Affichage des articles dont le libellé est littérature asiatique. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est littérature asiatique. Afficher tous les articles

lundi 17 juin 2024

Pachinko

 

Des années 30 à nos jours, nous suivons une famille, et en particulier les descendants de Suja, jeune femme coréenne, dont le destin va basculer pour cause d’une grossesse extra-matrimoniale. Suja, refuse ce qui, à l’époque dans la société coréenne, était la norme, à savoir devenir la seconde épouse du monsieur, déjà marié au Japon. Plutôt que d’élever seule un enfant, et d’être bannie, elle épousera un pasteur chrétien, qui en connaissance de cause, lui permet de retrouver en quelque sorte son honneur. C’est au Japon qu’ils partent s’installer. Ils ne sont pas au bout de leur peine, eux, comme les générations qui suivront. Étrangers dans un pays qui de surcroit colonise et asservit la Corée, ils vivent tels des parias, des exilés qui devront malgré tout se faire une place tout en subissant les aléas de l’histoire.

L’ouvrage n’est sans doute pas le chef-d’œuvre annoncé par Mr Obama en accroche sur la couverture (je devrais à l’avenir davantage me méfier de ce genre d’argument), certes, mais il n’empêche que j’ai pris un certain plaisir à m’y plonger. L’auteur a beaucoup travaillé l’aspect historique, et j’y ai appris beaucoup de choses. Ses personnages sont bien campés.  Le style est alerte, fluide. La construction de facture classique en assure une lecture aisée et prenante. En revanche l’ouvrage aurait mérité d’être écrémé ; le dernier tiers s’égare parfois aux lisières du sujet, ce qui gâche un peu le plaisir.

Un roman détente, comme on en a parfois besoin !

Pachinko de Min Jin Lee, traduit de l’américain par Laura Bourgeois, aux éditions Charleston (Janvier 2021,617 pages) et Harper Collins (Janvier 2022, 630 pages).

Min Jin Lee est une écrivaine américaine née à Séoul en Corée du Sud en 1968.

Installée avec sa famille aux États-Unis depuis 1976, elle a fait ses études d'histoire au Yale College de l'Université Yale et ses études en droit au Georgetown University Law Center.

Elle a travaillé en tant qu'avocate d'entreprise à New York de 1993 à 1995 avant de se consacrer à l'écriture.

"Pachinko" (2017), son deuxième roman, a été finaliste du National Book Award for Fiction. Elle est également auteure de nouvelles.

Min Jin Lee a vécu à Tokyo de 2007 à 2011. Elle vit actuellement à Harlem, New York, avec son mari et son fils.

samedi 13 mai 2023

Niré


Dans la famille Niré, nous avons successivement fait la connaissance d’Anzu l’artiste indépendante, puis du couple Tétsuo et Fujiko passant les dernières années de vie en institution, et de Kyôko la rugueuse.

Cette fois, nous entrons dans l’intimité de Nobuki, frère d’Anzu et de Kyôko. Nokubi mène une vie familiale harmonieuse. Il visite régulièrement ses parents, dont seul le père conserve sa mémoire ; sa mère s’enfonce peu à peu dans la maladie d’Alzheimer rendant la communication avec son fils impossible. C’est à l’occasion de rangement que Nokubi va mettre la main sur le journal intime de sa mère. Sous l’angle de Nokubi, le narrateur, Aki Shimazaki revisite l’histoire familiale, et sans en avoir l’air met le doigt sur le thème universel de la paternité sous toutes ses formes.

Cet opus est nettement moins rugueux que le précédent. Il est apaisant, poétique et plein d’amour. Nobuki, que sa mère ne reconnait plus, apprend à mieux la connaître au travers de ce journal intime qu’il découvre en même temps qu’il s’apprête à devenir père pour la seconde fois. Il semble gagner en sérénité face à l’inexorable déclin de sa mère.

Cet opus était très attendu, il ne m’a pas déçue. Vivement l’année prochaine pour la résolution de cette pentalogie !

Niré d’Aki Shimazaki aux éditions Actes Sud (Avril 2023, 140 pages)

Aki Shimazaki est une romancière québécoise.

Elle est née au Japon en 1954, dans une famille dont le père est agriculteur. Durant sa jeunesse, elle développe une passion pour la littérature. Cependant, elle travaille pendant cinq ans comme enseignante d'une école maternelle et a également donné des leçons de grammaire anglaise dans une école du soir.

En 1981, elle émigre au Canada, où elle passe ses cinq premières années à Vancouver, travaillant pour une société d'informatique. Après cela, elle part vivre pendant cinq ans à Toronto. À partir de 1991, elle s'installe à Montréal où, en plus de son activité littéraire, elle enseigne le japonais.

En 1995, à l'âge de 40 ans, elle commence à apprendre le français tant par elle-même que dans une école de langue. Puis, elle commence à écrire en français de courts romans. Tous les titres de ces livres portent un mot japonais.

Pour son premier roman "Tsubaki" (1999), elle a obtenu le Prix de la Société des écrivains canadiens et a été finaliste du Prix Littéraire de la Ville de Montréal 1999 et du Grand Prix des lectrices Elle Québec 2000. Pour "Hamaguri" (2000), elle s'est méritée le prix Ringuet 2001 et a été finaliste pour le Prix des Cinq Continents de la Francophonie 2001.

Ses premiers romans sont publiés dans la collection "Un endroit où aller" chez Leméac/Actes Sud. Il s'agit d'une série de cinq titres, un premier cycle intitulé "Le poids des secrets" (1999-2004), qui racontent la même tragédie, mais chaque fois sous angle différent puisque le narrateur change d'un roman à l'autre.

Elle a remporté le Prix littéraire Canada-Japon du Conseil des Arts du Canada 2004 pour "Wasurenagusa" (2003) et le Prix du Gouverneur général du Canada 2005 pour "Hotaru" (2004).

Niré est le quatrième opus d’un nouveau cycle  Une clochette sans battant comprenant Suzuran (2020), Sémi (2021) et No-no-yuri (2022)

 

mercredi 10 mai 2023

Le camp de l'humiliation

 


La littérature nord-coréenne est rare, et pourtant, au regard de s’y qui s’y passe, il serait largement souhaitable que les langues se délient et racontent au monde entier les horreurs de ses dirigeants, et le calvaire que vit sa population.

KIM Yu-kyeon, passée au sud, dénonce ici, sous la forme d’une fiction, un système répressif au-delà de l’imaginable de son pays d’origine, sous couvert d’anonymat, sa famille vivant toujours au nord….

C’est l’histoire de Wonho un homme tranquille, jeune journaliste obéissant et sans histoire, qui du jour au lendemain est enlevé avec son épouse et sa mère pour se retrouver enfermé dans un camp pour prisonniers politiques. Évidemment il ne saura jamais pourquoi il en est arrivé là.

L’avenir pur eux disparait ; seul le présent compte, et la façon dont au jour le jour chacun va pouvoir survivre, échapper au froid, à la faim ; se protéger des coups et des humiliations ; déjouer les manigances des chefs eux -même en proie aux mêmes préoccupations vis-à-vis de leurs supérieurs.

Nous assistons à une lente et inexorable descente aux enfers d’une famille livrée à l’oppression, à la cruauté, à la barbarie d’un régime politique à bout de souffle, laissant sa population dans le dénuement le plus complet, jusqu’à l’anéantissement et au renoncement à toute dignité humaine.

La trame narratrice est impeccable, le propos difficilement soutenable tant les descriptions sont réalistes. J’émets cependant une petite réserve pour la dernière partie du livre en ce qui concerne sa crédibilité.

Le camp de l’humiliation de KIM Yu-kyeon, traduit du coréen par Lim Yeon-hee et Stéphanie Follebouckt, aux éditions Picquier (Février 2019, 370 pages, et mars 2021,480 pages pour la version poche).

Kim Yu-kyeong est une romancière nord-coréenne réfugiée en Corée du Sud depuis les années 2000. Sa véritable identité reste secrète pour protéger les membres de sa famille restés au Nord.

samedi 25 février 2023

Birmanie, voyage intérieur

 

A l’origine, j’avais prévu de lire ce recueil avant de partir. Mais comme je suis trop gourmande, je n’en avais pas eu le temps. Avec le recul, il aurait été dommage de le lire avant. Cinq après ma découverte de ce pays, et l’extraordinaire sentiment de dépaysement qu’il m’a inspiré, j’ai la sensation de pouvoir profiter pleinement de cet ouvrage, autant pour le texte que pour l’excellent  choix des photographies qui l’accompagnent.

Le texte émane d’une femme, journaliste,  ancienne assistante de la Dame de Rangoon , à l’issue d’une période d’emprisonnement. Elle se promit, une fois libérée, de faire un pèlerinage dans son pays à la rencontre des gens et surtout de le raconter.

Elle utilise ainsi les transports locaux pour relier les différentes villes du pays. Elle fait l’expérience de la promiscuité dans les bus collectifs, des aléas tels que les ponts qui s’écroulent, des inondations. Elle côtoie au plus près la population birmane et de sa culture bouddhiste.

C’est avec beaucoup de subtilité qu’elle parle sans en avoir l’air de l’environnement politique lourd et difficile.

J’ai beaucoup aimé la finesse du texte, le regard affuté sur celles et ceux qu’elle croise, et sa sensibilité.

Il en résulte un ouvrage apaisant, d’où émane l’harmonie et la paix.

Birmanie, voyage intérieur de Ma Thanegi, traduit de l’anglais par Isabelle Boan, aux éditions le Bec en l’air (2008,252 pages)

Ma Thanegi

Née au Myanmar, Ma Thanegi vit à Rangoon. Peintre, elle est également journaliste indépendante pour le Myanmar Times et Enchanting Myanmar. Impliquée dans les soulèvements de 1988 en tant qu’assistante d’Aung San Suu Kyi [prix Nobel de la Paix 1991], Ma Thanegi a été emprisonnée de 1989 à 1992. L’idée de ce livre est née dans sa cellule. S’éloignant de la stratégie isolationniste d’Aung San Suu Kyi, pour laquelle elle garde une grande estime, Ma Thanegi pense que le temps est venu d’être plus ‘évolutionnaire’ que ‘révolutionnaire’.

Tiane Doan na Champassak

Né en France en 1973, Tiane Doan na Champassak a grandi en Espagne et au Maroc avant de s’installer au Québec où il intègre le Dawson Institue of Photography de Montréal. Membre de l’agence VU’ depuis 1999, ses photographies paraissent dans Stern, Géo, National Geographic, Elle… Ses reportages sur le sida en Inde, sur le transsexualisme en Asie du Sud-Est ont été primés à plusieurs reprises [Fondation Jean-Luc Lagardère, prix Villa Médicis hors les murs, prix Portfolio photographique de la SCAM, festival Visa pour l’image…]. Auteur de Le Sexe des Anges [La Martinière, 2003], il restitue ici un travail réalisé au cours de cinq longs séjours au Myanmar.