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samedi 20 juillet 2024

Le convoi

 

Après s’être essayé aux nouvelles puis au roman, Beata Umubyeyi Mairesse rentre dans le vif du sujet, si je puis oser une familiarité au sin d’un sujet qui n’en est pas une.

Beata Umubyeyi Mairesse est née d’un père polonais et d’une mère Tutsi. En plein génocide des Hutus envers es Tutsis, l’auteure de ce récit (avec sa mère) sera évacuée in extremis grâce à une organisation humanitaire suisse le 18 juin 1994.

C’est de cela qu’il sera question ici, davantage que le génocide en lui-même. Beata Umubyeyi Mairesse va mener au cours de nombreuses années plusieurs enquêtes concernant ce sauvetage, avec en particulier la recherche de quelques photos, et un film sur lesquels elle pourrait figurer et qui petit à petit va nourrir sa réflexion quant à la rédaction d’un ouvrage que voici, trente ans après.

Il y sera d’abord question des origines de ce livre, la quête des photos, des personnes qui pourraient l’aider et/ou lui mettre des bâtons dans les roues, des lenteurs administratives….

Puis un long chapitre est consacré à son témoignage qu’elle livre aux lycéens. C’est une partie moins formalisée, au déroulé nettement plus oralisé que le restant de l’ouvrage, infiniment plus personnel et émouvant. Comme ses ainés de la Shoah, Beata Umubyeyi Mairesse souhaite transmettre à tout prix ce qui s’est passé, ce qui lui est arrivé, souhaite témoigner pour que cela ne sombre pas dans l’oubli, et entend se réapproprier une partie de cette histoire.

Dans une seconde partie, Beata Umubyeyi Mairesse s’attarde longuement sur l’organisation Terre des hommes, organisation suisse à qui elle doit sa survie, alors que d’autres pays semblaient davantage sur la réserve. Elle y raconte les liens d’amitié noués durant ses recherches.

Enfin, dans une dernière partie l’heure de nous -même, elle se met en perspective, et fait face aux difficultés à avancer. Elle chemine vers l’acceptation de ne pas tout savoir. Tout cela conditionne ses choix de vie, et ses orientations professionnelles, et ses engagements envers les autres. Un message on ne peut plus positif et optimiste de la part d’une femme qui a décidé de survivre à la survie.

Le convoi de Beata Umubyeyi Mairesse, aux éditions Flammarion (Janvier 2024, 330 pages)

 Beata Umubyeyi Mairesse est une écrivaine franco-rwandaise née en 1979.

Elle est née et a grandi à Butare, au sud du Rwanda. Fille unique, férue de lecture dès son plus jeune âge, elle fréquente l’école belge. Lors du génocide des Tutsi, elle échappe à la mort. En passant par le Burundi voisin, Beata arrive en France le 5 juillet 1994.

Beata est inscrite en classe de seconde au lycée Sainte-Marie de Beaucamps-Ligny, près de Lille. Puis, elle poursuit ses études : hypokhâgne au lycée Faidherbe, à Lille, Sciences-Po Lille et un DESS en développement et coopération internationale à la Sorbonne.

Coordinatrice de projet pour MSF, chargée de programmes au Samusocial International, assistante à la recherche à l'Université d'Ottawa, chargée de mission AIDES, elle anime des rencontres littéraires à Bordeaux où elle vit.

Son premier texte est publié par la revue XXI au printemps 2014. Un an plus tard, son recueil de nouvelles "Ejo" (2015) paraît. Il a reçu le prix François Augiéras 2016 et le prix du livre Ailleurs 2017.

"Lézardes" (2017) a obtenu le prix de l'Estuaire 2017 et le Prix des Lycéens de Decize 2018.

"Après le progrès" (2019) est son premier recueil de poésie et "Tous tes enfants dispersés" (2019) - son premier roman. Ce dernier se voit décerné le prix Ethiophile 2020.

Ce 3 décembre 2021, Béata recevra à Bruxelles, à la Maison de la Francité, le Prix Littéraire Richelieu de la Francophonie, des mains de Micky Piron, présidente internationale du club Richelieu International Europe, en présence notamment de représentants de l'OIF, de l'AMOPA, et d'Yves Namur, secrétaire perpétuel de l'Académie Royale de Langue et le Littérature Françaises de Belgique.

dimanche 14 juillet 2024

Dans les forêts de Sibérie


Le luxe de l’ermite, c’est la beauté. Son regard, où qu’il se pose, découvre une absolue splendeur.

L’ermite s’interdit toute brutalité à l’égard de son environnement.

L’homme libre possède le temps. L’homme qui maîtrise l’espace est simplement puissant.

Sylvain Tesson est de longue date un voyageur, aventurier, écrivain, poète ; un être épris de liberté, et de découverte. Il n’y a donc rien d’étonnant qu’une féroce envie le pousse à vivre en ermite aux confins de la Sibérie, au milieu de nulle part, si ce n’est au bord du majestueux Lac Baïkal. Il a réalisé ce souhait entre février et juillet 2010, et en a réalisé un journal de bord que constitue ce récit.

Une Isba au bord d’un immense lac, avec pour seul équipement un poêle à bois, de la neige à perte de vue, des forêts pas toujours très accueillantes. Sylvain Tesson n’aura pour compagnons quelques livres, mais surtout Conrad, Jünger, et Kierkegaard pour accompagner une solitude choisie et assumée durant six mois. Il faut ajouter à cela un stock conséquent de vodka, ingrédient indispensable lors de ses quelques rencontres locales, histoire de réchauffer les cœurs, les esprits, et de délier les langues. C’est vrai que dans cette aventure on fume, et on boit beaucoup.

Outre la découverte d’une nature hostile, où la température peut aller jusqu’à moins 40°, où les ours doivent être tenus à distance. Tesson fera corps avec la forêt et le lac gelé terrain de ses longues marches lorsqu’il voudra côtoyer ses voisins.

Tesson se contente de peu. Son bagage se résume au strict minimum ; nourrir le corps mais surtout l’esprit afin de laisser la place à la contemplation, la rêverie.

Avec profondeur et poésie, Tesson parvient parfaitement à équilibrer la rudesse russe.

L’homme libre possède le temps. L’homme qui maîtrise l’espace est simplement puissant.

Dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson, aux éditions Gallimard (2011, 270 pages) et Folio (290 pages).