mardi 15 janvier 2019

Antartida


« Le cap Horn est l’endroit le plus redoutable de la terre. Les bateaux y disparaissent sans laisser de traces. »

Nous retrouvons Alejandro, qui était dans un précédent livre de l’auteur, le dernier mousse. Désormais il est radiotélégraphiste, il guide les bateaux dans le grand sud chilien. Seulement l’appel du grand large est plus fort. Avec son frère-ceux qui ont lu le dernier mousse comprendront- et quelques sbires un peu en marge, il prend le large, plein sud, à la recherche de l’Antartide (autrement dit la partie chilienne de l’Antarctique).

Comme à son habitude, Francisco Coloane se fait court, concis et percutant. Avec peu de mots, à la manière des taiseux d’autrefois, Coloane peint le grand sud. Le lecteur imagine sans peine ce qui lui est dit avec autant de parcimonie que de force.

Je serais incomplète si je passais sous silence l’engagement de l’auteur pour les communautés oubliés, ici les Yaghan qui peuplent (et plus vraisemblablement peuplaient) l’extrême sud du continent américain.

On navigue entre le roman et le conte. C’est un peu plus déroutant que dans d’autres ouvrages de l’auteur ; mais pas inintéressant. En tout cas, avec l’expérience (petite, j’en conviens) que j’ai de l’auteur, cela ne me gêne plus. Peut-être vais-je tenter d’aborder les nouvelles de l’auteur, qui, parait-il, ont bonne presse.

« Ce goulet est une véritable entaille dans la cordillère ; court et profond, il libère les eaux du canal de Beagle vers le cap Horn. En ce bout du monde, la nature est hostile et violente. Les côtes sont dépourvues de plage car la montagne plonge à pic dans la mer ; la végétation se réduit à des bosquets de robles rabougris, une herbe rase et des lichens qui tentent de grimper, puis apparait la roche nue, telle la peau crevassée d’un colossal pachyderme. »

Je ne sais pas pour vous qui me lisez, mais en ce qui me concerne, j’ai vraiment envie d’aller voir sur place….

Antartida de Francisco Coloane, traduit de l’espagnol (Chili) par François Gaudry, chez Phébus (1999,110pages), disponible en poche chez Libretto (2014,110 pages).


Francisco Coloane est un écrivain chilien, né à Quemchi, Chiloé en 1910 et mort à Santiago en 2002 .
Son père Juan Agustín qui décède, vaincu par le diabète, alors que Francisco n'a même pas dix ans, était capitaine du Yelcho, le premier baleinier du Chili. Sa mère, Humiliana Cárdenas, était agricultrice.
En 1923, il fait son premier voyage sur l'océan pour rejoindre Punta Arenas, à l'extrême sud du pays. Il s'y installe avec sa mère et fait ses études au séminaire de Ancud. Mais comble de malheur, sa mère décède à son tour en 1925.
A l'âge de 17 ans, Francisco abandonne le collège pour gagner sa vie. Il fait son service militaire et multiplie les expériences professionnelles : éleveur de moutons, dresseurs de chevaux, ouvrier agricole, baleinier, etc. Ces expériences lui permettent de côtoyer la population des régions arctiques où se mêlent marins, chasseurs de phoques, chercheurs d'or, contrebandiers, trafiquants et aventuriers mais aussi de connaître le mode de vie des Indiens dont il sera un grand défenseur.
Il écrit son premier conte intitulé "Chiens, chevaux, hommes", imitant l'œuvre de Ferdinand Ossendowski ("Bêtes, hommes et dieux").
C'est pendant un voyage à bord du navire école General Baquedano, qu'il a l'idée d'écrire "Le Dernier Mousse", publié en 1941 et qui sera lu par deux générations de chiliens. Le livre conte les aventures du jeune Alejandro Silva Cáceres qui s'embarque clandestinement à bord du Baquedano, une corvette de la marine dont c'est le dernier voyage et qui sera désarmée lors de son retour au port.
Il exerce la fonction d'inspecteur du travail à Punta Arenas, ce qui lui permet d'observer les rapports entre patron et employé, constatant tous les abus et les désarrois.
En 1936, il repart pour Santiago et occupe un poste au Service Culturel au Ministère du Travail. Il s'y lie d'amitié avec Pablo Neruda, Nicómedes Guzmán, Oreste Plath et d'autres écrivains empêtrés dans la bureaucratie pour pouvoir survivre.

En 1941, il reçoit le Prix du concours Zig-Zag pour "Le Dernier Mousse". En 1964, il reçoit le Prix National de Littérature, et en 1966 il est élu Président de la Société des Écrivains du Chili. En 1980, il devient membre de l'Académie chilienne de la Langue. En 1997, il est fait Chevalier des Arts et des Lettres en France.

dimanche 13 janvier 2019

Bull Mountain


Il faut reconnaître que la couverture n’a rien d’engageant, que la sale gueule du type ne vous tend pas d’emblée les mains sur l’étal du libraire. C’est sans doute une des raisons pour laquelle ce roman m’a échappé. Erreur, très grosse erreur. Ce roman est fabuleux !

Bull Mountain est le fief des Burroughs. De génération en génération, ils ont vécu de juteux trafics qui ont suivi les ″ modes″, tué tous ceux qui se mettaient en travers de leur chemin (famille ou pas, pas de quartier), et contrevenu à la loi dans la plus totale impunité. Seul Clayton, le dernier fils n’a pas suivi les autres, et , aux yeux de la famille a mal tourné en devenant le shérif du comté, sans pour autant gagner en respectabilité aux yeux des autres.
Oui mais voilà, les bonnes choses semblent avoir une fin ; d’autant que les fédéraux mettent leur nez dans les affaires de cette famille, et que les choses ne vont pas en rester là !

Maîtrisé d’un bout à l’autre, ce roman est tout ce que j’aime dans le genre.
Des personnages parfaitement campés, mauvais jusqu’à l‘os pour certains sans pour autant voir une quelconque caricature. D’autres à contrario apparaissant comme secondaires, mais auxquels l’auteur a donné une certaine épaisseur et un capital sympathie conséquente.

Panowich a choisi une narration en flashback qui permet de ménager le suspense sur la durée, et chose non négligeable, et  de donner au lecteur des temps de respiration dans un contexte particulièrement sombre, poisseux et violent.

Bull Mountain est un roman noir addictif parfaitement traduit. C’est avec une certaine hâte que j’attends sa suite à paraitre prochainement.

Lecture commune avec le PicaboRiverBook.

Bull Mountain de Brian Panowich, traduit de l’américain par Laure Manceau chez Actes Sud (Mars 2016,336 pages), disponible en poche chez Babel (Mars 2018,336 pages)



Brian Panowich est pompier en Géorgie où il vit avec sa femme et ses quatre enfants. Il met actuellement la dernière main à la suite de Bull Mountain, Comme des lions à paraître en mars 2019

samedi 12 janvier 2019

Bonne élève



Elle est une étudiante douée, diplômée mais, crise oblige incapable de trouver un emploi chez elle, en Argentine. Elle reprend la direction de la Grande-Bretagne avec pour objectif de travailler, non sans bénéficier des larges subsides de sa mère.
De mal en pis, elle s’enfonce dans la précarité. Elle travaille, en attendant mieux, mais sans jamais rien voir venir.
Il faut dire, que notre héroïne ne fait pas grand-chose pour se faire apprécier, pour se mettre en valeur. Une looseuse, en quelque sorte ; une looseuse volontaire, qui, je dois l’avouer, m’a assez vite agacée.
Nous voilà devant un roman court (et c’est heureux) dont je n’ai pas aimé le personnage principal, ni l’histoire, en tout cas le terme de l’histoire, à mon sens sans queue, ni tête.
J’imagine aiment que ce roman trouvera son public ; il ne répondait pas à mon attente du moment.

Bonne élève de Paula Porroni, traduit de l’espagnol Argentine) par Marianne Million aux éditions Noir sur blanc (Janvier 2019,2160 pages)

Paula Porroni est née à Buenos Aires en 1977. Après des études universitaires de lettres dans la capitale argentine, elle a suivi un master en études latino-américaines à l’université de Cambridge puis en écriture créative à New York. Elle vit actuellement à Londres. Bonne élève est son premier roman, remarqué par la critique dès sa parution. Elle est aussi l’auteure de nouvelles publiées dans diverses revues.