jeudi 22 février 2024

American Mother

 

Après Apeirogon, Colum McCann reste dans en marge du roman, et nous revient dans un ouvrage écrit avec une femme que l’on peut aisément qualifier de mère courage de par l’épreuve qu’elle et les siens ont subi. Il s’agit d’une famille sans histoire, qui un jour est rattrapée par une actualité qui les dépasse et bascule dans l’horreur en 2014, avec l’assassinat de Jim par Daech alors qu’il était en Syrie pour faire son travail de journaliste. Jim avait été enlevé un an plus tôt.

L’ouvrage commence par le procès d’un des ravisseurs, et la rencontre de Diane avec lui. D’emblée le courage de cette femme ne fait aucun doute. Elle va affronter, seule cet homme qui évidemment nie tout en bloc, manipule son monde. Diane veut comprendre, ne veut pas se laisse enfermer dans sa colère et n’a aucune intention d’offrir sa haine. Diane est croyante, et pour elle le pardon n’est pas un vain mot…. Chapeau Madame ! Je ne sais pas où vous aller puiser cette force !

« J'espère qu'un jour, nous pourrons nous pardonner l'un l'autre, dit-elle à Kotey.

Il est décontenancé : vous n'avez aucune raison d'accorder votre pardon. »

Viendra ensuite une partie assez conséquente comparée à la première consacrée à son fils, à sa personnalité, la genèse de sa vocation de journaliste jusqu’à son enlèvement et son assassinat par décapitation. Diane Foley insiste beaucoup sur la période comprise entre l’enlèvement, et la mort, qui pour elle et sa famille a été sans doute la plus cruelle tant il lui a fallu se battre pour alerter les autorités, tenter d’obtenir un tant soit peu de réactivité de la part de l’administration Obama. Car, en effet, et elle l’explique très bien, autant la France fait tout pour négocier la libération de ses otages quitte à verser des rançons via des intermédiaires pas toujours très recommandables, autant les USA, aux dire de Diane Foley restent de marbre.

En matière de prise d’otages, les Etats-Unis appliquaient théoriquement une politique de non-négociation et de non-concession, mais c’était synonyme de paralysie.

Qu’est-ce qui a tenu Diane durant toute cette période ? Sa foi, sans aucun doute ; un instinct maternel chevillé au corps, des amis, de la famille, l’espoir qu’un jour son fils revienne…Mais selon elle pas la compassion du Président Obama resté très froid et sur la réserve lorsque ce dernier l’a reçue. Cela restera pour elle comme une énorme déception

Une mère courage !!

La dernière partie, et c’est à nouveau Colum McCann est assez courte mais forte en émotions. Nous sommes en 2022, et il relate une lettre reçue par Diane. Elle émane de Kotey, faisant part assez froidement de quelques excuses. Était-il sincère, était-ce une énième provocation d’un homme dans le déni, ou fanatisé à outrance et persuadé d’être dans le vrai ?

L’ouvrage de Colum McCann a le mérite de poser les choses avec courage et réalisme. Concernant le style et la construction, il m’a semblé assez convenu et sans surprise, contrairement à Apeirogon nettement plus remarquable à mon sens.

American Mother de Colum McCann avec Diane Foley, traduit de l’américain par Clément Baude aux éditions Belfond (Janvier 2024, 208pages)




 

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