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vendredi 19 avril 2024

L'île haute

 

Quel bonheur de retrouver Valentine Goby, qui à chaque nouvel opus, parvient à se renouveler, et me surprendre.

Valentine Goby aime la montagne, la pratique assidûment, et s’en inspire ici en installant immédiatement une impression qui engage tous les sens.

Vadim est un jeune parisien de douze ans que sa famille envoie prendre le bon air de la montagne pour soigner son asthme. On découvrira au fil des pages que les choses sont un peu plus compliquées que cela. Nous sommes en 1942….

Vadim est accueilli à la ferme loin de la ville, avec les sommets face à lui. Et puis il a Moinette, qui va devenir sa grande copine. Ainsi, Vadim, rebaptisé Vincent, traversera trois saisons, où la montagne offrira ses trois couleurs : le blanc hivernal, le vert du renouveau printanier, et le jaune estival, qui serviront d’architecture à ce roman initiatique.

Tout, à mon humble avis, repose sur la prose poétique et ciselée de Valentine Goby qui fait des montagnes un autre personnage de ce roman qui invite le lecteur à rentrer subtilement dans l’intimité de ce jeune garçon et de sa famille alors que la chasse aux juifs bat son plein.

Valentine Goby sème ici ou là une multitude d’évocations de ses précédents romans, tout en nous proposant quelque chose de nouveau et de particulièrement émouvant.


L’île haute de Valentine Goby aux éditions Actes Sud (Août 2022, 270 pages)

dimanche 31 décembre 2023

Reine de coeur


Akira Mizubayashi est un fin mélomane. Ses mots et sa prose pour en parler ne trompent pas ; il sait parfaitement embarquer son lecteur dans un voyage à la fois sensoriel et mémoriel.

Japonais de naissance, il porte en lui le poids, peut-être une certaine culpabilité, des horreurs commises durant la seconde guerre mondiale.

Ici nous suivons la destinée de Jun et Anna, deux amoureux dans le Paris des années 40 que la guerre va hélas séparer. Jun, est un jeune japonais. Il étudie l’alto au conservatoire de Paris. Le conflit sino -japonais sonne le glas de leur relation, puisque Jun est sommé de revenir au Japon pour y combattre.

Parallèlement, dans une autre temporalité, nous cheminerons avec Mizumé, altiste confirmée. La lecture fortuite d’un roman va soudainement réveiller de vieux souvenirs familiaux. Bien évidemment, les deux récits vont finir par se rejoindre, mais laissons-là un peu de suspense… Ce n’est d’ailleurs pas tant ce dernier qui importe le plus dans ce second ″opus musical‶ de l’auteur. Akira Mizubayashi diversifie son mode narratif, et ses temporalités donnant ainsi à son propos une alternance de rythme. Tout comme le ferait un compositeur. Justement, ce récit est construit en cinq mouvements, avec en fond sonore la 8ème de Chostakovitch, celle qu’il composât en pleine guerre, considérée à l’époque comme une provocation à l’égard du pouvoir totalitaire de Staline….

A l’instar d’Âme brisée, j’ai beaucoup apprécié la poésie et la musicalité de cet opus. La plume sensible de son auteur me va droit au cœur. Un peu de beauté et de douceur dans ce monde si agité et incertain ne peut pas faire de mal !

Reine de cœur d’Akira Mizubayashi aux éditions Gallimard (Mars 2022, 240 pages) et Folio (2023, 270 pages)

Akira Mizubayashi (水林 章, Mizubayashi Akira) est un écrivain japonais d'expression japonaise et française, né le 5 août 1951 à Sakata au Japon.

Il est également traducteur.

Après des études à l’université nationale des langues et civilisations étrangères de Tokyo (Unalcet), il vient en France en 1973 et va suivre à l’Université Paul Valéry de Montpellier une formation pédagogique pour devenir professeur de français (langue étrangère).

A son retour à Tokyo en 1976, il entreprend une maîtrise de lettres modernes.

En 1979 revient en France où il passe trois années en tant que « pensionnaire étranger » (PE Lettres 1979) à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm à Paris. Il reçoit le titre de Docteur après une thèse sur Jean-Jacques Rousseau.

Depuis 1983, il enseigne le français à Tokyo, à l’Université Meiji, à l’Unalcet et, depuis 2006, à l’Université Sophia.

ll a publié six essais en japonais avant d'écrire en français les œuvres suivantes :

Un amour de Mille-Ans, Paris, Gallimard, 2017

Âme brisée, Paris, Gallimard, 2019, Prix des libraires 20203 et Prix de L'Algue d'Or 2020

Reine de cœur, Paris, Gallimard, 2022

Suite inoubliable, Paris, Gallimard, 2023

mardi 18 juillet 2023

Au vent mauvais


Découverte fortuitement il y a une dizaine d’année, Kaouther Adimi fait partie de celles et ceux que je suis peu ou prou au fil de leurs publications., avec un plaisir toujours renouvelé.

Il était une fois deux frères qui n’étaient pas tout à fait frères, mais élevés comme tels dans un tout petit village d’Algérie des années 20. Tarek et Saïd. Ils sont amoureux de Leïla, mais c’est Tarek qui l’épousera, menant une vie de labeur, elle en Algérie, lui en France là où il y a du travail. Saïd poursuivra un autre chemin, celui d’une famille nettement plus aisée, en devenant écrivain. Saïd écrira des années plus tard le roman de sa jeunesse, laissant Tarek et Leïla dans de grosses difficultés.

Cet opus est un peu le roman d’un roman, le roman où il est question d’un autre roman. Mais avant tout l’auteur va revenir au début, avec en premier la narration sous le point de vue de Tarek, puis celui de Leïla où finalement les choses finiront par se rejoindre.

Kaouther Adimi s’est ici inspiré de ses propres grands -parents auxquels est dédié cet opus. Elle nous fait traverser l’histoire contemporaine de l’Algérie passant de l’ère coloniale à l’indépendance, et la guerre civile ; elle dresse le portait d’une femme courageuse, désireuse d’épouser son temps, d’évoluer et de s’émanciper.

J’aime l’écriture précise et juste de Kaouther Adimi. Mais quand elle veut parler des choses qui fâchent, de la violence, de politique, et des horreurs que le pays a traversées, elle se fait plus elliptique. Il faut alors chercher entre les lignes, deviner, imaginer…

Une fois de plus je ne suis pas déçue par ce dernier opus que je lis un peu tard, et que la rentrée suivante va vite reléguer au rang des vieilleries. Il serait vraiment dommage de passer à côté !

Au vent mauvais de Kaouther Adimi aux éditions du Seuil (Août 2022, 270 pages)

 

Kaouther Adimi est née à Alger en 1986

Titulaire d'une licence de langue et littérature françaises obtenu en Algérie, elle est diplômée en lettres modernes et en management des ressources humaines à Paris.

Elle travaille aujourd'hui à Paris où elle vit depuis 2009.

Ses nouvelles ont été distinguées à deux reprises par le prix du jeune écrivain francophone de Muret (2006 et 2008) et par le prix du FELIV (Festival international de la littérature et du livre de jeunesse d’Alger) en 2008.

"L'Envers des autres", son premier roman publié en mai 2011 aux éditions Actes Sud a auparavant été édité en Algérie par les éditions Barzakh sous le titre "Des ballerines de Papicha" en juin 2010. Elle a obtenu le Prix de la Vocation en 2011.

En 2016, paraît son deuxième roman "Des pierres dans ma poche" aux éditions du Seuil (Publication Barzakh en novembre 2015). Il a bénéficié d'un succès critique et de sélections sur de nombreuses listes de prix.En 2019, parait les petits de décembre .

"Nos richesses", le roman d'une librairie de légende, à Alger, des années 1930 à nos jours, est paru en 2017. Il a obtenu le prix Renaudot des lycéens 2017, le prix du Style 2017, le prix Beur FM Méditerranée 2018 et une mention Spéciale du prix littéraire Giuseppe Primoli 2018.