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samedi 11 février 2012

Fureur

Je savais ce livre en gestation, je savais avec quel acharnement son auteur y travaillait ; je savais qu’elle y mettait tout son cœur et qu’elle ne ménageait pas sa peine à consulter les archives ici et là… Je l’attendais donc, ce livre, avec une certaine frénésie.
J’avais été transportée par le troisième jour, l’ouvrage avec lequel j’ai fait sa connaissance, dans tous les sens du terme. J’avais aimé, un peu moins, mais aimé tout de même sous les étoiles. Fureur, ne pouvait pas, ne pas me plaire. Le sujet m’attirait, l’écriture de Chochana Boukhobza est agréable à lire, sa manière d’organiser les choses me convient. Je ne pouvais pas passer à côté de fureur. Impossible… et pourtant…

J’ai terminé l’ouvrage sur une déception, d’abord sur une fin qui pour moi n’a aucun sens, une fin qui me laisse seule devant mon livre, pleine d’interrogations, de questions sans réponses.
Si les sujets abordés sont tous, individuellement intéressants, voir passionnants, ils manquent de liant, de développement Il y a trop de choses .Et j'ai très mal compris l’association de tout cela.
L’évocation du groupe de résistants de la montagne noire, du groupe Manouchian m’a réellement interpellée. J’ai eu la chance de chanter l’Affiche rouge, mis en musique par Léo Ferré. Alors c’est dire que cela me parle. Mais c’est trop peu abordé
Quel rapport entre les résistants de la montagne noire, et Fukushima ?
Mettre en lumière un groupe de vieux amis liés entre eux par leur combat contre l’ennemi était un bon départ. Ils sont attachant ces papys encore plein d’énergie. Mais tout de même, 2 grands-pères de 85 ans ou plus qui partent seuls en Iran…cela me laisse un peu perplexe. Connaissant assez bien le 3ème voir le 4ème  âge, cela me parait pour le moins improbable. J’ai assez  mal saisi le but de ce voyage.
 J’aurais aimé en savoir un peu plus sur ce qui est arrivé à Francis, cette affaire  occupe une bonne part du livre, entretien un certain suspense. On lit, on attend, on espère ; mais rien ne vient
Saintonges ? Qu’en est-il du mystère Saintonges ? On ne sait rien.
Tout cela fait de l’ouvrage une histoire non aboutie, et me laisse sur une grosse faim non assouvie.





Fureur, Chochana Boukhobza
Denoël, janvier 2012
407 pages

4ème de couverture :
Ils s'appellent Jacques, Alexis, Fanny, Stéphane, Francis... Malgré leur grand âge, ils aiment rire, boire et danser. Chaque semaine, dans un café parisien, ils se retrouvent pour évoquer les années noires de la guerre. Tous ont pris les armes dans le maquis, tous ont résisté très jeunes et dès la première heure. Tous sauf Saintonges, le sulfureux Saintonges, dont les secrets, en remontant au grand jour, vont libérer leur puissance néfaste.
La mort de Francis Delorme met le feu aux poudres. Son petit-fils doute qu'elle soit accidentelle. Il demande une enquête discrète à un ami d'enfance qui va, sans le vouloir, déchaîner des forces obscures.
Un fil souterrain relie la Seconde Guerre mondiale aux événements contemporains. Comme en 1943, quelques individus ont le pouvoir de détruire ou de sauver l'humanité. Et comme aux heures les plus sombres, ceux qui s'engagent dans un combat désespéré rencontrent l'amour sur leur chemin.
De la Résistance au péril nucléaire, Chochana Boukhobza puise dans des sources historiques la matière de son roman. Autour de la mémoire perdue et de sa résurgence, autour d'une fureur qui ne s'apaise jamais, une œuvre haletante et traversée par le souffle de l'Histoire.

dimanche 13 février 2011

Pour l'amour du père




Quand elle était enfant, le père a dit Alice : « Si tu as de la chance avec toi, tout ce que tu entreprendras réussira… »Cette phrase a obsédé Alice comme une énigme qu’il faut résoudre. Elle est de venue avocate. Mais a-t-elle réussi sa vie ? Avec ses sœurs, le temps a été impitoyable. Juliette est veuve. Edmée, mal mariée, lit des romans-photos se lance avec passion, dans une liaison avec un étudiant de 18 ans. Leurs enfants sont en pleine révolte. Comme l’avait été Sassou, la quatrième sœur, Sassou que le père a chassée. Depuis, personne n’a eu de ses nouvelles. Est-elle morte ? Est-elle encore vivante ? Lorsqu’ils ont quitté la Tunisie, trente ans plus tôt, un mince anneau d’or, l’alliance du père, a été empochée par un douanier. Et l’histoire qui nous force à répéter les gestes anciens poussera Edmée à donner à Alice son alliance et sa bague afin qu’elle les vende.
Comment s’affranchir du passé sans renier l’amour du père ?
Ceci est mon troisième roman de Chochana Boukhobza ; il précède 6 ans auparavant sous les étoiles, l’avant dernier. Si dans celui-ci, la plume est moins travaillée que sous les étoiles, et le troisième jour, on retrouve bien cette manière à la fois simple et complexe de dire les choses avec des mots simples, des phrases courtes, rendant le tout très efficace.
On y retrouve les thèmes communs à savoir la transmission, l’héritage familial immatériel, l’exil.
La fin du roman est largement ouverte. Nous suivons le parcours de vie de 4 sœurs, venues avec leur père en France. L’exil commençait. Des 4 sœurs nous n’en verrons que 3, mais la quatrième nous n’aurons que des bribes d’informations. D’ailleurs personne ne sait ce qu’est devenue Sassou. Et c’est bien là le drame. Elle hante tout le monde, mais personne n’en parle. D’ailleurs, chacun a sa version de l’histoire.
«Il pleure en parlant. Il s’essuie les joues, mais les larmes coulent sans qu’il puisse les retenir. Il dit qu’il l’avait prévenue, le seul nom de Sassou, c’est comme une écharde dans les yeux. »
Et si c’était Sassou qui pouvait faire revenir un peu de bonheur dans cette famille écorchée ?
Il y a bien un frère, mais lui, est parti gagner sa vie dans Kibboutz. Il est loi, et revient peu.
Les trois sœurs ont eu des vies différentes, on fait leurs choix, plus ou moins malheureux. Le père les aime, mais comme beaucoup d’hommes, ne dit rien, puis que c’est évident. Il a du mal à comprendre les chemins de chacune d’elles. De leur côté elles souhaitent vivre à leur façon, mais comment ne pas trahir l’héritage familial ? Comment garder le cap, tout en prenant une direction différente ?
Il n’y a pas de réponses, que des amorces, c’est en cela que j’y ai vu une fin ouverte. Cependant, les personnages évoluent, et s’ouvrent au dialogue, se laissent aller, le père s’autorise à parler de leur mère, très tôt disparue tout en restant énigmatique.
« L’amour que j’ai eu pour ta mère m’a couté deux filles. »
Chochana Boukhobza-Seuil-188 pages

mardi 4 janvier 2011

Sous les étoiles


Par testament, le richissime et mystérieux Maurice Chauvet a contraint ses enfants à résoudre une énigme, faute de quoi sa fortune leur échapperait. A ses yeux, Patrick et Nicolas, ses fils, sont des ratés. Quant à Adrienne, jeune peintre de talent, sa vie tumultueuse l'a éloignée de son père.
Après la mort du magnat, pourquoi Adrienne décide t-elle soudain de relever le défi alors que l'argent ne l'intéresse pas ?
De Paris à Jérusalem et New York, guidée par un archéologue israélien, un cabaliste de Brooklyn, un jeune astronome et Michel Fuks, un romancier qu'elle a jadis aimé, Adrienne se lance dans une quête dont elle ignore le sens. Sans cesse le texte de l'énigme s'interpose entre elle et Chauvet, lui interdisant de connaître la paix qu'elle a si longtemps fuie et l'espoir d'elle ne sait quelle rédemption. Car la cruauté et l'amour des pères sont des secrets que leurs enfants ne peuvent percer sans mettre en cause leurs propres rêves. Pour Adrienne et ses frères, la liberté peut-elle naître du partage de la souffrance, de la reconnaissance et de la tendresse que recherchait le solitaire Maurice Chauvet ?
Peut-être la réponse se niche-t-elle sous les étoiles, au cœur même de l'énigme.
Livre voyageur, qui n’a pas emprunté la route des étoiles pour arriver jusqu’à moi, mais celles de l’amitié –et j’insiste sur le pluriel puisque qu’il en porte deux fois la marque ; d’une part de la personne qui m’en a fait cadeau, et je l’en remercie vivement, et de son auteur, d’autre part très attentive à l’accueil que l’on réserve à son œuvre.
Sous les étoiles, est l’avant dernier opus de Chochana Boukhobza découverte à l’occasion du troisième jour, paru récemment.
Radicalement différent, également, car plus mystique, plus ésotérique, j’ai un peu plus de mal à mettre en mots un avis de lecture, tant ma culture du fait religieux en général me fait défaut. Et, de fait, j’ai certainement mal compris, ou du moins mal perçu un certain nombre de choses.
Néanmoins, cela ne m’a pas empêchée d’en apprécier la lecture, et pour de multiples raisons.
La structure même du roman est agréable à appréhender :4 parties clairement identifiées, introduites par une citations de nos poètes ou des textes bibliques, une invitation au voyage à elles seules, précédées et suivies d’un prologue prometteur, et d’un épilogue qui pose la touche finale qui change tout et sans qui il manquerait un petit quelque chose.
Un livre structuré comme j’aime, c'est-à-dire avec logique, clarté ; j’oserais dire « scientifiquement »
L’écriture et le style me plaisent ; les mots sont choisis avec soin, les descriptions sont fines.
« New-York était la chair vivante que tous les mots, les photos, les commentaires ne feraient que déformer. »
L’intrigue, puisque c’est l’objet de ce roman, est bien menée. Le voyage auquel Chochana Boukhobza nous invite est à la fois dans le réel, en passant par Paris, New-York, et Jérusalem, mais aussi intérieur, avec le cheminement intime qu’Adrienne entreprend d’accomplir en tentant de résoudre l’énigme qui se pose à elle et ses deux frères, mais aussi, et surtout avec les échanges entre un vieux Rabbi et son petit fils. Le second, astronome, voit dans le ciel des étoiles, des constellations, et le premier y voit tout autre chose. Et c’est avec c’est autre chose que j’ai le plus de mal. Nous retrouvons cette dualité, entre Adrienne et ses frères, Entre le modernisme d’un observatoire de Manhattan, et le côté moyenâgeux une cour de Brooklyn où officie le vieux Rabbi.
Au cours de ma lecture, j’ai été frappée par la récurrence du chiffre 3 L'action se déroule dans 3 villes : 3 personnes pour bâtir l'énigme: Chauvet, l'archéologue, le Rabbi ; 3 personnes liées par cette énigme (dans la recherche) Adrienne, L'astrologue, et Michel ; une fratrie de 3 personnes ; les 3 diamants……..et 3 jours pour le lire (comme le troisième jour, d’ailleurs)
Est-ce un hasard, ou bien ………j’ai cherché une explication, sans succès…
Adrienne parviendra t-elle à relever le défi et récupérer l’héritage laissé par son père ? Que gagnera t-elle au fond, de ce périple ? Même si à un moment donné j’ai pu me douter, ça n’est vraiment qu’à la fin que les fils se dénouent. Et c’est tout ce qui fait le sel de ce livre : c’est qu’une fois le prologue lu, une seule option m’est offerte : aller au bout, pour savoir.
« Ton travail m’inspire du regret, pas du mépris. Car cent mille hommes peuvent prendre ta place devant ta lunette du télescope, mais dix à peine te valent pour étudier le Talmud ou la Cabale »
Chochana Boukhobza-Seuil (2002)-363 pages
Challenge ABC/Babélio: 11/26 [B]
Challenge 26 livres/26 auteurs: 1/26 [B]

jeudi 14 octobre 2010

Le troisième jour

Elisheva, musicienne connue dans le monde entier, et Rachel, son élève violoncelliste, arrivent de New York pour un concert à Jérusalem, en 1990, un matin de khamsin.
Tandis que Rachel retrouve sa famille, ses amis et un amour perdu, Elisheva prépare une très secrète entreprise. À l'hôtel, elle rencontre Daniel, un chasseur de nazis, et sur l'esplanade du Temple, Carlos, qui travaille pour le Vatican. Survivante des camps, puisant sa force dans la musique et la colère, Elisheva a embarqué les deux hommes dans son aventure.
Sur l'échiquier de Jérusalem, deux histoires se superposent, l'une errante, qui ressuscite les blessures de l'enfance et l'intrigue amoureuse, l'autre pleine de la promesse faite aux morts.
Dans un roman où chaque personnage livre sa vérité, Chochana Boukhobza tisse sur trois jours une aventure haletante dont Jérusalem, avec ses parfums et sa lumière intense, est le centre.
Pourquoi choisi t-on un livre plutôt qu’un autre, pourquoi Ce livre, alors que je ne connais pas, au départ son auteur ?
Son sujet, le mot de l’éditeur appelle à l’ouvrir, la jaquette, immédiatement, invite au voyage, en l’occurrence Jérusalem. Mais il y a la rencontre irremplaçable entre un auteur et son lecteur déjà conquis .Madame Boukhabza aura les mots pour faire de son livre un coup de cœur avant même de l’avoir lu.
Le troisième jour, jour où tout se dénoue ; le troisième jour, celui où j’ai refermé mon livre, la tête encore à Jérusalem, Fauré et l’élégie pour violoncelle que je fredonne encore et encore, et tous ces personnages si présents, si vivants, si humains avec leurs blessures, leurs espérances. Je referme ce livre avec encore bien ancrée cette ambiance tendue tellement palpable qui règne à Jérusalem.
"La vie, la mort dans ce pays sont en perpétuel contrepoids" p 352
Le troisième jour est superbement écrit ; le rythme des phrases y est soutenu, et le sera d’autant plus que le dénouement approche.
La musique, bien que discrète dans son évocation formelle, est omniprésente dans l’écriture, et dans la structure même du roman. Les chapitres, au nombre de trois sont dénommés cantiques ; évocation à la fois musicale et sacrée.
Trois jours, durant lesquels Rachel, Elishéva, Eytan, Daniel,Carlos, sont à Jérusalem pour y accomplir leur destin ; Quatre personnages unis par une même culture. Quatre personnages dont la vie est marquée, par les tourments de l’histoire. Chacun d’eux aura à cœur d’affronter ce qui les hante. Est-ce la solution ? Vont-ils trouver l’apaisement une fois accomplie leur " mission" ?
Tous les personnages sont attachants, et en particulier Rachel et Elishéva.
Elisheva, rescapée des camps, meurtrie, animée d’une vengeance destructrice, mais tellement compréhensible. Elle porte en elle, et sur elle les stigmates d’un passé lourd et obsédant.4
Rachel, d’une autre génération, jeune, dont le parcours est radicalement différent, mais elle aussi meurtrie, rejetée, tiraillée entre un amour de jeunesse, sa passion, sa culture et ses convictions.
Tout se tient, tout s’enchaine. Tout est clair. Madame Boukhobza a réussi, dans sa présentation, à ne pas perdre le lecteur dans les méandres de la mémoire des personnages qui se mélangent intimement avec leur présent. J’y suis particulièrement sensible.
Chochana Boukhobza-Denoël-412 pages
Chochana Boukhobza, née en 1959 à Tunis, est un écrivain israélien.
Elle a étudié les mathématiques en Israël.
Elle est l'auteur de plusieurs romans : le premier, Un été à Jérusalem, a reçu le Prix Méditerranée 1986 alors que le second, Le Cri, a été finaliste au Prix Fémina 1987.