lundi 10 janvier 2022

Les étoiles les plus filantes

 

Sur un air de bossa-nova….

En 2018, Estelle-Sarah Bulle faisait une entrée remarquée en littérature avec un excellent premier roman, primé à Nancy par un jury qui a toujours très bon goût.

Pour son second opus, Estelle-Sarah Bulle nous embarque dans une ambiance radicalement différente.

A Rio de Janeiro, en 19r8, se tourne un film qui fera date dans l’histoire du cinéma : Orféu Negro. Ce dernier, adaptation d’une pièce de théâtre, revisite le mythe d’Orphée à la mode brésilienne de cette époque où nait la bossa-nova, savant mélange de jazz et de samba. Ce film, je ne l’ai jamais revu depuis mes jeunes années où le ciné-club du lycée nous l’avait proposé. (Il fera prochainement l’objet d’une séance de rattrapage.)

Ce roman n’est pas l’exact récit du tournage du film ; il s’en inspire. Il met en scène Aurèle marquant un cinéaste français blanc, Gipsy Dusk son épouse américaine noire et future Eurydice, un producteur, et une équipe d’acteurs non professionnels que le cinéaste s’emploi à chercher à Rio au hasard de ses rencontres afin de coller au plus juste avec ce qu’il entend réaliser.

En premier plan, l’auteur restitue le monde du cinéma de l’époque appelé à devenir l’industrie du cinéma avec toutes ses manigances, et ses arrières pensées politiques. C’est l’époque de Malraux, ministre de la culture et féroce défenseur du prestige national ; il mettra tout son poids pour que le film représente la France au Festival de Cannes en 1959 qui lui attribuera la Palme d’or.

En second plan, Estelle-Sarah Bulle nous montre le Brésil navigant entre démocratie et dictature, en plein travaux de construction d’une ville nouvelle, Brasilia, lieu de rencontre de la misère du pays venant y trouver de quoi se nourrir. Rio de Janeiro a beau faire rêver les stars de cinéma, elle n’en demeure pas moins une cité de favelas et d’ultra-pauvres qui se débattent au quotidien pour survivre. C’est le cas de Norma, coiffeuse, qui en se faisant engager pour un rôle se met à rêver d’horizons meilleurs et du grand amour.

Il ne faut pas oublier le contexte racial de l’époque : la ségrégation raciale aux US, celle du Brésil qui officiellement n’existe pas mais n’en est pas moins effective sous le manteau

Ce roman, est également un pur régal musical. On y croise des légendes comme Antônio Carlos Jobim, Vinícius de Moraes et Luiz Bonfá ; Roberto Menescal, João Gilberto,Tom Jobim. Les amateurs, comme moi, du son et du rythme des Cariocas s’y retrouveront.

Ce roman est un savant mélange de réalité et de fiction ; parfaitement rythmé, abondement documenté et écrit au plus juste.

Les étoiles les plus filantes d’Estelle- Sarah Bulle aux éditions Liana Levi (Août 2021,430 pages)

 

Estelle-Sarah Bulle est née en 1974 à Créteil, d’un père guadeloupéen et d’une mère ayant grandi à la frontière franco-belge.

Après des études à Paris et à Lyon, elle travaille pour des cabinets de conseil puis pour différentes institutions culturelles.

Elle vit dans le Val-d’Oise.

Elle a reçu le prix Stanislas du premier roman pour son ouvrage 'Là où les chiens aboient par la queue'.

 

 

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