mercredi 26 octobre 2011

Mémoire d'une geisha


Née en 1892, vendue à l'âge de huit ans, Kinu Yamaguchi fera l'apprentissage du dur métier de geisha. C'est un peu l'envers du décor qu'elle raconte : avant de porter le kimono de soie, il lui faudra vivre un apprentissage rigoureux, étudier tous les arts de divertissement et endurer pour cela privations, exercices physiques traumatisants, soumission aux coups sous les ordres de la " Mère " et des " grandes soeurs ". Après son initiation sexuelle, elle s'enfuira, puis reviendra vivre dans le " quartier réservé " avant de devenir elle-même patronne d'une maison de geishas. Récit bouleversant, description édifiante de la vie de tous les jours dans l'intimité d'une okiya, avec ses cérémonies, ses coutumes, ses fêtes et ses jeux. On y entend des histoires de plaisirs, de chagrins, de courage aussi, qui éclairent sous un jour nouveau ce monde fermé sur lequel l'Occident ne cesse de s'illusionner.
Voilà une lecture que je qualifierais d’exotique ( ne pas y voir un caractère péjoratif)tant l’univers dans lequel est plongé le lecteur est éloigné de notre culture occidentale, et plus largement judéo-chrétienne.

Une fois franchi le premier quart de l’ouvrage qui m’aura demandé pauses et décantation, c’est d’une traite que j’en finirai la lecture.

Le récit, car c’est d’un récit dont il s’agit, peut dérouter par la forme. L’auteur transcrit le vécu d’une femme, et  agrémente assez copieusement sa narration, des propos directs de Kinu dont il est question dans ce livre.

Ce récit constitue un témoignage complet, et à mon sens honnête, sur une pratique, ou plutôt un  « art de vivre » bien méconnu des occidentaux. Je dis méconnu, car il me semble que le terme de Geisha et de tout ce qui s’y rapporte ne constitue qu’une vague idée pour qui n’a pas lu ou vu à ce sujet. Le monde des plaisirs et  de la courtisanerie au japonais reste assez obscur, du fait d’une part que durant son âge d’or, le Japon était un pays replié sur lui-même, et, que d’autre part, l’histoire du Japon, et notamment l’après-guerre a accéléré le déclin de ces pratiques. Il se dit que de nos jours, l’apprentissage tend à reprendre vigueur…..

Est-ce un bien ? A la lecture de cet ouvrage, sans aucun doute. J’ai découvert, par l’écrit  en tout cas, un monde barbare consistant à vendre ses filles à des maisons de plaisir, pour en faire de parfaites hôtesses à messieurs fortunés. Mais à quel prix ???

Celui de la soumission, de la souffrance, l’abnégation, la résignation, et au final une exploitation féminine qui ne dit pas son nom. Tout cela existe à nos portes, me direz-vous….oui, mais la pratiques des arts en moins, le raffinement en plus ; en apparence, car à y regarder de plus près, quelle violence faut-il infliger à ces toutes petites filles pour en arriver à maîtriser l’art de la conversation, de la cérémonie du thé, de l’art floral, ou de la pratique musicale…….

C’est la première partie, qui s’intéresse à la formation de la future Geisha, qui est la plus indigeste. Les deux autres respectivement consacrées à son activité de Geisha, puis de patronne d’une maison de Geisha, seront plus abordables, et plus instructives parce que l’évolution du « métier » suit intimement l’histoire du Japon. Et tout cela ne m’a pas déplu, loin de là.

J’ai apprécié la présence de photographies noir &blanc tout au long de ce récit. Cela donne un plus à l’ouvrage, qui pour moi n’est pas un roman, mais plus une récit-documentaire.

La personnalité de Kinu, est assez complexe. A la fois soumise résignée, bonne élève, elle n’en est pas moins déterminée, dotée d’un caractère rebelle. Elle n’hésite à pas à supporter les coups pour sortir des griffes de son souteneur ; et n’est pas dénuée d’ambition, puisqu'à son tour elle fondera sa propre maison de Geisha en ayant tiré les leçons de sa propre expérience.

Les mœurs familiales en vigueur à l’époque sont assez difficiles à comprendre de notre propre point de vue. Au siècle dernier, vendre ses filles pour quelques yens était chose courante, et communément admise, voire normal.

 Yuki Inoué-Picquier poche(1997) 1ère parution au Japon en 1980-280 pages

 Auteur née en 1931 - Elle rencontre Yamaguchi Kinu octogénaire, qui lui raconte sa vie passée dans Higashi-Kuruwa, un des quartiers de maisons closes de la ville de Kanazawa. Une vie passée à apprendre les arts de la danse, de la musique, de la cérémonie du thé, et à satisfaire les clients sur l'oreiller.

Challenge ABC Critiques Babélio 15/26 [I]
 

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