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dimanche 10 mars 2019

Malarrosa


Dans le désert d’Atacama, le salpêtre, qui est la richesse du pays est moins recherché. Les exploitations ferment ; les mines ferment, faisant fuir les uns, et laissant les autres désœuvrés, livrés au jeu, à la boisson et aux femmes de petite vertu.

Malarrosa est une gamine débrouille, intelligente. Orpheline, elle vit avec son père Saladino, joueur, buveur, castagneur, autour duquel tournoient quelques personnages peu recommandables, hauts en couleur dans une ville fantôme du désert d’Atacama.

C’est l’histoire de Malarrosa que nous suivons tout au long de ce court roman au déroulé épique et pittoresque.

Je ne peux pas dire que je n’ai pas aimé, ni l’inverse d’ailleurs. J’ai juste été un peu surprise par le rythme un peu surprenant, et l’aspect se rapprochant davantage du conte que du roman.
Sans doute n’était-ce pas par cet ouvrage qu’il fallait faire connaissance avec l’auteur vers lequel je reviendrai.

Merci à Babélio qui m’avait offert ce livre lors d’un pique-nique il y a quelques années.


Malarrosa d’Hernán Rivera Letelier, traduit de l’espagnol (Chili) par Bertille Hausberg, chez Métailié (Avril 2011,200 pages)

Hernán Rivera Letelier est un romancier, nouvelliste et poète chilien contemporain né en 1950 à Talca.

Il a toujours vécu dans le désert d'Atacama, connu pour ses mines de nitrates.
Longtemps mineur pour les compagnies salpêtrières, à la fermeture de la mine "Pedro de Valdivia", il a 20 ans.

Il émigre à Antofagasta, et suit des cours du soir pour apprendre à lire et à écrire, puis fait des études secondaires. Il se met alors à écrire des poésies, puis des romans. Son parcours apparaît dans "La Reine Isabel chantait des chansons d'amour". Avant d'écrire des romans, il s'est fait remarquer en poésie, mais c'est surtout en tant que conteur qu'il a acquis sa notoriété.

Certains de ses récits ont paru dans des anthologies. Le texte qui l'a consacré est La Reine Isabel chantait des chansons d'amour. (1994) pour lequel il a reçu le grand Prix national des Lettres chiliennes, ce qui confirme le talent de cet auteur comme romancier exceptionnel au sein de la littérature chilienne des années 1990. Ses premiers romans sont adaptés au théâtre et au cinéma.

Il est lauréat du Prix Alfaguara de Novela.

mardi 24 avril 2018

La maison au citronnier


Attention le titre peut induire en erreur ; il ne s’agit pas d’un roman, mais d’un récit ! En effet, les premières pages commencent comme un roman.
 Bachir a 26 ans, il est avocat, palestinien. Il revient, 20 années plus tard vers la maison de son enfance, entre Jérusalem et Tel-Aviv ; nous sommes en 1967… Vingt-ans plus tôt, l’état d’Israël est créé à l’issue de la seconde guerre mondiale, et de l’Holocauste dans un mouvement sioniste commencé depuis de nombreuses années. Bachir et sa famille quittent leur maison alors que le premier conflit de la région débute.
Une famille juive fuyant la Bulgarie s’y installe.
Vingt ans plus tard, Bachir est de retour, et une improbable amitié entre les deux familles se noue.

Sur la base de l’existence réelle de cette maison et de son légendaire citronnier, Sandy Tolan a effectué un énorme travail journalistique pour reconstituer ce qu’a été la vie dans cette région agitée de nombreuses guerres, de plan de paix jamis effectifs, d’expulsions, d’attentats…..

Sandy Tolan rappelle avec, je le pense en tout cas, beaucoup d’objectivité, et dans le détail l’histoire ce moyen orient capable du pire comme du meilleur. Le meilleur étant ce rapprochement, et ce dialogue constructif entre Dalia la réfugiée et Bachir l’exilé ; Chacun étant soucieux du devenir de l’autre et convaincu de ses propres droits.

La région est une poudrière, et ce depuis très longtemps. Il ne fait nul doute qu’aucune solution n’est viable, et qu’hélas les hommes continueront à se battre pour une terre qu’ils convoitent, et dont les arguments respectifs sont tous admissibles….Une amitié en terrain hostile….

J’ai beaucoup apprécié le volet historique largement développé. Il donne un récit clair, étayé et complet.

La maison au citronnier de Sandy Tolan, traduit de l’anglais par Christophe Magny aux éditions Flammarion (Mai 2001,425 pages), disponible en poche chez J’ai lu (Juillet 2013, 572 pages)


Journaliste américain, Sandy Tolan s'est consacré pendant plus de vingt ans à des reportages sur le terrain, en Amérique latine, en Europe de l'Est, dans les Balkans et au Moyen-Orient.

Il enseigne à présent à l'école de journalisme de USC (University of Southern California), tout en continuant à effectuer de nombreux reportages pour la radio et pour la presse.

Son premier livre, Me and Hank, paru en 2000, abordait la question du racisme aux États-Unis.

The Lemon Tree, paru en 2006, a reçu un accueil exceptionnel de la part du public et de la critique aux États-Unis.

jeudi 27 juillet 2017

Un long silence



« Frank Gilmore et Bessie Brown étaient des êtres pitoyables et misérables. Je les aime, mais je dois dire ceci : c’est une tragédie qu’ils aient eu des enfants. »

Paroles d’un fils issu d’une fratrie de 4, seul rescapé, le seul qui ait bien tourné….
Quelle famille ! Quel héritage ! Quelle lignée !
Telle est la réflexion qui vient à l’issue de la lecture de ce livre. On dit que la violence nait de la violence.
Le père, Frank battait sa femme, disparaissait de longues semaines du foyer, menaient des affaires douteuses ; il cognait régulièrement sur ses fils, et certains en particulier. Mikal, n’est pas de ceux- là ; il est le cadet ; il n’a pas tout à fait reçu le même héritage…

Gary, est le raté de la famille ; il semble avoir cumulé toutes les tares, avoir accumulé tous les coups, avoir été imprégné de toutes les peurs. Il aura passé durant sa courte vie plus d’année en prison, qu’en dehors de la prison. Condamné à mort alors que l’état de l’Utah ne l’applique pas, il demandera à être exécuté sans doute pour échapper une bonne fois pour toute à son destin.

Ce livre, terrible récit, est  le fruit d’une enquête minutieuse du frère cadet, sur sa famille, ses origines pour tenter d’expliquer ce qui gangrène inexorablement sa famille.

Autant le dire de suite, c’est douloureux, sordide, à la limite du soutenable, à peine croyable. Rédigé dans un style journalistique, direct, et explicite, ce récit se veut exhaustif, fouillé, et d’une honnêteté que je crois profondément sincère.
Il parvient, malgré les liens de parenté, et l’amour qu’il porte aux siens, à ne tomber ni dans la complaisance, ni à contrario dans l’accusation arbitraire. Mikal Gilmore n’a pas de réponse toute faites ; mais au contraire il s’interroge beaucoup, souffre beaucoup….
Mikal Gilmore, bien qu’épargné d’une certaine façon par les démons de cette famille, et de fait ayant suivi un autre chemin de vie, n’a pas échappé aux conséquences silencieuses d’un tel héritage. Ce récit lui aura au moins permis de se libérer, et de se dépasser.

On sort de ce livre puissant, émouvant et particulièrement intéressant  lessivé et KO, en tout cas pas indemne ! Par contre, je ne sais pas si la notion de coup de cœur est , dans ce cas présent, opportune ; c’est une idée de cet ordre, mais formulée autrement….



Un long silence de Mikal Gilmore, traduit de l’américain par Fabrice Pointeau, chez Sonatine (février 2011, 565 pages), disponible en poche chez Points (février 2012, 610 pages)

Mikal Gilmore est né en 1951 à Portland.
Un long silence a remporté le National Book Critics Circle Award.
Frère de Gary Gilmore, condamné à mort et exécuté en 1976 en Utah. En 1995, les mémoires de Mikal Gilmore détaillent sa relation avec Gary et leur famille souvent troublée.




mercredi 29 mars 2017

Deux petits pas sur le sable mouillé



« Si je ne veux pas que notre vie se transforme en déluge de larmes, il faut que j’apprenne à saisir les instants festifs, à reconnaître les belles choses, à apprécier les bons moments. »

Comment raconter l’impensable, l’injuste, le cruel ? Comment vivre l’épreuve absolue pour une mère qu’est la perte de son enfant ?

Anne-Dauphine, déjà maman d’un petit Gaspard, et dans l’attente du petit troisième, voit son monde s’écrouler à l’annonce du terrible diagnostic : Thaïs 2 ans est atteinte d’une maladie génétique rare inéluctable.

C’est pas à pas que nous accompagnons cette femme la volonté et le courage chevillés au corps pour offrir à sa petite princesse une vie et une fin digne au milieu des siens. Si la vie s’en trouve bouleversée, si les certitudes s’évanouissent, si la peur et le chagrin est omniprésent, l’amour inonde cette femme et cette famille courage.

Anne-Dauphine prend le lecteur à témoin, explique, dit les choses ; mais jamis ne se plaint ou s’épanche sur son sort. Il y a dans ce récit une noblesse assortie d’une dignité qui forge le respect, et l’admiration.

Ecrit simplement, avec au bout de la plume la sincérité nue d’une mère meurtrie mais combative, ce récit parvient à trouver le mot et le ton juste. Il émeut et touche au cœur ; il sait aussi attendrir quand Gaspard avec l’innocence de ses 4 ans fait preuve d’une maturité hors pair.

Ce récit est lumineux comme son auteur que j’ai découverte il y a peu dans une émission littéraire.

Une leçon de vie comme il est bon parfois d’en recevoir pour redonner à chaque chose sa juste valeur ; ni plus, ni moins.

Deux petits pas sur le sable mouillé de Anne-Dauphine Julliand, aux éditions des Arènes (Mars 2011, 230 pages), disponible en poche chez J’ai lu (Mai 2013, 250 pages)


Après des études de journalisme, Anne-Dauphine Julliand (néeen 1973) travaille en presse quotidienne, puis en presse spécialisée.

Mère de quatre enfants, est l'auteur de Deux petits pas sur le sable mouillé où elle raconte la maladie de sa fille Thaïs, morte à 3 ans.
Dans son second roman, "Une journée particulière", elle raconte sa vie de famille entre sa seconde fille malade, ses deux garçons bien portants et son mari.