lundi 16 juillet 2018

Corrosion


Dans des coins paumés, deux types, à deux époques différentes ; deux types brisés, cassés, mauvais, soulards, teigneux, délaissés…
L’un, Joseph, est un vieux de la vielle, sans illusion ; il a servi son pays, s’est défoncé pour lui, et a sacrifié jusqu’à son visage.
L’autre, Benton, est un ado perdu, dont le père joue aux apprentis scientifique et la mère se meurt dans des conditions effroyable, et qui s’invente des histoires et s’emmourache de Constance.
Alors forcément  ces deux- là vont finir par se rencontrer….mais, chut ! je n’en dirai pas plus….



Corrosion, c’est, comme l’indique le dictionnaire, la lente, mais inéluctable dégradation de l’humain ; l’enfer dont on personne ne peut sortir.
Corrosion, c’est vraiment noir de chez noir ; cela part dans tous les sens, mais, ne nous y trompons pas, l’auteur sait parfaitement où il veut emmener son lecteur.
Et c’est d’une manière assez originale qu’il va le faire, à son rythme, mais sans concession, sans faux espoirs, ou si peu.
Les ouvrages de la collection " néonoir" ont fière réputation dans le genre ; et ça n’est pas avec cet ouvrage qu’elle sera démentie.
Du très bon roman noir, un auteur que je découvre et que je suivrai de près !

Corrosion de Jon Bassoff , traduit de l’américain par Anatole Pons, chez Gallmeister (Janvier 2016, 240 pages), disponible en poche dans la collection Totem (Mai 2018, 230 pages)


Jon Bassoff est né en 1974 à New York. En parallèle à son métier d’écrivain, il a créé et il dirige la maison d’édition américaine New Pulp Press. Il vit dans le Colorado avec sa femme et ses deux enfants. Corrosion est son premier roman.Depuis, il publié les incurables en 2018, toujours chez Gallmeister.

jeudi 12 juillet 2018

Baby Doll


Elles sont jumelles, Lilly et Abby, lycéennes…Mais cela c’était avant ; avant de Lilly ne disparaissent durant plus de 8 ans. A la faveur d’une étourderie de son ravisseur, elle parvient à s’échapper avec la fille qu’elle a eue en captivité pour revenir chez elle.
Sauf que, on ne reprend pas la vie là où  elle s’est arrêtée aussi facilement que ça.
Dans ce polar , nulle question ici d’une enquête. On connaît le coupable immédiatement.
Ici il est surtout question de psychologie. Holly Overton l’aborde sous trois principaux angles. D’abord, les rapports complexes entre les jumelles allant d’une évidente proximité à l’inévitable rivalité.
L’ambiguïté des relations entre le bourreau et sa victime est particulièrement bien creusée. Rick, le bourreau, n’a pas dit son dernier mot. Lilly entre la peur, la détermination, et le sentiment de culpabilité semble fragile face à manipulateur hors pair. Baby Doll est sa chose, et il n’a pas du tout envie qu’elle lui échappe.
Enfin, la gestion de l’histoire familiale au sens large occupe également une grande place. Beaucoup de choses ont échappé à Lilly durant son absence ; des évènements qu’il lui faudra appréhender, et surtout avec lesquels il faudra vivre.

Ce roman est construit comme un trio de vocal s’exprimant tour à tour en multipliant les points de vue.
Holly Overton instaure d’emblée un climat pesant et donne à cette intrigue machiavélique un dénouement étonnant et inattendu. Il n’y a aucun temps mort ; tout est astucieusement dosé et rondement mené.

Baby Doll de Holly Overton, traduit de l’américain par Françoise du Sorbier, aux éditions Mazarine (Mai 2018, 370 pages)



Hollie Overton et sa sœur jumelle ont été éduquées par leur mère. A l'âge adulte, elle a appris que leur père était un criminel. Membre du Gang Overton qui avait défrayé la chronique au Texas dans les années 60, il a passé plusieurs années en prison pour meurtre. Hollie Overton a travaillé comme scénariste pour des séries à succès telles que «Cold Case». Elle vit maintenant à Los Angeles avec son mari. «Baby Doll» est son premier roman. Il est publié dans plus de 13 pays.

dimanche 1 juillet 2018

Pause estivale à l'heure new-yorkaise




Je laisse le blog en vacances quelques jours, le temps pour moi de retrouver New-York pour Independance day.Neuf ans après j'avais hâte d'y revenir .

 

Tout ce qu’on ne s’est jamais dit



C’est une famille sans histoire de la fin des années 70.  Marylin a épousé James, d’origine chinoise ; ils forment un couple mixe, ce qui à l’époque n’allait pas forcément de soi. Marilyn est une mère au foyer tout ce qu’il y a de plus convenable. Elle a renoncé à ses rêves de jeunesse pour un mari, professeur d’université. Pour James, c’est le travail avant tout, s’intégrer.
Pour Marylin, c’est pousser son ainée, Lydia sur la voie à laquelle elle a elle-même renoncer. Nath, le second rêve de l’espace, quant à Hannah, elle est là, mais si peu là….
Famille tranquille, sans histoire..
Oui, mais Lydia est retrouvée morte
Là où Celeste Ng prend son lecteur à contre-pied, c’est qu’elle ne lui propose pas une banale enquête de police ; d’ailleurs, d’enquête il n’y en aura pas, ou si peu !
Celeste Ng s’engage dans un thriller psychologique intense et particulièrement fouillé, où le passé  s’insère au présent, parce qu’elle va creuser au plus profond du fonctionnement de cette famille, et mettre à jour un à un les dysfonctionnements, les souffrances et les secrets.

C’est à la fois bluffant, surprenant, et original. Celeste Ng parvient à instaurer un climat de tension doublé d’une atmosphère assez malsaine par moment.

Un très bon moment de lecture, et une auteur que je retrouverai avec plaisir.

Tout ce qu’on ne s’est jamais dit de Celeste Ng, traduit de l’américain par Fabrice Pointeau aux éditions Sonatine (Mars 2016, 280 pages), disponible en poche chez Pocket (Mars 2017, 280 pages)


Celeste Ng est une romancière américaine née dans les années 1980 à Pittsburgh, en Pennsylvanie. Originaires de Hong Kong, ses parents sont tous deux scientifiques. Elle poursuivra quant à elle des études littéraires suite à son diplôme à Harvard, obtenant, avec mention, son master de littérature à l’université du Michigan.
Son premier roman, Tout ce qu’on ne s’est jamais dit, inspiré de sa propre expérience face aux difficultés d’intégration pour une famille d’origine asiatique dans les Etats-Unis des années 1970, obtient une reconnaissance publique et critique et est récompensé du prix Amazon 2014, le Massachusetts Book Award et le Medici Book Club Prize. Le roman figure également, à sa sortie, parmi les meilleures ventes du New York Times.
Dans son travail, Celeste Ng soulève de nombreuses questions identitaires et sociales, s’intéressant de très près à la question de la condition féminine mais également à la notion d’héritage culturel et à l’anxiété qui habite les enfants issus de l’immigration. Celeste Ng vit aujourd’hui à Cambridge, dans le Massachussetts, où elle enseigne l’écriture.

Underground railroad


Du temps de l’esclavage, existait le mythe d’une route souterraine et secrète permettant aux esclaves de fuir leur condition et de gagner des états plus humains ; en réalité un réseau clandestin d’entraide

Sous la plume de Colson Whitehead, cette allégorie devient réalité. Cora, est une jeune fille du sud, à la merci de deux redoutables frères dans une plantation de coton.
Abandonnée par sa mère, elle s’enfuie de la plantation avec Caesar, commençant ainsi une aventure pleine de rebondissements, de peurs et d’espoir.
Traquée par un féroce chasseur d’esclaves, c’est au péril de sa vie et de celle des autres que Cora tente par tous les moyens d’échapper à la misère, la violence, et la cruauté envers elle et ses compagnons noirs.
 Whitehead dresse le portrait d’une résistante, éprise de liberté, prête à tout pour conquérir son droit à être considérée comme un être à part entière.

Violent plaidoyer contre le racisme et l’esclavage, Underground rail road se lit à la fois comme une épopée et un roman à suspense. Il y a du rythme, de l’émotion, de la révolte, de sombres images. Whitehead rend ainsi, par le biais de la fiction un bel hommage à des anonymes sacrifiés victimes d’une traite humaine à grande échelle dont l’Amérique n’a pas encore tiré toutes les leçons et au racisme rampant qui ne demande qu’à bondir hors de sa boite.

Underground railroad, de Colson Whitehead, traduit de l’américain par Serge Chauvin, chez Albin Michel (Août 2017, 400 pages)

Colson Whitehead (son nom complet est Arch Colson Chipp Whitehead) est un romancier né en 1969 et vivant à New York.

Il a fréquenté la Trinity School de New York, et a été diplômé du Harvard College en 1991.

Il est journaliste et ses travaux ont paru dans de nombreuses publications, dont le The New York Times, Salon et The Village Voice.

Il est lauréat du prix Pulitzer de littérature 2017 pour son roman, The Underground Railroad, déjà élu meilleur roman de l'année 2016 par la presse américaine. Les droits audiovisuels de The Underground Railroad ont été acquis par le réalisateur Barry Jenkins.

jeudi 28 juin 2018

Qaanaaq


On a eu le polar nordique écrit par les nordiques, logique
On a eu le polar lapon écrit par un  connaisseur de la Laponie, rien à redire
Désormais on a le polar groenlandais écrit par un français, en tout cas francophone qui écrit sous un pseudo à consonance danoise, mais dont on ne sait rien d’autre à part qu’il est connus sous ne autre identité, mais rien de plus….

Qaanaaq est un flic danois expérimenté. Son port d’attache est Copenhague. Et cela ne l’enchante guère de devoir partir au Groenland pour aider ses collègues sur une affaire pour le moins étrange. En effet, plusieurs ouvriers étrangers travaillant sur des plateformes pétrolières sont retrouvés le corps massacré par ce qui semble être un ours…. Bizarre, comme c’est bizarre…d’autant le gros nounours en question semble avoir des facultés hors norme…

Qaanaak arrive dans la capitale de ce territoire danois, mais bénéficiant d’une large autonomie, et dont les prochaines élections locales doivent décider de son avenir. Le climat politique, et social est tendu.
Ajoutons à ce décor, un sous- sol et des fond marins riches en hydrocarbures dont l’exploitation attire la gourmandise des grandes compagnies, mais ne réjouit pas les autochtones, jaloux de leur environnement et de la jouissance de leurs richesses.

A ce niveau, l’affaire n’a rien de simple. Or, comme si cela ne suffisait pas, nous sommes en présence d’un personnage, Qaanaaq dont le passé et les origines nous sont dévoilés au fur et à mesure de l’avancée de l’enquête.

Dans ce décor blanc, glacial, immobile et privé de lumière, Mo Malo nous entraine dans une enquête à multiples entrées peuplée de personnages atypiques, complexes, corrompus, calculateurs au beau milieu d’un peuple plus préoccupé par sa survie et celle de leur terre que par les calculs politiciens qui les dépasse.

Si vous souhaitez un polar qui remue et ne traine pas, passez votre chemin. Il faut savoir prendre son temps pour apprivoiser ce roman. Les choses ne vont pas de soi. Qaanaaq n’est pas le livre que l’on dévore goulument. Il faut accepter de le poser de temps à autre, pour mieux y revenir, et finalement parvenir à intégrer son rythme et s’habituer à ces gens venus du froid et à leur culture si différente.

Je remercie Anne et Arnaud pour leur confiance

Qaanaaq de Mo Malo aux éditions de la Martinière (Mai 2018, 496 pages)


Mo Malø est l’auteur de nombreux ouvrages, sous d’autres identités. Il vit en France. Qaanaaq est son premier roman policier.

mardi 26 juin 2018

À Juliette


Quand écrire peut sauver du gouffre….

Fabienne est une maman de 4 enfants ; une famille sans histoire, jusqu’au jour où Juliette, se suicide en se jetant sous un train…

Écrit au jour le jour, ce livre est une lettre ouverte à sa fille disparue dans laquelle elle exprime ses sentiments face à l’absence, au manque, à la douleur de la perte incompréhensible d’un enfant qui n’est pas et ne sera jais dans l’ordre des choses.

A l’instar de son mari qui se mure progressivement dans le silence et le travail, en s’éloignant progressivement de sa femme au point de mettre en péril leur mariage, Fabienne,  essaie par tous les moyens une âme secourable qui va entendre sa détresse. Patrick Poivre d’Arvor qui connût le même drame saura l’écouter et lui conseiller de se tourner vers l’écriture.
Ce livre en est le résultat après de nombreux stages qu’a suivi Fabienne afin de donner à son ouvrage suffisamment de corps et de tenue.

Le résultat est bouleversant de sincérité et de courage. Sur environ 18 mois, nous voyons le cheminement de Fabienne dans la traversée de son deuil, et dans son cheminement intérieur face à la mort de sa fille.

Je remercie Lena des éditions Flammarion pour l’envoi de cet ouvrage. Je ne l’aurai pas forcément lu de mon initiative, mais puisqu’il m’était donné de donner un petit coup de pouce à Juliette et sa maman  pour les anonymes qui n’osent ou ne peuvent transcender leur chagrin en posant des mots sur les maux.

à Juliette de Fabienne Le Clauze, chez Flammarion (Mai 2018, 240 pages)