'encourage à participer à la création du journal du collège et la convainc de suivre des cours de théâtre. En 1987, elle intègre l’équipe de basket-ball du lycée, discipline qu'elle pratiquera jusqu’à son entrée à l’université. En 1991, après avoir obtenu son baccalauréat, Marie Gisèle s'inscrit à l’université en lettres modernes françaises. Après sa licence obtenue en 1994, elle enseigne l’histoire du Cameroun dans un collège et, parallèlement, rejoint une association d’anciens étudiants bénévoles dont le but est de se rendre dans les villages pour apprendre à lire et à écrire aux enfants qui n’ont pas les moyens d’être scolarisés. En 1996, elle est recrutée par la communauté Urbaine au Cameroun comme agent administratif mais le besoin de reprendre ses études se fait ressentir. Marie Gisèle parvient à s'inscrire à Lyon 2 où elle obtient une Maîtrise de littérature Française en 2001. L’année suivante, elle commence un DEA mais des obligations familiales l'amènent à interrompre ses études.
Loin de cette terre d’Afrique qui l'a vue naître et fusionnant avec la civilisation française qui l’a accueillie, Marie Gisèle revêt une double casquette culturelle. Ce métissage, auréolé par la mémoire de ses racines, les traditions africaines et les souvenirs du ciel d’Afrique, alterne avec son quotidien européen, ce qui conduit cette célibataire, mère de deux enfants, à reprendre la plume pour y parler de sa solitude, de ses origines, mais aussi de son intégration dans son premier roman : Les passerelles célestes.

mercredi 6 avril 2011

Le challenge irlandais


Avec Val, un nouveau Challenge pointe à l'horizon: Direction l'Irlande.

Pour la première organisation de challenge, on fait simple, pas de barrière, pas de limite trop courte pour être réalisable, vous lisez ce qui vous tente, en accord avec le thème de la littérature irlandaise, le nombre de romans que vous voulez.
Ce qui serait intéressant, c'est de voir la culture de ce pays sous différentes formes. Pour cela, je propose:
- un ouvrage d'un des grands auteurs faisant le patrimoine de la littérature classique de ce pays.
- un ouvrage écrit au XXIe siècle, pour découvrir la littérature actuelle.
En faisant un bref voyage en librairie, je me suis rendue compte que le choix était très vaste, bien plus que l'on ne peut l'imaginer.
Pour compléter cela, je me disais qu'il serait intéressant de piocher dans les voyages cinématographiques sur l'île d'Irlande en donc nous pouvons y ajouter au moins:
-un film dont l'intrigue se déroule en Irlande (en y joignant si possible la bande-annonce)
Mais aussi, découvrir sa richesse musicale, en parlant:
- d'un groupe, un CD, un titre, une musique folkorique (lien musical à l'appui) nous poussant au pub boire une bonne pinte!

-la lecture d'un autre roman de votre choix catégorie "Thriller-policier ou polar", toujours écrit par un auteur irlandais...
Cette mission, est donnée pour un délai d'un an, à compter de maintenant, jusqu'à la fin avril 2012!


1. Colum McCann, Les saisons de la nuit   (auteur irlandais contemporain)
2. Claire Keegan, Les trois lumières (auteur irlandaise contemporain)
3.Oscar Wilde, De profundis ( auteur classique )
4.Gene Kerrigan, A la petite semaine ( policier)



Les tendres plaintes


Blessée par l'infidélité de son mari, Ruriko décide de disparaître. Elle quitte Tokyo et se réfugie dans un chalet en pleine forêt où elle tente de retrouver sa sérénité. Ruriko est calligraphe. Non loin, dans un autre chalet, s'est installé Nitta, un ancien pianiste de renom devenu facteur de clavecins, un homme habité par un calme particulier qui semble absorber les sons des instruments qu'il fabrique. Bien qu'assisté chaque jour dans son ouvrage minutieux par une jeune femme prénommée Kaoru, il vit seul avec un vieux chien aveugle et sourd. Invitée en ces lieux par Kaoru, la calligraphe observe et s'interroge sur la relation du facteur et de son aide. Ainsi elle apprend que Nitta ne peut plus jouer en présence d'autrui, que seule persiste en lui la capacité de vivre avec des sons invisibles. Mais, un matin, la calligraphe surprend Nitta installé au clavecin jouant "Les Tendres Plaintes" pour Kaoru. Ecrites en 1996, "Les Tendres Plaintes" contiennent tous les éléments révélateurs de la personnalité littéraire de Yoko Ogawa. Le regard porté sur la nature, sur ses sonorités, l'intensité de ses nuits, l'indicible solitude des êtres et leurs relations fugitives donnent à cette histoire une étrange résonance : celle qui prend source au cœur de l'inconscient.
Voilà le parfait exemple de livre à ambiance qui ne se lit pas goulument, mais qui au contraire mérite que l’on prenne son temps pour s’imprégner du cadre naturel, et isolé des lieux.
Nous sommes quasiment dans un huis clos entre 3 personnages, et un clavecin, personnage à lui tout seul également.
Cela doit être un trait de la littérature japonaise que de faire appel aux sens. La sensualité, le caractère palpable des choses transpirent de l’écriture de Yoko Ogawa.
L’atmosphère y est très musicale, et il s’en faudrait peu pour que les tendres plaintes de Rameau raisonnent en même temps que la lecture. Les mélomanes connaissent bien la sonorité si particulière du clavecin, instrument baroque par excellence, et qui colle parfaitement à l’atmosphère de ce roman.
Difficile de parler autrement que par petites touches d’un livre dont l’action n’est pas l’objet, d’un livre qui se goûte, qui s’écoute, plus qu’il ne se lit.
Je suivrai avec attention cet auteur, dont le premier contact m’a agréablement surprise.
Yoko Ogawa-Actes Sud-240 pages
Yoko Ogawa est née en 1962. Elle vit au, japon et se consacre à l'écriture. Elle a obtenu de nombreux prix littéraires dont le prestigieux Akutagawa pour "La Grossesse" (Actes Sud. 1997). Tous les livres de Yoko Ogawa sont publiés aux éditions Actes Sud.
Pour prolonger, écouter les tendres plaintes