Affichage des articles dont le libellé est littérature nordique. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est littérature nordique. Afficher tous les articles

dimanche 3 mars 2024

Eclipse totale

 

Je ne suis pas une fan absolue de l’inspecteur Harry Hole, mais de temps en temps je ne boude pas mon plaisir. Cet opus est le treizième de la série, et je n’avais lu jusque- là que le onzième. Autrement dit, j’ai fait connaissance avec un inspecteur bien poli par son métier, qui a de la bouteille, et qui au demeurant aime bien la bouteille !

D’ailleurs, c’est bien aviné que nous le retrouvons dans un bouge de la cité des anges en compagnie d’une actrice fanée et pas regardante non plus sur la boisson. Lucille est non seulement ruinée, et redevable d’une somme bien rondelette à des malfrats mexicains qui n’ont pas l’intention de lâcher l’affaire.

Pour lui venir en aide à rembourser sa dette, il accepte un contrat : revenir à Oslo pour disculper Røen, un avocat fortement soupçonné d’être impliqué dans le meurtre de deux femmes. Harry a neuf jours, pas un de plus S’il remplit son contrat, les 960000 dollars lui seront versés et son amie sauvée, sinon…..

Nous voilà donc embarqués dans une affaire qui apparait bien plus complexe qu’elle n’en a l’air. Harry se constitue une petite équipe dont les membres ont tous des profil plis que discutable compte tenu des enjeux. En outre, il reprend contact avec ses anciens collègues de la police d’Oslo. Il faut préciser qu’à ce stade Harry n’est plus en odeur de sainteté. En réalité il a quitté la police sur un énorme échec, et la mort de sa femme, et depuis il noie son chagrin et son spleen dans l’alcool et en compagnie plus que douteuse.

Comme toujours avec Nesbø , cela démarre lentement, le temps de poser les choses, et puis il embarque son lecteur dans une chasse effrénée, en multipliant les fausses pistes, les faux espoirs, et  les solutions faciles. Il n’en oublie pas d’égratigner au passage les travers de la société norvégienne,  et ses politiciens.

Comme toujours Nesbø parvient à nous captiver jusqu’au terme, que je n’avais pas vu venir.

Un excellent moment de lecture. Si je ne suis pas fan, ce n’est pas parce que je doute de l’inspecteur Harry, mais juste parce que son créateur est trop prolifique, et que je n’ai pas le temps de reprendre les choses à leur commencement. Alors je pioche, au gré de mes envies et des parutions. Promis, le douzième n’attendra pas trop longtemps sur ma pile !

Eclipse totale de Jo Nesbø, traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier aux éditions Gallimard (Octobre 2023, 592 pages)

Jo Nesbø est un écrivain et scénariste norvégien, auteur de roman policier et de littérature d'enfance et de jeunesse né en 1960 ; Il est l’auteur d’un grand nombre d’ouvrage dont La soif, le fils

jeudi 27 avril 2023

l'énigme de la stuga

 

Le polar suédois a eu son heure de gloire, et comme beaucoup à cette époque je me suis largement laissée tenter par les nombreuses publications d’alors. Et sans surprise, je me suis lassée ; cela faisait donc un bon moment que je n’y étais pas revenue. Je découvre donc ici, pour un jury de lectrice cette auteur avec le sixième opus d’une série dont les titres sont indépendants.

Lykke et Gabriel sont mariés, respectivement éditrice renommé et écrivain à succès. Ils ont des jumeaux David et Harry adolescents.

Alors que le couple reçoit des amis lors d’une fête estivale, le corps de Bonnie, l’amie d’enfance des deux garçons est retrouvée morte, dans la stuga, sorte d’annexe améliorée au fond du jardin dans laquelle les adolescents vivent une forme d’indépendance familiale. Tout accuse les jumeaux qui se retrouvent tous deux en détention préventive le temps de l’enquête.

Huit ans plus tard, nous retrouvons Lykke, accusée de meurtre, sur le point d’être incarcérée, et qui contre toute attente demande avec insistance à s’entretenir avec celui qui huit ans auparavant avait enquêté sur la mort de Bonnie. Le mystère plane, on ne sait rien de plus.

L’auteur déroule son propos selon deux temporalités, et selon deux points de vue : ceux de Lykke et Manfred. Elle va ainsi dérouler le fil d’une histoire, qui tient en haleine et ne laissera transparaitre la vérité qu’assez tardivement, ainsi que la raison pour laquelle Lykke se retrouve inquiété par la justice.

Reconnaissons à cet ouvrage une habile construction, une belle immersion dans le monde de l’édition et de ses travers.

Reconnaissons lui d’être prenant, divertissant dans le bon sens du terme.

Reconnaissons lui d’être bien traduit et agréable à lire.

Mais, à mon sens, il ne révolutionnera pas le genre ; en tout cas pas au point de me donner envie de relire l’auteur.

L’énigme de la stuga de Camilla Grebe, traduit du suédois par Anna Postel, aux éditions Calmann-Lévy  (février 2023, 475 pages)

Camilla Grebe est une romancière suédoise.

Titulaire d'un master en administration des affaires (MBA) de Handelshögskolan i Stockholm, une école de commerce, elle fonde la maison d'éditions Storyside, spécialisée dans le livre audio. Elle y cumule les fonctions de directrice du marketing et de directrice générale, puis dirige une société de conseil.

En 2009, elle écrit, en collaboration avec sa sœur Åsa Träff (1970), psychiatre spécialisée dans les troubles neuropsychiatriques et de l'anxiété, "Ça aurait pu être le paradis" ("Någon sorts frid"), un roman policier qui se déroule dans le milieu des cliniques psychiatriques. Avec ce roman elles sont saluées comme les nouvelles voix du polar scandinave.

En 2015, elle a publié "Un cri sous la glace" ("Älskaren från huvudkontoret"), son premier roman en solo. Elle enchaînera avec "Le Journal de ma disparition" ("Husdjuret", 2017), "L'Ombre de la baleine" ("Dvalan", 2018) puis "L'Archipel des larmes" ("Skuggjägaren", 2019).

Elle a obtenu deux fois le Prix du meilleur roman policier suédois, remis annuellement par la "Svenska Deckarakademin" (Académie suédoise du roman policier) depuis 1982 : en 2017 pour "Le Journal de ma disparition" et en 2019 pour "L'Archipel des larmes" !

Elle a écrit cinq polars avec sa sœur (2009-2015) et trois autres (2013-2016) avec l'un de ses amis, le financier Paul Leander-Engström (1966), dont "Dirigenten från Sankt Petersburg" (2013), adapté en série télévisée en 2018.

Camilla Grebe vit à Stockholm.

samedi 11 mars 2023

Le cimetière de la mer

 

Cela faisait longtemps que je n’avais pas lu un polar aussi intéressant, et complet. En effet, son auteur ne se contente pas d’une banale enquête policière. En réalité, il n’y a pas vraiment d’enquête policière, mais plutôt une enquête familiale, qui allie à la fois les ressorts d’une lignée et de ses secrets, et l’histoire d’une nation qui doit composer avec son passé, et sa place dans un monde secoué de toutes parts.

Dans la paisible Norvège la famille Falck n’est pas aussi paisible qu’elle n’en a l’air. Il y a ceux d’Oslo, richissimes, héritiers et gestionnaire d’une fondation, SAGA, aux multiples ramifications et fonctions allant de la gestions des archives historiques, aux opérations de renseignement, en passant par l’implication politique. Olav, le fils de Vera, et ses trois enfants dont Sasha sont les représentant de cette branche, par opposition avec ceux de Bergen, également actionnaires de SAGA, fauchés et ostracisés, et représentés par Hans, cousin d’Olav, médecin humanitaire très gauchisant, parcourant les terrains de guerre aux quatre coins de la planète, et surtout le Moyen-Orient, théâtre d’actions pour le moins nébuleuses et à la limite de la légalité. Vera n’a rien en commun avec la branche de Bergen, si ce n’est son défunt mari Thor, décédé en 1940 dans le naufrage d’un express-côtier, et dont le premier fils est à l’origine de la branche ainée. Un arbre généalogique en fin d’ouvrage est d’ailleurs fort utile avant d’en entamer la lecture.

Vera, la matriarche, a été une auteur à succès ; mais il semblerait qu’elle n’ait pas tout dit. Son suicide va bouleverser sa descendance, car curieusement, son testament s’est soudainement volatilisé.

L’ouvrage repose ainsi sur la recherche de ce fameux testament, Le cimetière de la mer, que sa petite fille s’est chargée de retrouver, quoi qu’il advienne. Aidée en cela d’une sorte de d’aventurier au passé plus que trouble, et mêlé aux affaires du Moyen-Orient,  Sasha s’aventure dans une démarche qui risque bien de faire exploser la famille et de déterrer des secrets familiaux et d’état que la paisible Norvège n’a peut-être pas très envie de regarder en face !

On comprend assez vite que l’auteur nous emporte très loin tant sur le plan familial qu’historique. Et c’est là tout l’intérêt de ce roman à l’intrigue originale, parfaitement construite, riche en rebondissements, et peuplée de personnages complexes et ombrageux que l’on appréhende au fil des pages.

En outre, j’ai beaucoup aimé l’atmosphère particulière de ce livre, toute en retenue, froide sans ostentation ; une vraie ambiance scandinave !

Il fut pour moi une excellente découverte , et à mon sens, le policier le plus abouti de la sélection du Jury Elle ! Il était temps !!

Le cimetière de la mer d’Aslak Nore, traduit du norvégien par Loup-Maëlle Besançon, aux éditions du bruit du monde (Février 2023, 512 pages).

Aslak Nore est né en 1978 et a grandi à Oslo. Après des études à la New School for Social Research de New York, il rejoint le bataillon d’élite norvégien Telemark en Bosnie. Aventurier des temps modernes, il a vécu en Amérique latine et a travaillé comme journaliste au Moyen-Orient et en Afghanistan. Auteur de plusieurs bestsellers et lauréat du prix Riverton pour le meilleur roman policier en Norvège en 2018, il vit aujourd’hui au Vallon des Auffes, à Marseille.