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lundi 20 mars 2017

Une disparition inquiétante



Ce qu’il y a de bien avec le polar, c’est (entre un tas d’autres choses pas moins bien) qu’il  est un excellent VRP d’une société ou d’un pays. Avant de voyager, lisez donc des polars, bien avant les guides !!!!

La littérature policière israélienne est assez peu présente sur les étals de nos libraires. Est-ce par manque de traducteurs ? Est-ce tout simplement pour des raisons sociétales spécifiques  ?

Avraham Avraham (c’est son nom), est un policier un peu désœuvré. On ne le sent pas très heureux dans sa vie, un peu désabusé professionnellement. Selon lui, il n’y a pas de tueurs en série, pas de crimes odieux… C’est donc en toute bonne fois qu’il ne s’affole pas outre mesure quand une jeune mère de famille vient le voir inquiète que son fils ne rentre pas de l’école. "Dormez en paix ma bonne dame, tout rentrera dans l’ordre demain matin ", lui dit dit-il en substance et lui indiquant la sortie !

Seulement voilà, le jeune ne revient pas, et forcément les choses se compliquent un peu.

Si vous chercher un policier qui "dépote ", qui remue ; si vous chercher un policier sanglant et violent, alors passez donc votre chemin. Si en revanche vous êtes partant pour une ambiance, une maturation psychologique, et une étude fine des personnages qui à prime abord n’en a pas l’air, alors foncez. Et surtout, n’ayez pas peur de lenteur, ce roman, outre l’avantage d’être bien construit, et bien écrit, profite d’un rythme soutenu.
Bien sûr, je ne dirai rien de plus de l’avancée des choses, ni d’un dénouement,  que forcément je n’ai pas vu venir, ni de celles et ceux qui gravitent autour de cette famille.
Non ! Je vous laisse découvrir ce roman qu’un jury de lecteurs a désigné comme meilleur polar de l’année 2015 ! Et il faut toujours faire confiance aux lecteurs : ils sont purs, incorruptibles, et profondément passionnés !!

Une disparition inquiétante de Dror Mishani, traduit de l’hébreu par Laurence Sandrowicz, chez Seuil (Mars 2014, 320 pages), disponible aux éditions Points (Mars 2015, 380 pages)


Né en 1975, Dror Mishani, universitaire israélien spécialisé dans l’histoire du roman policier, critique littéraire et éditeur de polars renommé, est présenté comme le successeur de l’illustre et regrettée Batya Gour.

Sa série policière, mettant en vedette l'inspecteur de police Avraham Avraham, a été d'abord publié en hébreu en 2011 et traduite dans de nombreuses langues. Le premier roman de la série, "Une disparition inquiétante," a été sélectionné pour le prix du CWA International Dagger 2013 et a remporté le prix Martin Beck, pour le meilleur roman policier traduit en Suède.

Il vit à Tel Aviv avec sa femme et leurs deux enfants. Il parle français.

dimanche 9 août 2015

Récits des marais rwandais( Dans le nu de la vie- Une saison de machettes-La stratégie des antilopes)



« Quand il y a eu un génocide, il peut y en avoir d’autre, n’importe quand à l’avenir, n’importe où, au Rwanda ou ailleurs ; si la cause est toujours là et qu’on ne la connait pas. »

Le génocide rwandais est récent à l’échelle du temps. Si des auteurs rwandais se sont déjà "emparés" des évènements pour la fiction, les historiens en sont encore aux balbutiements.
Jean Hatzfeld, journaliste mène depuis des années un travail d’investigation au cœur des marais rwandais où ont eu lieu les massacres tant auprès des victimes, des assassins que des descendants de victimes.
Trois ouvrages parus respectivement en 2000, 2003, et 2007 ont été réunis en un seul volume. Et c’est une excellente idée.
Englebert des colline suivra en 2014, puis Un papa de sang prochainement chez Gallimard ( cf. mon avis de lecture dès parution).
Trouver en un seul volume permet au lecteur de lire dans la foulée des ouvrages qui pris séparément auraient pu être dépassés par d’autres.
Parce que j’avais fait la connaissance d’Englebert, et que surtout qu’il m’a été donné l’occasion de lire la suite  (sans qu’il soit impératif de suivre la chronologie) des premiers ouvrages, j’ai fortement souhaité approfondir le sujet, rarement traité par ailleurs.

Il faut saluer l’énorme travail d’investigation, et de préparation de l’auteur, ainsi que son engagement humain auprès d’hommes et de femmes auxquels il cède le devant de la scène pour se livrer avec  un naturel et  une sincérité qui émeut d’emblée.

Si les témoignages des rescapés sont souvent poignant tant pas la teneur de leurs propos et de l’atrocités des faits, que par l’esprit de sagesse qui s’en dégage, j’ai été  encore plus interpellés par la parole des assassins, la facilité avec laquelle chacun d’entre nous peut sombrer du mauvais côté, et surtout l’étrange sentiment d’impuissance et de fatalisme qui ressort de ces derniers.

« Dans le marais il suffisait de fouiller et de tuer jusqu’au coup de sifflet final. »

« Pendant les tueries, je ne considérais plus rien de particulier dans la personne tutsie, sauf qu’elle devait être supprimée. »

Au-delà des témoignages, et veillant à se mettre l moins possible en avant, Jean Hatzfeld se veut aussi "pédagogue" en établissant les similitudes et différences avec la Shoah. Peu importe le nombre, et les moyens employés, un génocide reste un génocide.

La troisième partie du travail de Jean Hatzfel est consacré à l’après, et à l’inévitable retour des bourreaux au milieu des survivants. Les récits des uns et des autres montrent l’impossible pardon, le nécessaire travail de surpassement pour continuer à vivre, mais surtout l’extrême fragilité des choses quand chacun se voit contraint de cohabiter avec l’autre…
Voilà une lecture poignante, instructive à plus d’un titre ; trois ouvrages construits avec intelligence, écrit avec élégance, et chose rare avec toute la retenue de son auteur qui a su rester en retrait chaque fois qu’il le fallait.
Un livre qui ne se laissera pas oublier de sitôt.

Récits des marais rwandais, Jean Hatzfeld
Seuils, Mars 2014
704 pages


4ème de couverture :


En trois livres d’une portée internationale, Jean Hatzfeld a écrit un triptyque du génocide tutsi perpétré au Rwanda en 1994, et cet ensemble est proposé pour la première fois en un seul volume, afin de faire apparaître l’ampleur et l’articulation de cette œuvre d’écoute et d’interrogation.

Le premier tome (Dans le nu de la vie), paru en 2000, s’intéresse aux rescapés tutsis, le deuxième (Une saison de machettes, 2003) aux tueurs hutus, et le troisième (La stratégie des antilopes, 2007) raconte le vertigineux voisinage, aujourd’hui, des uns et des autres revenus sur leurs collines.

Récits des marais rwandais est issu de nombreux séjours, effectués au cours d’une dizaine d’années, dans une seule et même bourgade, Nyamata, et ses hameaux bordés de marais et de forêts, lieux des massacres. En tissant au fil des ans un lien patient, jamais rompu, avec vingt-six interlocutrices et interlocuteurs appartenant aux deux communautés, en multipliant non sans obstination ses interrogations avec eux, et en réalisant un travail d’écriture sur la langue et le souvenir à partir de ces récits, Jean Hatzfeld a constitué un univers génocidaire d’une dimension exceptionnelle, dont l’écho nous habite durablement.
A propos de l’auteur :
Journaliste et écrivain né en 1948, il a séjourné plusieurs mois au Rwanda depuis le génocide et plus précisément sur les collines de Nyamata où il a recueilli les témoignages des rescapés et écrit Dans le nu de la vie, récits des marais rwandais (prix France-Culture, 2000). Il a aussi publié un récit, L'Air de la guerre (prix Novembre, 1994), et un roman, La Guerre au bord du fleuve (1999).
Autre ouvrages:

*Où en est la nuit ( Gallimard, 2011)
*Robert Mitchum ne revient pas (Gallimard , 2013)
*Englebert des collines (Gallimard, 2014)
*Un papa de sang ( à paraître en 2015 chez Gallimard)

*Une saison de Machettes (Seuil, 2003; Prix fémina essai 2003)
*La ligne de flottaison (Seuil, 2005)
*La stratégie des antilopes (Seuil, 2007; Prix Médicis 2007, Ryszard Kapuscinski Prize 2009)
 Pour le challenge d' Enna, catégorie objet(3ème ligne)

 15/24


 Pour le challenge de Bianca.




 Pour le challenge de Brize.

vendredi 19 juin 2015

Une terre d'ombre



Découvert avec Le monde à l’endroit, Ron Rash m’avait fait grande impression. Le relire était une évidence pour moi.
Toujours au cœur des Appalaches, nous sommes à l’écart de tout, au fond d’une vallée où vivent un frère et une sœur à la manière de deux ermites rejetés par le monde entier, ou presque.

Lui est de retour d’une guerre lointaine durant laquelle il y a laissé un bras.
Elle, fait tourner la ferme familiale à l’abri de tous et de tout car « handicapée »  par une tâche de naissance suscitant suspicions et idées reçues.
Lorsqu’un rayon de soleil vient embellir son existence, il est permis d’imaginer que peut-être enfin, la vie va lui sourire…

Ron Rash , avec une écriture ciselée et imagée retransmet bien la nature omniprésente. Il sait parfaitement décrire son monde, ainsi que les atmosphères. Il sait raconter des histoires… Mais, celle-ci n’est pas parvenue à m’émouvoir avec autant de conviction que le monde à l’endroit. A l’évidence il manque quelque chose assez difficile à formuler. On lit ce livre avec plaisir, mais il ne laisse pas grand-chose derrière lui. Dommage !

Une terre d’ombre, Ron Rash
Seuil, Janvier 2014/Points, Avril 2015
250 /290 pages
4ème de couverture :
Laurel Shelton est vouée à une vie isolée avec son frère — revenu de la Première Guerre mondiale amputé d’une main —, dans la ferme héritée de leurs parents, au fond d’un vallon encaissé que les habitants de la ville considèrent comme maudit : rien n’y pousse et les malheurs s’y accumulent. Marquée par ce lieu, et par une tache de naissance qui oblitère sa beauté, la jeune femme est considérée par tous comme rien moins qu’une sorcière. Sa vie bascule lorsqu’elle rencontre au bord de la rivière un mystérieux inconnu, muet, qui joue divinement d’une flûte en argent. L’action va inexorablement glisser de l’émerveillement de la rencontre au drame, imputable exclusivement à l’ignorance et à la peur d’une population nourrie de préjugés et ébranlée par les échos de la guerre.

A propos de l’auteur :
Ron Rash est né en Caroline du Sud en 1953 et a obtenu son doctorat de littérature anglaise à Clemson. Il a écrit à ce jour trois recueils de poèmes, quatre recueils de nouvelles dont un finaliste du PEN/Faulkner Award 2007, et quatre autres romans ? tous lauréats d'importants prix littéraires (Sherwood Anderson Prize, O. Henry Prize, James Still Award).

Dès le premier, Un pied au paradis, il a connu un accueil critique enthousiaste. Le quatrième, Serena, a été adapté au cinéma par Susanne Bier. Après Le Monde à l'endroit (Seuil, 2012), Une terre d'ombre (Seuil, 2014) a reçu plusieurs prix en France.

Il est actuellement titulaire de la chaire John Parris d'Appalachian Studies à la Western Carolina University.

 11/24

samedi 11 avril 2015

Le voyage de Robey Childs



« Alors qu’auparavant le temps lui appartenait, désormais il n’en était plus maître. On l’envoyait dans le vaste monde, lui qui n’avait que quatorze ans, lui qui était si ignorant de la vie. »

Pour se faire une idée, imaginez l’idée d’envoyer un gamin sur le chemin des Dames….Pour Robey il lui faudra prendre la direction de la grande bataille de Gettysburg, avec juste de quoi se vêtir pour à la fois comme les sudistes, et comme les nordistes, et un cheval noir charbon pour fidèle monture. Sa mère lui a demandé de lui ramener son père.

Ce gamin va vivre là la plus cruelle des initiations en étant confronté à la fois aux combats de cette sanglante guerre, et aux inévitables dérives au sein de la société civile. L’écriture se veut néanmoins précise, mais sans emphase, et sans grandes envolées. Les descriptions y sont réalistes, très imagées et sans concessions.

A cette histoire aussi noire que la robe du cheval, l’auteur associe une écriture presque "blanche" et atone  pour mettre en évidence la maturation de cet enfant sur lequel les épreuves et les évènements n’ont finalement que peu de prise. Seul compte  pour lui de retrouver ce père et de verser autant d’humanité qu’il rencontre de noirceur.

Ce roman, qui est le premier volet d’une trilogie demande que l’on prenne le temps de s’y installer, d’en adopter le rythme pour parvenir à avancer avec Robey sur le chemin de la guerre, et de sa naissance à l’état d’adulte conscient du monde dans lequel il vit, et de  ses premiers engagements d’homme.

« Il faut que tu saches mon fils. Ce qui s’est passé ici, ce n’est pas une question d’hostilité, ni de cruauté. »
« Ceux qui étaient ici n’étaient pas des fous furieux. Ils n’ont pas fait ça par amour, ni par avidité, ni par ignorance. C’était des fils de bonne famille, ils étaient instruits. Ce que tu vois ici, c’est l’humanité. Le genre humain tel qu’il est. »

Le voyage de Robey Childs, Robert Olmstead
Gallmeister, Avril 2014
230 pages

4ème de couverture :

Un matin de 1863, la mère de Robey Childs s'éveille bouleversée par un songe. Un grand danger planerait sur son mari, soldat de la guerre de Sécession. Elle envoie alors Robey, son unique enfant, âgé de quatorze ans, sur les traces de son père avec pour seule arme une veste réversible aux couleurs des uniformes de chacune des deux armées. Commence alors pour Robey un voyage qui bouleversera sa vie. Monté sur un cheval noir hors du commun, cadeau providentiel d'un de ses voisins, il traversera un pays en ruines, découvrant sur sa route la véritable nature des hommes.

A propos de l’auteur :

Robert Olmstead est né en 1954 et a grandi dans une ferme du New Hampshire. Après avoir fait ses études à l'université de Syracuse aux côtés de Raymond Carver et Tobias Wolff, il se lance dans l'écriture et l'enseignement. Aujourd’hui encore directeur du programme de creative writing de la célèbre université Wesleyan de l'Ohio, Robert Olmstead a écrit sept romans, tous unanimement salués par la critique, et a reçu la bourse Guggenheim. Son dernier roman, Le Voyage de Robey Childs, a reçu le Heartland Prize for Fiction.

 Pour le challenge d'Enna catégorie :Prénom (3ème ligne)


6/24