mercredi 24 avril 2019

Prémices de la chute


« Pour combattre les soviétiques, les Américains ont armé et financé les barbus. C’était pratique à l’époque, mais ça leur péter à la gueule. »

Si avec la guerre est une ruse, l’action était principalement cantonnée en Algérie, cette fois c’est en France que débute ‶ Prémices de la chute ″, dans la banlieue de Roubaix où des hold-up sanglants se produisent. Les forces de police ne comprennent pas forcément les enjeux et les véritables origines de ces faits.
C’est sans compter sur la détermination et le flair d’un journaliste qui s’ennuie un peu dans son journal local. Les renseignements intérieurs sont plus perspicaces, mieux épaulés. Mais, pour dire les choses simplement, en haut lieu, personne n’imagine, ou n’ose envisager que des évènements bien plus dramatiques sont en train de prendre corps sur notre territoire national et en partie du fait d’individus bien français.

De l’ex-Yougoslavie, en passant par le Pakistan, jusqu’aux montagnes afghanes, Frédéric Paulin nous emmènera jusqu’à la chute des Twins, un certain 11 septembre.

A la fois roman noir, policier, et roman d’espionnage, l’ouvrage est une fresque vivante sur le terrorisme islamique à l’échelle mondiale. Il montre l’impuissance des démocraties occidentales à lutter mais aussi pointe sans concession l’aveuglement de ces dernières et leur incapacité de prendre en compte les menaces.

« On n’a pas les moyens de tracer tous ces mecs, d’anticiper leurs mouvements. A mon avis, on est sur des multinationales du djihad, maintenant. »

« Vos chefs ne veulent pas nous suivre ? Non, ils considèrent que la possibilité d’un attentat de grande envergure aux Etats-Unis n’est pas leur priorité »

Si l’on retrouve un personnage déjà présent dans le premier volet, l’insaisissable Tedj Benlazar, les autres sont nouveaux ; fictifs pour certains et bien réels et tristement célèbres.
Je n’en dirai pas davantage, si n’est que la suite des aventures est passionnante de par la manière dont elle est traitée, mais aussi par son extrême contemporanéité. Les évènements nous ″parlent‶ sont bien ancrés dans notre mémoire collective. Et, hélas, on ne peut s’empêcher de s’inquiéter pour la suite ; le titre est d’ailleurs assez explicite !

L’ensemble de l’ouvrage est vif, sans temps mort, fluide. C’est avec frénésie que je me suis engagée dans la lecture de ce livre. J’en attends avec impatience le troisième et dernier volet.

Prémices de la chute de Frédéric Paulin, chez Agullo (Mars 2019 ,320 pages)


Frédéric Paulin est un grand raconteur d’histoires et un dialoguiste incisif, au style audiardesque, mais aussi un journaliste indépendant, fondateur du journal satirique rennais Le Clébard à sa mémère. Il a été professeur d'histoire et géographie en collège et lycée.


Il a publié aux éditions des Perséides, en 2009, "La Grande Déglingue", un premier roman tonitruant et mélancolique sur la boucherie qu’a été la Première Guerre mondiale.

En2018,il publie le premier volet d’une triologie ‶ La guerre est une ruse ″, suivi en 2019 par ″ Prémices de la chute ‶

Depuis de nombreuses années, il vit à Rennes, ville dont il aime les bistrots, les forêts et la proximité avec Saint-Malo et ses bords de mer.


lundi 22 avril 2019

Nos premiers jours


 J’ai toujours aimé les saga familiales et/ou historiques. Je ne prive pas donc pas de ce plaisir -là, mais je préfère attendre que la saga soit complète pour m’y atteler.

Nos premiers jours couvrent une période allant de 1920 à 1953 ; 34 années sur autant de chapitres se situant aux confins de lowa.
Walter Landon est rentré de France où il était engagé dans les troupes américaines, il vient d’épouser Rosanna. Le couple s’installe comme fermier dans cet état rural du middle -west. Jusqu’à la mort du patriarche, nous suivrons donc l’épanouissement de cette famille au gré des aléas économiques et politiques, mais aussi au gré des drames familiaux.
Parallèlement, nous cheminons aussi avec une des sœurs de Rosanna, qui préfère une vie citadine, et une autre voix idéologique.
Jane Smiley, insiste davantage sur l’évolution du monde agricole et sur la dualité entre ruralité et la vie citadine que sur l’histoire américaine à proprement-dit. Ce serait sans doute mon petit bémol dans la mesure où j’aurais apprécié davantage d’histoire.

Il n’en demeure pas moins que j’ai apprécié ce premier aperçu de ce qui constitue Un siècle américain, et que j’ai pris plaisir à entrer dans la vie des personnages auxquels je ne suis attachée.

L’ensemble est écrit sans fioriture (un peu plus de lyrisme ne m’aurait cependant pas déconvenue), dans une construction simple et logique (là aussi un peu plus de complexité n’aurait pas nui à l’ensemble) pour en rendre la lecture fluide et assez addictive.
Malgré les toutes petites réserves, je retrouverai avec grand plaisir les deux autres volumes.

Nos premiers jours de Jane Smiley, traduit de l’américain par Carine Chichereau, chez Payot-Rivages (Août 2016, 600 pages), disponible en poche (Mai 2018, 600 pages)


Jane Smiley est femme de lettres américaine née en 1949. Elle a été professeur à l'Université de l'Iowa.

Elle est lauréate du Prix Pulitzer 1992 pour le roman
L' Exploitation inspiré du Roi Lear de Shakespeare. Ce roman est adapté au cinéma en 1998 sous le titre A Thousand Acres (Secrets), réalisé par Jocelyn Moorhouse avec Michelle Pfeiffer et Jessica Lange.

Elle vit actuellement à Carmel en Californie.