mardi 31 mars 2020

Le sang du Mississippi


Il fallait de l’audace et une bonne dose de talent pour tenir en haleine le lecteur durant près de 3000 pages sans temps mort ni redondance ! Greg Iles , non seulement l’a fait, mais à mon sens , il a gardé le meilleur pour la fin ; ce qui en matière de romans à épisodes n’est coutumier.

Nous avions laissé Penn Cage à la veille de l’ouverture du procès de Tom, son père accusé du meurtre de Viola, alors que Snake Knox, la tête pensante des Aigles Bicéphales se cache toujours.

Une véritable course contre- la montre est engagée ; tant dans le déroulé même du procès qui démarre de manière bien déroutante pour Tom, que dans la recherche effrénée de témoins fiables, et la neutralisation de celui qui tire toutes les ficelles et a toujours un temps d’avance sur tout le monde.

Ce troisième et dernier opus s’attarde principalement sur le procès de Tom, et la mise en abîme de tout un pan d’histoire américaine. Greg Iles y décortique chirurgicalement la personnalité de Tom, et construit pas à pas le portrait d’un avocat déroutant et redoutable de stratégie. De plus, Greg Iles prend plaisir à ″promener″ son lecteur jusqu’au dénouement final que je qualifierais de grandiose et de magistral.

Contrairement au second volet, il n’y a ici aucune longueur. En outre le rythme est soutenu, l’atmosphère tendue à l’extrême.

Le sang du Mississippi termine donc en apothéose, une trilogie qui m’aura passionnée jusqu’au bout.

Le sang du Mississippi de Greg Iles, traduit par Aurélie Tronchez, chez Actes Sud (Octobre 2019, 840 pages)



Greg Iles est né en 1960 à Stuttgart, en Allemagne, où son père dirigeait la clinique de l’ambassade des États-Unis au plus fort de la guerre froide. En 2011, après l’accident qui faillit lui coûter la vie, il s’attelle à Brasier noir, premier volume d’une trilogie poursuivie avec L’Arbre aux morts et qui s’achève avec Le sang du Mississippi.










samedi 28 mars 2020

Des mocassins brodés de perles bleues


Nous sommes dans une réserve indienne du Nouveau -Mexique. Gracie et Bernadette sont deux sœurs de la tribu des Apaches. Bernadette aime ma danse, les pow wow, les rencontres entre tribus, les rodéos.

Un jour Bernadette est retrouvée, morte…

Gracie raconte sa sœur, sa vie, sa passion, son mariage, la dure vie des Indiens, leurs difficultés à s’insérer dans une société hostile, leurs luttes pour préserver leur culture.

En parallèle, il y a Starr, ancien mannequin, mariée à un chanteur de country. En fait, Bernadette était employée de maison chez le couple. Starr raconte Bernadette, sous un angle différent, dans un langage différent.

Deux voix, deux personnalités que tout oppose, racontent une seule et même personne bien plus complexe qu’il n’y parait et fière représentante d’une culture en mal de reconnaissance et d’une société en perdition.

A cela s’ajoute au fil des pages une voix plus mystérieuse, et plus sombre également ; une voix qui nous ramène aux forces du mal ; la voix des esprits et d’une triste réalité.

J’ai bien aimé le fond et la forme ; la narration respecte l’oralité de la culture amérindienne. Elle peut surprendre au début ; il n’empêche qu’elle donne à ce roman candeur, et crédibilité. Les personnages nous apparaissent sans fard et sans folklore inutile ; ils n’en sont que plus attachants.

Des mocassins brodés de perles bleues de Ron Querry, traduit de l’américain par Danièle Laruelle aux éditions du rocher (Avril 2019, 340 pages; première parution en français en 1996)


Descendant du clan Sixtown de la tribu choctaw, Oklahoneli, Ron Querry est l'auteur plusieurs ouvrages, roman comme document, liés à l'Amérique indienne et aux chevaux.

lundi 23 mars 2020

Il est juste que les forts soient frappés


Il est devenu banal de retrouver, régulièrement, dans la littérature, le thème du cancer ; avec plus ou moins de brio, de force, ou d’intérêt tout simplement. Il faut donc choisir, et surtout bien choisir.

Celui- détonne par sa construction, par son angle d’attaque. On le comprend assez vite, celle qui s’exprime, n’est plus. C’est de l’au-delà qu’elle reprend le cours de sa vie, et plus précisément, sa vie de couple, de mère de famille, de femme malade qui se bat, qui rechute et puis s’en va.

Sarah était une rebelle, tendance dépressive. Elle croise un jour la route de Theo. Tout semble sourire à ce jeune couple rapidement devenu parent d’un petit Simon, puis dans l’attente d’une petite fille. Sauf que très vite, le cancer foudroyant bouleverse le bonheur familial.

Présenté comme cela, le propos peut sembler lourd, triste, plombant et larmoyant.
Bien au contraire…

Ce roman est bouleversant pour son audace, sa légèreté, sa profondeur, son humour. Thibault Bérard, dont c’est ici le premier roman, offre un texte magnifique, sensible et vivant. Il nous dit la fragilité du bonheur ; le temps nous est compté, et chaque minute doit être vécue comme si c’était la dernière.

Il est juste que les forts soient frappés de Thibault Bérard aux éditions de l’Observatoire (Janvier 2020, 300 pages)


Après des études littéraires, Thibault Bérard devient journaliste pour le magazine "Topo", puis éditeur.

Depuis 2007, il est responsable du département romans des éditions Sarbacane et réside en banlieue parisienne, à Romainville.

"Il est juste que les forts soient frappés" (2020) est son premier roman.