samedi 26 septembre 2020

Histoire du fils

 

Découverte il y a dix ans avec l’annonce, j’ai d’emblée vu en Marie-Hélène Lafon une auteure particulière, un peu en marge, tant par ses sujets hors mode, et son écriture si singulière. Et cela m’avait immédiatement interpellée et conquise.

Le fils, c’est André né de Gabrielle et de père inconnu, et élevé dans le Lot par Hélène et Léon, la sœur de Gabrielle.

Gabrielle, c’est un peu l’anti-Hélène ; parisienne jusqu’au bout des ongles qui ne revient au pays que deux fois l’an. Elle y retrouve son fils, né à Paris qu’elle a préféré laisser aux bons soins de sa sœur et son beau-frère. Il faut dire que dans ces années-là, il fallait plutôt faire profil bas quand on était dans une situation compliquée ; au regard de l’extérieur, en tout cas ; car en famille, Hélène et Léon ont toujours respecté les choix de Gabrielle, n’ont jamais jugé son mode de vie. André était leur troisième enfant, en quelque sorte ; aimé, choyé. Pour André, il avait 2 mamans, et c’était très bien ainsi.

André sait qu’il a un père, mais cela s’arrête là. Une partie du voile sera levé indirectement, le jour du mariage d’André avec Juliette. Gabrielle entretiendra le secret jusqu’à la tombe. Antoine, le fils d’André bouclera la boucle, en allant à la rencontre de ses origines clandestines.

Histoire du fils, c’est donc une histoire sur trois générations, dans une construction originale mêlant à la fois les familles et les époques. C’est une quête des origines, sur fond de vie provinciale, d’ascension bourgeoise, et de confrontation feutrée entre deux mondes, où il est question du secret, de la filiation, de l’amour filial au-delà des liens du sang.

J’ai retrouvé avec plaisir la plume si particulière de Marie-Hélène Lafon. Dans une langue travaillée, ciselée, frugale, elle parvient à poser le mot juste pour chaque situation, chaque personnage. Bien que dégraissé, presqu’à l’os, j’ai trouvé ce texte d’une grande intensité, d’une grande beauté, sensible, original malgré le sujet universel

Je ne suis pas étonnée que ce livre ait pu séduire le jury du livre sur la place de Nancy, et ravie que cet auteur que je suis depuis de nombreuses années, si discrète soit récompensée. Si les Goncourt l’ont oublié, j’espère vivement que les autres jurys se rattraperont !

Histoire du fils de Marie-Hélène Lafon, chez Buschet-Chastel (Août2020, 176 pages)

Professeur agrégée de Lettres Classiques, Marie-Hélène Lafon choisit d’enseigner dans un collège situé en Zone d’Éducation Prioritaire.

Elle commence à écrire en 1996. Son premier roman, "Le Soir du chien", a reçu le prix Renaudot des lycéens. Elle préside le prix littéraire des lycéens de Compiègne en 2003-2004.

Elle a notamment publié ″l’annonce″, ″Joseph″, ″les pays″, ″nos vies″. Son dernier ouvrage ″Histoire du fils″ a obtenu le Prix des libraires de Nancy-Le point

"Histoires" obtient le Goncourt de la nouvelle en 2016.

Dans ses ouvrages, elle fait parfois référence "aux lectures qui m’[l]ont nourrie, aux auteurs, aux langues surtout, Louis Calaferte, Gustave Flaubert, Jean Genet..."

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