dimanche 24 octobre 2010

Dans la vallée des larmes

«L'état quasi extatique, ce vide d'une extrême densité, qui m'avait transi juste après qu'on m'eut annoncé que j'avais un cancer, aura été la plus surprenante étape de mon aventure.
Aucun état amoureux, aucun événement, aucun autre voyage ne m'a donné à vivre cet exotisme engendré par l'effroi de me savoir condamné : un exotisme qui rejette aux confins de toute singularité, sous la menace, au bord du morcellement.
De quoi exactement avais-je fait l'expérience ? Je suis bien en peine de le dire. La peur, la volonté, tout désir étaient suspendus ; je subissais un vide qui m'emplissait totalement. Puisque je n'étais pas mort, je devais appartenir à la communauté des deux fois nés.»
« Être malade avait fait de moi un être aux aspirations cosmiques. Être en bonne santé ne faisait peut-être de moi qu’un égoïste. » p 49
Un court, mais intense récit, dans lequel un médecin urgentiste raconte son « voyage » à travers la maladie.
Il est jeune, médecin, et frappé d’un lymphome qui va le faire passer de l’autre côté du rideau, du côté des malades. Ce voyage va le porter de son lourd traitement à sa guérison.
Le médecin s’efface peu à peu pour laisser parler l’homme. L’homme ne s’encombre pas de détails, il va droit au but, avec des mots choisis, et dans une langue admirablement écrite.
La maladie est pour lui une seconde naissance ; et c’est à cette renaissance que nous assistons tout au long de ce livre sur les passages.
« L’appel du voyage ne venait pas d’une banale envie de partir, mais d’un besoin d’exotisme radical. Oui, peut-être étais-je vraiment pressé de mourir ? Rien ne m’avait été donné à vivre d’aussi intense que cette maladie ?» p66
L’auteur met en lumière un cap difficile à franchir dans sa vie sentimentale, l’éloignement, les solitudes bilatérales. Ce voyage, il le fera à sa façon, avec la compréhension et la tolérance de son compagnon.
Patrick Autréaux-Gallimard-118 pages

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