vendredi 19 avril 2019

Marx et la poupée


Beaucoup ont dit et raconté l’exil ; il y en a qui sont passés sans laisser de traces, à mon point de vue en tout cas, et il y a ceux dont on se souviendra. Marx et la poupée est de ceux- là. Sans pathos, ni optimisme béat, Maryam Madgidi nous parle de l’exil, de son exil, de son rapport à la langue qu’elle réinvente et ″avale‶ faute de pouvoir parler la sienne.

« La langue prend forme dans le secret de ma bulle, de mon monde intérieur, mon placenta à moi. »

Maryam est petite fille lorsque qu’elle quitte l’Iran avec sa mère pour rejoindre le père déjà à Paris. La famille fuit un régime qui emprisonne un certain nombre de ses membres.
Ce récit de l’exil commence bien avant la naissance de l’auteur. Il narre trois naissances : l’originelle, celle de l’exilée arrivant, et celle qui fait la synthèse des deux retrouve sa langue.
Le conte persan n’est jamais bien loin, intimement mêlé au vécu de l’auteur et de sa famille.
C’est le côté protéiforme, son absence de chronologie et de linéarité qui font l’originalité et la force de ce roman.
Maryam Madjidi convoque les poètes persans de son enfance pour alimenter, et illustrer son propos.
On y perçoit l’extrême sensibilité de l’auteur, mais également son humour, sa maturité, mais aussi sa fragilité dans ses deuils de petite fille. Quand l’humain se retrouve séparé de sa terre et des siens,  il sait puiser au fond de lui les ressources pour se réinventer. C’est cela que Maryam Madjidi a voulu nous montrer au fil de ce très beau livre.

L’avis de Jostein qui m’a accompagné dans cette lecture .

Marx et la poupée de Maryam Madjidi, chez Le Nouvel Attila (Janvier 2017, 200pages)


Maryam Madjidi est née en 1980 à Téhéran, et quitte l’Iran à l’âge de 6 ans pour vivre à Paris puis à Drancy. Aujourd’hui, elle enseigne le français à des mineurs étrangers isolés, après l’avoir enseigné à des collégiens et lycéens de banlieue puis des beaux quartiers, des handicapés moteur et psychiques, des étudiants chinois et turcs, et des détenus. Elle a vécu quatre ans à Pékin et deux ans à Istanbul.

dimanche 14 avril 2019

Animal


Comment une femme au regard si doux peut-elle écrire des histoires aussi terrifiantes ? Je ne me l’explique pas, mais j’en redemande !! Voilà sept ans que Sandrine Collette s’est imposée dans le roman français avec un premier opus très remarqué à propos duquel je disais à l’époque : « Voilà une nouvelle venue dans ce monde fascinant du roman noir qui ne passe pas inaperçue, et qu'il faudra surveiller de près. » Et depuis, en effet je la surveille de près, et elle me bluffe à chaque fois !

Terrifiant comme le prologue qui n’augure rien de bon. Une femme vivant au fond de la jungle népalaise découvre deux jeunes enfants abandonnés, Nin et Nun, qu’elle recueille et installe avec elle dans un sordide bidonville où règne la loi du plus fort.

Terrifiant, comme son héroïne Lior fascinée par la chasse et qui ne trouve satisfaction que dans la traque des grands fauves. Il faut la voir à la recherche de l’ours dans les forêts glacées du Kamtchatka, ou du tigre dans la jungle népalaise.

Quel rapport entre Lior, et deux enfants déshérités du Népal me direz-vous ?

Tout l’art de Sandrine Collette réside dans la mise en scène, la construction, et le suspense pesé au trébuchet, le tout cerné au plus près par une nature omniprésente, oppressante et obsédante.  Bien entendu, il faudra que tout cela se rejoigne à un moment ou à un autre. Mais le lecteur ne perd rien pour attendre !

Difficile de citer mes préférences parmi ses ouvrages tant ils différent les uns des autres de part leur géographie et leurs thématiques. Sandrine Collette se renouvelle à chaque fois. Animal est à ranger dans ses meilleurs avec Des nœuds d’acier , Les larmes noires sur la terre  et Il reste la poussière .

Un grand merci à l’éditeur pour l’envoi de ce livre dans le cadre de la masse critique Babélio.

Animal de Sandrine Collette, chez Denoël (Mars 2019, 290 pages


Sandrine Collette passe un bac littéraire puis un master en philosophie et un doctorat en science politique.

Elle devient chargée de cours à l'Université de Nanterre, travaille à mi-temps comme consultante dans un bureau de conseil en ressources humaines et restaure des maisons en Champagne puis dans le Morvan.

Elle décide de composer une fiction et adresse son manuscrit aux éditions Denoël. Il s’agit "Des nœuds d'acier", publié en 2013.Suivront " Un vent de cendres"," Six fourmis blanches"," Il reste lapoussière", et " Les larmes noires sur la terre"," Juste après la vague  "et " Animal " en 2019.

mercredi 10 avril 2019

Une femme en contre-jour


De Vivian Maier, photographe, je ne savais rien ; pas plus de la personne que de son travail. Il s’en est d’ailleurs fallu de peu pour que cette dame reste anonyme. C’est après sa mort que le mystère sera levé, et son œuvre développée et exposée.
Vivian Maier est une femme modeste, pour qui la photographie n’était pas un métier, mais une passion qu’elle exerçait après son métier alimentaire. Nourrice pour enfants, elle photographiait à tout va les humbles et anonymes qu’elle croisait sur son chemin.
A quelques exceptions près, jamais son travail ne fût révélé de son vivant.

Gaëlle Josse s’attache à dresser un portrait tout en finesse d’une artiste, d’une femme de cœur discrète et sans réelle ambition, mais talentueuse.

Si son modèle fixait à jamais le monde tel qu’il lui apparaissait, Gaëlle Josse a préféré donner du mouvement pour nous raconter Vivian Maier.

Ce texte n’est pas vraiment une biographie, ni vraiment un roman ; c’est un peu tout cela à la fois ; une sorte de tableau qui prend forme au fil de ces pages écrites avec la douceur, et l’élégance qui émaillent chacun des ouvrages de Gaëlle Josse. J’aurais envie de la suivre quel que puisse être l’objet de ses écrits.

Merci à Netgalley et à l'éditeur pour la lecture de ce très beau livre .

Une femme en contre-jour de Gaëlle Josse aux éditions Noir sur blanc (Mars 2019,160pages)


Gaëlle Josse est une femme de lettres française.
Après des études de droit, de journalisme, de psychologie et quelques années passées en Nouvelle-Calédonie, elle travaille pour un site Internet à Paris et vit en région parisienne.
Elle organise aussi des ateliers d'écoute musicale et d'écriture, pour adultes et adolescents.
Venue à la littérature par la poésie, son premier roman, "Les heures silencieuses", paru en janvier 2010 aux Éditions Autrement, a obtenu plusieurs prix notamment le Prix Lavinal, Prix Peindre en Provence, Prix du Marais, et a été finaliste du Prix Orange 2011.
Suivront "Nos vies désaccordées" (2012), qui obtient le Prix Alain-Fournier 2013 et le Prix national de l'Audiolecture 2013 et" Noces de neige" en 2013.
En 2015, elle est finaliste du Prix des libraires et lauréate du Prix de littérature de l'Union Européenne, du Prix de l'Académie de Bretagne et de nombreux prix de médiathèques pour son roman "Le dernier gardien d'EllisIsland" (Noir sur Blanc).
En 2016, elle publie "L'ombre de nos nuits" et est marraine du prix littéraire des jeunes Européens. "Une longue impatience" est paru en 2018.