vendredi 17 août 2018

Khalil



Novembre 2015 à Paris, l’horreur, tout simplement. Encore des terroristes, envoutés, maraboutés, endoctrinés, téléguidés -et j’en passe- qui au nom de je ne sais quelle volonté divine sèment la terreur et la mort autour d’eux.
Mais au fond comment fonctionnent ces types ? Bien entendu, personne n’a de réponse.
Yamina Khadra, pas plus que les autres ne prétend saisir ce qui se passe dans la psyché d’un individu programmé pour tuer. Mais, et c’est toute la magie de la fiction littéraire, il imagine, se met dans la tête de Khalil sensé se faire sauter au Stade de France un soir de novembre 2015. Parce que l’histoire eût été trop simple si la ceinture d’explosifs avait fonctionné à l’instant T.
Comment réagit l’individu en question ? Comment fait-il le vide autour de lui ? Comment se met-il à douter ? Comment voit-il et ressent-il ce que l’on décide pour lui ? Comment rentre-t-il en interaction avec son environnement familial ? Comment appréhende-t-il l’incidence de ses actes ou eux de comparses sur ses proches ?

Telles sont les questions auxquelles Yasmina Khadra tente de répondre en suivant à la trace Khalil, en  voulant nous montrer chacun des aspects d’une personnalité complexe et torturée. Yasmina Khadra, loin du portrait caricatural du terroriste abjecte et manipulé, parviendrait presque, je dis bien presque, à le prendre en pitié.

Une lecture forte pour moi de par le ton juste qu’emploie Yasmina Khadra,  et son apparente facilité qui révèle un texte fouillé.

Khalil de Yasmina Khadra chez Julliard (Août 2018, 260 pages)


Yasmina Khadra est le pseudonyme de l'écrivain algérien Mohammed Moulessehoul.

Son père, officier de l'ALN blessé en 1958, veut faire de lui un soldat en l'envoyant dès l'âge de neuf ans dans un lycée militaire, où il fait toutes ses études avant de servir comme officier dans l'armée algérienne pendant 36 ans. Durant la période sombre de la guerre civile algérienne dans les années 80-90, il est l'un des principaux responsables de la lutte contre l'AIS puis le GIA, en particulier en Oranie.

Moammed Moulessehoul choisit en 1997, avec le roman Morituri, d'écrire sous pseudonyme. Diverses raisons l'y poussent, mais la première que donne Moulessehoul est la clandestinité. Elle lui permet de prendre ses distances par rapport à sa vie militaire et de mieux approcher son thème cher : l'intolérance.

Il démissionne de l'armée algérienne en 2000, pour se consacrer à sa vocation: l'écriture, et choisit de s'exprimer en langue française. Après un court passage au Mexique, il vient s'installer en 2001, en France, où il habite encore aujourd'hui. En 2002 dans "L'imposture des mots", Khadra-Moullessehoul répond aux attaques qui fustigent son passé militaire.

Il choisit de rendre hommage aux femmes algériennes et à son épouse en particulier, en prenant ses deux prénoms, Yasmina Khadra, et ne révèle son identité masculine qu'en 2001 avec la parution de son roman autobiographique "L'Écrivain" et son identité tout entière dans "L'imposture des mots" en 2002. A cette époque ses romans ont déjà touché un grand nombre de lecteurs et de critiques.

Parmi ses ouvrages, on peut citer "Morituri" (Baleine, 1997), "L'automne des chimères" (Baleine, 1998), "A quoi rêvent les loups" (Julliard, 1999)," Ce que le jour doit à la nuit "  et "Cousine K" (Julliard, 2003), où se déploie le "style Khadra" alliant lyrisme, métaphores inattendues, dépouillement et poésie. Style qui atteint son apogée avec "L'Attentat" (Julliard), retenu par les jurys du Goncourt et du Renaudot en 2005 et titulaire du prix des libraires 2006, les anges meurent de nos blessures;

En 2010, l'auteur délaisse pour un temps le sujet du conflit au Moyen-Orient, au cœur des "Hirondelles de Kaboul" (2002) et "Les Sirènes deBagdad" (2006), pour écrire un conte moral : "L'Olympe des infortunes".

En 2015, il publie "La dernière nuit du Rais". En 2016, il publie "Dieu n'habite pas La Havane".

2 commentaires:

  1. Sujet très intéressant. Et traité par cet auteur, je vais sûrement aimer aussi

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  2. Je le pense aussi, et puis quelle plume !

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