mercredi 20 décembre 2023

Âme brisée

 Quelle joie de concilier la beauté d’un texte et d’une musique ; d’aller au plus profond de l’âme d’un homme blessé au cœur et de celle d’un instrument détruit et réinventé.

Écoutons Rosamunde de Schubert (les lecteurs comprendront) et entrons à pas feutrés dans la vie de Rei…

Rei est petit garçon, quand en 1938, il est témoin d’une terrible agression des soldats japonais alors que son père, violoniste, est en train de répéter avec 3 autres musiciens, chinois. Rei est caché dans un placard, et il ne lui restera de son père que son violon mutilé qu’un autre soldat touché par la grâce de la musique aura la bonté de lui remettre.

Quelques années plus tard, nous retrouverons Rei/Jacques, au soir de sa vie, dont la plus grande fierté est d’avoir pu restaurer ce violon, parce devenu, et ce n’est pas un hasard, un luthier reconnu. Toute sa vie, Jacques n’aura de cesse de d’être à la recherche des 3 autres compagnons d’infortune de son père dont il ne retrouvera jamais la trace.

Ce roman, premier opus d’un trip
tyque consacré aux instruments à cordes, admirablement construit explore la mémoire et les souvenirs ; il nous parle du deuil impossible, de l’injustice qui doit être réparée et de fidélité.

J’ai profondément apprécié l’élégance, la poésie et la délicatesse de l’écriture de l’auteur. J’ai été charmée par l’habileté avec laquelle il fait progresser son propos. L’ambiance de ce roman a un petit quelque chose d’indéfinissable, et de particulièrement enveloppant.

Âme brisée d’Akira Mizubayashi aux éditions Gallimard (Août 2019, 250 pages ; mai 2011 en poche)

Akira Mizubayashi (水林 , Mizubayashi Akira) est un écrivain japonais d'expression japonaise et française, né le 5 août 1951 à Sakata au Japon.

Il est également traducteur.

Après des études à l’université nationale des langues et civilisations étrangères de Tokyo (Unalcet), il vient en France en 1973 et va suivre à l’Université Paul Valéry de Montpellier une formation pédagogique pour devenir professeur de français (langue étrangère).

A son retour à Tokyo en 1976, il entreprend une maîtrise de lettres modernes.

En 1979 revient en France où il passe trois années en tant que « pensionnaire étranger » (PE Lettres 1979) à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm à Paris. Il reçoit le titre de Docteur après une thèse sur Jean-Jacques Rousseau.

Depuis 1983, il enseigne le français à Tokyo, à l’Université Meiji, à l’Unalcet et, depuis 2006, à l’Université Sophia.

ll a publié six essais en japonais avant d'écrire en français les œuvres suivantes :

Un amour de Mille-Ans, Paris, Gallimard, 2017

Âme brisée, Paris, Gallimard, 2019, Prix des libraires 20203 et Prix de L'Algue d'Or 2020

Reine de cœur, Paris, Gallimard, 2022

Suite inoubliable, Paris, Gallimard, 2023

Petit éloge de l'errance, Paris, Gallimard, 2014

Dans les eaux profondes - Le Bain japonais, Paris, Arléa, 2018

"Une langue venue d'ailleurs" (2011) a reçu de l'Association des écrivains de langue française le Prix littéraire de l'Asie 2011, de l'Académie française le Prix du Rayonnement de la langue et de la littérature françaises 2011 et du Richelieu international-Europe le Prix littéraire Richelieu de la francophonie 2013.

Akira Mizubayashi est lauréat du Prix des libraires 2020 et du Prix de L'Algue d'Or pour son ouvrage "Âme brisée", paru à la rentrée littéraire 2019 aux éditions Gallimard dans la collection "Blanche".

L'écrivain continue ses études organologico-littéraire en publiant aux éditions Gallimard son quatrième roman en langue française. Après le violon d'Ame brisées et l'alto de Reine de coeur, il explore le violoncelle dans Suite inoubliable.

 

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