lundi 31 octobre 2011

C'est lundi que lisez -vous? (11)

Ce que j'ai lu la semaine passée

*Muse, Joseph O'Connor (Masse critique Babélio)
* Mémoire d'une geisha, Yuki Inoué 
*La voyeuse interdite, Nina Bouraoui
*Donne -moi tes yeux, Torsten Petterson (jury Points)
*Les feuilles mortes, Thomas H.Cook  ( avis à venir)

Ce que je suis en train de lire

*Île de Pâques, le grand tabou, Nicolas Cauwe
*Où va l'Amérique d'Obama?Hervé de Carmoy

*La ferme africaine, Karen Blixen (lc du 10 novembre) en pause
*Le sac , un petit monde d'amour, Jean-Claude Kaufmann en pause
Ce que je lirai cette semaine

Ce qui est en cours, et dans le meilleur des cas, le terminer !!!

samedi 29 octobre 2011

Donne -moi tes yeux


Lorsque je découvre ce corps nu, je m’agenouille pour regarder son visage. Du sang séché à la place des yeux. Je me relève d’un coup. Pas seulement à cause de la puanteur, mais à cause des images qui me reviennent : les photos du corps de Gabriella, six mois plus tôt. Strangulation, énucléation, déshabillage, gravure d’une lettre sur la peau. Tout concorde. À Forshälla, le Chasseur est de retour.
Je termine la sélection des 9 polars sélectionnés pour le jury des lecteurs Points avec un premier roman d’un auteur finlandais de langue suédoise. Et je crois bien qu’il va bousculer mon classement que je croyais définitif….

Ce « policier » ne ressemble pas beaucoup à ce que j’ai pu lire par ailleurs. Certes, il a sa patte nordique, mais un petit quelque chose en plus … En un mot, le bluff !!! Rien, mais rien, ne me permettait de savoir avant….non, tout s’est joué dans les 15 dernières pages. L’auteur aura , entre temps promené son lecteur dans les forêts, parmi les femmes russes de petite vertu, un ancien militaire……bref…..en nous racontant des histoires apparemment sans rapport, avec ce qui nous intéresse, en trouvant un coupable idéal, Torsten Petterson donnera une consistance à son roman, et surtout construit page après page un policier, Harald, professionnel jusqu’au bout du pistolet, parlant peu de lui, et qui chemin faisant fend l’armure, mais surtout, sans crier gare, bâtit à l’insu lu lecteur l’intrigue qui finira par exploser au yeux du lecteur.

J’ai apprécié la construction en journal dont le narrateur principal est Harald, qui s’entoure d’une équipe de cinq personnes. Régulièrement viennent s’insérer, au grès des évènements, toute une série de personnages dont on lit les confidences, les mémoires, les récits, ou les comptes rendus d’audition. Si l’intervention de certains personnages peuvent donner la sensation de perdre le lecteur, j’ai, au contraire trouvé cela particulièrement malin de la part de l’auteur.

La traduction  parfaitement réussie donne une écriture élégante, bien soutenue, et de bon niveau.

Voilà un premier roman ambitieux, prometteur, et surtout de très bon augure pour la suite.

Sélection 2011 Prix du meilleur Polar des lecteurs de Points

Torsten Pettersson- Télémaque (juin 2010)/Points Octobre 2011)-445 pages

Né en 1955 en Finlande, Torsten Pettersson est professeur de littérature en Suède. Avec Donne-moi tes yeux, il signe son premier roman.






Challenge ABC Critiques Babélio 16/26 [P] 

Lu dans le cadre du défi scandinave organisé par Prune
Pour la Finlande.

vendredi 28 octobre 2011

Le jardin éphémère

En octobre, les jardiniers de la ville de Nancy s'éclatent. La place Stan devient un jardin.
Les jardiniers se sont découvert une âme de mélomane, la musique s'est fondue dans les végétaux, les plantes se sont faites instruments, portées et notes.....










Le xylophone










Les notes sur une partition rouge tango.....L'opéra est derrière...
















L'arc Héré , et en arrière plans les tours de la Basilique St Epvre où je chanterai pour les 30 ns du GAM en Mars 2012


Le saxophone, et au fond la fontaine d'Amphitrite, qui se pare de rose pour Octobre rose...nous les femmes nous savons ce que c'est.....





Un vrai régal pour les yeux...
Merci la ville !!!


jeudi 27 octobre 2011

La voyeuse interdite


Dans les rues d'Alger, les hommes s'étreignent. Derrière leurs portes closes, les femmes s'ennuient. Séparée de la ville par un rectangle de verre, une jeune fille observe. Un mur sale, un trolley bondé, une enfant imprudente lui donnent les mots d'une nouvelle histoire. Elle invente. Elle s'invente. Elle est pubère, son père ne lui parle pas depuis deux ans. La mère prépare l'intrigue, les sœurs se taisent. L'ennui ronge la capitale. Personne n'y échappe. Pas même le soleil  !
Les hommes attendent. Ils l'attendent. L'amour et l'espoir n'existent pas. Les pensées se cognent contre un espace amputé de son temps.
Cachée derrière sa fenêtre, avide de savoir, la voyeuse force sur la réalité. Un voile s'éloigne, une petite fille meurt sous les pneus d'un camion. Les trous de serrure s'élargissent, la voyeuse dérobe la vie des autres. Le rêve s'impose. La mort guette. Toutes deux se convoitent, s'invitent, se rejettent. Le sang se faufile entre les mots et les maux.
« Le corps est le pire des traitres, sans demander l’avis de l’intéressé, il livre bêtement à des yeux étrangers des indices irréfutables : âge, sexe, féconde pas féconde ? Pubère, il m »a rendue inapprochable, dans le royaume des hommes je suis la souillure, sur l’échiquier des dames, le pion en attente caché derrière une reine hautaine qui choisira seule le bon moment de se déplacer. »

« Nous, filles, étions sa douleur, nos visages, nos corps lui rappelaient sa faiblesse, notre sexe, son sexe amputé, et si elle avait toujours l’air triste c’est parce qu’elle savait l’absurdité de notre existence à part qui nous éloignait un peu plus des hommes et de nos semblables »

Elle est enfermée, n’a que pour horizon la rue, juste devant sa fenêtre. Elle est pubère depuis peu de temps, doit garder intact son trésor pour celui que son père lui aura choisi. Nous sommes à Alger, début des années 70…

Quelle plume, quelle force, quelle rage, quelle violence …..

Une langue imagée, incisive, colorée, expressive, charnelle

J’ai été saisie , emportée, par cette écriture hachée, saccadée, irrégulière, rythmée par les pensées de cette jeune fille que j’aurais voulu pouvoir empoigner fermement et la tirer de cette sordide baraque où personne ne considère personne. Le père viole la mère, la rabaisse faute d’avoir eu le mâle tant désiré, et qui vaut tout, alors que les filles ne valent rien. La mère violente la fille. Comment respecter sa fille quand on est soi-même considérée comme un tas de chair ?

Un père qui n’adresse plus la parole à sa fille depuis qu’elle est « mariable ».

L’enfermement, le rejet, le désespoir, l’implacable destin des filles….tout cela explose dans ce livre court mais lourd de révolte.

La révolte hurlée tout au long de ses pages.

La révolte étouffée

La femme engrillagée, emmurée

La femme prisonnière des siens, prisonnière de sa culture, de ses coutumes….

Et aujourd’hui ? Ouvrons les yeux…..

Par décence pour cette jeune fille qui aurait pu être moi, si j’avais eu la malchance de naître sous d’autres cieux, c’est un coup de cœur qui ne dira pas son nom.

Un livre coup de gueule qui donne envie de l’ouvrir encore plus grande quoi qu’il puisse en coûter.

« Il roulait, il rebondissait, se cognait contre les formes qu’il avait lui-même rendues inhumaines, sa tête enfouie sous une aisselle où pendait une dentelle rousse, s’inventait un corps plus désirable et moins fatigant. Plein d’envies inassouvies, il se vengeait sur le ventre de ma mère en lui administrant des coups violents et réguliers avec une arme cachée dont il était le seul détenteur. »

Nina Bouraoui-Gallimard (1991)-142 pages
Prix du livre Inter 1991

Nina Bouraoui est née en 1967 à Rennes d'un père algérien originaire de Jijel et d'une mère bretonne. Les quatorze premières années de sa vie, elle les passe à Alger. Puis elle vit à Paris, Zurich et Abou Dabi avant de revenir à Paris.
 Elle est notamment l’auteur de La Voyeuse interdite (prix du Livre Inter 1991), Le Jour du séisme, Garçon manqué, La Vie heureuse, Mes mauvaises pensées (prix Renaudot 2005), Poupée Bella, Avant les hommes, Appelez-moi par mon prénom, Nos baisers sont des adieux et Sauvage.

Merci à Zazy qui grâce à son challenge m'a portée vers ce bijou

mercredi 26 octobre 2011

Mémoire d'une geisha


Née en 1892, vendue à l'âge de huit ans, Kinu Yamaguchi fera l'apprentissage du dur métier de geisha. C'est un peu l'envers du décor qu'elle raconte : avant de porter le kimono de soie, il lui faudra vivre un apprentissage rigoureux, étudier tous les arts de divertissement et endurer pour cela privations, exercices physiques traumatisants, soumission aux coups sous les ordres de la " Mère " et des " grandes soeurs ". Après son initiation sexuelle, elle s'enfuira, puis reviendra vivre dans le " quartier réservé " avant de devenir elle-même patronne d'une maison de geishas. Récit bouleversant, description édifiante de la vie de tous les jours dans l'intimité d'une okiya, avec ses cérémonies, ses coutumes, ses fêtes et ses jeux. On y entend des histoires de plaisirs, de chagrins, de courage aussi, qui éclairent sous un jour nouveau ce monde fermé sur lequel l'Occident ne cesse de s'illusionner.
Voilà une lecture que je qualifierais d’exotique ( ne pas y voir un caractère péjoratif)tant l’univers dans lequel est plongé le lecteur est éloigné de notre culture occidentale, et plus largement judéo-chrétienne.

Une fois franchi le premier quart de l’ouvrage qui m’aura demandé pauses et décantation, c’est d’une traite que j’en finirai la lecture.

Le récit, car c’est d’un récit dont il s’agit, peut dérouter par la forme. L’auteur transcrit le vécu d’une femme, et  agrémente assez copieusement sa narration, des propos directs de Kinu dont il est question dans ce livre.

Ce récit constitue un témoignage complet, et à mon sens honnête, sur une pratique, ou plutôt un  « art de vivre » bien méconnu des occidentaux. Je dis méconnu, car il me semble que le terme de Geisha et de tout ce qui s’y rapporte ne constitue qu’une vague idée pour qui n’a pas lu ou vu à ce sujet. Le monde des plaisirs et  de la courtisanerie au japonais reste assez obscur, du fait d’une part que durant son âge d’or, le Japon était un pays replié sur lui-même, et, que d’autre part, l’histoire du Japon, et notamment l’après-guerre a accéléré le déclin de ces pratiques. Il se dit que de nos jours, l’apprentissage tend à reprendre vigueur…..

Est-ce un bien ? A la lecture de cet ouvrage, sans aucun doute. J’ai découvert, par l’écrit  en tout cas, un monde barbare consistant à vendre ses filles à des maisons de plaisir, pour en faire de parfaites hôtesses à messieurs fortunés. Mais à quel prix ???

Celui de la soumission, de la souffrance, l’abnégation, la résignation, et au final une exploitation féminine qui ne dit pas son nom. Tout cela existe à nos portes, me direz-vous….oui, mais la pratiques des arts en moins, le raffinement en plus ; en apparence, car à y regarder de plus près, quelle violence faut-il infliger à ces toutes petites filles pour en arriver à maîtriser l’art de la conversation, de la cérémonie du thé, de l’art floral, ou de la pratique musicale…….

C’est la première partie, qui s’intéresse à la formation de la future Geisha, qui est la plus indigeste. Les deux autres respectivement consacrées à son activité de Geisha, puis de patronne d’une maison de Geisha, seront plus abordables, et plus instructives parce que l’évolution du « métier » suit intimement l’histoire du Japon. Et tout cela ne m’a pas déplu, loin de là.

J’ai apprécié la présence de photographies noir &blanc tout au long de ce récit. Cela donne un plus à l’ouvrage, qui pour moi n’est pas un roman, mais plus une récit-documentaire.

La personnalité de Kinu, est assez complexe. A la fois soumise résignée, bonne élève, elle n’en est pas moins déterminée, dotée d’un caractère rebelle. Elle n’hésite à pas à supporter les coups pour sortir des griffes de son souteneur ; et n’est pas dénuée d’ambition, puisqu'à son tour elle fondera sa propre maison de Geisha en ayant tiré les leçons de sa propre expérience.

Les mœurs familiales en vigueur à l’époque sont assez difficiles à comprendre de notre propre point de vue. Au siècle dernier, vendre ses filles pour quelques yens était chose courante, et communément admise, voire normal.

 Yuki Inoué-Picquier poche(1997) 1ère parution au Japon en 1980-280 pages

 Auteur née en 1931 - Elle rencontre Yamaguchi Kinu octogénaire, qui lui raconte sa vie passée dans Higashi-Kuruwa, un des quartiers de maisons closes de la ville de Kanazawa. Une vie passée à apprendre les arts de la danse, de la musique, de la cérémonie du thé, et à satisfaire les clients sur l'oreiller.

Challenge ABC Critiques Babélio 15/26 [I]
 

mardi 25 octobre 2011

Muse


Elle était pauvre, irrévérencieuse, sensuelle, très belle et rebelle à toute autorité, sauf à celle du génie et de l’amour. Elle s’appelait Molly Allgood, elle fut une comédienne célèbre et elle eut pour amant l’un des plus fameux dramaturges irlandais, John Millington Synge. C’était en 1907. Elle avait dix-neuf ans, il en avait trente-sept. Il fut son Pygmalion, elle sa muse. Ils vécurent une passion sans borne. Mais leur différence sociale et religieuse, les conventions et l’austérité de la famille Synge, leurs amis même, tout et tous s’y opposèrent. Jamais ils ne purent se marier et Molly Allgood rompit avec l’homme de sa vie qui mourut peu après, en 1909, rongé par le bacille de Koch. Quarante-cinq ans plus tard, on retrouve l’ancienne actrice, réduite à la misère et hantant les rues de Londres par un matin brumeux. Peu à peu, les souvenirs resurgissent, comme l’amour et le désir pour ce Vagabond qui ne l’aura jamais quittée… De tous les romans de Joseph O’Connor, Muse est sûrement le plus grand, en tout cas le plus intense. À chaque page, le lecteur est ébloui, bouleversé. Voilà un livre forgé de lumière et d’airain.
 
Que je suis contente d’avoir terminé ce livre, non sans mal. S’il est indéniablement bien écrit, il est d’un abord difficile, voire parfois très difficile. Même lu à petites doses, ce livre ne parviendra pas à me séduire  

C’est surtout le changement de narration qui m’a mis mal à l’aise ; non pas que je n’aime pas cela ; bon nombre d’ouvrage fonctionne de cette manière-là. Mais en ce qui concerne ce roman, l’auteur en use et en abuse sans que cela soit clair au départ.

En toute simplicité : je me suis ennuyée.

O’Connor s’inspire des amours passionnelles entre une comédienne et un dramaturge de 18 ans son ainé pour bâtir, de manière assez brouillonne pour moi, une fiction très libre, puisque lui-même l’explique au terme de son ouvrage.

Tout commence à la fin, alors que Molly erre dans Londres, imbibée d’alcool, à recherche du cachet pour survivre. Son grand amour n’est plus depuis longtemps, elle se souvient…..grand retour à ses débuts de comédienne. C’est sous la forme du « tu » qu’elle s’exprime, se parlant à elle-même….. C’est lourd D’autant plus lourd, que cela change souvent.

Que retirer d’une telle histoire ? Que cette histoire d’amour était vouée à l’échec : Synge, catholique bien né, dans une famille attachée à ses principes ; Molly , catholique moins bien lotie. Tous deux sont obligés de se cacher, et sont l’objet d’un rejet de leur famille et de leurs amis comédiens ? Le monde un peu spécial des comédiens ? En réalité, je me sens assez démunie, et à court d’argument à propos d’une lecture souhaitée, attirante sur le papier, et décevante à l’arrivée.

Un grand merci aux éditions Phébus et à Babélio pour m’avoir permis de lire ce livre dans le cadre de la masse critique.


Joseph O'Connor-Phébus-278 pages

Né en 1963 à Dublin, Joseph O’Connor est considéré comme l’un des écrivains irlandais les plus importants de sa génération. Son oeuvre est traduite en trente-cinq langues. Découvert en France en 1996 avec son recueil de nouvelles Les Bons Chrétiens (Libretto, 2010, préface de Hugo Hamilton), il est encensé par la critique des deux côtés de l’Atlantique lorsque paraît Desperados (Phébus, 1994), puis Inishowen (Phébus, 2001). A l’irlandaise (Robert Laffont, 1999), L’Etoile des mers (Phébus, 2003), Redemption Falls (Phébus, 2007) et Muse (Phébus, 2011) confirment l’immensité de son talent.

Challenge 26 livres/26 auteurs:24/26 [O]
Challenge ABC Critiques Babélio: 14/26 [O]
                                                                       










Challenge du 1% littéraire organisé par Hérisson.
15 ème lecture

lundi 24 octobre 2011

C'est lundi que lisez -vous? (10)

Ce que j'ai lu la semaine passée

*Code Salamandre, Samuel Delage
*Cent ans, Herbjorg Wassmo


Ce que je suis en train de lire

*Muse, Joseph O'Connor (Masse critique Babélio)

*Mémoire d'une geisha, Yuki Inoué 
*Donne -moi tes yeux, Torsten Petterson (jury Points)
*La ferme africaine, Karen Blixen (lc du 10 novembre) en pause
*Le sac , un petit monde d'amour, Jean-Claude Kaufmann en pause
Ce que je lirai cette semaine

Ce qui est en cours, et dans le meilleur des cas, le terminer !!!

dimanche 23 octobre 2011

Cent ans


Sara Susanne, Elida et Hjørdis, sont respectivement l’arrière-grand-mère, la grand-mère et la mère de la narratrice. Cent ans est le roman de leurs vies, des hommes qu’elles voulaient et des hommes qu’elles ont eus, des enfants auxquels elles ont donné naissance. C’est aussi l’histoire d’une petite fille qui se cache au grenier pour l’éviter, lui. Elle a un crayon jaune qu’elle taille avec son couteau de poche et qui lui sert à écrire.
Le cadre est rude, hostile, froid, désert ; c’est le nord de la Norvège, les hivers sont longs et sombres. Mais la mer y est généreuse : elle nourrit et donne du travail aux hommes. Et les femmes ?

Dans ces contrées, elles font des enfants, sans se poser de questions, parce que c’est comme cela, c’est la vie. Leur vie, elles la vivent librement. Elles épousent contre l’avis de leurs mères, donnent leurs enfants en nourrice quand il faut s’en aller faire soigner l’homme plus au sud.

1842-1942 : cent ans séparent la naissance de Sara Suzanne et celle d’ Hjørdis. Entre les deux il y aura Elida, Hjørdis. Quatre femmes pour presque 600 pages qui défilent, qui se laissent apprivoiser sans qu’on s’en aperçoive vraiment malgré ce foisonnement de personnages, malgré ces fratries nombreuses où parfois l’on se perd pour mieux se retrouver plus tard.

Quatre femmes pour 6 cahiers qui constituent ce livre. Les cahiers qu’ Herbjørg, enfant griffonnait dans le grenier, en secret ?

Six cahiers qui commencent par la narratrice relatant ses souvenirs, sa famille avec le « je » de celle qui s’implique, et  puis qui se poursuivent avec l’évocation de l’une d’entre elles, dans le désordre….Certes il faut suivre…mais qu’à cela ne tienne c’est bien pensé, bien écrit. Il y a dans cette histoire, dans la façon d’offrir au lecteur une lumière qui manque dehors.

L’histoire de la Norvège n’est jamais loin, l’ambiance y est particulière. J’ai aimé le livre de Dina avec lequel je faisais la connaissance de cet auteur. Et c’est comme chez « Felix Potin », on y revient !! Gaïa a la bonne idée de rééditer, en un seul volume le fils de la providence d’une part, et l’Héritage de Karna d’autre part. Nul doute que j’y reviendrai un de ces jours…

Herbjørg Wassmo-Gaïa (Février 2011)-560 pages


Herbjørg Wassmo est née en 1942, dans le nord de la Norvège. Cette ancienne institutrice se consacre à la littérature depuis plus de vingt ans. L'ouvrage qui l'a fait connaître en Norvège, mais aussi à l'étranger, est la trilogie de Tora. Elle connaît ensuite un grand succès avec la trilogie Le Livre de Dina.

Challenge ABC Critiques Babélio 13/26 [W]




mercredi 19 octobre 2011

Challenge New-York en littérature 2012

Le challenge2011 s'achève fin octobre, mais.....Emily reconduit l'aventure du 1er novembre 2011 au 1er novembre 2012.

"Je peux dès maintenant vous annoncer que le challenge est reconduit pour un an. Bah oui, en un an, on est vraiment très loin d’avoir fait le tour de la ville. Le but est toujours de lire le plus de livres possible sur la Grosse Pomme en un an. Mais cette fois, l’objectif, c’est cinq ! Et si l’on est sérieux et motivé, on lit dans le lot un polar, un classique, un livre de chick lit, et deux romans. Au moins ! Mais rien ne vous oblige à suivre cette trame. L’objectif, c’est de voyager, de découvrir cette ville monde passionnante. Car New York, c’est typiquement le genre de ville dont on peut tomber amoureux."



A défaut de billet d'avion, je ferai le voyage avec des livres.Je mets à jour ma petite liste déjà bien fournie, et c'est parti !!!

1.New-York, journal d'un cycle, Catherine Cusset
2.Un roman américain, Stephen Carter
3. Les anges de New York, R.J Ellory
4. New York-Histoire, promenades, anthologies & dictionnaires, Collectif
5.Le cri de l'ange, C.E Lawrence

lundi 17 octobre 2011

Code SALAMANDRE


Yvan Sauvage, expert en art et commissaire-priseur, met fortuitement la main sur un itinéraire crypté conduisant à un dépôt royal. Il se lance alors, en compagnie de Marion, une jeune étudiante à la Sorbonne, dans la résolution d’une énigme qui leur fera encourir les plus grands périls. Un jeu de pistes érudit qui se transforme en périple hallucinant, où l’horreur le dispute au merveilleux.
Lorsque son professeur de l’École du Louvre décède, Yvan Sauvage se retrouve légataire d’un secret prodigieux : le vieil homme était sur le point de déchiffrer un code menant à l’un des trésors les mieux gardés du règne de François Ier. Yvan n’a alors de cesse de résoudre l’énigme. Marion entre dans son jeu, et le duo se lance avec une énergie farouche dans le décryptage des messages codés que recèlent les châteaux, statuaires et monuments édifiés par les architectes de l’époque, dont Léonard de Vinci. Puis ils explorent des itinéraires dont la cartographie occulte et étonnamment précise de la Renaissance a fixé le tracé.
Tout à leur quête, les deux jeunes gens sont inconscients du danger qui les guette, tandis qu’un homme épie leurs moindres faits et gestes sous les ordres d’un mystérieux commanditaire. La recherche érudite et la résolution du code Salamandre pourraient bien déclencher une traque sanguinaire…
Je remercie l’auteur de m’avoir spontanément offert la possibilité de livre son second roman, ainsi que les éditions Belfond.
Contrairement à Zazy, je serai plus pondérée sur l’état d’esprit qui est le mien, une fois la lecture achevée.

Je n’ai pas passé un mauvais moment de lecture, l’ouvrage a occupé mon week-end traditionnellement dévolu au polar /thriller (on ne rit pas…….) surtout quand c’est un week-end de boulot (à chacun sa consolation !!). J’ai trouvé la lecture fluide, facile. Les chapitres sont courts, aérés ; la narration change souvent de lieu et de personnage principal. J’ai perçu un gros travail de recherche, et de documentation ; une volonté d’originalité dans le sujet traité.

Et pourtant, je ne peux me dire charmée par cette histoire, qui, à mon sens, reste superficielle sur tous les aspects abordés dans le livre. En d’autres termes, beaucoup de pistes ont été ouvertes, mais n’ont pas été, à mon humble avis, assez approfondies. J’ai le même sentiment à propos des différents personnages qui auraient d'être plus creusés.

Voilà un ouvrage estampillé thriller, mais…..je n’ai pas eu ce petit serrement au ventre, signe flagrant que l’histoire vous tient aux tripes et que vous ne parveniez pas à lâcher…..même pas peur !!!
Enfin, et là, ceci ne tient qu’à moi, ce livre a eu la malchance d’arriver dans mes mains après 3 lectures particulièrement appréciées, 3 livres que je porte encore……alors forcément je me suis sentie un peu frustrée, et pas vraiment rassasiée.

Samuel Delage-Belfond( octobre 2011)-308 pages

14ème  ouvrage du challenge le 1% littéraire organisé par Hérisson.

C'est lundi que lisez -vous? (9)

Ce que j'ai lu la semaine passée

*Hiver, Mons Kallentoft, pour le prix du meilleur polar des lecteurs de Points
*Rien ne s'oppose à la nuit, Delphine de Vigan


Ce que je suis en train de lire


*Code Salamandre, Samuel Delage
*Mémoire d'une geisha, Yuki Inoué 

*La ferme africaine, Karen Blixen (lc du 10 novembre) 
*Le sac , un petit monde d'amour, Jean-Claude Kaufmann
Ce que je lirai cette semaine
Continuer ce qui est encours, et dans le meilleur des cas, le terminer !!!
Et commencer au choix:
*Le fils de Bakounine, Sergio Atzeni

*Muse, Joseph O'Connor (Masse critique Babélio)

samedi 15 octobre 2011

Mon ange


Livre échangé sous le manteau, longtemps introuvable dans sa langue d’origine, Mon ange a été instrumentalisé par les Cubains des deux rives aux fins de le réduire à un sommaire règlement de comptes. L’histoire de sa publication serait simplement romanesque, si son contenu n’était dramatiquement testamentaire.
Un écrivain qui a fui le régime carcéral insulaire refuse la reddition sans condition à la sphère étriquée des "triomphateurs" qui l’attendent à Miami. Il est interné par sa famille "américaine" dans un boarding home, asile privé qui recueille des inadaptés de toute engeance.
Les grilles se referment sur lui et en lui, seul dans un univers hallucinant où l’on ne peut que souffrir et faire souffrir. C’est ici qu’il faut vivre, et pour toujours, sans espérance ni pitié ; pour personne. Le faut-il vraiment ?
Reinaldo Arenas et Carlos Victoria célèbrent dans leurs œuvres Guillermo Rosales, l’ami génial et fou qui s’est donné la mort.
C’est en lisant Arenas que j’ai découvert Rosales. De la même génération que le précédent, Guillermo Rosales s’est nourri du même climat dictatorial, et tout cela se ressent dans les thèmes de son ouvrage : la violence, l’exil, la souffrance, la déchéance.
Dans ce court roman, l’action ne se passe pas à Cuba, mais à Miami, lieu naturel d’arrivée des milliers de Cubains qui ont pu échapper au régime de Fidel Castro.
Avec une écriture incisive, sans décorations inutiles, brute, en peu de pages, Rosales réussi à montrer la misère humaine ; une misère physique, et intellectuelle.
Mais tout cela se fait sans pathos,  et c’est la force de cet ouvrage.
Il m’est difficile d’en dire plus sans tout dévoiler, et sans raconter. J’ai découvert  une écriture puissante, par hasard.
Osez l’aventure , cela en vaut la peine. Vraiment !
Guillermo Rosales-Actes Sud (septembre 2002)-127 pages

Guillermo Rosales (La Havane, 1946 - Miami, 1993) est l’auteur de deux romans et de quelques contes inédits. Guillermo Rosales est un écrivain cubain.
Son premier roman El juego de la viola, est finaliste en 1968 du prix Casa de Las Americas, mais il ne sera publié à Miami qu’après sa mort.
Il survit en publiant des articles sur les sujets les plus divers, puis réussit à quitter Cuba en 1979, par l’Espagne, et s’établit à Miami où il collabore à la revue Mariel. Dépressif, malade, il est interné dans un asile semblable à celui qu’il décrit dans son roman Boarding home (Mon ange).
Il s’est suicidé à Miami en 1993.
Lecture dans le cadre du challenge destination Cuba organisé par Evertkhorus.
Challenge ABC Critiques Babélio 11/26 [R]

Rien ne s'oppose à la nuit


Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l’écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre. Aujourd’hui je sais aussi qu’elle illustre, comme tant d’autres familles, le pouvoir de destruction du Verbe, et celui du silence.
« J’écris ce livre parce que j’ai la force de m’arrêter sur ce qui me traverse et parfois m’envahit, parce que je veux savoir ce que je transmets, parce que je veux cesser d’avoir peur qu’il nous arrive quelque chose comme si nous vivions sous l’emprise d’une malédiction, pouvoir profiter de ma chance, de mon énergie, de ma joie, sans penser que quelque chose de terrible va nous anéantir et que la douleur, toujours, nous attendra ans l’ombre. »

Écrire pour se «  laver », se débarrasser de ce qui vous ronge ; écrire pour tenter de  comprendre à défaut de pouvoir expliquer vraiment ; écrire pour de délester, écrire pour se libérer, écrire pour avancer, écrire pour tenir debout ; écrire pour vivre, tout simplement.

« L’écriture ne peut rien. Tout au plus permet-elle de poser les questions et d’interroger la mémoire. »

Rien ne s’oppose à la nuit est-il une fiction, comme le défend son auteur, ou une biographie ? Sans doute un peu des deux ; mais mieux que cela, c’est un vibrant portrait de femme marquée très jeune  par les drames familiaux et les dessous d’une vie de famille longtemps tus qui la conduiront à sa destruction. Quel contraste entre cette photo de femme magnifique de l’extérieur et si tourmentée au-dedans ?

Delphine de Vigan se livre à un exercice difficile, et réussi, consistant à parler du malheur sans sombrer dans le pathos ni dans l’apitoiement. Elle a su rester vraie, nature ; elle s’est livrée à son lecteur sans voyeurisme inutile et sans déballage excessif. Elle a su dire, tout en restant pudique, et surtout en restant humble.



Tout en revenant sur ce qu’a été la vie de Lucile, et son héritage familiale, Delphine de Vigan livre sa propre quête à propos de sa mère, chemine avec le lecteur sur la genèse de ce livre, rend compte de son travail de recherche auprès de sa famille, de ce qui a constitué de ses difficultés d’écriture, de ses interrogations sur le bien-fondé d’un tel livre.

Trois parties constituent la matrice de ce roman ; trois parties correspondant aux 3 étapes clés de la vie de Lucile : enfant et son environnement familial, jeune femme et jeune mère, et ses dernières années.

Curieusement Delphine de Vigan ne parle de sa mère qu’avec son prénom ; très rarement elle parlera de « ma mère » ou encore moins de « maman ». Ce n’est qu’une fois dans le seconde partie de son livre que l’auteur s’autorisera le « je »,  et se positionnera dans cette famille.

C’est certainement par cette distanciation par rapport à sa mère, aussi bien dans le rédactionnel que dans le propre ressenti de l’auteur par rapport à sa mère, que l’on peut qualifier cet ouvrage de roman.

« J’écris Lucile avec mes yeux d’enfant grandie trop vite, j’écris ce mystère qu’elle a toujours été pour moi, à la fois si présente et si lointaine, elle qui, lorsque j’ai eu dix ans, ne m’a plus jamais prise dans ses bras. »

J’ai immédiatement été absorbée par cette lecture. Il m’a été difficile de lâcher, mais paradoxalement, j’avais en même temps besoin de laisser décanter un peu entre chaque partie. Aussi grave que puisse être le sujet, j’ai trouvé ce livre lumineux, amusant parfois ; mais assurément marquant, durablement marquant.

Je remercie infiniment Priceminister, qui avec l’opération les matchs de la rentrée littéraire, m’a permis de lire cet ouvrage, parrainée par Sharon.

Delphine de Vigan- JC Lattès-438 pages
Delphine de Vigan est notamment l’auteur du best-seller No et moi, plus de 400 000 exemplaires vendus toutes éditions Prix des Libraires 2008, adapté au cinéma par Zabou Breitman, et des Heures souterraines (2009), près de 100 000 exemplaires vendus en édition première et traduit dans le monde entier. Elle faisait partie de la dernière sélection du Goncourt. Elle vit à Paris.

13ème lecture dans le cadre du challenge le 1% littéraire organisé par Hérisson  .

Seconde lecture dans le cadre du challenge organisé par Calypso autour du mot nuit  

 Challenge ABC Critiques Babélio 12/26 [V] 




Avant la nuit


De l’enfant nu qui mange de la terre dans une vieille ferme de Holguín à l’exilé cubain qui, à quarante-sept ans, malade, se donne la mort à New York, l’existence de Reinaldo Arenas est guidée par l’anticonformisme viscéral de qui a osé prendre tous les risques.
Vibrant témoignage sur les exactions de la dictature castriste, Avant la nuit est une œuvre littéraire à part entière composée avec fureur et poésie. Elle est traversée de ses principaux thèmes de prédilection : une recherche éperdue de beauté, encore la lune, toujours la mer, et une sexualité débridée comme manifestation absolue de liberté et, dans son cas, de résistance.
Porté à l’écran par Julian Schnabel, Avant la nuit a obtenu le Grand Prix spécial du jury 2000 à la Mostra de Venise.

« J’avais déjà commencé mon autobiographie à Cuba, et je l’avait intitulée Avant la nuit, car je devais l’écrire avant la tombée de la nuit, puisque je vivais fugitif dans un bois. Maintenant, la nuit avançais de nouveau, de façon, de façon plus imminente. C’était la nuit de la mort. Maintenant il fallait vraiment que je finisse mon autobiographie avant la nuit. »


Mon voyage à Cuba ne m’emportera ni vers les plages, ni vers l’exotisme insouciant qui peut occuper le touriste en mal de soleil et de chaleur .Bien au contraire, il me catapultera au cœur de la dictature exercée par un homme depuis des années sur une population à bout de souffle.
Reinaldo Arenas, fait partie de ces écrivains cubains qui ont écrit la révolte, le rejet de ce régime, et qui en ont payé le prix fort.
J’ai choisi, un peu par hasard, cet ouvrage qui n’est pas un roman, mais une autobiographie, grâce à la rediffusion cet été du film que Julian Schnabel  a réalisé à partir de ce livre.
Cette autobiographie a quelque chose d’original, dans le sens où elle n’a rien de linéaire, de chronologique. Elle commence par la fin de la vie de l’écrivain qui se sait malade et préfère la mort à la déchéance, et se termine par une lettre d’adieu qui n’est rien d’autre qu’un testament politique et une dernier réquisitoire contre celui contre lequel il se sera battu à sa manière toute sa vie.
« J’exhorte le peuple cubain de l’exil comme de l’ile à continuer à lutter pour la liberté. Môn message n’est pas un message de défaite, mais de lutte et d’espérance. Cuba sera libre. Moi je le suis déjà. »
Le reste, n’est rien d’autre que la Vie,  avec un V majuscule ; une vie vécu à 100 à l’heure, une vie croquée par les deux bouts, une vie éprise de liberté et de beauté absolue, une vie qui finalement sera sa perte.
Cette biographie, est donc plutôt thématique que linéaire : 70 chapitres, pour la plupart courts, voire très courts. Seuls deux seront plus copieux :L’érotisme, et, La prison. Et cela n’est pas un hasard
70 chapitres, 70 tableaux….Une autobiographie atypique, que Reinaldo écrit par petites touches, comme on peint au petit pinceau. C’est court, c’est clair, c’est précis.
La thématique, plutôt que la chronologie, reflète la personnalité bouillonnante de cet écrivain. Il sera marqué très tôt par sa relation avec sa mère, et sa relation aux femmes : il ne connaît pas son père, et sera élevé par sa famille maternelle.

Ce qui frappe d’emblée, c’est que très tôt, il sera pris d’obsessions érotiques, et une attirance marquée et assumée pour les garçons, puis les hommes. Rajoutons à cela, une persécution systématiques des homosexuels, et nous comprendrons l’importance qu’il donnera à l’érotisme dans son œuvre, en ne cachant rien dune sexualité débridée, décomplexée. Il l’écrira dans des termes explicites, souvent très crus, qui pourraient à premier abord passer pour de la vulgarité, mais qui venant d’un homme me gène moins que d’une femme, et qui exprime surtout la révolte contre l’oppression, le désir de liberté absolue. Cet homme a passé un certain temps en prison, ou dans des camps de travail, et cela explique aussi l’importance qu’il a donnée à ce thème dans son texte.

Reinaldo dresse tout au long de ces pages, qui se lisent avec beaucoup de facilité, un tableau très éloigné du cadre idyllique que certains viennent chercher à Cuba. Et c’est cela qui m’a fasciné, la dénonciation d’un régime exsangue, mais toujours debout, qui persécute, traque, affame, assoiffe. Un régime qui a fait de ses intellectuels, des criminels, qui a fait des homosexuels des animaux que l’on enferme dans les pires conditions. Il rend hommage à de nombreux écrivains cubains, notamment Guillermo Rosares (cf. Mon ange).

« Cette fois, pour tous les intellectuels cubains la nuit noire était venue. Impossible désormais d’envisager de quitter le pays, car dès 1970 Fidel avait proclamé que tous ceux qui le souhaitaient étaient déjà partis ; il faisait  ainsi de l’ile une prison où tout le monde, d’après lui, était heureux de vivre. »
Mais, l’exil n’est pas mieux ressenti. Si l’auteur a pu, s’échapper, ce n’est pas pour autant, que la vie en a été meilleure pour lui. Miami, la ville la plus proche de Cuba, ne lui convenait pas. New-York sera pour lui synonyme de maladie et de mort.

« Certes, dix ans après, je m’aperçois que pour un expatrié il n’y a aucun endroit où l’on puisse vivre ; il n’existe aucun endroit, car celui où nous avons rêvé, où nous avons découvert un paysage , lu notre premier livre, eu notre première aventure amoureuse, demeure l’endroit rêvé ; en exil, on n’est plus qu’un fantôme, l’ombre de quelqu’un qui ne peut jamais atteindre sa propre réalité ; je n’existe pas depuis que je suis en exil ; depuis lors, j’ai commencé à fuir de moi- même. » propos écrits en 1990…..20 ans après ,où en est Cuba ?????

Cela restera une lecture marquante, grave, qui donne envie de secouer beaucoup de choses. Elle peut rebuter certains, voir les choquer. En ce qui me concerne, j’ai beaucoup apprécié ce livre. J’attendais de l’avoir lu pour visionner le film ; et lirai très certainement d’autres ouvrages de cet auteur.


Reinaldo Arenas- Babel Actes Sud  n°458 (2000) 1ère parution chez Julliard en 1992-440 pages

Reinaldo Arenas est un écrivain cubain, romancier, nouvelliste et poète, né le 16 juillet 1943 à Holguín et mort le 7 décembre 1990 à New York. Persécuté par le régime castriste pour son homosexualité, il s'exila aux États-Unis en 1980 et raconta son histoire dans Antes que anochezca (Avant la nuit), récit autobiographique qui fut porté à l'écran par le cinéaste Julian Schnabel.
Abandonné par son père, Reinaldo Arenas est né à Holguín le 16 juillet 1943. Le petit Reinaldo grandit ainsi dans une famille paysanne pauvre, sa mère s'étant réfugiée chez ses parents.

À 13 ans, le jeune Reinaldo montre déjà des talents d'écrivain, de poète. Il s'engage alors auprès des révolutionnaires castristes pour les aider à triompher du dictateur Batista.
La révolution achevée, il étudie à l'université de La Havane puis travaille pour la Bibliothèque Nationale José Martí. Il doit alors tout au régime castriste, qui lui a offert l'éducation et un travail. Il rêve d'embrasser une carrière d'écrivain. Le jeune homme paraît sur la bonne voie. Son premier roman Celestino antes de alba (Célestin avant l'aube qui deviendra "Le Puits") s'est distingué au concours national d'écriture. Il se satisfait d'autant mieux du régime qu'il peut profiter pleinement d'une grande liberté sexuelle, et vivre librement son homosexualité.
Le pouvoir veut bientôt reprendre en main les Cubains. La révolution culturelle de l'île caribéenne prend une facette plus dure. Les écrivains doivent censurer leurs écrits, les homosexuels sont considérés comme déviants.
Arenas commence à subir les persécutions des autorités, mais il continue d'écrire et de vivre sa sexualité comme il l'entend afin de pouvoir demeurer libre. Il ne peut plus faire paraître ses œuvres sur l'île mais parvient à les envoyer illégalement à l'étranger. Le peintre cubain Jorge Camacho, exilé en France, l'aide à faire paraître ses livres dans le reste du monde.
Ses critiques contre le pouvoir et son homosexualité lui valent de connaître la prison et les camps de réhabilitation par le travail. Cela ne l'empêchera jamais d'écrire. Tous les moyens sont bons pour transmettre ses écrits. En prison, il fait par exemple appel aux rectums de visiteurs. Il quitte l'île en 1980, au cours de l'exode de Mariel, en compagnie de milliers de dits rebuts de la société expulsés par le régime cubain.

Challenge destination Cuba avec Evertkhorus
Lecture autour du mot nuit organisé par Calypso
La littérature fait son cinéma que nous propose Will.
Film de Julian Schnabel ( 2000) avec notamment Johnny Deep, Olivier Martinez