lundi 16 avril 2018

Fuki-no-tô


Quand arrive le printemps, arrive également chez nos libraires un nouvel opus d’Aki Shimazaki, japonaise de naissance mais française de cœur puisqu’elle parle et écrit dans notre langue.
Nous avions croisé Atsuko dans le premier opus alors que son couple était plongé en plein marasme. Atsuko était plutôt vue sous l’angle de son mari.
Nous la retrouvons ici plus épanouie ; Elle a changé de travail, son mari également. Ils vivent désormais à la campagne. Tout pourrait aller pour le mieux…mais le "hasard" lui amène son amour de jeunesse, Kukiko ; et c’est une femme….Atsuko s’apprête à vivre un véritable tsunami .

Dans un Japon  à la fois moderne et campé sur ses traditions et machiste, Aki Shimazaki lève le voile sur l’homosexualité féminine. Son écriture, comme toujours se veut fine, imagée. Elle traduit un sens aiguisé de l’observation, et colle parfaitement au contexte sociétal. Nul besoin de choquer et d’y aller de manière abrupte. Aki Shimazaki, au contraire déploie toute sa finesse au service d’un sujet délicat, qui de mémoire, n’a encore jamais été abordé dans son œuvre.
Cette fois, elle délaisse les grandes villes, pour la campagne, la vie au grand air, le calme et la solitude.

C’est un plaisir chaque fois renouvelé de retrouver cet auteur qui en peu de mots, sous l’apparence de la simplicité et de la facilité nous parle de notre intimité, de nos choix, et nos tourments intérieurs.

Fuki-no-tô d’Aki Shimazaki chez Léméac/Actes Sud (Avril 2017, 152 pages)


Née au Japon, Aki Shimazaki vit à Montréal depuis 1991. Sa pentalogie Le Poids des secrets comprend Tsubaki, Hamaguri, Tsubame, Wasurenagusa et Hotaru (prix littéraire du Gouverneur général du Canada 2005). Son deuxième cycle romanesque, Au coeur du Yamato, est composé de Mitsuba,Zakuro, Tonbo, Tsukushi et Yamabuki. Elle débute en 2015 un nouveau cycle romanesque, L’ombre du chardon avec Azami,Hôzuki et Suisen. Toute son œuvre est publiée par Leméac/Actes Sud.

samedi 14 avril 2018

Une histoire birmane


Birmanie, dans les années 1920, qui est une province des Indes britanniques…

C’est l’effervescence au club, cercle très fermé réservé aux blancs persuadés d’être les meilleurs. Chacun traine son ennui, boit, et méprise les indigènes.

De tout ce petit monde, seul Fleury peut s’attirer quelque sympathie. Il aime ce pays, ne méprise pas les habitants ; il n’a rien contre l’entrée au club de son ami médecin, indien ; mais n’a pas le courage de le soutenir ouvertement !

Une histoire birmane, s’inspire directement de l’expérience birmane  de l’auteur, alors qu’il est officier de l’armée britannique. Il prendra conscience du traitement réservé aux indigènes par l’occupant. A contrario, tout n’est pas rose de l’autre côté. Les crapules, ne se cachent guère ; corrompu jusqu’à la moelle, le magistrat use de tout son pouvoir pour nuire à la réputation pourtant impeccable de Veraswami, le médecin indien.

Dans ce roman, Orwell décrit avec un réalisme déconcertant la vie coloniale. L’atmosphère est parfaitement rendue. Et quand vient la mousson, la chaleur et la moiteur ne font que renforcer la sensation étouffante du climat politique et humain du moment. Il se veut une satire féroce du pouvoir colonial

Si j’ai apprécié la lecture de ce livre, je ne suis pas en mesure de le comparer avec 1984 dont la lecture est très ancienne (et pour être tout à fait honnête, j’en ai que trop peu de souvenirs), et en tout cas de le situer dans l’œuvre de l’auteur.
 
Une histoire birmane, de George Orwell, traduit de l’anglais par Claude Noël aux éditions Ivréa (2004,377 pages), disponible en poche  aux éditions 10/18 (2001,257 pages) Première parution en français en 1946.


George Orwell (de son vrai nom Eric Blair) est né aux Indes en 1903 et a fait ses études à Eton. Sa carrière est très variée et beaucoup de ses écrits sont un rappel de ses expériences. De 1922 à 1928 il sert dans la police indienne impériale. Pendant les deux années suivantes il vit à Paris puis part pour l'Angleterre comme professeur. En 1937 il va en Espagne combattre dans les rangs républicains et y est blessé. Pendant la guerre mondiale il travaille pour la B.B.C., puis est attaché, comme correspondant spécial en France et en Allemagne, à l'Observer. Il meurt à Londres en janvier 1950.

lundi 9 avril 2018

Les ombres de Montelupo


A la bonne heure Soneri est de retour ! Enfin, pas tout à fait, mais un peu quand même ! Pour tout dire, Soneri avait besoin d’un peu de repos. C’est loin de la ville, dans ses chères montagne, là où il est né qu’il part se ressourcer. Il compte bien aller aux champignons, et en fin gourmet qu’il est, il espère bien se régaler des bons produits locaux. La trêve ne durera pas bien longtemps. C’est le drame au village…
Soneri, bien qu’en vacances, se retrouve bien malgré lui mêlé aux affaires d’une famille qui, le moins que l’on puisse dire, ne sentent pas très bon.
Les souvenirs familiaux refont surface, et Soneri se retrouve confronté à son passé, et surtout celui de son père….

La mémoire ; tel semble être le fil conducteur de Valerio Varési qui a le don d’installer une atmosphère extrêmement palpable tout au long de ses romans. Ici, inutile d’aller dans la précipitation, pas de démarrages tonitruants. Varési installe les choses et ses personnages. On prend le temps d’observer la nature, de humer les sous-bois, d’écouter un oiseau, et de déguster les mets de la région. Il y a une forme de poésie dans son écriture qui donne à ce roman policier un petit côté artisanal, parce dépouillé des artifices du genre pour ne garder que l’essentiel : l’humain .

Sonéri, c’est un peu le Wallander du pays de Parme. C’est un ami qui un jour fait irruption dans votre vie de lectrice, et dont on a plus envie de se séparer. Un ami que l’on retrouve avec plaisir.

Un grand merci aux éditions Agullo et la masse critique Babélio.


Les ombres de Montelupo de Valério Varesi, traduit de l’italien par Sarah Amrani, ux éditions Agullo (Mars 2018,320 pages)

Né à Turin de parents parmesans, Valério Varesi est diplômé en philosophie de l’Université de Bologne après une thèse sur Kierkegaard.

Il devient journaliste en 1985, collabore à plusieurs journaux et est actuellement rédacteur de "Repubblica" à Bologne.

Il publie "Ultime notizie di una fuga", son premier roman, en 1998.

Il est l’auteur de onze romans au héros récurrent, dont "Le fleuve desbrumes" nominé au prestigieux prix littéraire italien Strega ainsi qu'au Gold Dagger Award en Grande Bretagne, et de "La pension de la via Saffi"

Les enquêtes du commissaire Soneri, amateur de bonne chère et de bons vins parmesans, sont traduites en huit langues.

vendredi 6 avril 2018

Loin des bras


Non loin d’un lac, au milieu des  montagnes, la pension Alderson accueille les gosses de riches familles L’institut Alderson dirigé par Madame, veuve du fondateur, aidée par sa sœur Gisèle avec laquelle elle entretient des relations que nous qualifierons de douteuses….

La pension  connait quelques difficultés ; elle perd des enfants, et elle va devoir se réorganiser un peu pour limiter les frais. Jusqu’au jour où elle reçoit une proposition de rachat…

Metin Arditi nous propose un quasi huis-clos dans lequel évoluent un certain nombre de personnage qui ont tous leur talon d’Achille, leur " cadavre dans le placard", leur secret plus ou moins gros et plus ou moins avouable. Chacun, va au fil du roman se révéler, se dévoiler. Chacun, au fur et à mesure que la crise éclate, et que l’avenir se fait de plus en plus incertain les armures se fendent…

L’auteur du Turquetto est un formidable conteur. Et c’est pour cela que j’apprécie de le lire (un peu moins pour ses ouvrages plus récents) Il a le don de nous faire voyage, dans l’espace ou le temps. Ici, c’est une plongée dans la toute fin des années cinquante  dans la Suisse secrète, celle de ses écoles à l’abri du monde et de son système éducatif élitiste.
De courts chapitres rythment ce roman au gré de ses multiples personnages dont l’auteur scrute avec précision le passé et dont le présent constitue autant se solitude qui ont peine à se rencontrer.

Loin des bras de Metin Arditi, chez Actes Sud (Août 2009,432 pages), disponible en poche chez Babel (Août 2011,432 pages)


Né en 1945 à Ankara, Metin Arditi vit à Genève. Il préside l'Orchestre de la Suisse romande et la fondation Les Instruments de la Paix-Genève. Son oeuvre, publiée chez Actes Sud comprend notamment,La pension Marguerite, La fille des Louganis (2007 ; Babel n° 967), Loin des bras (2009 ; Babel n° 1068) et Le Turquetto (2011), Prince d'orchestre (2012) La confrérie des moines volants (Grasset 2013)

vendredi 30 mars 2018

Entre deux mondes


La "jungle" de Calais a la triste réputation de concentrer toutes les misères du monde ; âmes en fuite, ayant tout quitté, et le plus souvent payé une fortune pour arriver là. Ce lieu n’est pas un but en soi. Il est le point de départ vers un monde meilleur, vers un Eldorado : la Grande –Bretagne. Il est aussi  le plus souvent un terminus forcé, devenu un monde à part, où chacun lutte pour sa survie.

Bastien, qui vient d’être tout juste muté avec femme et enfant, va vite l’apprendre.
Parallèlement, Adam un opposant syrien, se retrouve là après avoir fui un pays qu’il a à la fois servi et combattu. Adam est un officier de police. Il a auparavant fait partir sa fille et sa femme. Il nourrit l’espoir de les retrouver pour reconstruire une vie.

Entre ces deux- là, Kilani qui concentre à lui tout seul tous les drames des réfugiés et de la jungle de Calais ; un gosse qui en a vu, et qui ne peux plus dire ni les horreurs, ni les meurtres, ni les viols ; un gosse intelligent qui va réunir deux âmes en perdition prêts à tout pour le sauver lui, à défaut de de pouvoir de se sauver eux-mêmes.

Jusqu’à présent Olivier Norek, n’était pas connu pour faire dans la dentelle. Seulement cette fois il enfonce le clou, là où cela fait mal. Il ne cache rien des malaises d’une institution à fout de force, sans moyen matériel, ni humain. Quand on arrive à Calais, on en part plus ; usés jusqu’à la corde, les flics sont interdits de mutation. Alors ils gèrent comme ils peuvent…
D’autant que dans la jungle, les contours législatifs sont flous. Chaque communauté gère son quartier à sa manière ; chacun fait sa loi. La police ne peut que constater. Le crime reste impuni.

Alors quand deux solitudes se rencontrent, et malgré les incertitudes, l’énergie, revient, et soulève des montagnes ; il faut sauver Kilani, voué à une mort certaine.

Pour avoir lu (et beaucoup aimé) les 3opus consacré à Coste, je peux affirmer qu’Olivier Norek  vient de gagner ses galon de grand auteur de polar. Entre deux mondes a une dimension humaine et humaniste qui explique mon propos. On ne sort pas indemne d’une telle lecture qui nous pousse à deux mains dans une réalité difficilement soutenable.

Ouvrage lu en numérique
Entre deux monde d’Olivier Norek, chez Michel Lafon (Octobre 2017, 415 pages)

Olivier Norek est un écrivain et scénariste né en 1975.

Il est lieutenant de police à la section Enquête et Recherche de la Sous-Direction de la Police Judiciaire (SDPJ) en Seine Saint-Denis (93).

Il travaille d'abord en tant que bénévole chez Pharmaciens sans frontières durant trois années, lors desquelles il participe à la réhabilitation d'un hôpital à Saint-Laurent-du-Maroni en Guyane, ainsi que de l'approvisionnement en matériel médical des hôpitaux et camps de réfugiés des territoires en guerre de l'ex-Yougoslavie (1994-1995).

Il devient gardien de la paix à Aubervilliers, puis rejoint la PJ au service financier, puis au groupe de nuit chargé des braquages, homicides et agressions.
Après avoir réussi le concours de lieutenant, il choisit Bobigny au sein du SDPJ 93, à la section enquêtes et recherches (agressions sexuelles, enlèvement avec demande de rançon, cambriolage impliquant un coffre-fort…).

Il écrit quelques textes et participe en 2011 à un concours de nouvelles. Il décide de se mettre en disponibilité pour écrire son premier roman "Code93" (2013), un polar réaliste qui nous plonge dans le quotidien des policiers en Seine-Saint-Denis.
"Territoires" (2014), présenté en exclusivité à l’occasion du 6ème Festival International des Littératures Policières de Toulouse Polars du Sud, est la suite de "Code 93".

Son 3ème livre, qui met en scène le capitaine Coste, "Surtensions", paraît en 2016. Il obtient le prix du polar européen du magazine Le Point. En 2017, il publie "Entre deux mondes" où il aborde un sujet brûlant d'actualité : le parcours de migrants arrivants en France.

Il a travaillé à l’écriture de la sixième saison la série télévisée française "Engrenages" (2017).

Les droits de ses romans sont déjà acquis en vue d’être portés à la télévision pour y être déclinés en série.