lundi 3 septembre 2018

Dix-sept ans


« Infirme à montrer mes sentiments dès qu’il s’agissait de maman. »
« Un désamour tenace envers cette petite femme que j’avais longtemps appelée par son prénom, Lina. Dix fois par jour j’oubliais que j’étais son fils. Et autant de fois, je m’efforçais de m’en souvenir. »
« Je savais bien que j’avais aimé ma mère. Mais je ne retrouvais plus ces sensations de chaleur, ni aucune marque tangible d’affection entre nous. Quelque chose n’avait pas eu lieu avec Lina. Mais quoi ? »

Un narrateur qui s’appelle Éric qui est l’auteur sans être l’auteur. Lina est sa mère, sans l’être tout à fait. On comprend assez vite que ce livre est la grande affaire de son auteur. C’est lui qui s’exprime, via son narrateur, pour gagner en liberté.

Et cela commence fort ; à l’issue d’un banal repas de famille, Lina jette un pavé dans la marre, vide un sac lourd de plus d’un demi-siècle.

Pour le narrateur, commence une  quête de vérité à la fois éprouvante et émouvante.
Dix-sept ans est le portrait touchant et tout en nuance d’une femme qui voulait tout simplement être aimée, et qui victime de son époque et de ses principes rigoristes n’a non seulement pas pu aller au bout de ses sentiments, mais n’a pu, dans un premier temps du moins pu installer une relation harmonieuse avec son  fils.

« J’étais le survivant d’une histoire trouble qui nous avait séparés, une histoire douloureuse oubliée à dessein. »

Dix-sept ans, est le cri d’amour d’un homme qui durant 30 ans  inlassablement cherché à écrire ce livre, chercher à montrer ce qu’était véritablement sa mère.

Dix-sept, comme l’âge de Lina, exilée à Nice pour mettre au monde l’enfant de la honte, à l’abri des regards, loin de sa famille fidèle aux idées moyenâgeuses d’une Eglise inhumaine et destructrice de la France des années 60. On ne saura jamais assez les violences faites aux femmes, et par ricochet aux enfants, par une institution encore forte de son pouvoir sur les corps et les âmes, avec l’unique but de jouer la redresseuse de tors et la gardienne d’une morale qu’elle considère comme la seule voix possible.

C’est à pas feutrés que l’on se glisse avec deux-deux pour mieux suivre leurs  retrouvailles ; mais aussi pour se délecter d’une écriture  à la fois tout en finesse et brutale jusqu’à l’électrochoc, parfois.
C’est ce mélange de dureté, de tendresse, d’amour et de beauté qui donne à ce roman son caractère unique..
A ce jour, il est pour moi l’ouvrage le plus émouvant  et le plus intime de cette rentrée.

Dès les premières lignes de "Dix-sept ans ", j’ai immédiatement pensé à "l’homme qui m‘aimait tout bas "consacré à son père adoptif. Deux livres, qui selon l’auteur, se tiennent la main.

« Deux pères ont effacé une mère comme un drame peut en cacher un autre. »

Dix-sept ans d’Eric Fottorino, chez Gallimard (Août 2018, 272 pages)


Éric Fottorino est le fils d'une infirmière, Monique Chabrerie, enceinte à 16 ans d'un juif marocain qu'elle ne pourra pas épouser. Elle épousera plus tard un kinésithérapeute, Michel Fottorino, qui donnera son nom au petit Eric Bruno.

Il passe son enfance à Bordeaux et suit ses études à La Rochelle, d'abord au Lycée Fénelon puis à Faculté de Droit d'où il sort avec une Licence, envisageant un temps de s'engager dans une carrière d'avocat ou de magistrat. Après La Rochelle, Éric Fottorino intègre l'Institut d'Études Politiques (IEP) de Paris et s'intéresse dès lors au journalisme.

En 1981, il envoie au journal Le Monde une tribune sur l'article 16 de la Constitution qui sera aussitôt publiée. L'année suivante il commence à travailler comme journaliste pigiste pour Libération puis à La Tribune de l'Économie (1984-85). En 1986 il entre au Monde où il effectuera dès lors toute sa carrière.

Au sein du quotidien du soir, Eric Fottorino est d'abord journaliste spécialisé sur les matières premières et le continent africain tout en étant parallèlement Chargé de conférences à l'IEP de Paris de 1992 à 1995. Il devient Grand reporter (1995-1997), Rédacteur en chef (1998-2003) puis Chroniqueur (2003-06).

En 2005, il est chargé de préparer la nouvelle formule du quotidien puis est nommé Directeur de la rédaction en mars 2006, remplaçant à ce poste Edwy Plenel qui a démissionné du journal.
En juin 2007, suite à l'éviction de Jean-Marie Colombani après un vote négatif de la Société des rédacteurs, Eric Fottorino est élu Directeur du Monde. En raison de désaccords d'ordre financier avec la Société des rédacteurs, il annonce en décembre sa démission, en compagnie de Pierre Jeantet et Bruno Patino, mais revient finalement sur sa décision. Il décide de se porter candidat au poste de président du directoire du groupe La Vie-Le Monde, occupé jusqu'alors par Pierre Jeantet, et est élu à l'unanimité le 25 janvier 2008 par les membres du Conseil de surveillance.

Le 9 avril 2014 est paru le premier numéro de l’hebdomadaire Le 1, co-fondé par Eric Fottorino, Laurent Greilsamer, Natalie Thiriez et Henry Hermand.

Éric Fottorino est aussi l'auteur d'une œuvre de romancier commencée dès 1991 avec le très autobiographique Rochelle. Outre quelques essais (Le Festin de la terre 1988, Prix du meilleur livre d'économie, La France en friches, 1989), il a publié une dizaine de romans. Citons notamment Coeur d'Afrique (1997, prix Amerigo Vespucci), Nordeste (1999)

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