samedi 22 septembre 2018

Trancher


Quand les mots font bien plus mal que les coups….
Lui ne frappe pas, mais il parle, insulte, humilie, rabaisse, détruit à petit feu…
Face à la violence conjugale, quand on est à l’extérieur, la solution est simple : il suffit de partir ; pourquoi rester avec quelqu’un qui vous maltraite, vous bas, ou vous injurie.
Pourquoi ?
Parce que ça n’est pas si simple, en réalité de quitter l’homme que l’on a aimé, désiré, que l’on aime parfois encore malgré tout, celui qui est le père des enfants. Parce qu’il est terriblement culpabilisant de priver les enfants de leur père.
Parce qu’à chaque insulte, il y a l’excuse, la promesse de plus recommencer, la volonté de se soigner.
Parce qu’il a réussi une première fois à changer, et qu’à priori, il a compris….
Parce que face à cette violence domestique, une femme est seule. Si les enfants comprennent bien plus qu’il n’en parait, on ne prend pas en otage un enfant de la sorte. La famille et les amis sont souvent les derniers à savoir, à deviner .

Amélie Cordonnier met en scène le quotidien d’une femme que la violence des mots a fait sombre une première fois, et qui quelques années après revit l’enfer verbal d’un époux qui se déchaîne sur sa femme. Elle arrive à la quarantaine, et semble résolue à décider pour son anniversaire à trancher.

Ce qui frappe c’est le choix narratif de l’auteur ; le "tu" est omniprésent ; un tu qui s’adresse directement à cette femme, un tu qui est cette femme s’adressant à elle-même. Pour se donner le courage nécessaire pour décider ? Pour se distancier ?

L’écriture percutante et incisive de ce roman dit l’urgence d’en finir, de se reconstruire, de décider.
Ce premier roman a un caractère universel ; il nous parle de ces familles modèles et idéales de l’extérieur dont personne ne pourrait imaginer les drames internes.

Trancher d’Amélie Cordonnier, chez Flammarion (Août 2018, 160 pages)


Amélie Cordonnier est journaliste. Trancher est son premier roman.



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