Akira Mizubayashi est un
fin mélomane. Ses mots et sa prose pour en parler ne trompent pas ; il
sait parfaitement embarquer son lecteur dans un voyage à la fois sensoriel et
mémoriel.
Japonais de naissance, il
porte en lui le poids, peut-être une certaine culpabilité, des horreurs commises
durant la seconde guerre mondiale.
Ici nous suivons la
destinée de Jun et Anna, deux amoureux dans le Paris des années 40 que la
guerre va hélas séparer. Jun, est un jeune japonais. Il étudie l’alto au
conservatoire de Paris. Le conflit sino -japonais sonne le glas de leur
relation, puisque Jun est sommé de revenir au Japon pour y combattre.
Parallèlement, dans une
autre temporalité, nous cheminerons avec Mizumé, altiste confirmée. La lecture
fortuite d’un roman va soudainement réveiller de vieux souvenirs familiaux.
Bien évidemment, les deux récits vont finir par se rejoindre, mais laissons-là
un peu de suspense… Ce n’est d’ailleurs pas tant ce dernier qui importe le plus
dans ce second ″opus
musical‶ de l’auteur. Akira Mizubayashi diversifie son mode
narratif, et ses temporalités donnant ainsi à son propos une alternance de
rythme. Tout comme le ferait un compositeur. Justement, ce récit est construit
en cinq mouvements, avec en fond sonore la 8ème de Chostakovitch,
celle qu’il composât en pleine guerre, considérée à l’époque comme une
provocation à l’égard du pouvoir totalitaire de Staline….
A l’instar d’Âme brisée, j’ai
beaucoup apprécié la poésie et la musicalité de cet opus. La plume sensible de
son auteur me va droit au cœur. Un peu de beauté et de douceur dans ce monde si
agité et incertain ne peut pas faire de mal !
Reine de cœur d’Akira
Mizubayashi aux éditions Gallimard (Mars 2022, 240 pages) et Folio (2023, 270
pages)
Akira Mizubayashi (水林 章, Mizubayashi Akira) est un
écrivain japonais d'expression japonaise et française, né le 5 août 1951 à
Sakata au Japon.
Il est également
traducteur.
Après des études à
l’université nationale des langues et civilisations étrangères de Tokyo
(Unalcet), il vient en France en 1973 et va suivre à l’Université Paul Valéry
de Montpellier une formation pédagogique pour devenir professeur de français
(langue étrangère).
A son retour à Tokyo en
1976, il entreprend une maîtrise de lettres modernes.
En 1979 revient en France
où il passe trois années en tant que « pensionnaire étranger » (PE Lettres
1979) à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm à Paris. Il reçoit le titre
de Docteur après une thèse sur Jean-Jacques Rousseau.
Depuis 1983, il enseigne
le français à Tokyo, à l’Université Meiji, à l’Unalcet et, depuis 2006, à
l’Université Sophia.
ll a publié six essais en
japonais avant d'écrire en français les œuvres suivantes :
Un amour de Mille-Ans,
Paris, Gallimard, 2017
Âme brisée, Paris,
Gallimard, 2019, Prix des libraires 20203 et Prix de L'Algue d'Or 2020
Reine de cœur, Paris,
Gallimard, 2022
Suite inoubliable, Paris,
Gallimard, 2023