lundi 30 janvier 2012

C'est lundi que lisez -vous? (24)

Ce que j'ai lu ou achevé la semaine passée

*Un 5ème livre "Israël": Une femme fuyant l'annonce, David Grossman
* Un léger déplacement, Marie Sizun

Ce que je suis en train de lire

*New-York:histoire, promenades, anthologie&dictionnaire
Un livre qui se picore, et se consulte au grès des envies et de son temps, plus qu'il ne se lit
*Le paradis des femmes, Ali Bécheur 
*Instinct de survie, Jeffrey Deaver
*Smilla et l'amour de la neige, Peter Hoeg
Ce que je lirai ensuite

Ce qui est en cours, et dans le meilleur des cas, le terminer !!!
*Commencer mon livre bonheur
*Du domaine des murmures, Carole Martinez

dimanche 29 janvier 2012

Un léger déplacement

« Pour le moment, c’est d’elle qu’elle va s’occuper. De sa mémoire. De cette vieille histoire. »
« Regarder du côté du passé, c’est chercher à entrer dans l’image que le miroir vous renvoie d’une chambre magique : bien plus étrange, plus belle, plus forte que ne peut l’être la chambre réelle. »

Un livre intime, une lecture douce, des mots simples pour aller fouiller la mémoire d’Hélène/ Ellen. Elle revient sur les lieux de sa jeunesse pour y régler quelques affaires, comme on dit. Cela devait qu’une formalité, ce sera un chamboulement. Les souvenirs reviennent, les langues se délient,  les douleurs rejaillissent.
Il y a beaucoup de sensibilité dans ce texte qui souvent touche le lecteur. Quand Ellen se promène dans Paris qu’elle a quitté il y a trente ans, c’est sa vie qui défile. Elle se souvient soudain de sa jeunesse, alors qu’elle en oublie Norman, son mari, resté là-bas. Ce léger déplacement va-t-il remettre en cause ses choix de vie ? Va telle réconcilier avec son passé et ses morts ?
La douleur non exprimée de vivre dans une famille recomposée, où l’on ne se dit pas les choses, où on les occulte, on les arrange….
Je l’ai dit une lecture très douce, mais profonde, qui laisse à réfléchir. J’ai aimé ce livre, et la belle écriture de Marie Sizun dont c’est le premier ouvrage que je lis. Il est apaisant, et convenait parfaitement à mes besoins du moment.
Je remercie chaleureusement  Catherine Guillebaud des éditions Arléa pour sa confiance, et,  de m’avoir permis de lire ce livre. Les publications Arléa ne m’ont jamais déçue – Eux sur la photo- Le jugement de Léa- Comme un père….

Un léger déplacement, Marie Sizun
Arléa- collection 1er mille -Janvier 2012
280 pages

4ème de couverture :
« Et voilà que les choses, curieusement, lui apparaissent sous un autre jour, décalées : comme s’il suffisait d’un rien, d’un léger déplacement, pour qu’elle ressente une tendresse nouvelle, étrangement poignante. Une tendresse pleine de questions. C’est elle qui n’avait rien compris. »

Quelques mots à propos de l'auteur:
Marie Sizun est née en 1940. Elle a été enseignante de lettres classiques à Paris, en Allemagne ainsi qu’en Belgique. Elle a trois enfants et vit à Paris depuis 2001.
Marie Sizun a reçu Le grand prix littéraire des lectrices de Elle pour son roman La Femme de l’Allemand.
Elle est également la lauréate du sixième Prix des lecteurs du Télégramme, le Prix Jean-Pierre Coudurier, toujours pour La femme de l’allemand.


samedi 28 janvier 2012

Une histoire d'amour et de ténèbres

Amos Oz, romancier majeur de la jeune génération israélienne, celle qui est née en Israël, nous suivre ici ses souvenirs d’enfance. Il ne se contente pas de se raconter, il est aussi un témoin de l’histoire de son pays, et  au-delà celle de son peuple. L’ouvrage fourmille de détails que l’absence de linéarité rend vivant, et, compense avantageusement la richesse et la complexité (parfois) linguistique et culturelle. La lecture en est de fait aussi agréable qu’un roman, et intellectuellement enrichissante comme un livre d’histoire. Ses souvenirs d’enfance arrivent assez tardivement dans la bibliographie de l’auteur, ce qui se comprend aisément au fur et à mesure de la lecture.
Ces derniers s’articulent autour de 3 axes principaux, qui ne font évoqués distinctement, mais subtilement tout au long de son ouvrage.
•    L’aspect politique et historique
 Natif de Jérusalem, la famille d’Amos Oz est originaire d’Europe centrale, et a entrepris l’Alya en 1933 et s’installe en Eretz-Israël. Le jeune Amos va vivre la création de l’état d’Israël en étant préparé au sionisme. Lui-même se fera sa propre expérience au sein d’un Kibboutz. J’ai trouvé ses passages d’un grand intérêt, parce que les grandes figures de l’époque sont présentes, et il les a côtoyées de près, mais surtout parce que qu’il est d’une grande lucidité, et d’une grande tolérance. Seul comptait à ce moment-là bouter les anglais hors de cette région pour pouvoir y vivre libre, construire une nation, et accueillir les rescapés des camps nazis.
J’ai été frappée par la haute conscience politique de ce gamin de 8 ans, qui suivait à la radio les travaux de L’ONU sur le vote ou pas de la création de l’état
•    L’aspect littéraire
Amos Oz grandit au sein d’une faille d’intellectuels, et de grands lettrés, sans avoir forcément pu avoir le parcours professionnel qu’ils méritaient, en particulier son père. Le jeune garçon est très jeune imbibé de littérature aussi bien classique, que judaïque. Sa prose est riche, son style est raffiné.
•    L’aspect familial et affectif
Amos Oz saura me toucher dans le drame familial qui le frappe alors qu’il a douze ans. Ce deuil, il n’en parlera pas d’emblée, mais insidieusement, de- ci de –là, pour y revenir plus longuement. C’est une blessure qui ne s’est jamais complètement refermée. Un épisode de sa vie qui a sans aucun doute façonné sa vie d’homme et de père.
Ses rapports avec le père sont compliqués. Cela passera par un changement de nom, une expérience communautaire qui changera ses visions du sionisme.
« Je lui en voulais d’être partie sans me dire au revoir, sans m’embrasse, sans explication : pourtant même un parfait étranger, un coursier un colporteur qui frappait à la porte, ma mère ne le laissait jamais repartir sans lui proposer un verre d’eau, sans un sourire, un mot d’excuse, quelques paroles aimables. Quand j’étais petit elle ne me permettait jamais d’aller seul à l’épicerie dans une cour inconnue ou un jardin public. Comment avait-elle pu ? »
Ce livre, épais, peut impressionner au premier abord, le portrait de famille de la couverture a une allure austère, un peu froide. L’ouvrage  est d’une richesse inouïe, d’une lecture agréable. Il est à mon sens incontournable.
Une histoire d'amour et de ténèbres, Amos Oz
Gallimard (Février 2004)/ Folio (Octobre 2005)
543/852 pages


4ème de couverture :
" Tu veux jouer à inventer des histoires ? Un chapitre chacun ? Je commence ? Il était une fois un village que ses habitants avaient déserté. Même les chats et les chiens étaient partis. Et les oiseaux aussi... " Le petit garçon qui joue ainsi à inventer des histoires à la demande de sa mère est devenu un grand romancier. Sa mère n'est plus là, mais il tient malgré tout à poursuivre la relation de l'existence tumultueuse de sa famille et de ses aïeux. Son récit quitte donc le quartier modeste de Jérusalem où il est né, remonte le temps, retourne en Ukraine et en Lituanie, et fait revivre tous les acteurs de cette tragi-comédie familiale, qu'ils soient prophète tolstoïen, séducteur impénitent, mauvais poète, kibboutznik idéaliste ou vrai savant. Leurs vies sont parfois broyées par la grande Histoire - l'Europe les rejette, l'Orient se montre hostile - et toujours marquées par leurs propres drames intimes, illusions perdues et rêves avortés. Au cœur d'une narration riche, d'une ampleur et d'une puissance romanesque jusque-là inconnue dans l'œuvre d'Amos Oz, la disparition tragique de la mère demeure la question à laquelle ce roman cherche une réponse. Une histoire d'amour et de ténèbres est un livre bouleversant où la vie d'un peuple et la vérité d'un homme se confondent
Quelques mots à propos de l'auteur:

Amos Oz est né à Jérusalem en 1939. Il commence ses études dans cette ville et termine le cycle secondaire au kibboutz Houlda, dont il est membre depuis 1957. Après son service militaire, il travaille dans différents secteurs de l'exploitation agricole du kibboutz. Diplômé de littérature et de philosophie de l'université hébraïque de Jérusalem, il a enseigné au lycée du kibboutz. Il est marié et père de trois enfants. Pendant la guerre des Six-Jours, officier de réserve, il a pris part au combat de blindés du Sinaï. Il est connu pour ses articles politiques et idéologiques publiés en Israël et à l'étranger. Il a milité dans le mouvement anti annexionniste après la guerre de 1967. Invité par l'université d'Oxford, il a séjourné un an en Angleterre. Traduit en quatorze langues, Amos Oz est l'auteur de plusieurs romans et nouvelles. C'est la parution de son premier roman, Ailleurs peut-être, qui, en 1971, l'a tout de suite imposé en France. Il est la figure la plus marquante de cette " jeune " génération israélienne aujourd'hui arrivée à maturité. Militant pour une réconciliation israélo-arabe, il est devenu l'un des leaders du mouvement " La Paix maintenant ". Cet engagement est illustré par son ouvrage Les voix d'Israël paru en 1983. Amos Oz a reçu le prix Femina étranger en 1988 pour son roman La boîte noire et le prix de la Paix en 1993.

Escale israélienne avec Lucie .

Pour aller plus loin, d'autres lectures , plus anciennes.....

1. Te retourne pas Handala, Olivier Gérard
2.Le troisième jour,Chochana Boukhobza
3.En retard pour la guerre, Valérie Zenatti
4.Histoire d'une vie, Aaron Appelfeld

Salam Gaza


Avant toute chose, je remercie vivement Libfly pour cette opération découverte de la littérature du Maghreb grâce à deux maisons édition. Pour l’ouvrage ici présenté, il s’agit de Elyzad maison tunisienne ; l’exemplaire qu’il m’a été offert de lire est du bel ouvrage : papier épais, ivoire, tramé, un format qui n’est pas sans rappeler Acte Sud. Un livre que l’on prend autant plaisir à contempler qu’à lire.
Sur une période de de 13 mois, sous la forme d’un journal, Tahar Bekri, nous livre sa vision, son ressenti d’un énième conflit Israélo-palestinien. Tel un écorché vif, ivre de paix et d’harmonie, il dénonce la violence, l’acharnement, la lente agonie d’un peuple résigné à l’enfermement sur une terre qui est aussi la sienne.
Tahar Bekri, rend d’abord compte du conflit, vu de France, où il vit et travaille. Puis, c’est de l’intérieur, au cœur de cette région aux  multiples frontières, qu’il puisera sa réflexion et poussera ses coups de gueule.
 « Que veut-on ? Que les Palestiniens disparaissent de la carte comme les Indiens de l’Amazonie, ou les anciens Américains ? »
Culturellement, le propos l’auteur est engagé, il a des convictions fortes, et les exprime. Son point de vue est partial, clair, mais profondément humaniste, et intelligent. S’il soutient, la légitimité d’un état palestinien pleinement indépendant, il conteste les actions terroristes menées par "son camp". S’il dénonce ouvertement, ce qu’il considère comme la destruction lente et programmée d’un peuple, et de la violence d’un état, il se garde bien de l’assimiler à une religion qu’il respecte infiniment.
Tahar Bekri met en valeur un certain autisme des gouvernements occidentaux, et une bienveillance sectaire de la part des médiats. En effet, si des accords sont été signés, si des traités de paix existent sur les papiers, nos gouvernants ne sont pas pressés de les faire appliquer.
Que dire des impressions de Tahar Bekri, lorsqu’il se rend à Naplouse, et dans les camps de réfugiés ? La détresse de ces gens est bouleversante. Est-ce que nous, occidentaux, attachés à notre liberté de circulation, nous accepterions le dixième de ce qui est imposé à ce peuple ? N’en arriverions nous pas aussi, à force, à commettre le pire pour nous faire entendre ?
« Comment aurais-je pu imaginer que les Palestiniens vivent réfugiés dans leur propre ville ? »
« La découverte de la ville n’est pas celle d’un touriste mais celle d’un homme indigné, tenaillé entre l’admiration de la grandeur enracinée dans l’histoire et la violence de l’occupation. »
Tahar Bekri a beau exprimer sa colère, sa révolte, ses espoirs de paix, il le fait dans une belle langue. Ses carnets sont parsemés de poésie, la sienne ou celles d’autres. Poète, il  glisse un peu de douceur parmi les brutalités d’une région baignée, trois plus que d’autres, de spiritualité.

NB : J’ai relevé une coquille qui m’a semblée assez importante pour que je me permette de la relever. En effet, page 22 « Le président américain battu, George Walker Bush, est encore en poste pour les affaires courantes, jusqu’au 20 janvier  2009, date d’investiture du nouveau président élu, Barack Obama. »
En réalité George W.Bush, n’a pas été battu, mais, en vertu des institutions américaines, achevant son second mandat consécutif, il ne pouvait en effectuer troisième. C’était donc McCain, qui avait été investi par le parti républicain pour briguer la présidence américaine.

 Salam Gaza,Tahar Bekri
 Elyzad (13/05/2010)
156 pages


4eme de couverture :
Le 27 décembre 2008, l’armée israélienne déclare la guerre à Gaza. La tragédie palestinienne est sans fin, et de guerre en guerre la blessure se fait plus béante. Meurtri, le poète Tahar Bekri note au jour le jour son indignation, échange via Internet avec des intellectuels de toutes origines, dénonce les projets expansionnistes, l’indifférence internationale, ou presque. Qu’en est-il de la conscience universelle ?
Peu après, au mois de mars, il est invité à Ramallah, Naplouse, Jérusalem-Est et Bir Zeit pour un cycle de lectures. Confronté à la réalité de la vie en Palestine occupée, il nous restitue minutieusement son voyage, ses rencontres, ses impressions où affleurent colère et émotion.
Ni stratège ni idéologue, Tahar Bekri livre ici un journal personnel, traversé de poésie, dans lequel s’esquisse une interpellation morale de l’Histoire.

Quelques mots à propos de l'auteur :
Poète né en 1951 à Gabès en Tunisie. Vit à Paris depuis 1976. Ecrit en français et en arabe. A publié une vingtaine d'ouvrages (poésie, essai, livre d’art). Sa poésie, saluée par la critique, est traduite dans différentes langues (russe, anglais, italien, espagnol, turc, etc.). Elle fait l'objet de travaux universitaires.
Son œuvre, marquée par l'exil et l'errance, évoque des traversées de temps et d'espaces continuellement réinventés. Parole intérieure, elle est enracinée dans la mémoire, en quête d'horizons nouveaux, à la croisée de la tradition et de la modernité. Elle se veut avant tout chant fraternel, terre sans frontières. Tahar Bekri est considéré aujourd'hui comme l'une des voix importantes du Maghreb. Il est actuellement Maître de conférences à l'Université de Paris X-Nanterre.







Compte pour le lieu dans le challenge petit bac 2012 organisé par Enna


Troisième escale israélienne, à l'initiative de Lucie.


Pour aller plus loin, d'autres lectures , plus anciennes.....

1. Te retourne pas Handala, Olivier Gérard
2.Le troisième jour,Chochana Boukhobza
3.En retard pour la guerre, Valérie Zenatti
4.Histoire d'une vie, Aaron Appelfeld







Challenge ABC Critiques Babélio: 22/26 [B]

Au coeur des mers


Voilà un conte, court, mais qui finalement se révèle assez complexe à lire. C’est le récit d’une épopée d’un groupe de juifs Hassidiques résolus à gagner la Terre promise, avec tout ce que cela comporte d’avatars, et d’anecdotes. Mais c’est également un texte qui prend des allures de récit religieux.
Le réel côtoie le surnaturel et le mystérieux. Sans qu’il soit nécessaire d’avoir une connaissance pointue des grands textes du judaïsme, avoir un minimum de repère s’avère salutaire. Je note au passage, l’existence à la fin de l’ouvrage d’un glossaire s’avérant fort utile dans la compréhension des traditions juives.
Le conte prend racine dans un mouvement ancien de retour aux sources, d’un retour aux traditions religieuses : l’Hassidisme. Le désir de retourner en Israël ne date pas de l’après-guerre et de la création d’un état indépendant. Il est beaucoup plus ancien ; ce sont en quelque sorte les pionniers qui s’y sont installés. L’auteur né en Europe s’y est définitivement installé en  1924.
Je fais ainsi la découverte de l’univers de S.J Agnon, ainsi que de sa langue joliment travaillée. L’ouvrage est peut-être un peu ardu pour une première rencontre ; il est court, donc accessible, et n’engendre ni lassitude, ni lourdeur. 

Au cœur des mers,S.J.Agnon 
Gallimard (2005)-collection du monde entier (écrit en 1926)
176 pages

4ème de couverture :
Une assemblée de juifs religieux décide de monter en Eretz Israël. Quitter leur Galicie natale pour s'établir en Palestine, tel est leur souhait le plus cher. Nous sommes au début du XXe siècle, et la route jusqu'au port de Jaffa sera longue pour ces ingénus sans expérience ni moyens. Au cœur des mers est le récit de leurs aventures : la traversée de plusieurs pays, l'embarquement à Istanbul, puis le voyage en mer... toujours sous la protection d'un mystérieux personnage nommé Hananiah.
Ce livre court, tenant à la fois du conte folklorique et de la tradition hassidique, constitue un récit fondateur de la littérature israélienne. L'écriture du grand S.J. Agnon, pleine d'humour et de finesse, déploie ici un charme intemporel et nous invite à un plaisir de lecture rare.
 
A propos de l'auteur 

Né à Buczacz en Galicie en 1888, S.J Agnon est mort à Rehovot en 1970. Ce prix Nobel de littérature (1966) est sans conteste un des très grands écrivains du XXéme siècle, admiré et lu dans de nombreux pays, mais jusqu’ici méconnu en France. La publication d’A la fleur de l’âge (Gallimard, 2003) marque le début de sa redécouverte par le public français.


Second voyage en Israël avec Evertkhorus


Lecture pour mon propre challenge  --> Auteur de la décennie 1961-1970
Compte pour une partie du corps, dans le challenge petit bac 2012 proposé par Enna
Pour aller plus loin, d'autres lectures , plus anciennes.....

1. Te retourne pas Handala, Olivier Gérard
2.Le troisième jour,Chochana Boukhobza
3.En retard pour la guerre, Valérie Zenatti
4.Histoire d'une vie, Aaron Appelfeld


Une femme fuyant l'annonce

« C’est pour cette raison qu’elle a amené Avram avec elle. Pour nommer ces choses et lui raconter l’histoire d’Ofer, le récit de sa vie, de son corps et son âme, les péripéties de son existence. »
Il m’aura fallu un peu plus de 200 pages pour apprivoiser ce livre, passant de l’ennui au découragement, du sentiment étrange de ne pas trop savoir où j’allais à l’impression de désordre difficile à appréhender, mais avec au fond de moi l’envie forte de lire ce livre. Bien m’en a pris, il est de ces ouvrages que l’on mérite, qui ne se dévoile pas dès les premières pages.
L’écriture surprend au début. Elle fourmille de détails longuement évoqués, alors, que les choses capitales sont abordées succinctement, ou de manière plus elliptique. David Grossman joue continuellement avec les époques et les procédés narratifs. Si au départ, la manière surprend, et peut décourager, elle donne finalement à ce livre ce petit quelque chose en plus, qui en fait un grand livre.
Osez partir avec Ora et Avram sur les chemins de Galilée, autant pour pénétrer ce pays qui s’est fait dans la douleur, que pour découvrir ce fils tant aimé, Ofer, parti pour une dernière mission de 28 jours, que sa mère va raconter dans un désordre tel qu’il évoque la confusion de toute mère voyant son fils partir au combat avec le risque de ne pas en revenir. C’est cela qui hante Ora. Ora, qui veut dire lumière en hébreux…la lumière qu’elle apporte, et qu’elle porte en elle. Ora qui veut dire prière en latin…Cette randonnée, quelle effectue avec Avram, qui fut autrefois son amant- et un peu plus que cela-n’est autre qu’une prière pour le garder vivant.
« Quant à elle, depuis le premier jour, elle tirait sa force de son fils. »
Peut-on conjurer le sort en quittant tout pour ne pas entendre le pire ? Peut-on protéger ceux qu’on aime en refusant de les voir partir ? Ces questions qui restent ouvertes.
Ilan, le mari délaissant, grand absent de ce roman, y pourtant si présent. Ce curieux ménage à trois que forment Ilan, Ora, et Avram n’a cessé de fluctuer. Ils sont si liés, que cela finit finalement par se comprendre. C’est dans la douleur de la guerre des six jours que leur destin s’est forgé. Un long et angoissant prologue met en appétit le lecteur, pour déboucher sur le roman en lui-même, massif et peu aéré. De longs, très longs chapitres le composent. Il faut savoir à la fois prendre son temps et ne pas morceler sa lecture.
Ce livre, dont l’auteur a commencé l’écriture en 2003, a une résonance particulière, lorsque l’on sait que l’auteur perdra son fils cadet en 2006, tué au Sud-Liban. Un pays construit dans la douleur…
Une femme fuyant l'annonce, David Grossman
Seuil ( 18/08/2011)- Prix Médicis étranger 2011
666 pages

4ème de couverture :
Ora, une femme séparée depuis peu d’Ilan, son mari, quitte son foyer de Jérusalem et fuit la nouvelle inéluctable que lui dicte son instinct maternel : la mort de son second fils, Ofer, qui, sur le point de terminer son service militaire, s’est porté volontaire pour « une opération d'envergure » de 28 jours dans une ville palestinienne, nouvelle que lui apporteraient l’officier et les soldats affectés à cette terrible tâche. Mais s’il faut une personne pour délivrer un message, il en faut une pour le recevoir, pense Ora. Tant que les messagers de la mort ne la trouvent pas, son fils sera sauf. Aussi décide-telle, sans aucune logique, pour conjurer le sort, de s’absenter durant ces 28 jours en se coupant de tout moyen de communication qui pourrait lui apporter la terrible nouvelle. Ayant prévu une randonnée à travers le pays avec Ofer, elle part malgré tout. Au passage, elle arrache à sa torpeur Avram, son amour de jeunesse (le père d’Ofer ?) et l’emmène avec elle sur les routes de Galilée pour lui raconter leur fils. Elle espère maintenir en vie son enfant par la trame de mots qui dessinent sa vie depuis son premier souffle, et lui éviter ainsi le dernier. Le périple ici est l’occasion d’évoquer le passé : à mesure qu'Ora et Avram arpentent le pays à la beauté étonnante, se reconstitue le fil de la mémoire et des secrets qui enserrent les personnages. Ora, Ilan et Avram s’étaient liés, adolescents, pendant la guerre des Six Jours, dans un hôpital où ils étaient tous trois à l'isolement, alors que les combats faisaient rage à l’extérieur. C’est là que se sont noués les destins de chacun. Le stratagème de la mère réussira-t-il à préserver la vie du fils ? Quoi qu’il lui arrive, le récit le fait renaître avec une vigueur nouvelle.

A propos de l'auteur:
Né le 25 janvier 1954 à Jérusalem, David Grossman est un écrivain israélien, auteur de romans, d'essais et de livres pour la jeunesse. C'est l'une des figures de la littérature israélienne.
Son père est originaire de Galicie1 Grossman a étudié la philosophie et le théâtre à l'Université hébraïque de Jérusalem. Il a travaillé comme correspondant à Kol Israel, la radio nationale d'Israël. Il a été l'un des présentateurs de Cat in a Sack, un programme pour enfants qui fut diffusé de 1970 à 1984. Son livre Duel fut la première pièce de théâtre radio-diffusée. Avec Dani Eldar, il a présenté la populaire série radio au ton absurde Stutz (terme yiddish pour : « cela peut arriver »).

Il s'est rendu célèbre par sa première œuvre, Le vent jaune (הזמן הצהוב), où il décrivait les souffrances imposées aux Palestiniens par l'occupation de l'armée israélienne. Cet ouvrage lui vaudra l'accusation de trahison par le premier ministre de l'époque, Yitzhak Shamir1. Ses livres ont été traduits dans de nombreuses langues. En 1984, il remporta le prix du Premier Ministre pour une œuvre créative et était considéré comme candidat au Prix Nobel de littérature. Grossman vit à Mevasseret Zion, près de Jérusalem. Il est marié et père de trois enfants, Jonathan, 28 ans, Ruth, 18 ans et Uri, qui a été tué au combat le 12 août 2006 au Liban, peu de temps avant son 21e anniversaire.

Proche du « Camp de la paix », il a, comme la plupart des Israéliens, soutenu l'action d'Israël dans le conflit israélo-libanais de l'été 2006, mais estimait inutile l'extension de l'offensive menée par Tsahal. Le 10 août 2006, quelques jours avant la mort de son fils, lui et les écrivains Amos Oz et A.B. Yehoshua avaient lancé, d'abord dans le quotidien Haaretz, puis lors d'une conférence de presse, un appel au gouvernement israélien pour qu'il accepte un cessez-le-feu comme base pour aboutir à une solution négociée, décrivant la poursuite des actions militaires comme « dangereuse et contreproductive » et s'inquiétant du sort du gouvernement libanais.
Le 2 juin 2010, au lendemain de l'arraisonnement par la marine israélienne de bateaux pro-palestiniens au large de Gaza, il déclare : « Aucune explication ne peut justifier ni blanchir ce crime. Aucun prétexte ne peut servir à excuser ou à expliquer la stupidité des actes du gouvernement et de l'armée. Israël n'a pas envoyé ses soldats pour tuer des civils de sang-froid. De fait, c'était même la dernière chose qu'il voulait. Et pourtant. Une petite organisation turque, fanatique du point de vue religieux et radicalement hostile à Israël, a recruté pour sa cause plusieurs centaines de chercheurs de paix et de justice, et a fait en sorte de prendre Israël au piège, précisément parce qu'elle savait comment Israël réagirait, comment Israël était programmé pour réagir comme il l'a fait. [...] Il est clair que ce jugement n'implique aucun accord avec les motivations, ouvertes ou cachées, et souvent malveillantes, de certains participants à la flottille de Gaza. Car tous ne sont pas des humanitaires épris de paix, et les déclarations de certains d'entre eux sur la destruction d'Israël sont criminelles. Mais cela ne compte pas, tout simplement, car autant que nous le sachions, ces opinions ne méritent pas la peine de mort. »

Escale israélienne avec Lucie .

Pour aller plus loin, d'autres lectures , plus anciennes.....

1. Te retourne pas Handala, Olivier Gérard
2.Le troisième jour,Chochana Boukhobza
3.En retard pour la guerre, Valérie Zenatti
4.Histoire d'une vie, Aaron Appelfeld

 31 ème ouvrage lu dans le cadre du challenge de Hérisson.

Palestine


J’ai achevé la lecture de livre il y a une dizaine de jours (à l'heure où je rédige mon avis)…..et mon avis tarde à prendre corps !!! Deux alternatives à cela : soit c’est un chef d’œuvre et il m’a laissée KO, et à court de mots, soit c’est une daube et il m’a laissée à court de mots et surtout à court de souvenirs…..
Seconde option, donc pour ce court roman dont l’action met en scène un soldat israélien et capturé par l’ennemi palestinien, le tout évidemment au beau milieu de cette pétaudière qu’est la Palestine dans sa globalité….
Que dire ? Si ce n’est que je ne me souviens de pas grand-chose, et que l’immersion de ce brave soldat parmi celles et ceux que son armée combat depuis la nuit des temps me laisse sans l’ombre d’un ressenti. Certes le vécu du peuple palestinien ne laisse pas indifférent….mais bon…..
L’écriture n’est ni splendide, ni moche. Elle ne m’a pas parlé ; J’ai lu ce livre mais sans vraiment le lire, c’est-à-dire en alignant des mots, des phrases sans les relier d’une façon ou d’une autre, et en me disant cela au dernier mot : Oui, d’accord, mais au fait c’est quoi au juste ?


Hubert Haddad
Zulma (23/08/2007)
156 pages

 
4ème de couverture :

Quelque part en Cisjordanie, entre la Ligne verte et la « ceinture de sécurité », une patrouille israélienne est assaillie par un commando palestinien. Un soldat tombe sous le feu, un autre est enlevé par le commando bientôt en pleine déroute… Blessé, sous le choc, l’otage perd tout repère, en oublie son nom. C’est, pour lui, la traversée du miroir.

Seul survivant, sans papiers, en vêtements civils et keffieh, le jeune homme est recueilli, soigné puis adopté par deux Palestiniennes. Il sera désormais Nessim, frère de Falastìn, étudiante anorexique, et fils d’Asmahane, veuve aveugle d’un responsable politique abattu dans une embuscade.

C’est ainsi que Nessim découvre et subit les souffrances et tensions d’une Cisjordanie occupée...
A propos de l'auteur 

Tout à la fois poète, romancier, historien d’art, dramaturge et essayiste, Hubert Haddad, né à Tunis en 1947, est l’auteur d’une œuvre vaste et diverse, d’une forte unité d’inspiration, portée par une attention de tous les instants aux ressources prodigieuses de l’imaginaire. Depuis Un rêve de glace, jusqu’aux interventions borgésiennes de l’Univers, premier roman-dictionnaire, et l’onirisme échevelé de Géométrie d’un rêve ou les rivières d’histoires de ses Nouvelles du jour et de la nuit, Hubert Haddad nous implique magnifiquement dans son engagement d’artiste et d’homme libre.

Première escale, pas convaincante, en Israël, sur une idée de Lucie.



Pour aller plus loin, d'autres lectures , plus anciennes.....

1. Te retourne pas Handala, Olivier Gérard
2.Le troisième jour,Chochana Boukhobza
3.En retard pour la guerre, Valérie Zenatti
4.Histoire d'une vie, Aaron Appelfeld

lundi 23 janvier 2012

C'est lundi que lisez -vous? (23)

Ce que j'ai lu ou achevé la semaine passée

*La route, Cormac McCarthy
* Un roman américain, Stephen Carter
*Reflets dans un œil d'or, Carson McCullers



Ce que je suis en train de lire

*New-York:histoire, promenades, anthologie&dictionnaire
Un livre qui se picore, et se consulte au grès des envies et de son temps, plus qu'il ne se lit
*Un 5ème livre "Israël"
*Un léger déplacement, Marie Sizun
*Le paradis des femmes, Ali Bécheur 
*
Ce que je lirai cette semaine

Ce qui est en cours, et dans le meilleur des cas, le terminer !!!

samedi 21 janvier 2012

Reflets dans un oeil d'or

Tout est étrange dans cette histoire : les personnages, et l’atmosphère. Au sein d’une garnison, dans un quasi huis-clos, évoluent deux couples, un soldat, et un serviteur. D’emblée, sans que je puisse dire pourquoi, l’ambiance parait des plus lourdes, pleine de non-dits.
L’auteur sait, au fur et à mesure, nous faire rentrer dans l’intimité des personnages, et nous les présenter, et brosser leurs caractères, et, mettre ainsi une pression jusqu’à la dernière ligne.
Carson Mc Cullers, nous invite dans l’intimité de deux couples, dont chacun des composants présente leur part d’ombre, leur croix à porter. Les attirances "anormales" des uns, la frigidité d’une autre, ou au contraire le feu qui couve pour une autre….le feu comme le nom de son cheval, qui dans cet univers est le seul être vivant à peu près normal. Les refoulements s’expriment à demi-mots.
 « Il était subjugué par un mélange de répulsion et d’attirance, comme si, complètement nu, le jeune soldat et lui s’étreignaient corps à corps dans une lutte mortelle. »
La mort n’est jamais bien loin, dès le départ, elle rôde, cachée quelque part, derrière quelqu’un…mais qui ?
Bien qu’aucun des personnages ne me paraisse plus sympathique que l’autre, j’ai apprécié la qualité d’écriture de Carson McCullers : des mots choisis, une syntaxe élaborée, un vocabulaire imagé, et, cette façon de mettre de faire sentir les choses et les gens. L’ouvrage n’est pas très épais, c’est peut-être aussi pour cela, il n’y a pas de lassitude ; les chapitres sont équilibrés, le texte en est donc assez aéré pour ne pas étouffer.
Reflets dans un œil d'or, Carson Mc Cullers
Stock (collection la cosmopolite, octobre 2001)
174 pages

 4ème de couverture :
Au début du siècle dernier, dans une garnison isolée du sud des Etats-Unis, le hasard tisse entre deux femmes et trois hommes des relations singulières. Rapports d'autorité, problèmes et conflits sexuels sont au coeur de l'intrigue que Carson Mc Cullers développe avec cette exquise subtilité qui lui est propre. Coloré tour à tour de lyrisme, de suspense et d'humour, ce roman bref et dense dévoile pour nous les modalités d'un drame imputable moins au hasard des situations qu'à la psychologie des personnages et aux ressorts inconscient qui inspirent souvent notre conduite.
A propos de l'auteur:

Carson McCullers est une romancière et nouvelliste américaine, née à Columbus(Géorgie) le 19 février 1917.
De son vrai patronyme, Lula Carson Smith, elle abandonne une partie de son nom en 1930 pour se faire appeler Carson. Elle écrit sa première nouvelle, Sucker, à l'age de 16 ans. Après des études à l'université de Columbia puis, à la New York University, elle publie, en 1936, une nouvelle intitulée Wunderkind et commence à travailler sur son premier roman Le Cœur est un chasseur solitaire, initialement intitulé Le muet.
En 1937, elle épouse Reeves McCullers et s'installe à Charlotte, Caroline du Nord, où elle achève Le muet. Le Cœur est un chasseur solitaire est publié en 1940 : elle a 23 ans. Il fut adapté à l'écran en 1968 par Robert Ellis Miller.
L'année suivante, en 1941, paraît un deuxième roman, Reflets dans un œil d'or. Adapté au cinéma par John Huston en 1967 avec Marlon Brando et Elizabeth Taylor.
En 1946, elle publie son troisième roman, Frankie Addams (The Member of the Wedding), rencontre Tennessee Williams et part voyager en Europe avec son mari.
A la suite de problèmes de santé, elle tente de se suicider en 1947 et est hospitalisée à New York.
En 1952, elle s'installe en France avec son mari, dans l'Oise, à Bachivillers. L'année suivante, elle retourne aux États-Unis après le suicide de son mari.
Son quatrième et dernier roman, L'Horloge sans aiguilles, est publié en 1961. Elle meurt des suites d'une hémorragie cérébrale en septembre 1967 à Nyack( New-York)
Pour  une partie du corps dans le challenge Petit bac 2012 proposé par Enna.

Compte pour la catégorie des auteurs en Mc dans le challenge organisé par Ys.

vendredi 20 janvier 2012

Un roman américain

 « Harlem a ses secrets. Des secrets qu’il ne livrera pas sans se battre. Harlem n’est pas simplement un quartier, Eddie. C’est une idée. Voire une idéologie. Une force. Tu ne peux pas lui chercher des noises. Il rend œil pour œil. »
Voici une lecture intéressante à plus d’un titre. L’ouvrage est répertorié comme roman, mais il est aussi un bon cours d’histoire des USA des années 60, et un excellent thriller politico-sociétal.
L’auteur choisi de retracer sur une vingtaine d’année le parcours d’une famille harlémite et va emporter son lecteur dans les méandres d’une période bien agitée des Etats-Unis. Nous suivrons les Garland  appartenant à la classe aisée de "l’obscure nation" ; autrement dit une famille noire dont on verra que, malgré les lois raciales de l’époque, rien ne les a éloigné d’une ascension sociale confortable, ni d’avoir une certaine influence sur les choses et les personnes.
Si l’auteur a pris quelques libertés avec certains faits de l’époque, et il s’en explique  à la fin de l’ouvrage, les détails sont trop infimes pour en gêner la lecture.
Tout y est : la lutte pour les droits civils, la violence de l’époque, les trafics d’influence, les réunions politiques ultra secrètes, les complots, le FBI, la CIA. De 1950 à 1974, une enquête politico-familiale au rythme haletant, se combine parfaitement avec le parcours des Garland, des Wesley et de tout leur entourage. L’action se situe principalement dans le  quart nord-est du pays, et notamment Harlem dont on découvre ici une image aujourd’hui disparue.
Sur le plan stylistique, Stephen Carter nous offre une lecture fluide et agréable, mêlant les dialogues et la narration de manière équilibrée.  Bien découpé, ce roman, une fois entamé se lit d’une traite ou presque. Les puristes y verront peut-être un ouvrage un peu conventionnel, convenu…j’y ai pris beaucoup de plaisir. Je me suis plu avec tous ces personnages, à mon sens, bien décortiqués. Et puis, bien qu’il ne s’agisse pas d’un polar à proprement parler, il y avait une suspense assez solide pour me laisser une belle impression, et en conseiller la lecture.

Je remercie infiniment les éditions Robert Laffont pour leur confiance et l’envoi de ce livre.

Un roman américain,Stephen Carter
Robert Laffont ( 12/01/2012)
600 pages


4ème de couverture :
Été 1952, Martha's Vineyard. Vingt hommes se réunissent dans le plus grand secret. Politiciens, avocats, hommes d'affaires, universitaires, Blancs et Noirs, ils sont l'élite de l'Amérique. Ce soir-là, ils signent un pacte diabolique destinéà manipuler le président des États-Unis pour les décennies à venir...
Deux ans plus tard, au coeur de Sugar Hill, par une nuit glaciale de février, à la sortie d'une réception huppée, le jeune écrivain noir Eddie Wesley tombe sur un cadavre. Lequel cadavre agrippe entre ses mains une étrange croix inversée. Qui a tué ce riche avocat blanc croisé quelques heures plus tôt à la fête ? Que signifie cette croix ?
Alors que la curiosité d'Eddie commence à déranger, sa petite soeur, Junie, promise à un brillant avenir à la Cour suprême, s'évanouit brusquement dans la nature. Quel est le lien entre cette disparition, le meurtre de l'avocat et le complot visant à contrôler le président des États-Unis ?
Sur cette intrigue de thriller se déploie un roman qui mêle avec maestria grande histoire d'amour, saga familiale et souffle de l'Histoire (JFK, Joseph Kennedy Sr, Nixon, Hoover... en sont des personnages à part entière). À travers la quête de son héros, Stephen Carter brosse le portrait saisissant de l'Amérique des « sixties » : la fin de l'âge d'or de Harlem, l'ascension d'une littérature afro-américaine respectée par l'intelligentsia blanche, Kennedy, Martin Luther King et les avancées du Mouvement pour les droits civiques, l'émergence des groupes radicaux violents, la guerre du Vietnam, le scandale du Watergate...
A propos de l'auteur:
Stephen Carter est né à Washington (USA)en 1954.Il était le second des cinq enfants, il a fait ses études dans le les écoles publiques de Washington, New York, et à Ithaca, New York.
Il a obtenu son baccalauréat en histoire à Stanford avec une distinction. Trois ans plus tard il est diplômé de droit de la faculté de Yale.
Il a travaillé comme clerc pour le juge Spottswood W. Robinson, III, des États-Unis la Cour d'appel le District de Columbia Circuit, puis à la justice Thurgood Marshall de la Cour suprême des États-Unis.
Stephen Carter a été professeur de droit à Yale pendant près de trente ans. A Yale, Stephen Carter enseigne des cours sur le droit et la religion, la propriété intellectuelle, contrats, responsabilité professionnelle,mensonge et de secrets, et l'éthique de la guerre.
Il a publié des dizaines d'articles dans des revues juridiques, et dans les principaux journaux du pays. Il apparaît souvent à la radio et la télévision.
Le professeur Stephen Carter est membre de nombreuses sociétés savantes. Il a reçu huit doctorats honoris causa.
Bibliographie de Stephen Carter : Echec et mat (2003) ; La dame en noir (2009)

Pour le chalenge d'Emily.


Pour le challenge le nez dans les livres de George, pour le mot roman.....

lundi 16 janvier 2012

La route

L’ouvrage était en ma possession depuis longtemps. Souvent je l’ai pris en mains, aussi souvent je l’ai reposé parce qu’il me faisait peur…Mon sixième sens, cette fois-ci , ne m’a pas trahie.
Dans un paysage de désolation, un homme et son fils marchent…. On ne sait pas où, on ne connait pas leur prénom, on ne sait pas quand… bref, on ne sait rien.
Un livre en noir et blanc, et avec toutes les nuances que donnent le mélange du noir et du blanc…mais plus proche du gris foncé que du gris clair.
Je me suis retrouvée face à une écriture dépouillée, des dialogues lapidaires aussi secs que peuvent être les coups de trique !!! Un style surprenant, déroutant, qui a vite montré ses limites, en laissant un ronron lancinant qui finit par lasser.
Le texte est à l’avenant : pas de chapitres, tout juste quelques lignes de séparation, pour ne pas faire trop " gros paquet", des dialogues à peine distincts de la narration.
Dépressifs et dépressives, fuyez !!! La seule issue sera pour vous le placard à balai pour vous y pendre. Il n’y a aucun espoir, aucun échappatoire, aucune issue…Rien….
Je me suis sentie étouffée, prisonnière ; J’ai eu l’impression d’être enrôlée dans une aventure où chaque jour se suivent et se ressemblent : se réveiller, trouver de quoi manger, s’abriter, dormir. J’ai cru lire à chaque fois la même chose…
Que dire de la relation entre le père et le fils ? Ils s’aiment…la belle affaire !!! Situation normale, surtout en temps de crise…on se serre les coudes. Et puis un père…ça aime son fils, forcément ; rien de drôle là-dedans. Rien de prenant dans ce livre à ce sujet-là…
Le livre me faisait peur… son succès planétaire aussi…et de cela je me méfie. Mon sixième sens avait raison…ce livre ne m’a pas plu, ne m’a pas touchée.

La route, Cormac McCarthy
Edition de l'olivier
245 pages


4ème de couverture :
L’apocalypse a eu lieu. Le monde est dévasté, couvert de cendres. On ne sait rien des causes de ce cataclysme. Un père et son fils errent sur une route, poussant un caddie rempli d’objets hétéroclites et de vieilles couvertures. Ils sont sur leurs gardes car le danger peut surgir à tout moment. Ils affrontent la pluie, la neige, le froid. Et ce qui reste d’une humanité retournée à la barbarie. Cormac McCarthy raconte leur odyssée dans ce récit dépouillé à l’extrême.
Quelques mots à propos de l'auteur:
Cormac McCarthy est né à Providence (Rhode Island) en 1933. Couronnée par le National Book Critics Circle Award et le National Book Award, son œuvre est considérée aujourd'hui comme l'une des plus marquantes de la littérature américaine contemporaine.



                                Pour  l'état de Rhode Island dans le challenge de Sofynet.16/51


C'est lundi que lisez -vous? (22)

Ce que j'ai lu ou achevé la semaine passée

*Un ouvrage, non édité pour évaluation
* Nos silences, Wahiba Khiari
*Un quatrième livre destination Israël
* La tour d'arsenic, Anne B.Ragde


Ce que je suis en train de lire

*New-York:histoire, promenades, anthologie&dictionnaire
Un livre qui se picore, et se consulte au grès des envies et de son temps, plus qu'il ne se lit

*La route, Cormac McCarty 
*Un 5ème livre "Israël"
*Le paradis des femmes, Ali Bécheur 
Ce que je lirai cette semaine

Ce qui est en cours, et dans le meilleur des cas, le terminer !!!
M'intéresser à un ouvrage de Carson McCullers

dimanche 15 janvier 2012

La tour d'arsenic

L’une, Therese, pleure la mort d’une grand-mère aimée, l’autre, Ruby, se réjouit de la mort de sa mère…Et pourtant, il s’agit de la même femme. Comment en arrive-t-on à autant de ressenti autour d’une même personne ?
« Ainsi ma grand-mère étai-elle différente de la mère de mère. »
Qui était donc Malie ? Pourquoi ces ressentis aussi contradictoires pour une seule et même personne ?
C’est ce à quoi Anne B.Ragde va s’atteler tout au long de son roman. Elle va remonter le temps et s’attarder inversement au temps à ce que furent Malie, et Morgens, son mari. Petit à petit, les secrets se dévoilent, les personnalités de chacun prennent leur sens. Peu à peu le poison qui imprègne cette famille distille et fait son œuvre. 
Idéalement découpé, ce roman comporte 6 parties dont la première et la dernière ont pour narratrice Therese, et les autres un narrateur neutre, un observateur. C’est au cours de ces 4 parties que le lecteur va plonger au milieu de cette famille rustique, va faire connaissance avec Malie qui de prime abord n’apparait pas sous un jour très sympathique…mais on apprendra qu’elle avait quelques raisons de "mal tourner". Aussi, cela nous apprends que personne ne connait sa famille, et ne devrait juger les siens hâtivement.
Ceci étant, malgré une lecture fluide et facile, il a manqué de profondeur à ce roman. La révélation des faits et secrets m’a semblé couler de source et sans effort de recherche. J’ai vécu cette lecture comme une forme de catalogue ; je m’attendais plus à un travail de recherche de la petite fille. Etrangement absente, elle ne réapparait que dans les dernières pages sans implication de sa part…A-t-elle été mise au courant de sa vérité familiale ? C’est cela qui m’aurait plu de connaître…
Si je ne boude pas mon plaisir de lecture pour avoir passé de bons moments, je n’en suis pas moins frustrée par une histoire familiale dont j’attendais un peu plus de "matière", et qu’elle soit plus creusée, plus décortiquée.
Je remercie chaleureusement les éditions Balland pour leur confiance, et l’envoi de ce livre.





La tour d'arsenic, Anne B.Ragde
Balland, 20/10/2011
522 pages

4ème de couverture :
Norvège : la vieille Amalie Thygesen, dite Malie, ancienne chanteuse de cabaret à la gloire éphémère, rend son dernier souffle dans une maison de retraite. Tandis que sa petite fille, Therese, plie ses bagages sur l'instant pour rejoindre le lieu des obsèques - et se laisse prendre dans un tourbillon de souvenirs drôles, tendres, émouvants, le reste de la famille chante l'heure de la libération : débarrassés de la vieille femme fantasque au caractère trop bien dessiné, les uns et les autres vont pouvoir se jeter sur les biens immobiliers et vendre les babioles qui, pour eux, ne valent pas la peine d'être gardés. Comprenant mal ce manque de compassion et de respect pour sa grand-mère, Therese va découvrir, au fil des objets qui ont fait la vie de Malie et des confidences récoltées, qui a été cette femme qu'elle croyait si bien connaître... Une femme que sa propre fille, Ruby, la mère de Malie, détestait cordialement, et que beaucoup craignaient. Comment peut-on susciter chez ses proches des sentiments aussi contradictoires ?
Quelques mots à propos de l'auteur:

Anne Birkefeldt Ragde est née en Norvège en 1957. Auréolée des très prestigieux prix Riksmal (équivalent du Goncourt français), prix des Libraires et prix des Lecteurs pour sa "Trilogie de Neshov" publiée aux éditions Balland (90 000 exemplaires vendus), Anne Birkefeldt Ragde est une romancière à succès, déjà traduite en 15 langues, aux millions d'exemplaires vendus.


Pour la Norvège dans le cadre du défi scandinave proposé par Prune .  

Passage par la Norvège pour le challenge Voisins-voisines proposé par Anne.

La plus belle fille du monde


Pour ados de 12 à 16 ans…..
Un livre trouvé par hasard, au gré de mes errances en médiathèques. Je ne connais pas l’auteur, hormis le fait qu’elle ait pour belle-sœur une chanteuse lyrique que j’apprécie beaucoup. Je ne lis pas d’ouvrages destinés à la jeunesse ; je ne me sens pas concernée, et j’ai déjà tant à faire avec ceux pour adultes….Mais bon, tentons l’aventure !!!
Je me suis sentie bien éloignée des préoccupations de cette jeune fille, Sandra, élève douée, et de ses trois amis.
La plus belle fille du monde…..on en parle bien peu dans ce roman. Elle arrive dans la classe….et insidieusement va bousculer les idées reçues. Elle s’appelle Gogol….un nom,  qui quand on est ado, peut faire sourire, et rire aussi.
Ceci étant dit, l’écriture est simple, le style alerte. Ce livre se lit facilement et rapidement. C’est une bonne transition entre deux bons vrais livres ….mais rien de plus.
La littérature ado, n’est pas pour moi ; je crois d’ailleurs me souvenir que je n’en lisais même pas quand j’en avais l’âge !!!

Agnès Desarthe
L'école des loisirs (octobre 2009)
165 pages

4ème de couverture :
« Les enfants, je vous présente, Liouba Gogol », a dit M. Dubeuf au moment où elle pénétrait dans la salle.
Personne n’a ri. C’était comme si une averse de neige s’était soudain abattue sur la salle. J’ai pensé à toutes les fois où j’avais traité Djézone de gogol et j’ai eu honte. Je n’étais pas la seule. Nous étions collectivement victimes d’un retournement de sens.
 À partir de cette seconde, gogol ne voulait plus dire débile, ça voulait dire un mètre soixante-dix, un visage en triangle, des joues roses, des yeux verts, un chignon blond à moitié défait, une bouche très rouge et de longues mains de pianiste. »
Dès l’instant où la plus belle fille du monde débarque dans sa classe, Sandra, la narratrice de cette histoire, sait que plus rien ne sera comme avant…

A propos de l'auteur
Agnès Desarthe est née à Paris en 1966. Elle est la fille d’Aldo Naouri, le pédopsychiatre, et la sœur de Laurent Naouri ( baryton) lui-même époux de la soprano Natalie Dessay.
Considérant très tôt le français comme une langue étrangère - car chez elle on parle l'arabe, le russe et le Yiddish - elle tente de l'apprivoiser en écrivant des poèmes qui font pleurer sa mère, des histoires qui enorgueillissent son père.
Malgré une orthographe souvent défaillante, elle parvient à suivre des études de lettres, puis d'anglais.
La traduction est son premier métier. Les livres pour enfants viennent ensuite, les romans, les chansons, les scenarii, les pièces de théâtre. Arrivée à l'âge où l'on commence à fatiguer, elle mène ces diverses et trop nombreuses activités de front, ce qui la rend parfois folle.
Elle danse beaucoup, et jardine vigoureusement.
Jugée tantôt trop douce, tantôt trop cruelle, elle se verra jusqu'au bout comme une immigrée dans la république des lettres.
En écrivant, elle cherche à rendre compte du chaos qui la stupéfie, de la violence qui la cloue et l'empêcherait de se lever si elle ne trouvait pas moyen de l'utiliser, de la mater, de la transmettre.
Issue de la tradition orale, elle a entendu tant d'histoires qu'elle n'a finalement jamais eu d'autre choix que d'en raconter à son tour.
Elle souhaite, si les conditions le permettent, finir ses jours à la campagne.

Lecture dans le cadre du challenge Un mot des titres proposé par Calypso, autour du mot monde......