mardi 17 mai 2022

No-no-yuri

 


Troisième volet d’une pentalogie, Aki Shimazaki reste fidèle à sa façon d’en agencer le dérouler en se focalisant sur un personnage déjà rencontré auparavant, mais de manière plus périphérique et anecdotique.

Kyôko est la sœur d’Anzu, que nous avions suivie dans Suzuran, les deux filles de Semi, second volet.

Kyôko a fait de brillantes études, et occupe un poste à responsabilité dans une entreprise américaine à Tokyo. C’est une jeune femme dénuée d’affect. Sans doute à cause d’un traumatisme de l’enfance, elle collectionne les amants, refuse de s’engager, de les recevoir chez elle, et prend toujours l’initiative de la rupture. Elle a peu de loisirs, s’investit beaucoup dans son travail tout en parvenant à cloisonner ses deux vies. Sauf que ses certitudes, et habitudes professionnelles vont être bouleversées à l’arrivée d’un nouveau directeur à la personnalité radicalement différente du précédent.

Moins emprunt de douceur qu’à l’accoutumée, ce nouvel opus d’Aki Shimazaki est largement axé sur la difficile insertion des japonaises dans le monde du travail encore largement dominé par les hommes. La femme japonaise parvient difficilement à se hisser à des postes à responsabilité, à s’y maintenir, tout en préservant sa vie privée. Il ne fait bon ni à être célibataire, ni mariée, ni femme dans le monde de l’entreprise. Les femmes sont soumises au diktat du mariage arrangé, mal vues et/ou soupçonnées d’homosexualité quand elles restent célibataires, et enfin, quel que soit leur statut, sont très souvent cantonnées à des postes subalternes. A ce point de vue-là ; Kyôko est une forme d’exception, et tient à le rester. L’arrivée d’un nouveau patron va bouleverser aussi ses certitudes.

Aki Shimazaki nous donne ici un opus résolument féminin, et féministe, l’antipode du Japon qui peine à s’ouvrir à ces notions-là.

C’est un ouvrage un peu plus rugueux dans son thème qu’à l’accoutumée en parfaite adéquation avec le violence de la société japonaise envers les femmes.

No-no-yuri d’Aki Shimazaki aux éditions Actes-Sud (Mai 2022,170 pages)

Aki Shimazaki est une romancière québécoise.

Elle est née au Japon en 1954,dans une famille dont le père est agriculteur. Durant sa jeunesse, elle développe une passion pour la littérature. Cependant, elle travaille pendant cinq ans comme enseignante d'une école maternelle et a également donné des leçons de grammaire anglaise dans une école du soir.

En 1981, elle émigre au Canada, où elle passe ses cinq premières années à Vancouver, travaillant pour une société d'informatique. Après cela, elle part vivre pendant cinq ans à Toronto. À partir de 1991, elle s'installe à Montréal où, en plus de son activité littéraire, elle enseigne le japonais.

En 1995, à l'âge de 40 ans, elle commence à apprendre le français tant par elle-même que dans une école de langue. Puis, elle commence à écrire en français de courts romans. Tous les titres de ces livres portent un mot japonais.

Pour son premier roman "Tsubaki" (1999), elle a obtenu le Prix de la Société des écrivains canadiens et a été finaliste du Prix Littéraire de la Ville de Montréal 1999 et du Grand Prix des lectrices Elle Québec 2000. Pour "Hamaguri" (2000), elle s'est méritée le prix Ringuet 2001 et a été finaliste pour le Prix des Cinq Continents de la Francophonie 2001.

Ses premiers romans sont publiés dans la collection "Un endroit où aller" chez Leméac/Actes Sud. Il s'agit d'une série de cinq titres, un premier cycle intitulé "Le poids des secrets" (1999-2004), qui racontent la même tragédie, mais chaque fois sous angle différent puisque le narrateur change d'un roman à l'autre.

Elle a remporté le Prix littéraire Canada-Japon du Conseil des Arts du Canada 2004 pour "Wasurenagusa" (2003) et le Prix du Gouverneur général du Canada 2005 pour "Hotaru" (2004).

1 commentaire:

  1. J'avais lu une autre de ses petites séries et j'avais beaucoup aimé ! C'est vrai qu'elle aborde toujours des sujets de société intéressants (surtout que la place de la femme dans le monde du travail japonais, j'avoue que ça m'intrigue !). Merci beaucoup pour cette chronique qui me rappelle que j'ai bien envie de continuer à explorer l'œuvre de cette autrice !

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