dimanche 7 août 2022

Sanaaq

 

Ce roman détonne par bien des aspects. Pour sa maison d’édition que j’ai découverte il y a peu temps et qui propose des ouvrages de qualité, originaux et hautement symboliques dans la défense des peuples arctiques, la reconnaissance des préjudices endurés au fil des années.

L’autre particularité, tient dans le travail de traduction, je parlerais plutôt de transcription de par la nature même de la langue inuit, dont la transmission est davantage orale. Tout cela fait l’objet d’un avant-propos qui éclaire bien des choses, et conditionne le lecteur une fois entré dans le vif du sujet. Le traducteur a en réalité travaillé de longues années, en plusieurs étapes, et s’est adjoint l’aide précieuse de scientifiques comme Claude Lévi-Strauss.

Sanaaq n’est pas un roman comme les autres. C’est surtout la juxtaposition de quarante- sept scènes de vie se déroulant dans une baie du grand-nord canadien, au fil des saisons. L’auteur y expose un grand nombre de personnages, dont finalement très peu occupent le devant de la scène. Un lexique en fin d’ouvrage permet à chacun de s’y retrouver. La structure familiale inuit est assez particulière, car s’entend au sens large, et a une organisation essentiellement féminine. Qu’on se le dise, dans le grand-nord, ce sont les femmes qui tiennent la boutique. Elle se sentent une grande liberté de corps et d’esprit.

On y apprend à chasser le phoque, avec à l’esprit l’idée de ne pas prélever plus que les besoins, à en utiliser chaque partie à des fins précises et utiles ; on y apprend à construire un igloo, à observe la glace et à en déjouer les pièges, on y découvre le regard d’une femme face à l’arrivée de l’aviation (nous sommes dans le début des années 50), des missionnaires et leur dédain pour l’esprit chamanisme…

Il faut s’habituer au style, volontairement simple, et sans aucun doute fidèlement transcrit par l’interprète, par ailleurs fin connaisseur de la culture inuit.

J’ai beaucoup aimé cet ouvrage, qui a toute sa place parmi les autres publications Dépaysage, qui ont fait le pari de l’originalité, du respect et de la défense de ces peuples longtemps ignorés ou malmenés.

Sanaaq de Mitiarjuk Nappaaluk, roman inuit traduit Bernard Saladin d’Anglure aux éditions Dépaysage (mars 2022, 359 pages), paru une première fois en 2003 aux éditions Stanké

Mitiarjuk Nappaaluk est une femme inuit née en 1931 dans la région de Kangirsujuaq, au Nunavik.

Sans jamais avoir fréquenté l'école, elle a appris l'écriture syllabique inventée par des missionnaires et a écrit, dans les années 1950, le premier roman inuit : « Sanaaq ». Publiée en 1983 dans, une édition en syllabique, cette oeuvre est restée, jusqu'à aujourd'hui, inconnue du grand public.

Artiste renommé, Mitiarjuk à reçu en 1999 le prix national d'excellence de la Fondation nationale des réalisations autochtones, et, en 2000, un doctorat honoris causa de la faculté d'Éducation de l'Université McGill, pour sa contribution à la Commission scolaire Kativik, dans le domaine de l'éducation et de la culture.

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