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mercredi 19 juin 2024

Les femmes d’Auschwitz-Birkenau

 

J’ai découvert Chochana Boukhobza un peu par hasard lors d’un salon littéraire, et le l’ai suivi peu ou prou depuis dans une production essentiellement romanesque. Cela fait quelques années que je m’étonne de ne plus la croiser lors des rentrées littéraires. Et pour cause ! Elle était occupée à réalisation de documentaires, mais surtout attelée à un projet monumental dont voilà le résultat !

Quatre-vingt ans après la fin de la seconde guerre mondiale on pensait avoir tout dit de la Shoah. Et bien non ! Chochana Boukhobza nous en porte la preuve ici dans ce travail de recherche centré sur les femmes prisonnières du camp d’Auschwitz- Birkenau. Pour cela, elle a écouté et lu les témoignages, consulté les archives des diverses fondations mémorielles, épluché les minutes des innombrables procès d’après-guerre, etc…etc…

Il en ressort un ouvrage où quasiment chaque femme a sa place. Elle redonne à chacune un nom, un matricule ; retrace leur parcours de martyres, de travailleuses acharnées. Elle met en lumière leur diversité de langue, d’origine, mais aussi de religion. Le régime nazi a également déporté des chrétiennes parce que résistantes, communistes, handicapées…Sur toutes, le régime s’est livré à des expériences médicales, essais thérapeutiques, stérilisation, irradiations…Attention, la lecture est souvent éprouvante.

La lecture de cet essai n’est pas une sinécure, loin s’en faut. Il n’en reste pas moins intéressant, nécessaire. Il ne fait pas redondance avec les-nombreux- autres ouvrages sur le sujet.

Chochana, à la manière d’un roman choral rend hommages à toutes celles passées par cet enfer, à leur courage, leur force, leur sens de la solidarité en leur redonnant vie.

Les femmes d’Auschwitz-Birkenau de Chochana Boukhobza aux éditions Flammarion (Mars 2024,560 pages)

Chochana Boukhobza est une écrivaine israélienne née à Tunis en 1959.

Elle a étudié les mathématiques en Israël.

Elle est l'auteure de plusieurs romans : le premier, Un été à Jérusalem, a reçu le Prix Méditerranée 1986 alors que le second, Le Cri, a été finaliste au Prix Femina 1987.

Elle a également publié :

Les Herbes amères, Balland, 1989 ;Bel Canto, Seuil ;La Clef des chants, éditions Épigones 1995 ;Pour l'amour du père, Seuil1998 :Sous les étoiles, Paris, éditions du Seuil,2002 ;Quand la bible rêve (ill. Mireille Vautieer) Paris, éditions Gallimard,2005 ;Le Troisième Jour, Denoël 2010 ;Fureur, Denoël 2012 ;Métal, Denoël 2013 ;HK, éditions des Arènes, 2015

Les femmes d'Auschwitz-Birkenau, Flammarion 2024

Elle est également l'auteure de plusieurs film/documentaires autour de la Shoah.

vendredi 13 mai 2022

Madame Hayat

 


″Je me suis habitué à la peur, à la solitude, au manque, je ne me plains pas, j’ai appris à avaler en silence le poison qui est dans le miel. L’une des nombreuses leçons que j’ai reçues de Madame Hayat.

Istanbul de nos jours…

Fazil, le narrateur, est jeune, intelligent ; il est le fils d’une famille aisée d’agriculteur. Du jour au lendemain, la famille est ruinée faute de pouvoir commercialiser leurs productions, le père décède laissant Fazil seul face à se vie étudiante dont il devra assumer seul les dépenses. Il étudie la littérature, sans trop savoir s’il souhaite devenir écrivain, ou critique littéraire.

Fazil, se retrouve dans une pension ù il croise des gens comme lui confrontés aux difficultés de tout ordre. Pour agrémenter son quotidien, Fazil s’engage comme figurant dans une émission de télévision. C’est là qu’il rencontre Madame Hayat, beaucoup plus âgée que lui, d’un tempérament radicalement différent de lui, et qui le prend sous son giron dans une forme d’initiation au passage à la vie adulte. Contre toute attente, Fazil tombe amoureux de Madame Hayat.

Notre étudiant lettré et romantique à ses heures, n’en est pas moins sensible à la jeunesse et à la beauté de Sila, intellectuellement sur le même fil que lui.

 

Dans cette grande ville dont on imagine à la fois le bouillonnement, et la contraction progressive causée par un régime autoritaire qui se fait de plus en plus oppressant, Fazil ne peut choisir. Chaque femme est assez différente pour y puiser en de multiples influences, et lui offrir un double regard sur la vie.

La recherche de la liberté, est le fil conducteur de ce roman écrit alors que son auteur était en prison ! L’auteur nous donne à lire une critique en filigrane des dérives autoritaires du pays.

La liberté politique que réclame avidement les milieux étudiants, et ouvriers ; la liberté de pouvoir quitter un pays en qui la jeunesse ne croit plus, la liberté d’aimer sans avoir à choisir.

J’ai beaucoup aimé le personnage solaire de Madame Hayat, qui sans en avoir l’air a donné à Fazil la force et la résistance ; elle a fait de lui un Homme, en ayant l’extrême élégance de s’effacer en silence.

Madame Hayat s’apprivoise lentement. J’ai souvent pensé qu’il ne se passait pas grand-chose, qu’il s’agissait d’un banal plan double…Ahmet Altan au fil de son ouvrage a su déjouer mes réticences aux deux tiers du texte qui m’est soudainement apparu comme un très beau roman d’apprentissage. Son écriture est soignée, recherchée, poétique parfois.

Madame Hayat d’Ahmet Atlan, traduit du turc par Julien Lapeyre de Cabanes aux éditions Actes Sud (Septembre 2021, 272 pages)

Né en 1950, Ahmet Altan est aujourd'hui l'un des écrivains les plus brillants de Turquie et a publié six romans et deux essais qui l'ont rendu célèbre et indépendant. "Comme une blessure de sabre", publié en 1998, s'est vendu à 150.000 exemplaires ; et "Histoires dangereuses", publié en 1995, à 250.000 exemplaires.

En plus d'être romancier et essayiste, il est également rédacteur en chef du quotidien Taraf jusqu'au 15 juillet 2016 date de la tentative de coup d'état avortée en Turquie. Il fait partie de la vague d'arrestations, au lendemain de cette tentative de putsch, avec d'autres fonctionnaires, enseignants, militaires et journalistes.

Il est accusé d'avoir appelé au renversement du gouvernement et est condamné, arbitrairement, à perpétuité.

Il a été libéré le 14 avril 2021.

Lecture commune avec Jostein