samedi 9 novembre 2019

Coup de vent


C’était le week-end, j’avais besoin d’un bon polar, ni trop long, ni trop compliqué ; un bon Gallmeister de l’année fera donc l’affaire ! Et comme par hasard, Poirette ne cache pas son enthousiasme samedi dernier…

Bryan est un jeune loup de la finance, très bien payé, très bel appartement à la pointe sud de Manhattan, mais, à croire que tout cela ne suffise pas. Les femmes sont surtout attirées par son compte en banque, alors que lui, au fond, préfère se retirer dans le minuscule appartement de feu son père qu’il conserve secrètement.
 Alors, à l’issue de ses vacances officielles en République dominicaine, c’est décidé, il a prévu de disparaître de la circulation en profitant du confortable magot qu’il a -intelligemment, le croit-il- détourné à sa banque.

A ses trousses, sa supérieure, une surdouée coréenne, que son futur mari et mariage exaspèrent copieusement, et qui sans en avoir l’air, s’envoie en l’air avec pratiquement tout ce qui lui tombe sur la main ; un fin limier homo, un détective privé nain à la virilité très vigoureuse et assumée….

D’un banal voyage sans retour qui devait démarrer dans un paradis fiscal des caraïbes, Mark Haskell Smith nous entraine dans  une course -poursuite complètement déjantée, dont on peine à imaginer l’issue tant elle inattendue.


Ames prudes et oreilles chastes, abstenez-vous ! la langue est fleurie ; explicite mais jamais vulgaire ; mais disons, on ne s’embarrasse pas avec les formalités, ça décoiffe ! Et, ma foi, de temps à autre ça fait du bien !


Coup de vent de Mark Haskell Smith, traduit de l’américain par Julien Guérif, chez Gallmeister  (Septembre 2019, 250 pages)



Mark Haskell Smith est un écrivain, dramaturge et scénariste américain né en 1957 dans le Kansas.

Il est aujourd'hui principalement connu comme écrivain après avoir exercé au cours des années 1990 une éphémère carrière de dramaturge et avoir été scénariste pour le cinéma et la télévision.

Mark Haskell Smith est le scénariste de Playing God (1997) et du film brésilien A Partilha (2001) qui a remporté le Prix du Public du Meilleur Film et le Crystal Lens Award pour le meilleur scénario en 2002 au Brazilian Film Festival à Miami.

Il vit à Los Angeles en Californie et enseigne l'écriture romanesque à l'UCLA Extension's Writers Program.

Il publie un premier roman en 2002 intitulé "Moist" dont l'histoire débute avec Amado, un gangster notoire en pleine action et qui perd un bras, sectionné par une porte de garage et dès lors séparé et abandonné par son propriètaire sur une scène de crime. Le bras devient alors l'objet de nombreuses convoitises. Superbe roman policier humoristique, ce livre est traduit en 2005 au sein de la collection Rivages/Noir sous le titre "À bras raccourcis".

Smith poursuit l'écriture et signe cinq romans supplémentaires, dont trois ont été traduits en France par l'éditeur Payot & Rivages. Il partage aujourd'hui son temps entre l'écriture et l'enseignement à l'université de Californie à Riverside.

2002 "Moist", en français "À bras raccourcis"
2005 "Delicious"
2007 "Salty"
2010 "Baked", en français "Défoncé"
2012 "The Heart of Dankness"
2013 "Raw"

mercredi 6 novembre 2019

Paz


Il y a un peu moins d’un an, je terminais un magnifique recueil de l’auteur consacré au Chili (oui, je sais, c’est mon obsession du moment …) en écrivant ceci :

 « Il m’a également rendue impatiente de pouvoir lire le troisième volet qui devrait clore la trilogie commencée avec Mapuche. Mais pour cela il va falloir patienter un peu. Caryl Ferey prend son temps ! »

Inutile de dire que je n’ai pas attendu pour acquérir Paz, dernier volet de la trilogie sud-américaine. Ce que j’aime avant tout chez Cary Ferey, c’est qu’il me fait voyager intelligemment, en explorant la côté sombre d’un pays, et en donnant vie à des personnages attachant même dans leur noirceur.

Après l’Argentine de Mapuche, le Chili de Condor, nous voilà un peu plus au nord, en Colombie, après les années noires des FARC. Les choses semblent apaisées, la paix négociée…oui, mais…. (Je fais volontairement l’impasse sur la trame de l’histoire pour ne pas ″ divulgâcher″)

Caryl Ferey s’intéresse bien entendu à l’histoire mouvementée de la Colombie, à ses années noires, la mainmise des narcos qui gangrènent profondément la démocratie″, à ses politiques corrompus, cyniques et troubles.

Moins social que ses précédents ouvrages, Caryl Ferey explore les rapports familiaux et ses secrets, les filiations compliquées, le mensonge, la trahison.

Sous les traits de Diane, journaliste bornée, Ferey s’intéresse à la presse d’investigation jusqu’au-boutiste, parfois pour le bon, mais aussi pour le pire.

Comme toujours, avant d’écrire, Ferey s’informe, se documente, va sur le terrain, rencontre des gens, les écoute, les observe.

Il en résulte un livre bien écrit, imagé, mais, contrairement aux précédents, beaucoup plus suggestifs dans l’évocation de l’extrême violence de ce livre. Ne nous trompons pas, si l’ouvrage s’appelle Paz, mais la paix est encore loin !

Caryl Ferey signe ici un roman dense, exigeant, passionnant, moins cash que les précédents, mais à mon sens plus profond et plus abouti. Il aura réussi à inscrire la Colombie dans mon carnet de voyages !

Paz de Caryl Ferey, chez Gallimard (Octobre 2019,536 pages)


Caryl Férey est un écrivain et un scénariste français né en 1967.
Il a grandi en Bretagne après que sa famille se fut installée à Montfort-sur-Meu près de Rennes en 1974.
Grand voyageur, il a parcouru l'Europe à moto, puis a fait un tour du monde à 20 ans. Il a notamment travaillé pour le Guide du Routard.
En 1994, paraît chez Balle d'Argent, petite maison d'édition rennaise, son premier roman "Avec un ange sur les yeux". Il sort la même année son premier polar, "Delicta Mortalia : péché mortel", puis quatre ans plus tard le très remarqué "Haka" (1998).
Il écrit aussi pour les enfants, pour des musiciens, le théâtre et la radio. Il se consacre aujourd'hui entièrement à la littérature.
Il a obtenu le Prix SNCF du polar 2006 pour "Utu" (2004) et le Grand prix de littérature policière 2008, le Prix Mystère de la critique 2009 et le prix Jean Amila au Salon du livre d'expression populaire et de critique sociale d'Arras 2009 pour "Zulu" (2008).
En 2013, "Zulu" est adapté au cinéma, réalisé par Jérôme Salle d'après le roman éponyme, avec Orlando Bloom et Forest Whitaker.
"Mapuche" (Série noire, 2012) obtient le Prix Landerneau Polar 2012 ainsi que le Prix Ténébris en 2013.
Il publie "Condor" chez Gallimard en 2016 (Série noire)

dimanche 27 octobre 2019

Dictionnaire amoureux de New-York



Celles et ceux qui me suivent savent combien j’aime cette ville et que je ne boude jamais mon plaisir d’y retourner, virtuellement le plus souvent, il va sans dire…. Alors que la New-Yorkite aigüe m’est retombée dessus je ne me suis pas fait prier pour cet ouvrage. En outre, c’était l’occasion de faire connaissance avec cette collection à laquelle je ne m’étais guère intéressée jusque -là.

De l’auteur, je connais peu de chose, si ce n’est son long parcours journalistique dans un canard, qui, je le confesse bien volontiers n’est pas trop de mon bord, et que je ne lis qu’épisodiquement.
Le monsieur est visiblement un amoureux de la grosse pomme ; il y va très souvent, et depuis longtemps. Laissons-le nous raconter à sa façon cette ville à l’âme si particulière.

Depuis acronymes si chers aux New-Yorkais (SoHo, Tribeca, Dumbo) à Zoo du Bronx (Ota Benga, ça vous dit quelque chose ?), 255 entrées ; certaines incontournables, bien évidemment, et infiniment d’autres plus surprenantes et instructives. Même le Donald y a droit, non pas par sympathie de l’auteur à son encontre, mais parce que n°45 y affiche une dizaine d’adresses de gratte-ciel.

Serge July fait la part belle au cinéma ; normal le septième art a sublimé New -York ; mais aussi à la musique aux jazzmen, aux écrivains (Paul Auster etc….).

Mais, et surtout il y a l’insolite, et néanmoins très utile…. Savez-vous que c’est un New-Yorkais qui en 1857 dépose le brevet de l’ancêtre du PQ, et un autre qui en 1881 du rouleau de papier perforé ?

J’avais dans l’idée de picorer à l’envie dans ce recueil ; et c’est finalement d’une traite que je l’ai dévoré. Je ne suis pas du tout certaine d’avoir soigné mon mal ; bien au contraire les symptômes amplifient… Mais qu’importe, après un ouvrage éprouvant, celui-là était juste parfait !

Dictionnaire amoureux de New-York de Serge July, chez Plon (Octobre 2019, 765 pages)


Serge July est un journaliste français né en 1942.

En octobre 1963, alors qu'il est étudiant en histoire de l’art à la Sorbonne, il adhère à l’Union des étudiants communistes (UEC, proche du PCF). Il commence alors à collaborer au journal Clarté, publiant une interview de Louis Malle dans le numéro de novembre.

En 1965, il est vice-président de l'Union nationale des étudiants de France (UNEF), chargé de l'information. De 1966 à 1969, il est enseignant au collège Sainte-Barbe.

En août 1968, Serge July et Alain Geismar font un voyage à Cuba où ils sont reçus triomphalement. De retour ils rédigent un livre intitulé Vers la guerre civile.

Après mai 1968, il fait partie des fondateurs de la Gauche prolétarienne, le 31 octobre 1968, et de son comité exécutif (comme rabatteur de phénomènes nouveaux en émergence). En avril 1970, il est responsable du mouvement maoïste dans le nord de la France, sous le pseudonyme de Marc.

Serge July est cofondateur du journal Libération qu'il a dirigé de 1973 à 2006. Depuis, il est éditorialiste à RTL et réalise des films avec sa compagne Marie Génin.