C’est
l’histoire d’un fils prodige, doué, bien né. Un garçon profondément attaché à
sa mère, abandonné par un père trop soucieux de s’assurer une lignée, mais trop
honteux de son homosexualité, et qui s’enfuit se livrant au meilleur, comme au
pire.
« Avoir un seul
enfant, c’est comme avoir une seule cruche de saumure dans la maison, on a
toujours peur de le perdre. »
Et
c’est le pire, sous les traits de Phu Vuong, qui va envoyer Thanh au bagne point
de départ de roman fleuve.
Duong
Thu Huong, dont j’avais déjà apprécié les qualités de conteuse dans Itinéraire d’enfance, a l’intelligence
de mêler les époques afin d’éviter les longueurs d’une trop grande linéarité.
De plus, elle donne la parole aux pensées de notre héros afin de mieux en
cerner la psychologie.
Elle
explore la difficulté de la relation amoureuse, de la faiblesse de l’un dont l’autre
peut vite user et abuser.
Tout
au long de ces presque 800 pages, Duong Thu Huong, nous parle de son Vietnam
dont elle n’est plus citoyenne parce qu’opposante, d’un pays où ses livres sont
interdits. Elle nous en fait sentir les odeurs, percevoir les couleurs, nous en
livre sa culture, ses tabous. C’est un peu de son enfance qu’elle nous fait
toucher des yeux.
Ce
livre est un voyage que l’on effectue tantôt presque en courant tant il est
prenant, tantôt au ralenti pour en apprécier toutes les saveurs, et pour se
perdre au milieu de ce pays qu’il me plairait de connaître.
L’épilogue
de ce livre donne quelques indications plus personnelles concernant cette
histoire. On y apprend notamment que sanctuaire
du cœur (que je n’ai pas lu) est en quelque sorte un roman miroir à
celui-ci, mais complètement indépendant. Je ne sais quand mon chemin de
lectrice croisera à nouveau Duong Thu Huong, mais il le croisera, j’en suis
certaine.
Je
remercie infiniment Sabine Wespieser éditions pour l’avoir permis de lire cet ouvrage,
et la confiance que cette maison me renouvelle à chaque fois.
Les collines
d’eucalyptus, Duong Thu Huong
Sabine Wespieser
éditeur, Janvier 2014
780 pages
4ème de
couverture :
(extraits…)
Derrière
les barreaux de sa prison, Thanh contemple les derniers lambeaux de brume sur
la paroi rocheuse qui lui tient désormais lieu d’horizon. Il a été condamné aux
travaux forcés.
Parce
que ce jeune homme sans histoire, excellent élève et fils modèle, a découvert
très tôt son homosexualité et qu’il lui a paru insurmontable de l’avouer à ses
parents, son destin a basculé. Comment il est tombé sous la coupe d’un mauvais
garçon avec qui il a fui sa ville natale et comment il s’est retrouvé piégé,
c’est le fatal et poignant engrenage que Duong Thu Huong met en scène.
Thanh
est désespérément seul pour cette descente dans les cercles de son enfer
intime. Il ne peut confier à personne les affres de sa relation avec son
compagnon qui, en parfait manipulateur, joue de l’attirance physique qu’il
exerce pour vivre à ses crochets. Honteux de sa faiblesse et de sa lâcheté,
Thanh se garde bien de demander conseil à Tiên Lai, l’homme mûr en qui il a
pourtant le sentiment d’avoir rencontré un alter ego….
A propos de l’auteur :
Duong
Thu Huong est née en 1947 au Vietnam, elle est originaire du delta du fleuve
Rouge (Nord-Vietnam). Issue d’une famille révolutionnaire (son père a été chef
d’un groupe de travail durant la réforme agraire de 1953-1956), membre du Parti
communiste, elle fait partie de la génération Hô Chi Minh. À vingt ans, elle
dirige une brigade de la jeunesse communiste du mouvement « Chanter plus haut
que les bombes » envoyée au front pendant la guerre, sur le 17e parallèle, dans
la région la plus bombardée du Vietnam.
De
retour à Hanoï en 1977, elle devient scénariste pour le cinéma vietnamien. À
partir de 1980, alors qu’une de ses pièces de théâtre est censurée, elle
conteste violemment la censure et la lâcheté des intellectuels. À partir de
1989, la politique du « renouveau » marquant le pas, Duong Thu Huong devient de
plus en plus populaire dans l’opinion publique et de moins en moins acceptée
par le pouvoir.
Avocate
des droits de l’homme et des réformes démocratiques, elle n’a cessé de défendre
vigoureusement, à travers ses livres, ses engagements, pour finir par être
exclue du Parti en 1990 pour « indiscipline », avant d’être arrêtée et
emprisonnée sans procès le 14 avril 1991. Son arrestation provoqua un large
mouvement de protestation en France et aux États-Unis, dans les organisations
de défense des droits de l’homme. Elle fut libérée en novembre 1991.
Elle
est venue pour la première fois en France en 1994, sur l’invitation du ministre
de la Culture, M. Jacques Toubon, qui l’a décorée Chevalier des Arts et des
Lettres. À cette occasion, le ministre lui a proposé la nationalité française,
qu’elle n’a pas voulu accepter alors, jugeant nécessaire de poursuivre au
Vietnam son combat pour la démocratie. De retour à Hanoï, elle y a vécu en
résidence surveillée. Malgré cet exil intérieur, et bien que ses livres soient
désormais interdits de publication dans son pays, Duong Thu Huong reste au
Vietnam un des écrivains les plus populaires et les plus discutés.
Arrivée
à Paris fin janvier 2006 pour la sortie de son dernier livre traduit en
français chez Sabine Wespieser éditeur, Terre des oublis, qui a été très
favorablement accueilli, elle est restée en France. Terre des oublis a obtenu
le Grand Prix des Lectrices ELLE, dans la catégorie roman, le 29 mai 2007 (60
000 exemplaires vendus en grand format et 250 000 au Livre de poche).
Son
premier livre dans l’ordre de l’écriture, Itinéraire d’enfance, édité au
Vietnam en 1985, à une époque où elle était encore « l’enfant chérie du parti
communiste », a paru en mai 2007 (Sabine Wespieser éditeur). Et Au Zénith, son
grand livre politique, portrait romanesque de Hô Chi Minh, en janvier 2009.
Son
œuvre est traduite dans le monde entier : en France, sont également parus
Histoire d’amour racontée avant l’aube (Éditions de l’Aube, 1991), Les Paradis
aveugles (1991) et Roman sans titre (1992), tous deux aux Éditions des Femmes.
Au-delà des illusions (1996) et Myosotis (1998) ont été publiés aux Éditions
Philippe Picquier. Roman sans titre a été réédité chez Sabine Wespieser éditeur
en novembre 2010, et Les Paradis aveugles en novembre 2012.
Dans
Sanctuaire du cœur (Sabine Wespieser éditeur, septembre 2011) et Les Collines
d’eucalyptus (Sabine Wespieser éditeur, janvier 2014), qui constituent un
diptyque, la romancière, hantée par le destin des enfants de ceux qui se sont
battus comme elle pour des idéaux – et ne se reconnaissent pas dans le Vietnam
d’aujourd’hui –, aborde pour la première fois le Vietnam contemporain et
échafaude deux hypothèses pour la fugue de Thanh, son jeune héros. Sans cesse,
et de manière déchirante, elle pose la même question : qu’avons-nous fait à nos
enfants ?
Duong
Thu Huong vit désormais en France avec un titre de séjour, mais sans plus de
passeport vietnamien. Elle se consacre toujours à l’écriture et à la lutte.
Pour le challenge d'Enna : Lieu
Ravie de lire que tu as aimé. Grâce à ce talent narratif, l'auteur ne nous lasse jamais en pprès de 800 pages.
RépondreSupprimerJ'attends qu'il soit à la biblio...
RépondreSupprimerJe n'ai encore jamais osé lire cette auteure... il faut dire qu'elle a écrit plusieurs pavés. Mais j'y viendrai sans doute !
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