Affichage des articles dont le libellé est 2021. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est 2021. Afficher tous les articles

dimanche 24 septembre 2023

Blackwood



 Mickael Farris Smith est l’écrivain des oubliés, des sans grades, des ruraux, un écrivain du sud. Colburn est de ceux-ci ; il revient au pays après l’avoir quitté durant quelques années, fuyant une enfance minable ponctué par le suicide de son père. Il est un peu bricoleur, sculpteur de ferraille dans son coin.

Dans les parages, une vieille cadillac, et des occupants pas très inspirants qui font causer…

Et puis il y a Célia, le rayon de soleil du bled ; serveuse de bar, jolie comme un cœur.

Un équilibre un peu précaire que la disparition de jumeaux va méchamment perturber.

L’auteur fait entrer son lecteur dans une atmosphère particulièrement poisseuse et inquiétante. La violence recouvre chaque parcelle de vie à l’image de cette herbe invasive, le Kudzu qui tapisse et étouffe les lieux. Cette atmosphère est parfaitement rendue par l’auteur, dans ce roman qui ne comporte aucun effet d’esbroufe, et dont l’écriture n’est que langueur et retenue. C’est à pas feutrés que l’on entre dans cette histoire et que l’on découvre pas à pas.

J’avais beaucoup apprécié les précédents opus ; celui-ci ne m’a pas déplu, loin s’en faut, mais me m’a pas pour autant particulièrement parlé ; sans doute parce qu’un peu trop obscure pour moi, et que de fait, il m’a toujours tenue un peu à la marge.

Blackwood de Michael Farris Smith, traduit de l’américain par Fabrice Pointeau aux éditions Sonatine (Avril 2021,285 pages) et 10/18 (2022,265 pages)

Michael Farris Smith est nouvelliste et romancier. Il a longtemps vécu à l'étranger, en France et en Suisse.

Il est titulaire d'un doctorat (Ph.D.) de l'University of Southern Mississippi.

Il a été professeur associé d'anglais au département de langues, littérature et philosophie à la Mississippi University for Women à Columbus.

Si ses voyages en France et en Suisse inspirent son premier roman, "The Hands of Strangers" (2011), son second livre, "Une pluie sans fin" (Rivers, 2013), un récit post apocalyptique, a été salué pour l’originalité et l’intensité de sa langue.

Avec son nouveau roman "Nulle part sur la terre", Michael Farris Smith continue de construire une vision littéraire unique, dépositaire de toute l'aridité, la poésie et l'humanité qui rythme l’existence sudiste.

Il vit à Oxford, Mississippi, avec sa femme et ses deux filles.


 

vendredi 13 mai 2022

Madame Hayat

 


″Je me suis habitué à la peur, à la solitude, au manque, je ne me plains pas, j’ai appris à avaler en silence le poison qui est dans le miel. L’une des nombreuses leçons que j’ai reçues de Madame Hayat.

Istanbul de nos jours…

Fazil, le narrateur, est jeune, intelligent ; il est le fils d’une famille aisée d’agriculteur. Du jour au lendemain, la famille est ruinée faute de pouvoir commercialiser leurs productions, le père décède laissant Fazil seul face à se vie étudiante dont il devra assumer seul les dépenses. Il étudie la littérature, sans trop savoir s’il souhaite devenir écrivain, ou critique littéraire.

Fazil, se retrouve dans une pension ù il croise des gens comme lui confrontés aux difficultés de tout ordre. Pour agrémenter son quotidien, Fazil s’engage comme figurant dans une émission de télévision. C’est là qu’il rencontre Madame Hayat, beaucoup plus âgée que lui, d’un tempérament radicalement différent de lui, et qui le prend sous son giron dans une forme d’initiation au passage à la vie adulte. Contre toute attente, Fazil tombe amoureux de Madame Hayat.

Notre étudiant lettré et romantique à ses heures, n’en est pas moins sensible à la jeunesse et à la beauté de Sila, intellectuellement sur le même fil que lui.

 

Dans cette grande ville dont on imagine à la fois le bouillonnement, et la contraction progressive causée par un régime autoritaire qui se fait de plus en plus oppressant, Fazil ne peut choisir. Chaque femme est assez différente pour y puiser en de multiples influences, et lui offrir un double regard sur la vie.

La recherche de la liberté, est le fil conducteur de ce roman écrit alors que son auteur était en prison ! L’auteur nous donne à lire une critique en filigrane des dérives autoritaires du pays.

La liberté politique que réclame avidement les milieux étudiants, et ouvriers ; la liberté de pouvoir quitter un pays en qui la jeunesse ne croit plus, la liberté d’aimer sans avoir à choisir.

J’ai beaucoup aimé le personnage solaire de Madame Hayat, qui sans en avoir l’air a donné à Fazil la force et la résistance ; elle a fait de lui un Homme, en ayant l’extrême élégance de s’effacer en silence.

Madame Hayat s’apprivoise lentement. J’ai souvent pensé qu’il ne se passait pas grand-chose, qu’il s’agissait d’un banal plan double…Ahmet Altan au fil de son ouvrage a su déjouer mes réticences aux deux tiers du texte qui m’est soudainement apparu comme un très beau roman d’apprentissage. Son écriture est soignée, recherchée, poétique parfois.

Madame Hayat d’Ahmet Atlan, traduit du turc par Julien Lapeyre de Cabanes aux éditions Actes Sud (Septembre 2021, 272 pages)

Né en 1950, Ahmet Altan est aujourd'hui l'un des écrivains les plus brillants de Turquie et a publié six romans et deux essais qui l'ont rendu célèbre et indépendant. "Comme une blessure de sabre", publié en 1998, s'est vendu à 150.000 exemplaires ; et "Histoires dangereuses", publié en 1995, à 250.000 exemplaires.

En plus d'être romancier et essayiste, il est également rédacteur en chef du quotidien Taraf jusqu'au 15 juillet 2016 date de la tentative de coup d'état avortée en Turquie. Il fait partie de la vague d'arrestations, au lendemain de cette tentative de putsch, avec d'autres fonctionnaires, enseignants, militaires et journalistes.

Il est accusé d'avoir appelé au renversement du gouvernement et est condamné, arbitrairement, à perpétuité.

Il a été libéré le 14 avril 2021.

Lecture commune avec Jostein


 

mardi 5 octobre 2021

Evergreen Island

Chronique d’une rencontre fortuite avec un livre que je n’aurais sans doute jamais croisé. Je ne connaissais pas du tout la maison d’édition…qui ne tente rien….

Le truc à propos de cette île, c’est que les secrets peuvent rester enfouis très longtemps.

Il y a environ 25 ans, une famille, le couple et les 3 enfants, quitte précipitamment une île au large de l’Angleterre. C’est un peu étrange dans la mesure où en apparence les choses se passent bien ; le père assure les rotations maritimes entre l’île et l’Angleterre, les enfants jouissent d’une grande liberté sur une petite île tranquille dont on fait rapidement le tour, et où tout le monde se connaît.

De nos jours, Stella, une des filles et la narratrice du roman, thérapeute familiale apprend qu’un cadavre vient d’être découvert dans le jardin de la maison de son enfance. Elle n’hésite pas bien longtemps ; se met quelques jours en congés, et retourne sur l’île où elle a grandi, bien déterminée, non pas à mener l’enquête, mais à comprendre ce qui se passe. Seulement l’accueil que lui réservent les habitants est glacial, voir hostile pour certains.

Les secrets autour de cette famille et des habitants de l’île ne manquent pas, on s’en doute bien, et Stella est résolue à enfoncer des portes que beaucoup ont intérêt à maintenir closes.

Certes, la thématique du secret n’est pas nouvelle. Il ne faut pas vraiment attendre de gros retournements de situation, c’est plutôt au fil d’une narration à double temporalité que le lecteur va petit à petit dénouer les fils d’une intrigue tout de même assez originale. On y croise des personnages singuliers, et touchant, en particulier Stella dont l’obstination surprend.

J’ai beaucoup apprécié le cadre de cette histoire ; une île confidentielle, où tout le monde se connaît, pas vraiment gâtée par la nature ; une sorte d’endroit où chacun souhaite rester dans sa petite bulle ; une communauté où il ne fait pas bon aller mettre son nez là où il ne le faudrait pas. Une île qui pourtant, à lire l’auteur, est préservée de tout, et semble hors du temps.

Une lecture détente appréciable !

Je remercie l’éditeur et Netgalley pour cette lecture.

Evergreen Island de Heidi Perks, traduit de l’anglais par Carole Delporte, aux éditions Préludes (Octobre 2021,448 pages)

Née en 1973, Heidi Perks est une auteure anglaise. En 2012, après avoir travaillé pendant quinze ans dans le marketing, elle décide de se consacrer entièrement à l’écriture et a depuis publié Alice et Evergreen Island.