jeudi 22 octobre 2020

Dans la vallée du soleil

 

Ne cherchons surtout pas à classer ce livre, car il est totalement inclassable ;A la fois roman noir, roman Gore, surréaliste, polar fantastique débordant largement sur le vampirisme , cet ouvrage brouille tous les codes littéraires. Sortant allégrement de mon cadre habituel, passées les premières pages où l’étrange s’installe d’emblée, contre toute attente, ce livre m’a autant tenue en haleine, qu’il m’a subjuguée et déconcertée.

Au Texas, à l’écart de villes, et presque à l’abri de toute vie humaine, vit Annabelle, une jeune veuve avec son fils, dans un motel miteux qu’elle tente de remettre à flot et en route.

Travis Stillwell, que l’on pourrait qualifier de vagabond des temps modernes, échoue au volant de son pick-up tirant une caravane sur le terrain d’Annabelle, blessé et recouvert de sang. On ne sait rien de Travis, si ce n’est qu’il a coutume de laisser derrière lui les cadavres féminins ; jusqu’à celui de Rue qui va désormais venir le hanter jour et nuit….Travis va trouver un arrangement avec Annabelle : il va l’aider aux menus travaux contre le droit de poser la caravane sur les terres du motel. En gros, chacun doit y trouver son compte. Oui mais….

Parce qu’il y a aussi (décidément, il est multicarte ce roman) un côté western dans ce récit, nous faisons aussi la connaissance de Reader, le flic sur les traces d’un mystérieux meurtrier ….

Je n’en dis pas davantage sous peine de justement trop en dire ; car une des qualités de ce roman surprenant, c’’est d’immerger le lecteur dans une sorte de mystère qui s’épaissit au fil des pages, c’est de brouiller les pistes, sans forcément nous amener vers la lumière finale, et c’est un autre intérêt de ce roman que de laisser le lecteur dans une forme de flou final.

Cela faisait longtemps que je n’avais pas lu une histoire aussi étrange, indéfinissable ; un livre hors des sentiers battus, hors de mes propres sentiers livresques. Et le pire, c’est que j’ai vraiment beaucoup aimé ! En même temps, chez Gallmeister , je ne prenais pas beaucoup de risques, si ce n’est celui de passer à côté d’un très bon livre !

Merci aux éditions Gallmeister et à Babélio pou l’opération masse critique.

Dans la vallée du soleil d’Andy Davidson, traduit de l’américain par Laure Manceau, aux éditions Gallmeister (Septembre 2020, 470 pages)


Andy Davidson a grandi dans l’Arkansas, et vit avec sa femme et ses chats en Géorgie, où il enseigne l’anglais à l’université́. Dans la vallée du soleil, son premier roman, a été́ finaliste du Bram Stoker Awards aux Etats-Unis, et son écriture a été́ comparée à celle de Flannery O’Connor, Cormac McCarthy, Daniel Woodrell ou encore Neil Gaiman.

 


dimanche 18 octobre 2020

J’irais nager dans plus de rivières

 

C’est dans ma jeunesse que j’ai découvert, et apprécié au fur et mesure les romans autobiographiques de Philippe Labro. Puis sont venus deux récits plus intimes, lorsqu’il fût dans le coma, et sur la dépression qu’il a traversée. Ces deux opus, m’ont beaucoup marqué. 

Je n’ai pas la prétention d’avoir lu tout Labro, loin s’en faut. Mais, c’est une personnalité pour laquelle j’ai toujours trouvé un vif intérêt à ce qu’il avait à dire, et à sa manière de le dire.

A 84 ans, Philippe Labro est riche de plusieurs vies, d’expériences multiples, et de rencontres aussi nombreuses que fructueuses qui représentent l’ossature de cet ouvrage protéiforme, mais dont le point commun est l’optimisme et l’appétit de vivre.

Labro s’appuie sur une connaissance encyclopédique des auteurs, personnalités, anonymes qui l’ont nourri, accompagné durant toute sa vie. Il se retourne sans nostalgie, sans amertume sur une vie dont, finalement il emporterait presque tout.

J’ai beaucoup apprécié cette lecture, dont j’ai goûté chaque chapitre avec délectation. Cet ouvrage m’a apporté l’optimisme, la sagesse, la gourmandise, et surtout l’envie de sourire, malgré tout. Superbement écrit, l’ouvrage est animé d’une musicalité remarquable. Labro est un fin mélomane, et son ″ inépuisable playliste″ en est une parfaite illustration.

A mon sens, il existe peu de journalistes de cette trempe-là, bon en tout, curieux de tout, fin observateur, lettré et aussi passionnant.

Loin d’avoir encore exploré toute l’étendue de son œuvre, je songe déjà à m’y replonger, certaine de pas m’y ennuyer l’ombre d’une seconde.

J’irais nager dans plus de rivières de Philippe Labro, chez Gallimard (Octobre 2020, 300 pages)

Philippe Labro (1936) est un écrivain, journaliste, réalisateur français et également auteur de chansons (pour Johnny Hallyday, pour qui il écrit tout un album en 1971, "Flagrant délit").

À 18 ans, il part étudier en Virginie. Il en profite pour voyager à travers tous les États-Unis. De retour en Europe, il devient reporter à Europe 1 et à France Soir grâce à l'émission de Pierre Laforêt, intitulé "La Coupe des Reporters".

Militaire de 1960 à 1962 pendant la guerre d'Algérie, Philippe Labro reprend ensuite ses activités de journaliste pour le compte de RTL, Paris Match, TF1 et Antenne 2. Il a écrit et réalisé plusieurs films dont "Sans mobile apparent" (1971) et "Rive droite, rive gauche" (1984).

En 1983, il publie "Des cornichons au chocolat" sous le pseudonyme de Stéphanie. Vingt-quatre ans plus tard, Philippe Labro a décidé de reconnaître ce "roman caché" d'autant qu'il constitue le premier volet d'une trilogie féminine poursuivie avec "Manuella" (1999) et enfin avec "Franz et Clara" (2006).

De 1985 à 2000, il dirige les programmes de RTL pour ensuite devenir vice-président de la station (1992). Le 31 mars 2005, il lance avec Vincent Bolloré, Direct 8. Il y présente l'émission de débat "Langue de bois s'abstenir".

Auteur de nombreux romans, il reçoit le prix Interallié 1986 pour "L’Étudiant étranger" et publie en 2003 un témoignage sincère sur la dépression, "Tomber sept fois, se relever huit".

Pendant l'été 2011 puis 2012 il anime sur RTL l'émission Mon RTL à moi chaque dimanche.

Fin 2013, il publie "On a tiré sur le président", un récit-témoignage sur l'assassinat de Kennedy.

Depuis le 11 avril 2016, il présente sa chronique L'Humeur de Philippe Labro chaque lundi à 11h15 dans l'émission Le Duo de L'Info présentée par Adrien Borne et Sonia Chironi sur iTELE.


mardi 13 octobre 2020

Tattoo

 

Voyage en désespérance….

Nous avions laissé Jack adolescent dans son Kansas natal. Il vit dans un coin paumé, dans une caravane avec ses grands-parents. Sa ma mère vend ses charmes, et le beau-père est en cabane.

Voilà le décor ; pas très engageant. La pauvreté est extrême ; tant économique qu’intellectuelle, morale ou culturelle.

Nous sommes en 1945, Jack voudrait se sortir de la misère. Il truque ses papiers pour s’engager dans la marine… 

Autant le dire tout de suite, Jack est un cas désespéré ; un looser de première ; la poisse lui colle aux basques, et ils choppent les âneries au vol de peur qu’elles ne lui échappent. Et pourtant, on a tellement envie qu’il s’en sorte ; qu’il prenne du plomb dans la cervelle, qu’il s’assagisse, qu’il devienne un homme responsable, un mec bien qui bosse et puisse nourrir sa famille.

Et non, il gâche tout ce qu’il touche. Et quasiment toujours parce qu’il a le cerveau dans la culotte. Jack est un obsédé du sexe, et ce depuis qu’il est tout petit. Il saute sur tout ce qui bouge, et quand il a une fille sous la main, il n’y a plus rien à tirer de lui.

Du Kansas en Asie du sud-est dans un premier temps, puis du Kansas en Allemagne dans un second temps, Jack est toujours entre deux espérances, deux projets, toujours avec une fille (de joie, ou pas). Jack ne manque pas d’ambitions, mais il rate toujours une marche pour les réaliser.

Comme dans "Un Jardin de sable", Earl Thompson nous immerge dans cette Amérique pauvre à l’extrême, celle des laissés pour compte, des sans voix, celle des désinhibés. Au sortir de la seconde guerre mondiale, l’auteur nous montre une Amérique puritaine où les adolescentes sous des airs de ″ne pas y toucher ″ sont particulièrement délurées et libérées.

L’écriture est toujours aussi crue, mais le contexte est moins insoutenable dans la mesure où les faits sont moins transgressifs. Néanmoins, cet opus reste glauque, mais tellement marquant, car Jack est un type attachant malgré tout ce qu’il a de répulsif et répugnant.

Cette lecture, comme le premier volet, aura été particulièrement marquante, déstabilisante, prenante…. Assurément, un livre qui fera date. J’attends avec impatience le dernier opus.

Tattoo de Earl Thompson, traduit de l’américain par Jean-Charles Khalifa, aux éditions Monsieur Toussaint Louverture (j 2019, 1010 pages ; première parution en 1974)


 

Earl Thompson est un écrivain américain (1951/1978).

Il a servi dans la Marine américaine de 1945-1946 et dans l'Armée à partir de 1948-1954, servant en tant que Sergent de Première Classe, chef de char, et le Premier Sergent.

Au début des années 1950, il a étudié le journalisme à l'Université du Kansas. Il a fréquenté l'Université du Missouri de 1954-1957, et l'Université de Columbia en 1959-1960.

"Un Jardin de sable" (A Garden of Sand, 1970), son premier roman, est nommé pour le National Book Award.

"Tattoo" (1974), son second roman, est choisi par le Book of the Month Club.

Earl Thompson est décédé subitement à l'apogée de son succès, après avoir publié seulement trois romans dont "Caldo Largo" (1976).

Le quatrième "The Devil to Pay", a été publié à titre posthume, en 1982.