lundi 18 mars 2019

Le chant des revenants


Dans l’état du Mississippi au cœur du bayou…
Jojo est un petit garçon bien dégourdi pour son âge. Il faut dire qu’à part papy, il n’a pas grand monde pour lui apprendre la vie. Sa mère, Leonie, s’intéresse davantage à satisfaire son besoin de cristal qu’à son petit garçon ou à sa petite fille Kayla. Son père est sur le point de sortir de Parchman, le pénitencier de l’état. Mamy est en fin de vie, et ne quitte plus la chambre.
Triste vie pour Jojo qui s’occupe de Kayla et veille sur Mamy. Il n’a pas de contact avec ses grands-parents paternels ; ces derniers blancs n’ont pas admis que leur fils s’unisse avec une famille de noirs.
Le racisme, les injustices, la pauvreté matérielle et culturelle sont le cœur de ce roman construit en trio. Les voix de Jojo et Leonie résonnent tour à tour, avec celle de Richie faisant irruption, tel un fantôme qui n’a de cesse de se dévoiler. Richie est une vielle connaissance de Papy, qui lui aussi a connu Parchman.
Leonie est une mère défaillante, mais aimante. Elle est hantée par le fantôme de ce frère mort trop jeune, et parce qu’il était noir, sa vie ne valait rien.

Le chant des revenants est un roman fort, servi par une écriture puissante, un propos poignant, et d’une construction impeccable. Jesmyn Ward dont je découvre ici la plume nous offre ici un ouvrage qui va crescendo. Elle ne se contente pas de nous montrer la misère. Elle s’attache également de montrer, entre les lignes, l’amour qui lient les personnages entre eux, la force morale qui les animent malgré le racisme primaire qui règne encore dans le sud.


Merci aux éditions Belfond et Netgalley pour la lecture de ce livre !
 


Le chant des revenants de Jesmyn Ward, traduit de l’américain par Charles Recoursé, chez Belfond (Février 2018,270 pages)



Jesmyn Ward est née en 1977 à DeLisle, dans l’État du Mississippi. Issue d’une famille nombreuse, elle est la première à bénéficier d’une bourse pour l’université. Son premier roman, Ligne de fracture (Belfond, 2014 ; 10/18, 2019), a été salué par la critique. Mais c’est avec Bois Sauvage (Belfond, 2012 ; 10/18, 2019) qu’elle va connaître une renommée internationale, en remportant le National Book Award.  Son mémoire, Les Moissons funèbres (éditions Globe, 2016 ; 10/18, 2019), s’est vu récompensé du MacArthur Genius Grant. Avec Le Chant des revenants, sélectionné parmi les dix meilleurs romans de l’année 2017 par le New York Times, Jesmyn Ward devient la première femme deux fois lauréate du National Book Award.
Jesmyn Ward vit dans le Mississippi, avec son époux et leurs deux enfants.

samedi 16 mars 2019

L’Île de Pâques


Ce lieu m’obsède depuis environ quarante ans ; depuis ce jour où j’ai assisté à une conférence sur le sujet. Le principe était simple : un film en format familial, un amphithéâtre, et sur scène, dans un petit coin son réalisateur qui le commentait en direct avec pour seule compagnie son texte et une lampe rudimentaire. Des films, j’en ai vu des dizaines (et fait virtuellement le tour du monde) mais celui -là (ainsi que celui du vulcanologue Maurice Kraft) restera à jamais gravé dans ma mémoire. Il m’a non seulement inoculé le goût du voyage, mais aussi le fantasme d’y poser un jour mes pieds et mon regard.
L’Île de Pâques est sans doute la terre la plus isolée de notre planète (elle se situe dans la Pacifique sud à égale distance des côtes chiliennes et de la Polynésie française). Elle est célèbre pour ses fameux moaïs dont on ne sait encore pas tout ; pas plus qu’on ne sait exactement le pourquoi de l’effondrement de la civilisation pascuane, ni de son écriture non encore déchiffrée à ce jour.
Ce bel ouvrage est le support de trois expositions décentralisées en Occitanie. C’est à ce jour, le plus complet qu’il m’ait été donné de lire à propos de l’Île de Pâques. Il s’appuie sur un large comité scientifique dont Nicolas Cauwe dont j’avais déjà lu un ouvrage fort intéressant, et sur un certain nombre d’œuvres d’art provenant de nombreux musées et instituts.
Successivement sont abordés de manière exhaustive et claire :la société Rapanui, le contact avec les européens, et les regards contemporains. Pour un ouvrage qui se voulait grand-public, j’ai trouvé qu’il était extrêmement bien fait ; bien équilibré entre le texte (consistant) et l’iconographie (bien choisie) ; d’un excellent niveau sans pour autant être abscond ou hyperspécialisé.

L’Île de Pâques,ouvrage collectif  chez Actes Sud(Juillet 2018, 210 pages)