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mercredi 9 août 2023

Le chagrin


C’est un roman, certains noms ont visiblement été changés, mais, ne nous y méprenons pas, cet ouvrage est avant tout une autobiographie, principalement centrée sur le rapport difficile que l’auteur a entretenu avec ses parents, et en particulier sa mère. Son père est issu de la petite noblesse désargentée vivant largement au-dessus de ses moyens, un planqué durant la seconde guerre mondiale qu’il a traversée sans gloire nanti de ses idées pétainistes. Sa mère, une amoureuse transie de son père, qu’il n’a jamais connue autrement qu’enceinte. Le couple aura au total 10 enfants vivants. Le père n’a jamais vraiment connu de vie professionnelle stable, et ne fera que courir après l’argent, tenter d’échapper aux huissiers et aux expulsions locatives.

Le moins que l’on puisse dire c’est que l’auteur ne déborde pas d’amour pour sa mère, et que les inconséquences de son père auront des répercussions certaines sur sa construction et sa vie d’homme ; on peut le comprendre !

Lionel Duroy, dans ce long roman, parfois trop long, nous parle d’une enfance ratée au contact de parents toxiques, et d’un certain nombre de personnages politiques du moment du fait des engagements idéologiques assumés de ces derniers.

Globalement intéressant, cet ouvrage souffre malgré tout de quelques longueurs, d’autant que je n’ai pas trouvé que l’écriture de Lionel Duroy présentait un quelconque caractère remarquable. Agréable et facile à lire, mais sans plus. En outre, je suis toujours un peu gênée par ces grands déballages aux effets dévastateurs pour tout le monde, tant celui qui l’écrit que celles et ceux qui les reçoivent en peine face.

Cela faisait longtemps que ce livre attendait d’être lu ; je ne suis pas certaine d’avoir envie à l’avenir de revenir vers l’auteur sachant que ses ouvrages sont visiblement tournés vers ses rapports familiaux.

Le chagrin de Lionel Duroy, aux éditions Julliard (2010, 550 pages) et J’ai lu (2011, 735 pages)

Lionel Duroy, de son vrai nom Lionel Duroy de Suduiraut, est un journaliste et écrivain français né à Bizerte (Tunisie) en 1949, le quatrième d'une famille de dix enfants.

Lionel Duroy est issu d'une famille d'origine noble, mais désargentée, ayant des idées d'extrême-droite. Sa jeunesse dans ce milieu le marque profondément et sera le terreau de plusieurs de ses livres (Priez pour nous, Le chagrin).

Il est d'abord livreur, coursier, ouvrier, puis longtemps journaliste à Libération et à L'Événement du jeudi.

Lionel Duroy prête sa plume à de nombreuses célébrités qui rédigent leur biographie (Nicolas Vanier, Ingrid Betancourt, Sylvie Vartan, Mireille Darc, entre autres).

Il reçoit le Prix Joseph Kessel 2013 et le Renaudot des lycéens 2012 pour "L'hiver des hommes".

Il publie "L'homme qui tremble" en 2021.

 

mardi 21 février 2023

Mississippi

 

Dans les années 40….

Parce qu’Henry souhaitait avoir sa propre ferme, Laura, son épouse ne peut que le suivre dans ce trou perdu du vieux Sud. Laura, est une citadine, éduquée, ouverte d’esprit. C’est dans la boue, et l’inconfort, qu’elle et Henry vont élever leurs deux filles Amanda Leigh et Isabelle.

Jamie, le frère d’Henry, de19 ans son cadet est au front. Aviateur dans le Pacifique, il travaille de pair avec ses collègues noirs ; c’est complètement brisé qu’il revient du front, se réfugiant dans l’alcool et les femmes.

Florence et Hap, sont les employés noirs de la ferme. Leur fils Ronsel se bat en Europe.

Laura, qui est une jeune femme éduquée, moderne d’état d’esprit. Elle est confrontée de plein fouet au racisme, la ségrégation. Si au fond, le couple n’est pas ségrégationniste, la situation, et les lieux font que malgré tout ils se rangent plutôt des valeurs dominantes ; plus par pragmatisme. Il en est autrement pour le beau-père qui lui a porté la cagoule.

Lorsque Ronel rentre d’Europe, où il a pu prendre un peu de large par rapport à sa couleur de peau, c’est comme une chappe de plomb qui s’abat sur lui. Son retour au pays sonne la fin d’une certaine liberté ; son passé va même le rattraper. L’Europe a été pour lui, en dépit de la guerre une parenthèse de liberté dans sa condition de noir, alors que dans son vieux sud, il n’est qu’un nègre, un homme de seconde zone qui ne peut que fréquenter les gens comme lui ; le Klan est un acteur incontournable des lieux….

Hillary Jordan a construit son histoire sous le prisme de ses six personnages principaux qui prennent tour à tour la parole. Cela donne une respiration bienvenue à un récit dur, tendu et âpre. Dans cette sauvagerie, Hillary Jordan est parvenue à donner de l’épaisseur à ses personnages, du plus vil comme le beau-père de Laura, raciste indécrottable, aux plus attachants comme Laura qui s’accroche, ou Florence.

Mississipi est un roman envoutant, dur par moment, tendu ; celui de la cruauté humaine.

Mississippi d’Hillary Jordan, traduit de l’américain par Michèle Albaret-Maatsch, aux éditions Belfond (2010,364 pages) et 10/18 (2011,370)

 Hillary Jordan a grandi à Dallas, au Texas et Muskogee, Oklahoma. Elle a obtenu un BA en anglais et en sciences politiques au Wellesley College et a passé quinze ans à travailler comme rédacteur publicitaire avant de commencer à écrire de la fiction. Elle a obtenu son MFA en création littéraire de l'Université Columbia.

Mudbound, publié par Algonquin Books en Mars 2008, est son premier roman. Il a remporté en 2006 Bellwether Prix de la Fiction , décerné tous les deux ans à un premier roman inédit qui traite des questions de justice sociale, et a été le NAIBA 2008 (New Atlantic libraires indépendants Assoc.) Fiction Livre de l'année . Il a remporté un Award 2009 Alex de la Library Association américaine et a été longlisted pour le 2009 IMPAC Dublin Literary Award . Paste Magazine nommé Mudbound l'un des dix romans premier sommet de la décennie.