jeudi 25 mai 2017

Les larmes noires de la terre



Depuis son premier roman, Sandrine Collette fait partie des incontournables d’une rentrée littéraire ; d’emblée elle dégage quelque chose de puissant dans ce qu’elle a à nous raconter. Et ses lecteurs savent à quel point ses histoires sont dures, et son univers particulièrement noir. Jusqu’où peut-elle aller ?

Moe est une jeune fille sans histoire  de Polynésie française. C’est en avançant dans notre lecture que l’on parvient mieux à situer dans le temps cette histoire, et d’affirmer que cette fois Sandrine Collette est dans l’anticipation.

Moe va faire ce qu’on appelle la mauvaise rencontre au mauvais moment. Elle suit en métropole son amoureux du moment ; petits boulots sur petits boulots, un bébé, et les coups qui s’abattent sur elle. Puis il y a la fuite pour un monde meilleur ; en fait ce sera la Casse, sorte de camp retranché pour "cas sociaux" où les chambres sont remplacées par des épaves de voiture. Chacun sait quand il y rentre ; pour ce qui est de la sortie, l’espoir fait vivre…
Moe est vite intégrée par 5 femmes qui ont toutes un passé, un parcours chaotique.
Dans cet univers glauque, et où la violence est la norme, Moe et son bébé vont trouver une forme de "havre de paix" contrastant furieusement avec leur proche environnement. Chacune fait bloc autour de Moe qui est la fragilité même. La solidarité, l’entraide, la cohésion entre elle permet à Moe de garder espoir, mais à quel prix, et pour quel résultat ?

Ce dernier roman de Sandrine Collette est sans aucun doute le plus noir, et le plus violent ; celui où la désespérance est plus criante que jamais. Et pourtant, nous ne serons pas au bout de nos surprises, tant au fond de nous la fin est évidente.
Et pourtant, Sandrine Collette est parvenue à faire rentrer la lumière dans cette jungle aussi hermétique, et dans ces cœurs cabossés.

Et puis, il y a ce style, ces phrases et ces mots qui frappent, et qui claquent. C’est âpre et dur comme la Casse.

Quand je disais de Sandrine Collette qu’elle était incontournable, ce dernier opus en est la preuve tant par la maitrise de l’écriture, les émotions qu’elle suscite, et sa capacité de renouvellement.

L’avis de Jostein qui m’a fait le plaisir de cette lecture.

Les larmes noires de la terre de Sandrine Collette, chez Denoël (Février 2017,336 pages)


Sandrine Collette (née en 1970) passe un bac littéraire puis un master en philosophie et un doctorat en science politique.

Elle devient chargée de cours à l'Université de Nanterre, travaille à mi-temps comme consultante dans un bureau de conseil en ressources humaines et restaure des maisons en Champagne puis dans le Morvan.

"Des nœuds d’acier" (Denoël, 2013), son premier roman, obtient le Grand Prix de littérature policière 2013.
En 2014, elle publie son second roman "Un vent de cendres" (chez Denoël) qui revisite le conte La Belle et la Bête.

mardi 23 mai 2017

Cuba, la révolution transgressée



Coincé entre 2 guides bien visibles dans le coin réservé à Cuba, ce petit volume détonnait au milieu des guides divers et variés.

Ça n’est pas un guide, ni un récit de voyage ; encore moins une anthologie. C’est un peu tout à la fois ; en tout cas une sorte de clé qui nous permet d’entrer dans l’univers de cette île mise sous embargo depuis des décennies, manquant de tout, rendant ainsi ses habitants des débrouillards nés.

Ouvrir ce livre, c’est comme prendre une route sans trop savoir où l’on va, ni ce qu’on va y faire, et accepter les expériences telles qu’elles se présentent. C’est la démarche de l’auteur, qui connait bien l’île, et qui comme un peintre, par touches successives dresse un portrait intime des Cubains.
Un livre attachant, coloré et aussi entrainant qu’une salsa.

Cuba, la révolution transgressée de Marie Herbet, aux éditions Nevicata collection l’âme des peuples (Mars 2016, 96 pages).


Journaliste spécialisée dans les affaires européennes, Marie Herbet a développé des attaches personnelles fortes avec Cuba, où elle séjourne plusieurs fois par an.

vendredi 19 mai 2017

Che Guevara, compagnon d’une révolution



Le meilleur moyen d’aborder un sujet ou un personnage, sans tomber dans l’ouvrage hyper spécialisé et pouvant se révéler technique et indigeste, est de se tourner vers les ouvrages de la collection Gallimard découverte : clairs, concis, illustrés, savants et accessibles….en un mot : incontournable !

Si je vous dis Cuba : vous me répondez Castro. Oui mais pas que, il y a le Che, connu pour être le compagnon de révolution de Fidel Castro. Mais que savons-nous justement du Che ? Qu’il est logiquement cubain ? Oui, enfin pas tout à fait ; et puis surtout non issu d’une classe sociale où la révolution va de soi…

Pour celles et ceux qui comme moi veulent approfondir un peu le sujet, cet ouvrage vous dira tout de cet argentin de la bourgeoisie aisée, médecin,  petit fils d’un chercheur d’or Californie et pour finir descendant du vice-roi du Mexique…
Drôle de pédigrée pour celui qui parcouru l’Amérique du sud pour parfaire son éducation révolutionnaire et forger sa culture marxiste. C’est à Cuba qu’il posera-temporairement- son paquetage, pour rencontrer celui qui renversera un dictateur-Batista- et deviendra… un non moins redouté et redoutable dictateur !

Révolutionnaire dans l’âme, il ira partout où la Révolution aura besoin de lui…
Ouvrage passionnant, qui relate la vie d’un personnage fascinant ; au sens premier du terme, j’entends… je ne me sens aucun point de convergence vers ce personnage ; c’est son destin, et  son cheminement qui attire ma curiosité !

Dans ce sens cet ouvrage répond parfaitement à ses objectifs, et mon envie de mieux connaître Cuba dans sa globalité.

Che Guevara, compagnon d’une révolution de Jean Cormier, chez Gallimard découvertes (2008, 145 pages)


Grand reporter au Parisien. Jean Cormier, Basque né en France en 1943, est un journaliste, écrivain et réalisateur. Grand reporter, il a écrit plusieurs ouvrages sur le rugby à XV et Che Guevara.

Il invente avec son ami Denis Lalanne le Festival Singe-Germain, un festival germanopratin, culturel et sportif, rendant hommage à Antoine Blondin.

jeudi 18 mai 2017

Le pouvoir au féminin-Marie-Thérèse d’Autriche, l’impératrice-reine



Marie-Thérèse d’Autriche (1717-1780), unique fille de son père l’empereur Charles VI, n’a pas été éduqué pour régner. C’est la mort dans l’âme que son père lui laisse le trône, puisqu’il n’a pu avoir d’héritier mâle. C’est sans doute là qu’il faut chercher le germe de son appétit pour le pouvoir, et son aptitude à l’exercer.

Cet essai n’est pas une biographie, il est avant tout une réflexion sur l’exercice du pouvoir d’une femme, d’une mère et épouse. Elisabeth Badinter insiste sur les rois fonctions de cette souveraine, et sur leurs étroites imbrications. En effet, Marie Thérèse d’Autriche n’a négligé aucun aspect de sa féminité au profit de l’autre. Épouse de François- Etienne de Lorraine  et malgré un mariage  arrangé elle a aimé son mari tout au long de sa vie conjugale qui fût féconde.

Mère de seize enfants (dont la future Marie-Antoinette), elle n’a pas abandonné son rôle maternel aux nourrices. Elle a réellement élevé ses enfants, a été une mère à la fois sévère, et tendre. 

La souveraine apprend sur le tas son métier, et a la sagesse de s’entourer des bonnes personnes. Bourreau de travail, guerrière acharnée, fine stratège, elle fut un monarque absolu reconnu.

Elisabeth Badinter avec l’appui d’une documentation et correspondance abondante montre avec brio, avec style et élégance, comment cette femme a pu concilier ses trois vies au service d’un vaste empire au cœur des mutations européennes permanentes.

Passionnant !

Le pouvoir au féminin d’Elisabeth Badinter, chez Flammarion (Novembre 2016,350 pages)


Élisabeth Badinter (née en 1944) est une des trois filles du publicitaire Marcel Bleustein-Blanchet.

Elle est la présidente du conseil de surveillance de Publicis depuis 1996. Elle est aussi la deuxième actionnaire du groupe, dont elle détient environ 10 % et figure au palmarès des 500 premières fortunes de France.

Agrégée de philosophie, spécialiste du siècle des Lumières, observatrice de l'évolution des mentalités et des mœurs, elle a été maître de conférences à l'École polytechnique.

Elle est membre du comité de parrainage de la Coordination française pour la Décennie de la culture de paix et de non-violence. Elle a également été nommée membre du conseil scientifique de la Bibliothèque nationale de France en qualité de personnalité qualifiée, en 1998 et 2002.

Elle est l'épouse de Robert Badinter (1928), avocat, universitaire, essayiste et homme politique français.

lundi 15 mai 2017

Les heures souterraines



Mathilde et Thibault… Elle est cadre dans une grande entreprise ; lui est médecin  urgentiste.
Mathilde et Thibault ne se connaissent pas. Ils vivent la brutalité de ce monde : lui par procuration, elle de plein fouet ; la brutalité qui s’exprime au grand jour, comme celle feutrée qui n’ose dire son nom mais qui distille goutte à goutte insidieusement.

Delphine de Vigan nous décrit notre monde, notre société ; celle des perdus, des faibles, des trop bons, des courageux ; celle qui broie, celle qui fracasse.

Delphine de Vigan nous raconte deux mondes parallèles qui avancent sans jamais se rencontrer au travers de deux personnages qui suivent malgré eux la marche forcée du temps qui tel un rouleau compresseur avale tout sur son passage et laisse en retour indifférence et  mal-être.

Ce roman aurait gagné en puissance et aurait mieux imprimé sa marque si la fin avait été autre, en tout cas moins évasive et moins filante. C’est le seul reproche que je puisse lui faire ; parce que j’ai beaucoup aimé le rythme, le ton et la manière d’amener les choses.

Les heures souterraines de Delphine de Vigan, chez Lattès (Août 2009, 280 pages), disponible au livre de poche (Mars  2011, 260 pages)