samedi 31 juillet 2010

Le dernier empereur:Charles d'Autriche



Vienne, 1916 : l'empereur François-Joseph meurt après soixante-huit ans de règne. Son successeur est son petit-neveu, titré Charles Ier en Autriche et Charles IV en Hongrie. Agé de 29 ans, accédant au trône en pleine guerre, le nouveau souverain possède un programme : la paix, les réformes. Négociant en secret avec les Alliés, il fait l'impossible pour sortir son pays du conflit, mais ses efforts n'aboutissent pas. Proche du peuple, attentif aux questions sociales, il imprime un nouveau style à la monarchie des Habsbourg, mais sa volonté novatrice n'est pas toujours comprise.
En 1918, la guerre étant perdue pour les puissances centrales, la Double Monarchie se disloque et Charles Ier doit quitter le pouvoir. Réfugié en Suisse, il tente par deux fois de retrouver sa couronne en Hongrie. Après cet échec, la famille impériale est reléguée à Madère. Sans ressources, elle y fait l'épreuve du dénuement. Cette page sombre, vécue chrétiennement, s'achève dans le drame : le 1er avril 1922, le dernier empereur meurt de maladie, à l'âge de 34 ans. L'impératrice Zita, sa femme, attend alors son huitième enfant.
En le béatifiant, en 2004, Jean-Paul II a voulu faire de Charles d'Autriche, personnage à qui l'Histoire a réservé une destinée tragique, une figure spirituelle pour notre temps, offrant en modèle son amour de la paix et de la justice, et son humilité.


Cet essai n’est pas un coup de cœur ; néanmoins il fut pour moi d’un grand intérêt. En effet, Jean Sévillia met en lumière un homme que l’histoire a, à plus d’un titre, injustement oublié, et nous plonge dans l’Europe centrale du début du 20ème siècle. Nous sommes en Autriche-Hongrie, un vaste empire réunissant un conglomérat de peuples disparates. C’est l’époque de Freud, Klimt, Mahler ; et l’Europe s’apprête à vivre un conflit sanglant qui va bouleverser le continent.
Charles de Habsbourg-Lorraine, à sa naissance n’est pas appelé à succéder à son grand oncle François –Joseph en fin de règne. Il faudra deux tragédies, le suicide de Mayerling, et l’assassinat de l’archiduc héritier à Sarajevo, pour le proclamer empereur sans y avoir été préparé. Il hérite d’un conflit pour l’arrêt duquel il n’a jamais cessé d’agir. Le souverain est un homme profondément pieux, simple, pragmatique, et humain. Des qualités, qui ne lui permettront pas de s’imposer en temps utiles, ni d’éviter la dislocation de son empire, sous l’influence des Etats –Unis, qui des années plus tard annoncera d’autres orages.
Jean Sévillia dresse le portait d’un homme bon, attaché à sa famille, et, qui, chassé de son pays mourra à 34 ans en exil à Madère.
Il y a une dizaine d’année, un couple refaisait à Nancy le même parcours que le jour de leurs noces célébrées au même endroit 50 ans plus tôt. En effet, Otto de Habsbourg-Lorraine avait souhaité rendre hommage à la Lorraine en se mariant dans la cité Ducale. Il est le fils ainé du dernier empereur d’Autriche, Charles 1er d'Autriche.

Jean Sévillia-Perrin- 332 pages

jeudi 22 juillet 2010

Le jardinier de l'éden


C'est dans sa propre enfance que l'auteur de l'extraordinaire Femmes qui courent avec les loups a puisé ce récit où chaque mot touche l'âme. Il conte l'histoire vraie de son oncle, arrivé de Hongrie aux Etats-Unis à la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Zovar, survivant des combats et des camps de travail forcé, n'a qu'un amour : la terre. Par la grâce des histoires et des contes venus de la tradition familiale, il va transmettre à l'enfant une leçon de sagesse, d'harmonie et de communication avec la nature. Cet homme simple, qui crie sa révolte lorsque l'on trace une autoroute à travers les forêts et les champs, possède un secret : celui de l'Eden, que nous transportons en nous sans toujours le savoir.

Voilà un livre présent dans ma bibliothèque depuis une dizaine d‘année ; acheté probablement à un moment de quête personnelle, et qui jusqu’à aujourd’hui attendait son heure. Le moins que l’on puisse dire c’est que l’heure était passée !!!

L’auteur, narre sous forme de conte, dans les yeux d’une petite fille, l’histoire d’un oncle qui, de retour des camps, accueilli par sa famille aux Etats-Unis. Certes les retrouvailles sont émouvantes, pleines en tendresse. Certes il y a de la sagesse dans ce livre…Mais bon…….
Peut-être qu’il aurait fallu que je le lise avant ?
Il me semble que ce livre est né sur la vague du « livre du moi » d’il y a quelques années ; et que la magie s’en est allée. J’ai trouvé cela démodé, plus du tout bénéfique comme cela pouvait l’être à cette époque là.
Un livre qui tout simplement ne correspond plus à mes attentes de lectures. Un genre de livre dont j'ai certainement abusé aussi......

Clarissa Pinkola Estès- Le livre de poche (parution initiale :1998)-122 pages

A propos de l'auteur
Clarissa Pinkola Estés est née aux États-Unis dans une famille d'origine hongroise. Elle est diplômée en ethnologie et en psychologie clinique. Elle est connue pour être une Conteuse et psychanalyste.
Elle a été directrice de l’Institut C. G. Jung de Denver et est à l'origine de la création du concept de femme sauvage, un des archétypes féminins.
Ses écrits en psychologie s'intéressent aux problématiques féminines, très influencés par Carl Gustav Jung. Ces écrits, là font se situer dans un nouveau courant du féministe contemporain, où si la cause du féminisme est bien les femmes alors il faut qu'elles se connaissent pour de vraie et entièrement. Ce positionnement est proche de l'auteure féministe et elle aussi jungienne, Eliane Jung-Fliegans.
On lui doit plusieurs ouvrages, étudiant notamment les grands archétypes féminins qu'elle explore dans un livre intitulé Femmes qui courent avec les loups publié en 1992. Elle a aussi écrit Le Jardinier de l'Eden et Le Don de l'histoire. (Wikipédia)
PAL- Summer Challenge: Pile à 45 ouvrages, avec 2 livres supplémentaires définitivement écartés de la liste


mardi 20 juillet 2010

Le jardin des secrets


Aligné à gauche

En 1913, sur le port de Brisbane, en Australie, une petite fille de quatre ans est retrouvée abandonnée sur un bateau arrivant d'Angleterre, avec pour tout bagage une valise contenant quelques vêtements et un superbe livre de contes de fées. Recueillie par un couple, elle n'apprend son adoption que le jour de son vingt et unième anniversaire. Des années plus tard, Nell décide de partir à la recherche de son passé, en Cornouailles, au domaine de Blackhurst. A sa mort, sa petite-fille Cassandra poursuit cette quête et se rend à son tour en Angleterre afin de percer les secrets du domaine…
Dans "Le Jardin des secrets", Kate Morton montre qu'elle sait comme personne entremêler les fils du passé et du présent pour tisser un extraordinaire roman qui célèbre avec finesse et poésie le pouvoir de l'imaginaire.

Ce livre est un coup de cœur, dévoré en à peine 3 jours. J’en ai découvert l’existence, peu après sa parution, au hasard d’une critique dans les pages littéraires d’un grand quotidien national ; il m’avait déjà interpellé, puisque j’en avais gardé précieusement l’article, au cas où…….La lecture commune avec Partage-lecture, ayant pour thème les écrivains australiens, fera le reste. Une belle découverte, et un grand merci à mon instinct !!
L’écriture y est fluide. La narration se fait à trois niveaux, trois époques différentes, ce qui donne au livre aucune impression de longueur que peuvent avoir les sagas familiales narrées de manière linéaire et chronologique.
Cette histoire est avant tout une histoire de femme, l’histoire d’une petite fille, Nell qui se retrouve à l’autre bout du monde, seule, et recueillie par une famille aimante, mais qui a tout oublié, avec pour seul bagage un livre de contes qui ponctueront ce roman ; contes qui seront pour elle et sa petite fille un précieux soutien dans cette quête de soi.
C’est l’histoire d’une recherche sur soi, d’une quête dans sa propre identité : savoir d’où l’on vient pour savoir qui on est. C’est une fidélité familiale assumée, puisque des années plus tard, la descendante de Nell, Cassandra, qui ira à son tour à la recherche de son histoire, et de celle de sa grand-mère.
Cette superbe histoire est tissée fil après fil, entre Australie, et la Cornouailles, mais aussi dans l’imaginaire avec la présence d’une conteuse, dont on découvrira plus tard, le rôle……
Le lecteur apprend pages après page…..
Dans le jardin des secrets, le lecteur passera d’une époque à l’autre, et notamment fera un séjour intéressant dans l’Angleterre Victorienne. L’auteur met très bien en évidence les mentalités de l’époque, ses cruautés, ses non-dits à l’origine de bien des drames familiaux.
En lisant ce livre je ne peux m’empêcher de penser à tous ces enfants adoptés, et qui sont restés dans l’ignorance de leurs origines, qui n’ont rien pour se raccrocher et se trouver, et qui toute leur vie durant, devront faire avec ce vide. Est-bien, ou mal que de préserver le secret des origines ? Est-ce vraiment assurer la paix des familles que de faire table rase d’un passé à la base de tout ?

Kate Morton-Presses de la cité-507 pages

A propos de l'auteur:


A 29 ans, l'Australienne Kate Morton écrit Les Brumes de Riverton (Presses de la Cité, 2007), qui connaît un succès mondial. Son deuxième roman, Le Jardin des secrets, confirme son talent et sa place sur la scène littéraire internationale. Fascinée par la littérature victorienne, elle prépare un doctorat sur le gothique dans la littérature contemporaine.

vendredi 16 juillet 2010

Un cri dans la nuit


Lorsqu’elle fait la connaissance du beau, élégant et irrésistible Erich Krueger, Jenny a le coup de foudre. Après une cour hâtive, Erich l’épouse et l’emmène chez lui, dans le Minnesota, dans une maison de rêve en dépit de la froideur lugubre et menaçante du paysage d’hiver et des rumeurs donnant à entendre qu’il s’est passé autrefois dans la luxueuse demeure des Krueger quelque chose de terrible.
Le bonheur de Jenny ne dure pas longtemps. Bientôt une succession d’incidents étrangers et terrifiants menacent d’abord son mariage, puis ses enfants, puis sa propre existence. Et il ne reste qu’une solution à la jeune femme : découvrir la vérité, une vérité enfouie dans la maison devenue sa prison.
Un cri dans la nuit est sans doute le roman le plus ambitieux et le plus palpitant de Mary Higgins Clark.

Voilà un thriller, bien ficelé qui m’aura tenue en haleine 3 jours à peine ; et encore mon temps était compté, sinon, je l’aurais avalé tout cru.
Un femme, jolie, divorcée , qui travaille et élève du mieux qu’elle peut ses deux filles un peu délaissées par un père dont on, dirait aujourd’hui qu’il est un boulet, croise un jour le chemin d’un beau et fringant Monsieur, beau parleur, et qui sait surtout ce dont les femmes comme Jenny ont envie d’entendre… Le piège se referme sur Jenny qui n’y voit que du feu, l’épouse et part s’installer avec son nouvel époux dans la propriété familiale, loin de tout. Le coup de foudre, comme toujours ne durera que le temps de l’allumette, puis …………….
J’ai toujours beaucoup de mal à comprendre qu’une femme, belle, intelligente, et équilibrée puisse s’enticher du premier venu, et se laisser aveugler à ce point. Cela reste pour moi un immense mystère ; et expérience aidant, je n’ai pas trop envie de m’y frotter. C’est ainsi que je n’ai pu m’identifier à Jenny, bien que très empathique avec elle. Combien de fois je lui disais « mais bon sang réveille toi, ce type t’endort et te malaxe comme de la pâte à modeler, réagit, prends tes gosses et tire toi » ! Et non, elle l’aime, rentre dans son jeu, prend sur elle la culpabilité, et se détruit jour après jour…….
Quant à Erich : c’est simple je le déteste : manipulateur psychopathe, menteur, …..le salaud parfait en somme, qui se donne le beau rôle, et se fait passer pour victime.
Voici un livre qui devrait être mis entre les mains de toutes jeunes filles, pour les mettre en garde contre une minorité, mais Ô combien dangereuse , d’homme, pour leur apprendre à se méfier des bons sentiments , des belles paroles, et du grand jeu de la séduction.
Comme disait une de mes grands-mères : Qui trop embrasse, mal étreint…..

Mary Higgins Clark-Albin Michel(édition 1983)-333 pages

Summer -PAL Challenge: Ma PAL est à 48 livres...........

jeudi 15 juillet 2010

Summer-pal Challenge: Bilan à mi -parcours


Nous sommes le 15 juillet, exactement à mi-distance du Challenge de l'été..........

Le bilan est:

Ma PAL est à 49 livres, avec un objectif à atteindre le 31 août qui est de 42 livres; ce qui est faisable.

Détails
16 livres lus en 1 mois et demi,
2 livres laissés en cours de route
2 livres sortis définitivement de la Pal , car ne seront jamais lus faute de motivation, et d'absentce patent d'intérêt pour eux
3 emprunts
8 acquisitions durant la période


Bilan plus que positif pour moi, et en tout cas motivant pour la suite du Challenge

lundi 12 juillet 2010

Le silence de la mer, et autres récits



" Les Editions de Minuit ont été conçues par Vercors à l'automne 1941 et crées par lui avec Pierre de Lescure. Le Silence de la mer est le premier titre à y être publié. Une vingtaine d'autres suivront jusqu'à la Libération, mais c'est le texte inaugural de Vercors qui connaît le plus grand retentissement. Cette sobre histoire, où une famille française s'oppose par le silence à l'officier allemand qu'elle a été obligée de loger, est un plaidoyer implacable contre la barbarie hitlérienne. Sous la calme surface des eaux, c'est la terrible " mêlée des bêtes dans la mer " qui se trouve soudain révélée, et toute " la vie sous-marine des sentiments cachés, des désirs et des pensées qui se nient et qui luttent ".

Les récits qui accompagnent ici Le Silence de la mer ont une portée peut-être moins complexe mais tout aussi forte. Tous lancent un vibrant appel aux vertus d'un humanisme conscient de ses devoirs.


Décidément je ne suis pas très à main avec les nouvelles……….Encore une fois, ce recueil de 6 nouvelles que l’on présente comme un chef d’œuvre de la littérature Française me tombe des mains.

Vercors ( Jean Bruller)-Le livre de poche édition 1970-190 pages

PAL- Summer challenge: 15/18; La pile tombe à 49 ouvrages..........



Le Koala tueur et autres histoires du bush



"Je n'aime pas les koalas. Ces sales bêtes, aussi hargneuses que stupides, n'ont pas un poil de gentillesse. Leur comportement social est effroyable - les mâles n'arrêtent pas de se tabasser ou de voler les femelles de leurs semblables. [...] Leur fourrure est infestée de vermine. Ils ronflent. Leur ressemblance avec les nounours est une vile supercherie. Il n'y a rien de bon chez eux. Sans parler du fait qu'un jour, un koala a essayé de me jouer un tour pendable." Avec ses redoutables crocodiles, ses excentriques mineurs d'opales, ses koalas féroces et ses cochons sauvages assoiffés de sang, l'impitoyable bush australien reste un territoire indompté. Et ce n'est pas Kenneth Cook qui aurait pu le soumettre ! Pour ce qui devait être l'un de ses plus grands succès de librairie, Cook a réuni peu avant sa disparition ces histoires courtes toutes plus hilarantes les unes que les autres, inspirées par ses tribulations à travers l'Australie. D'après lui, chacune de ces quinze rencontres avec la faune sauvage et ses frissons inattendus s'est déroulée comme il le raconte ici ; mais jamais il n'aurait osé les incorporer à ses romans tant elles paraissent incroyables. Et c'est précisément parce qu'elles sont tout à fait véridiques qu'il n'attendait pas qu'on le croie ! Dépaysement garanti, dans un grand éclat de rire.


Cet été Partage –Lecture amis le cap vers l’Australie pour sa lecture commune. Mon choix s’est porté vers ce recueil de nouvelles parce que, m’as t-on dit, il était jubilatoire………..
Kenneth Cook, rassemble dans ce recueil 15 histoires qui mettent en scène la faune de son pays. Ce sont, selon lui, 15 expériences qu’il a vécu au plus près de bêtes féroces et plus infréquentables les unes que les autres. Les serpents ouvrent le bal, et c’est en m’agrippant à l’accoudoir que je commence le livre… ( je déteste ces bêtes là).Aussi apprend t-on que le koala n’est pas le bon nounours que l’on croit imaginer, que les crocodiles ont le sang bien plus chaud qu’on ne le croit.
L’auteur relate des situations plus qu’improbables. Ont-elles réellement existé ?Parfois j’en doute………….
Est-ce vraiment jubilatoire ? En toute vérité : non. Je ne me suis pas tordu de rire à chaque page ; tout au plus j’ai souri de bon cœur ici ou là, et, il est vrai bien ri à la chute de « l’or noir »
Cette lecture, aura été mitigée : elle ne m’a pas déplu puisque j’en suis venue à bout, mais elle me laisse un goût d’inachevé. J’en attendais certainement beaucoup.

Kenneth Cook-Autrement Littératures-151 pages

A propos de l'auteur

Kenneth Cook (1929-1987) est considéré comme l'un des principaux écrivains australiens contemporains. Ont déjà paru aux éditions Autrement : Cinq matins de trop (2006), Par-dessus bord (2007). A coups redoublés (2008).

Lu également dans le cadre d'une lecture commune de juillet avec Grain de sel


PAL- Summer Challenge.........14/18; Il reste 50 livres dans ma PAL.... (2 en ont été définitivement écartés faute de réelles motivations pour les lire)

L'odeur des pommes



"1973, Marnus a dix ans. Il vit au Cap et rêve d'être un jour aussi fort que son père, le plus jeune général de l'armée sud-africaine. Ce dernier reçoit souvent la visite de militaires, venus soutenir le régime de l'Apartheid. Cette fois, il s'agit d'un général chilien, l'énigmatique M Smith. L'arrivée de cet étranger menace l'équilibre de la famille. Marnus est le témoin de ces bouleversements mais ce n'est que bien plus tard qu'il comprendra la portée cruelle de ce qu'il a vu et de ce qu'il a tu, complice malgré lui. Un premier roman bouleversant. Le portrait d'une famille et d'une société dévastées."

Et bien il ne faisait pas bon vivre en Afrique du Sud lorsqu’on n’appartenait pas à la classe dirigeante ; autrement dit, lorsqu’on n’était pas blanc. Il y a à peine dix ans que cette nation a repris sa place parmi les autres nations en acceptant, enfin, que tous les hommes soient égaux.
Marnus est un petit garçon intelligent, et a de bons résultats à l’école. Il a une sœur, Isle, musicienne, et un copain d’enfance, Frikkie avec lequel il passe le plus clair de son temps. Il vit dans une famille de la bonne bourgeoisie Sud-africaine : Papa est général de l’Armée Nationale, maman musicienne émérite, a, comme il est d’usage dans ce milieu, laissé de côté toutes ambitions professionnelles pour s’occuper de sa famille.
Le narrateur de ce récit c’est Marnus ; l’action se situe principalement dans son enfance, et accessoirement une quinzaine d’année plus tard (dont le texte est en italique) , alors qu’il est à son tour militaire, et qu’il est au front.
Marnus est ainsi conditionné depuis étant tout petit « Maman a dit », « Papa dit que », « le général a dit ».Toute la l’expression de ce gamin passe par l’avis de ceux qui l’entoure et dont il digère les propos sans jamais se rebeller ni se s’interroger. Sa sœur, sera beaucoup plus critique, et saura par petites touches distiller (à petites doses) ses révoltes.
La vie de la famille, se trouvera bouleversée par l’arrivée, en secret d’un haut militaire Chilien, qui sera « Mr Smith ».Les dégâts seront considérables. Marnus n’aura pas le courage de se révolter, de parler.
Dans ce récit, l’auteur dresse une satyre sans concession sur la société Sud-Africaine, à 3 niveaux : les blancs, les noirs qui ne sont rien, et les « coloured » mélange de deux (terme que je n’aime pas mais qui traduit ma compréhension du livre) qui sont encore moins que rien. C’est tout dire.
Pour preuve : « C’est une honte qu’une petite fille aussi adorable ait à vivre dans ce quartier infâme à côté des couloureds » p 92
La famille du petit garçon, bien que très au fait de son appartenance, est décrite comme humainement acceptable. Elle traite mieux ses domestiques, tente d’aider quand elle le peut.
Le petit garçon sera confronté à l’Apartheid au sein de sa cellule familiale, surtout en contact avec le mystérieux ami de son père.
Par exemple : « Le sang qui est resté en Afrique, est le sang des noirs les plus stupides-raison pour laquelle on ne peut trouver un noir bien éduqué » p 106.
Seuls, dans ce récit, les propos attribuer à Marnus, devenu homme, m’ont déstabilisée dans ma lecture. Je ne trouve pas qu’ils aient apportés un plus à la lecture, si ce n’est pour situer un pays en perpétuel conflit contre ses voisins.

Mark Behr-JC Lattès-199 pages

Quelques notes à propos de l'auteur:

Mark Behr est né en 1963, et a grandi en Afrique du Sud. Il voyage en Europe et aux Etats –Unis où il devient professeur de littérature.


vendredi 9 juillet 2010

L'homme qui épousa New York


David Prain fête aujourd’hui ses soixante ans, mais quelle est sa vraie vie ?
- A New York, dans le quartier de Central Park Ouest, David Prain est un chef d’entreprise célibataire et plutôt heureux.
- Sur l’île canadienne de Propperty, David Prain est un entrepreneur marié à Kathleen, père de famille et plutôt malheureux.

Dans ces deux lieux, un fantôme du passé réapparaît : Helen Seagal, envoûtant amour de jeunesse.
Helen et David ou Helen contre David ?
Un récit qui entraine le lecteur de l’autre côté du miroir

David Prain : un nom, deux personnages mentant deux vies différentes, à deux endroits différents mais qui ont en commun un amour passé que les circonstances de la vie vont amener à rechercher.
D’emblée le lecteur est dans le suspens : lequel de ces deux David Prain est le vrai David Prain ? Comment va se résoudre cette histoire ? Jusqu’au bout l’auteur nous entraine dans cette incroyable histoire pour nous en délivrer la clé à la fin.
Entre temps c’est un formidable voyage auquel le lecteur effectue au Canada, mais surtout à New York, et e particulier dans le quartier chic et calme de l’Upper West side, correspondant à tout e qui se situe à l’ouest de Central Park.
La construction de ce roman est un peu originale : une première partie dans laquelle les deux David Prain sont mis en scène sans que jamais le lecteur ne puisse deviner la fin de l’histoire.
Et une seconde partie, plutôt vue sous le regard d’Helen Seagal dans laquelle la résolution de l’énigme se dessine page après page.
Ce livre est édité par une toute petite maison d’édition ; je n’en ai eu connaissance que par l’intermédiaire d’un forum de passionnés de New York. C’est une belle découverte ; au delà du cadre géographique qui m’a incitée à lire ce livre, j’ai découvert un auteur à la plume agréable, et qui a su m’extraire tout au long de ses pages de mon quotidien, pour d’une part me faire revivre des moments particulièrement agréables et d’autre part stimuler mon imaginaire.

Olivier Démoulin, Grrr...art,265 pages

Quelques mots à propos de l'auteur


Né en 1968-9, diplômé de sciences Po Bordeaux et de l’école de journalisme de Marseille, ancien journaliste et chargé de communication, Olivier Démoulin se consacre totalement à l’écriture depuis le succès de ses trois premiers romans Dans mon ventre, Je hais les troubadours, et Orage maternel







13/18..........
Pile à 53 ouvrages.........encore 9 à lire pour atteindre mon objectif..........

La reine des lectrices



Que se passerait-il outre-manche si Sa Majesté la Reine se découvrait une passion pour la lecture ? Si, d’un coup, rien n’arrêtait son insatiable soif de livres, au point qu’elle en vienne à négliger ses engagements royaux ?
C’est à cette drôle de fiction que nus invite Alan Bennet, le plus grinçant des comiques anglais. Henry James, les sœurs Brontë, Jean Genet et bien d’autres défilent sous l’œil implacable d’Elisabeth, cependant que le monde so british de Buckingham Palace s’inquiète. Du valet de chambre au Prince Philip, tous grincent des dents tandis que la royale passion littéraire met sens dessus dessous l’implacable protocole de la maison Windsor.
Un succès mondial a récompensé cette joyeuse farce qui, par-delà la drôlerie, est aussi une belle réflexion sur le pouvoir subversif de la lecture.
Que n’a-t-on pas écrit et dit sur la Reine d’Angleterre. Tout le monde sait tout et rien à propos de cette femme qui ne s’exprime jamais sur ses idées et ses loisirs.
Le fait de faire de cette femme un personnage de roman, m’a poussée à y regarder de plus près.
La Reine se promène avec ses compagnons à quatre pattes dans les jardins de son Palais se retrouve de façon inattendue dans le bibliobus stationné à deux pas de là. Un peu gênée de se trouver là, la souveraine emprunte un livre …ainsi nait une passion qui ne sera pas au goût de tout le monde.
Ce livre est drôle, caustique et original .L’auteur met en scène un personnage publique quelque peu inaccessible dans une situation des plus banales. Il réussit en partant d’une histoire improbable, à engager le lecteur à s’interroger sur la lecture en général et tout ce qu’elle apporte.
Lire enrichit l’esprit, rend libre, permet à l’individu se construire son propre jugement sur les choses qui l’entourent.
Et la Reine dans tout cela ? C’est bien parce qu’elle découvre les pouvoirs de la lecture, et qu’elle s’affranchit d’un certain nombre de contraintes qu’elle inquiète son entourage à un tel point que ce dernier finira par éloigner celles et ceux qui l’encouragent dans sa nouvelle passion. C’est comme si la Reine devait s’en tenir à son rôle de représentation, et rester fidèle à sa devise « never explain, never complain »,
L’auteur, par le biais d’un roman sans prétention, superficiel au premier abord, drôle, et pince sans rire, met le lecteur en garde contre la tentation de la facilité. Je reste convaincue que la lecture affranchit l’Homme, et le rend pleinement acteur du monde dans lequel il vit

Alan Bennet,Folio, 122 pages

lundi 5 juillet 2010

Te retourne pas, Handala




Marié à Sandra, une femme qui a embrassé le judaïsme et tenait à faire l’alyah – le retour en Terre Sainte – Asso se retrouve à gérer une boutique d’articles de sport au cœur de la plus riche colonie juive d’Israël, à deux pas de Jérusalem. Son existence monotone aurait coulé sans histoire… c’était compter sans l’irruption de celui qui fut jadis son mentor : Mossan, l’homme qui, en s’appropriant son adolescence au point de vouloir faire de lui son double, a suscité sa haine.
Devenu pdg planétaire, Frank Mossan joue les philanthropes et s’avise de vouloir rendre l’eau à un village palestinien de la Vallée du Jourdain au bord de la sécheresse en le dotant des panneaux solaires qu’il fabrique. Soulevant un tollé dans la communauté juive d’Israël et chez ses colons, l’intrusion de Mossan déchaîne tout autant la fureur des terroristes islamistes. Pris entre deux fanatismes, jeté dans la tourmente qu’ils attisent, montré du doigt comme ancien protégé du milliardaire Mossan, Asso devient, à son corps défendant, le jouet d’un complot infernal.





Ce livre est un roman, pas simple roman qui se contente de nous raconter une histoire, mais un roman qui nous plonge dans l’Histoire actuelle.
Nous suivons le destin d’un certain nombre de personnages de culture et religion différentes, mais unis par une même terre siège de conflits, et de massacres permanents. Deux peuples se disputent une même Terre depuis que l’un d’eux ait obtenu le droit de s’y installer et d’y créer un Etat pendant que l’autre en est plus ou moins chassé.
La grande force de cette fiction, est qu’à aucun moment l’auteur ne prend partie pour l’un ou l’autre, mais au contraire prend soin d’exposer les points de vue de tous. Il revient au lecteur de trouver dans tout cela à nourrir sa propre réflexion sur le sujet. A mon humble avis, en lisant ce livre, je suis hélas convaincue que ce conflit –dont les origines sont anciennes et très profondes-est sans fin, qu’aucunes des parties ne semblent prêtes à faire un pas à la rencontre de l’autre.
L’extrémisme religieux est abordé sous ses deux aspects :
*le judaïsme orthodoxe, dont Sandra est proche. D’ailleurs, c’est assez paradoxal, parce que Sandra est une convertie qui a souhaité faire l’alyah, le retour en Terre Sainte, accompagnée de son mari, non juif, et de son fils qu’elle va orienter dans ce sens là aussi.
* Le fondamentalisme musulman, auquel les Palestiniens se raccroche, qui mène à des horreurs
La famille est un sujet également présent dans ce livre, mais de façon plus subtile. En effet, la différence culturelle et cultuelle entre Asso et Sandra est telle que cela finira par se ressentir sur leur couple et leur vie de famille en général.
La géopolitique, pour mon plus grand bonheur a toute sa place dans ce roman. En effet, le cadre est un vaste échiquier, dans lequel chacun y va de son influence. Une touche d’espionnage et de complot au centre duquel se retrouve Mossan, ancien mentor d’Asso, venu dans ces lieux pour redonner à la communauté Palestinienne l’eau qui lui revient. En effet, tout l’enjeu de ce conflit qui perdure est cette eau rare et précieuse dans la région et si indispensable au développement économique de chaque communauté. Je ne peux rester indifférente à la détresse d'un peuple qui ne demande qu'à vivre en paix sur la terre de ses ancêtres, et qui en raison de l'Histoire récente s'en trouve empêché. Le débat est vaste, et malheureusement insoluble.
Je n’aurais probablement jamais croisé le chemin de ce livre sans la volonté de Thot et Partage –lecture, ni les éditions Kyklos (injustement absentes des librairies que je fréquente habituellement) qui m’ont permis de lire ce livre grâce à leur partenariat. Qu’ils en soient infiniment remerciés.

Handala, créé par le célèbre dessinateur Naji al Ali, souvent tagué sur le Mur qui sépare Israël de la Palestine, est un petit garçon va-nu-pieds et déterminé qui tourne le dos au monde. Enfant palestinien, il était au début le symbole de la lutte palestinienne, mais sa conscience s'est développée pour devenir celle d'une nation, puis de l'humanité toute entière. La légende raconte qu'il ne se retournera que lorsque le Mur sera détruit. Handala veut dire amertume, du nom d'un arbrisseau très amer poussant dans le désert.

Olivier Gérard,Editions Kyklos,255 pages








11/18..............

samedi 3 juillet 2010

La musique d'une vie




Alexeï Berg, pianiste de récital, voit son nom sur une affiche, sous la pluie d'une ville de l'Union soviétique. C'est celle de son premier concert qui doit avoir lieu le 24 mai 1941, alors que l'URSS va bientôt subir l'offensive de l'Allemagne. La musique doit être jouée pour les ouvriers d'une usine de roulements à billes, à Moscou. Le concertiste attend cette date avec impatience. Mais le concert d'une vie n'aura pas lieu car l'histoire bascule...
Andreï Makine retrouve sa capacité à s'arrêter sur le temps de l'attente, avec ce style sobre et dénué de tout effet de manche.




Hélas, je ne suis pas parvenue à « rentrer » dans ce livre. Le rythme est lent, et l’histoire brouillonne.
Le challenge d’été a au moins une vertu, celle de procéder à un grand coup de balai dans sa PAL






10/18...............

mardi 29 juin 2010

Sukkwan Island

"Une île sauvage du Sud de l'Alaska, accessible uniquement par bateau ou par hydravion, tout en forêts humides et montagnes escarpées. C'est dans ce décor que Jim décide d'emmener son fils de treize ans pour y vivre dans une cabane isolée, une année durant. Après une succession d'échecs personnels, il voit là l'occasion de prendre un nouveau départ et de renouer avec ce garçon qu'il connaît si mal.
La rigueur de cette vie et les défaillances du père ne tardent pas à transformer ce séjour en cauchemar, et la situation devient vite incontrôlable.
Jusqu'au drame violent et imprévisible qui scellera leur destin.Sukkwan Island est une histoire au suspense insoutenable. Avec ce roman qui nous entraîne au coeur des ténèbres de l'âme humaine, David Vann s'installe d'emblée parmi les jeunes auteurs américains de tout premier plan."
Cette histoire est édifiante, surprenante, à peine croyable, terriblement dérangeante, et, paradoxalement captivante.
Il me sera difficile d’en donner les grandes lignes de peur de casser le suspense qui règne dans le livre dont l’issue est inattendue.
C’est l’histoire d’un père et d’un fils, qui partent tous les deux, comme des grands sur une petite ile en Alaska, pour se retrouver, renouer des liens.
L’atmosphère est d’emblée curieuse, irréelle. A chaque page du livre, je me demandais comment cette histoire allait pouvoir finir. Non, je ne le dirai évidement pas !! Le malaise grandit petit à petit, et, le lecteur y est entrainé, et s’y laisse entrainer.
La structure même du roman accentue le climat sombre et pesant. Il est composé de deux parties inégales dont la fin de la première constitue La Rupture. Les deux parties sont compactes, sans chapitres, dont les paragraphes sont à peine séparés les uns des autres. Cela ne m’a cependant absolument pas gênée dans ma lecture. Le style de l’auteur est fluide, et rapide.
Deux personnages occupent ce roman. Ce sont deux personnes à la recherche l’une de l’autre. Ils sont tous attachants pour des raisons radicalement opposées ; l’un pour sa naïveté, l’autre pour sa noirceur dont les origines, non abordée ici, sont certainement profondes.
Voici un roman, assez court, qui n’a rien de gai, qui explore que l’humain peut avoir de plus sombre, mais qui retient son lecteur, en tout cas qui m’a retenue, et laissée un peu scotchée une fois refermé.
David Vann, Gallmeister,192p


David Vann est né en 1966 sur l'île Adak, en Alaska. Après avoir parcouru plus de 40 000 milles sur les océans, il travaille actuellement à la construction d'un catamaran avec lequel il s'apprête à effectuer un tour du monde à la voile en solitaire. Il vit aujourd'hui en Californie.








9/18.............

dimanche 27 juin 2010

La chute........




4ème de couverture :
« Sur le pont, je passai derrière une forme penchée sur le parapet, et qui semblait regarder le fleuve. De plus près, je distinguai une mince jeune femme, habillée de noir. Entre les cheveux sombres et le col du manteau, on voyait seulement une nuque, fraîche et mouillée, à laquelle je fus sensible. Mais je poursuivis ma route, après une hésitation... J'avais déjà parcouru une cinquantaine de mètres à peu près, lorsque j'entendis le bruit, qui, malgré la distance, me parut formidable dans le silence nocturne, d'un corps qui s'abat sur l'eau. Je m'arrêtait net, mais sans me retourner. Presque aussitôt, j'entendis un cri, plusieurs fois répété, qui descendait lui aussi le fleuve, puis s'éteignit brusquement. »



Il peut paraître prétentieux de donner un avis à propos d’un livre dont on a lu à peine cinquante pages. Et pourtant ce cap est déterminant chez moi : je poursuis la lecture ou au contraire j’en reste là faute d’y trouver un intérêt quelconque.
Ce monologue d’un homme dont on sait juste qu’il est avocat m’ennuie. Pourquoi parle t-il ?
A qui ? De quoi ? Je suis bien incapable d’y répondre. Par cette belle journée d’été , je brûle d’envie de fuir cette lecture…

Albert Camus, Gallimard/Folio, 152 p








8/18................

samedi 26 juin 2010

Le coeur cousu




4ème de couverture :
" Ecoutez, mes sœurs ! Ecoutez cette rumeur qui emplit la nuit ! Ecoutez... le bruit des mères ! Des choses sacrées se murmurent dans l'ombre des cuisines. Au fond des vieilles casseroles, dans des odeurs d'épices, magie et recettes se côtoient. Les douleurs muettes de nos mères leur ont bâillonné le cœur. Leurs plaintes sont passées dans les soupes : larmes de lait, de sang, larmes épicées, saveurs salées, sucrées. Onctueuses larmes au palais des hommes ! " Frasquita Carasco a dans son village du sud de l'Espagne une réputation de magicienne, ou de sorcière. Ses dons se transmettent aux vêtements qu'elle coud, aux objets qu'elle brode : les fleurs de tissu créées pour une robe de mariée sont tellement vivantes qu'elles faneront sous le regard jaloux des villageoises; un éventail reproduit avec une telle perfection les ailes d'un papillon qu'il s'envolera par la fenêtre: le cœur de soie qu'elle cache sous le vêtement de la Madone menée en procession semble palpiter miraculeusement... Frasquita a été jouée et perdue par son mari lors d'un combat de coqs. Réprouvée par le village pour cet adultère, la voilà condamnée à l'errance à travers l'Andalousie que les révoltes paysannes mettent à feu et à sang, suivie de ses marmots eux aussi pourvus - ou accablés - de dons surnaturels... Le roman fait alterner les passages lyriques et les anecdotes cocasses on cruelles. Le merveilleux ici n'est jamais forcé : il s'inscrit naturellement dans le cycle tragique de la vie.



Ce livre est sans cesse à la frontière du réel et du fantastique ; et c’est ce qui en fait sa richesse, sa magie.
L’écriture de Carole Martinez est un régal à lire : fine, émouvante, ciselée, précise. Tout comme son héroïne, elle réussi à faire avec les mots, ce que Frasquita réalise avec ses fils précieux : un récit à la fois émouvant, difficile et fantastique.
Il n’est pas aisé de résumé ce livre. La narratrice, Soledad, met en scène, bien avant sa naissance, sa famille dont le pivot est Frasquita Carasco sa mère, dans une Espagne archaïque, ancrée dans ses traditions et ses croyances.
Les trois parties du livre constituent 3 périodes de sa vie bien distinctes :
- De son entrée dans sa vie de femme et son « initiation » par sa mère Francisca avec une boite à couture et des prières que l’on se transmet durant la Semaine Sainte, à son mariage avec José et la naissance de 4 de ses enfants.
- Sa longue traversée du désert, à travers l’Espagne après qu’elle eût été jouée et perdue par un mari rustre.
- La naissance de la narratrice en Afrique du Nord
J’ai trouvé assez orignal cette narration « ante- natale, puisque Soledad n’apparaît pas avant les deux tiers du livre ; comme pour mieux souligner cette phrase :
« Ma vie s’est jouée avant que je ne vienne au monde. N’est-ce finalement pas le cas de tout un chacun. Notre vie n’est le fruit d’un passé qu’on ne maîtrise absolument pas » p321 (édition brochée)
Quelle vie difficile que celle de ces femmes du 19ème siècle dans une Espagne ancrée dans ses traditions et son catholicisme. Le destin des femmes y est tout tracé : les rites d’initiation, le mariage auquel on n’échappe pas, les naissances qui sont plus de ressort de la bestialité que de la maternité. Carole Martinez a le mérite de l’écrire avec élégance et finesse sans rien n’enjoliver pour autant.
Malgré cette vie pleine de difficulté, Frasquita, accepte telle une fatalité cette vie et ses avatars sans mot dire.
Le thème de l’héritage, est omniprésent dans ce roman .Pour preuve :
« N’est-ce pas la douleur de nos mères que nous léguons depuis la nuit des temps dans cette boite en bois ? » p 323
Au-delà du symbole de cette boite à couture, l’auteur nous interpelle sur ce le fait que tout individu, inconsciemment, reproduit, génération après génération, un certain nombre de choses, de faits qui font nos difficultés profondes.
Merci à Grain de sel pour m’avoir permis de découvrir ce livre à l’occasion d’une lecture commune
Carole Martinez, Gallimard, 423 p