jeudi 23 mai 2019

L’île de la fin du monde


Ce n’est pas forcément l’ouvrage le plus grand-public, ni le plus pragmatique sur l’île de Pâques qu’il m’a été donné de lire ; ni le plus fluide.
Comme un livre de nouvelles, il s’agit d’un recueil de textes et de témoignages écrits par celles et ceux qui ont abordé sur l’île et/ou qui y ont consacré leurs travaux scientifiques, présenté par le centre d’études de l’île de Pâques et de la Polynésie.
Aussi, il y a peu de points communs entre les écrits de Cook, Lapérouse, Alfred Metraux (dont j’envisage de lire l’ouvrage), et Pierre Loti dont j’ai déjà parlé il y a quelques semaines.

Il y a assez peu d’homogénéité d’un extrait à l’autre tant sur le style que sur le contenu. Cela explique notamment le temps qu’il m’a fallu pour le lire.

Néanmoins appréhender ce que les premiers explorateurs de ce territoire a son intérêt bien que certaines de leurs conclusions, ou hypothèses ont été contredites par la suite.

De toute manière cette île du bout du monde n’a pas encore livré tous ses secrets ; avec en particulier le mystère des tablettes dont on n’a pas encore déchiffré les signes.

Ouvrage intéressant donc parce qu’il réuni les témoignages principaux et qu’il en renferme certains introuvables ou non traduits ailleurs.

L’île de la fin du monde, ouvrage collectif aux éditions Bibliomnibus (2015 ;200 pages)


dimanche 19 mai 2019

J’ai cru qu’ils enlevaient toute trace de toi


J’ai beaucoup lu à propos du génocide des Tutsis, au Rwanda ; du roman dans ce qu’il a de plus formel, au récit journalistique étoffé, étayé qui se lit comme un roman.
Ce premier roman de Yoan Smadja combine les deux formes tout en restant une fiction, et se dénote par une construction à deux regards.

Sacha est une journaliste de terrain, dangereux de préférence, reporter de guerre. C’est alors qu’elle fait volontairement une pause comme critique gastronomique qu’elle est envoyée en Afrique du Sud pour couvrir les élections démocratiques. Nous sommes en 1994 ; à la faveur d’un accrochage routier, elle bouscule les plans établis pour elle, et avec son photographe, elle prend la direction du Rwanda ; nous sommes à la veille du génocide….

Rose est une jeune fille qui a grandi à l’ombre de l’ambassade de France à Kigali où ses parents y travaillaient. Elle entretient une correspondance amoureuse avec son mari Daniel et lui raconte son quotidien avec Joseph, son fils.

Ce roman nous raconte les heures les plus noires du génocide des Tutsis selon deux points de vue. Rose et Sacha dont les chemins finiront par se relier d’une certaine façon, donnent tour à tour de leurs mots ; Rose est muette et n’a que les mots pour dire son amour à Daniel, à Joseph, à son pays.
Deux regards, deux voix pour dire l’horreur, la cruauté, une certaine lâcheté, l’abandon, l’espoir, la résignation….

Des fictions sur le sujet, ce roman est pour moi le plus émouvant et le plus audacieux dans la mesure où au milieu du chaos, il ose donner une large place à la tendresse et à l’amour.

Si ce livre aborde le rôle ambigu de la diplomatie française lors de ce conflit, il montre également les conditions de travail extrêmement périlleuses des reporters de guerre.

Un grand merci aux éditions Belfond et Babélio pour la lecture de ce livre .

J’ai cru qu’ils enlevaient toute trace de toi de Yoan Smadja, chez Belfond (Avril 2019 ;280 pages)


Yoan Smadja a travaillé dans la collecte de fonds en faveur d’ONG et pour des sociétés du secteur agroalimentaire.
'J’ai cru qu’ils enlevaient toute trace de toi' est son premier roman.

mercredi 15 mai 2019

Le diable en personne


C’est un peu le paradoxe de ces romans noirs : ils sont noirs, terriblement noirs, poisseux, ils nous racontent la lie humaine, et en même temps ils nous attirent, et nous tiennent en haleine jusqu’au bout. Parce qu’au fond, ils nous racontent autre chose qu’une banale histoire de bons et de méchants.

Dans la forêt de Géorgie du sud vit une sorte d’ermite, de vieil ours mal-léché ; un original qui se promène avec un mannequin (Marjean qu’il habille, à qui il parle, qu’il promène en voiture) et qui accueille quiconque débarque sur ses terres, armé jusqu’aux dents.

Maya déboule chez lui un jour alors qu’elle vient de s’échapper des griffes de ses tueurs. Maya, est une prostituée malgré elle, la préférée de Le Maire . Seulement, Maya a entendu ce qu’elle ne devait pas entendre. Elle doit mourir…

Drôle d’attelage que celui que forme Maya et Leonard. Leonard ne supporte pas que l’on marche sur ses platebandes ; mais Léonard a ses principes. Quiconque touchera à Maya aura affaire à lui.

Ce roman est la rencontre de deux cabossés de la vie, de deux révoltés qui vont apprendre à se connaître. C’est la confrontation l’humanité sauvage dans un environnement apaisant, autre personnage du livre.

J’ai aimé la manière dont Peter Farris a construit ses personnages, et les a étoffés. Leonard et Maya sont évidemment les plus attachants ; avec une mention particulière en ce qui me concerne pour Leonard.

Peter Farris a autant pensé à l’action, qu’au suspense. Son écriture est vive, forte et sans mièvrerie. Il signe ici à la fois le portrait d’une certaine Amérique, et de deux écorchés qui ne pouvaient que se rencontrer pour se révéler.

Du très bon Gallmeister !

Le diable en personne de Peter Farris, traduit de l’américain par Anatole Pons, chez Gallmeister (Août 2017, 270 pages), disponible en poche (Mars 2019, 270 pages).

Trophée 813 du meilleur roman étranger 2018 / Prix du roman noir du festival de Beaune 2018 / Finaliste du Grand Prix de Littérature Policière 2018


Né en 1979, Peter Farris vit aujourd’hui dans le comté de Cherokee en Géorgie. Après sa licence, la musique prit beaucoup de place dans sa vie, pour le meilleur ou pour le pire. Plutôt que de poursuivre ses études ou de tenter de faire carrière, il est devenu chanteur dans un groupe de rock bruyant du Connecticut appelé CABLE. Le groupe fit autant de concerts et d’enregistrements que possible, et se produisit principalement dans le nord-est des États-Unis. Leur album, disque-concept intitulé The Failed Convict, partage avec Dernier Appel pour les vivants une certaine synergie créatrice, au point que des paroles de certaines chansons ont été placées en épigraphe dans le livre. À bien des égards, l’album est le pendant musical du livre.

En parallèle de ses activités musicales, Peter Farris gagnait sa vie comme guichetier dans une banque de New Heaven, dans le Connecticut. Il y a travaillé quelques semaines avant que la banque ne soit cambriolée.  Même si le braqueur était armé, il ne sortit jamais son pistolet. Inutile de dire que cet événement a profondément marqué Peter Farris, et quand il se mit sérieusement à écrire, il savait qu’une scène de braquage interviendrait dans son premier roman.