samedi 12 mars 2011

Même le silence a une fin


« Enchaînée par le cou à un arbre, privée de toute liberté, celle de bouger, de s'asseoir, de se lever ; celle de parler ou de se taire ; celle de boire ou de manger ; et même la plus élémentaire, celle d'assouvir les besoins de son corps... J'ai pris conscience – après de longues années – que l'on garde tout de même la plus précieuse de toutes, la liberté que personne ne peut jamais vous ôter : celle de décider qui l'on veut être. »
Même le silence a une fin raconte les six ans et demi de captivité d'Ingrid Betancourt dans la jungle colombienne aux mains des FARC. Récit intime d'une aventure qui ne ressemble à aucune autre, voyage hanté, palpitant du début à la fin, c'est aussi une méditation sur la condition des damnés – et sur ce qui fonde la nature humaine.
« Je comprenais maintenant que la vie nous remplissait de provisions pour nos traversées du désert. »
J’ai abordé ce livre avec devant les yeux deux images, l’une d’Ingrid Betancourt que le piéton nancéen ne pouvait ne pas voir tant son visage était omniprésent à l’hôtel de ville, l’autre d’une femme recouvrant la liberté et se signant à même le sol. Les deux images ne m’ont pas quittée tout au long des 700 pages. Je sais encore précisément où et avec qui j’étais, et qui me l’annoncé lorsqu’elle fut, enfin libérée. En rentrant chez moi, vite, pour voir, je me suis dit tout au long du trajet, et moi, qu’aurais-je fait, aurais-je supporté 6 ans et demi de captivité, moi pour qui le mot liberté est le plus beau mot qui puisse exister ?
J’ai hésité à lire ce livre ; il est épais, écrit en petits caractères. Une lecture commune ayant pour cadre la Colombie m’a fait franchir le pas. Et je ne le regrette absolument pas. D’autant plus qu’Ingrid Betancourt est venue chez moi, parler de son expérience. Ce fut un crève cœur de ne pouvoir y assister, mais elle a eu la gentillesse d’un petit mot sur mon livre grâce aux bons soins de Madame Rossinot.
Ce récit est d’une rare dignité: autant dans le style, que dans les réflexions qu’elle nous livre. Il est écrit dans un français admirable ; langue qui lui est venue spontanément lors de la rédaction de ces pages.
Ingrid Betancourt choisit de plonger directement son lecteur dans l’enfer de la jungle colombienne en racontant sa quatrième tentative d’évasion, il y en aura 5 au total, et les conséquences que cela aura sur la suite de sa détention. Je lirai ce livre comme un récit d’aventures sans pouvoir le laisser ; et bien que le dénouement fût connu, je me dirigeais vers cette fin haletante digne d’un polar au suspense intenable. Ce premier chapitre montre d’emblée la détermination de l’auteur à sortir coûte que coûte de cet enfer.
Ce récit se compose de 82 chapitres, qui hormis les deux premiers sont à la fois chronologiques et thématiques. Les chapitres sont courts ; l’écriture y est élaborée, ciselée, et, d’une infinie pudeur. Malgré le désarroi, la captivité, le découragement, le texte maintient une grande retenue tout au long du livre. Est- ce que cela tient à la nature même du personnage, ou à la distance dans le temps par rapports aux faits ? Un peu des deux sans aucun doute.
De sa relation avec Clara, son assistante, avec laquelle elle fut enlevée, Ingrid Betancourt ne fait pas un grand étalage. Décrite comme quelqu’un d’assez peureux et soumis, elle assez peu présente dans ce récit. Les relations entre les deux femmes se sont détériorées, l’auteur ne s’en cache pas, mais reste courtoise et bienveillante.
La famille occupera une place proéminente. Son père, d’abord qu’elle aura la douleur de perdre en captivité, et dont elle apprendra le décès dans une feuille de journal laissée là par hasard pour mieux l’atteindre. C’est l’amour pour ses enfants et sa mère qui la teindront debout tout au long de ses 6 années de captivité grâce à la radio que les otages peuvent écouter, et qui pour eux sera la seule fenêtre ouverte sur le monde. Dans ses moments de désespoir : « je revenais donc à l’essentiel : j’étais mère avant tout. »
L’autre béquille sur laquelle Ingrid Betancourt se reposera est sans conteste sa foi inébranlable. Rares sont les livres qui lui seront permis, à part une Bible et un dictionnaire.
« Dans l’ennui qui était le mien, le lisais et je tissais. On m’avait donné une grosse Bible avec des cartes et des illustrations à la fin. Aurais-je pu découvrir les richesses de ce texte autrement que poussée par le désœuvrement et la lassitude ? Je crains que non. »
C’est sans aucun doute cela , aussi qui lui permis plus vite de pardonner, et d’écarter toute idée de vengeance.
Des FARC, nous apprenons la violence, le cynisme, la cruauté.
« Nous, dans les FARC, on est écolo ! On ne tue pas, on exécute ! » »Pauvre femme, elle sortira quand elle aura les cheveux jusqu’aux talons. »
« Ces monstres ont accepté que je m’occupe de vous parce qu’ils ont besoin d’une preuve de survie » lui dit un infirmier militaire, captif comme elle.
Les insultes, les brimades, les humiliations, les privations sont monnaie courante. Elle passera de longs moments la chaine au cou attachée à un arbre.
« Ils se ruèrent vers moi, me tordant les bras pendant que des mains aveugles me tiraient par les cheveux en arrière et m’enroulaient la chaine métallique autour du cou »
« La chaine se fut lourde et brûlante à porter. Je me rappelais trop combien j’étais vulnérable. »
La vie quotidienne en captivité est un élément central dans ce récit. Une vie, qui se déroule en permanence au vu et su de tout le monde, en milieu hostile, au milieu d’une faune repoussante. Chacun est sous le regard de l’autre, l’intimité n’existe plus, l’humain est bafoué. L’adaptation est nécessaire. La vie ensemble engendre des difficultés relationnelles, des discordes. Les dissensions arrangent bien les geôliers. « Diviser pour mieux régner. »
La promiscuité rend les rapports humains belliqueux.
« Les femmes étaient des cibles faciles » Avec infiniment de tact et de pudeur, en quatre lignes dignes et magnifiques Ingrid Betancourt parlera d’un viol ; pas besoin d’en dire plus, tout est dit, le lecteur a compris, serre les dents, voudrait les jeter tous à la rivière. Elle est seule face à tout ça……
Les barbares vont jusqu’à attribuer des numéros à leurs otage, pour mieux les rabaisser ; Ingrid résiste, s’accroche.
« Si le mot dignité avait un sens, alors il est impossible que l’on accepte de se numéroter. »
Je pourrais continuer ainsi à détailler, avec exemples à l’appui l’enfer de la captivité. Mais ce serait injuste à l’égard de l’auteur, que ne pas parler de ses moments de bonheur .Chaque occasion a été pour elle une façon de déceler une parcelle de lumière, et de se créer, autant qu’il lui était possible de le faire des moments de joie : la voix de ses enfants, et de sa mère qui lui parvenaient, les gâteaux qu’on lui permettait de confectionner à l’occasion de l’anniversaire de ses enfants, les rares livres qui parvenaient dans les nombreux camps où elle et ses compagnons d’infortune ont séjourné, ces quelques jours de liberté retrouvée au moment de sa cinquième tentative d’évasion, ses amitiés fortes avec quelques uns de ses compagnons comme Lucho, Marc.
J’ai découvert tout au long de cette lecture une personnalité complexe, aussi éloignée de la Sainte qu’on a voulu en faire lors de sa détention que de la garce et égoïste que certains ont décrite. J’ai découverte une personne humaine, tout simplement ; consciente de ses forces et de ses faiblesses.Parce qu’après tout, à sa place qu’aurais-je fait ? Comment me serais-je comportée ?
Ce livre est un coup de cœur pour la force, la dignité et l’humanité qu’il dégage.
Ce livre est un coup de cœur pour le témoignage qu’il représente.
Ce livre m’a remuée, interpellée.
Ce livre est à lire, tout simplement.
Ingrid Betancourt-Gallimard-590 pages

Née à Bogota le 25 décembre 1961
C'est entre Bogota et Paris, où son père est ambassadeur de Colombie à l'Unesco, que grandit Ingrid Betancourt. Après de brillantes études en sciences politiques à Paris, elle épouse un diplomate français. De retour en Colombie, elle est engagée au ministère des Finances à l'âge de 29 ans. Députée et sénateur, elle lutte contre la corruption et le trafic de cocaïne qui dévastent ce pays miné par plus de quarante ans de guerre civile, et dénonce les dirigeants compromis avec la mafia. Le projet de cette femme politique déterminée et courageuse : assainir le pays le plus corrompu d'Amérique latine. En 1998, elle crée son parti, Oxygeno. Candidate écologiste aux élections présidentielles, Ingrid Betancourt est enlevée par les FARC - forces armées révolutionnaires de Colombie -, principale guérilla de Colombie avec plus de 17.000 hommes, inscrite par l'Union européenne et les Etats-Unis sur la liste des organisations terroristes, sur une route au sud de Bogota, le 23 février 2002. Le 2 juillet 2008, alors que rien ne l'annonce, Ingrid Betancourt est libérée suite à une infiltration de l'armée colombienne au sein des FARC. L'otage franco-colombienne sort de la jungle après plus de six années de captivité, en même temps que trois otages américains et onze militaires colombiens

Lecture dans le cadre de Destination Colombie avec Evertkhorus


Bambi_slaughter- Elora - Evertkhorus-Flof13- guillome- Iluze- Nelfe- Sabbio- Scor13-Touloulou- Véro -
Lexounet-Frankie-
Lynnae
nanet

vendredi 11 mars 2011

La Reine Alice


Hommage discret à Lewis Carroll, l'héroïne traverse réellement le miroir lorsqu'elle se découvre un cancer. Chez Lady Cobalt comme dans le laboratoire du Grand Chimiste, elle converse avec des objets magiques et des personnages extravagants: la Licorne, Cherubino Balbozar, le Grincheux, le docteur H., les Contrôleurs, la Plume, l'Attrape-Lumière... Persécutée par les uns, protégée par les autres, la dame aux turbans se joue des épreuves et devient la Reine Alice. Lydia Flem a l'élégance de parler de choses graves avec tendresse, humour et malice. D'une grande intensité, ce roman invente une langue pour dire le désarroi qui peut nous mordre à certains moments de l'existence: entre rires et larmes.
« Se battre contre soi même est un combat bien singulier, tellement plus rude à mener que battre le fer contre chez l’adversaire.
Suis-je une ou deux ? La maladie est-elle mon ennemie ou ma part d’ombre, peut-être même mon trésor ? Et si la Reine Rouge avait raison ? J’ai attrapé la Reine des maladies. Et si c’était une chance ?
J’y gagnerais à devenir une reine…
La Reine Alice. »
Lydia Flem, tout comme Alice a fait sa traversée du miroir. Dans un récit touchant, drôle, tendre, caustique, fantastique au sens premier du terme, poétique, féerique, elle va évoquer la maladie sans jamais lui donner son vilain nom.
Pour parler de ce parcours du combattant, Lydia Flem fait appel à Lewis Carroll en donnant vie à des personnages fantasques qui vont accompagner Alice.
Lydia Flem pose un regard décalé, mais juste et réaliste sur ce que vit un ou une malade au quotidien. Il n’y a jamais de voyeurisme, au contraire, on se surprend à sourire dans les situations qui d’ordinaire ne s’y prêtent pas. Tous y sont métaphore, images, jeux de mots
Je ne peux m’empêcher d’y voir un message ; en effet Lydia Flem est psychanalyste….Et si dans ce conte, elle nous signifiait qu’en fin de compte, la maladie avait un sens ?
Ce livre se lit très facilement, les chapitres y sont courts. L’écriture est dynamique, tonique.Des illustrations sont insérées au milieu du texte, accompagnées d’extraits. J’ai trouvé que cela apportait une touche supplémentaire d’originalité à un texte qui n’en manque pas.
J’ai aimé la fraicheur, la pudeur, et le réalisme de ce texte. Il peut être lu par celles et ceux qui traversent le miroir : cela ne peut être pour eux qu’une bouffée d’oxygène. Il devrait être lu par les autres pour l’extraordinaire leçon de vie qu’il constitue.
Ce fut un bonheur que de le lire .Ce serait un bonheur d’autres aient envie de le lire, et le dégustent autant que moi .Un coup de cœur à partager
En guise de conclusion, et pour donner à réfléchir, pour la route…
« Votre version de l’histoire n’est pas exactement ma version de l’histoire. Mais c’est votre traversée derrière le miroir, je n’ai pu que vous y accompagner, être à vos côtés quand vous aviez besoin de moi. Vos compagnons de route et moi-même n’avons rien fait, seulement parfois donné une chiquenaude, une petite impulsion, l’élan était en vous, l’élan est en vous… » Dit le blanc lapin à la Reine Alice
«Le présent est le présent. Le présent est un cadeau permanent. Il contient tous les possibles, le présent contient l’imprévisible. Il n’y a pas d’autre liberté. Le présent contient à chaque instant toute la vie.»
Lydia Flem-Le Seuil-304 pages
Lydia Flem, née le 15 juillet 1952, est une écrivain et romancière belge de langue française.
Psychanalyste et auteur de plusieurs livres au Seuil sur Freud, Casanova, et l’amour à l’opéra (La voix des amants, 2002), Lydia Flem se définit volontiers comme une « conteuse ». Le livre fera penser, en plus poétique, au texte de Michel Besnier Une maison n’est rien paru en janvier 2003 chez Stock, et qui avait rencontré un relatif succès commercial. (10 000 ex. vendus). Membre de l'Académie royale de Belgique, Lydia Flem publie ici son dixième livre. Elle est traduite en une quinzaine de langues.

mercredi 9 mars 2011

Au bon beurre



" Certains critiques m'avaient détourné de lire "Au bon beurre", laissant entendre qu'il existait, entre Jean Dutourd et le couple immonde qu'il a peint, une obscure connivence. Or, à mesure que, ces jours-ci j'avançais dans le livre, j'éprouvais un sentiment de délivrance : enfin me disais-je, tout de même, cela aura été dit. Ce couple à qui, plus ou moins, nous aurons eu tous affaire, pendant quatre ans, le voilà dénoncé, exposé sur un pilori qui désormais dominera l'histoire de ces noires années. Que l'auteur de ce beau livre soit un homme courageux, il faudrait pour le nier ne rien connaître de la lâcheté qui, aujourd'hui, incite tant de paupières à se baisser opportunément, scelle tant de lèvres "
Voilà une injustice réparée. Mille fois, j’ai entendu parler de ce roman, mille fois s’est présentée l’occasion d’en voir le film sans aboutir. Il aura donc fallu que Jean Dutourd nous quitte, pour qu’après « la grosse tête » qui m’a tant fait rire, j’en découvre l’écrivain.
Dans au « bon beurre », nous découvrons Paris sous l’occupation, et plus particulièrement une certaine France, celle qui s’est enrichit du malheur des autres. Rien de nouveau, me direz-vous !!!! Cela a toujours existé, et hélas, c’est on ne peut plus vrai encore de nos jours. Sans vouloir jouer les oiseaux de mauvais augure, le filon n’est spas près de se tarir….hélas…
Le couple Poissonard, crémiers de son état, ne tardera pas à comprendre comment s’y prendre pour se remplir les poches : marché noir, fraude, vol, délation, dissimulation. Non content de cela, il poussera le vice jusqu’à « finasser » avec l’ennemi, faire du lèche-bottes auprès du Maréchal…..
Bref des gens pas très fréquentables. Les temps ont changés, mais des Poissonard, il en existe des milliers de nos jours. On les croise aussi bien dans son monde professionnel, dans sa vie de tous les jours. Et oui, que ne ferait-on pas pour grappiller un petit quelque chose, obtenir une petite faveur, une promotion, un avancement, une nomination……
« On a tout intérêt à se tenir peinard »
Outre le fait de dénoncer, très peu de temps après la fin de la seconde guerre, une certaine société de cette époque, Jean Dutourd l’a fait avec beaucoup d’humour, mais ans aucune complaisance. De plus son roman est d’une incroyable modernité, puisque 60 ans après sa publication, il pourrait sans aucun problème être transposé à notre époque. Ce livre est remarquablement écrit.
J’ai donc beaucoup apprécié la lecture de ce livre, mais, je ne peux en faire un coup de cœur dans la mesure où la fin, m’a déçue. En effet, j’attendais autre chose. Je m’attendais à ce que justice soit faite ; j’aurais voulu que, comme il est souvent dit dans le livre « tout se paye dans la vie, tout se paye !... »
Jean Dutourd-Gallimard,collection Folio n°260-375 pages

Né à Paris le 14 janvier 1920
Décédé à Paris le 17 janvier 2011
Académicien, Jean Dutourd est célèbre pour son franc-parler et son sens de la provocation. Sa vie est, dès ses premières années, placée sous le signe de l'évasion. Orphelin de mère à 7 ans, c'est dans l'étude qu'il se réfugie. Deux fois prisonnier durant la Seconde Guerre mondiale, il réussira à s'évader pour poursuivre des études de philosophie. Dès la Libération, Dutourd se consacre à l'écriture et collectionne rapidement les prix littéraires, premiers succès d'estime. En 1952, le prix Interallié le récompense pour 'Au bon beurre'. En 1978, l'écrivain est élu à l'Académie française. Outre ses romans, Jean Dutourd publie aussi des essais, tels qu''A la recherche du français perdu', un pamphlet contre la dégradation de la langue de Molière, notamment contre la féminisation des noms de métier. Aussi à l'aise avec les têtes bien faites académiciennes que les Grosses Têtes de Bouvard, cet anticonformiste à l'ironie souvent mordante se fait souvent remarquer pour ses idées très conservatrices.

dimanche 6 mars 2011

Habillé pour tuer


Une jeune femme tombe en panne sur une route déserte et disparaît dans la nuit. Une enseignante à la retraite est poignardée en plein jour sur le pas de sa porte. Mobile apparent: aucun. Indice: une petite tache de sang sur un fauteuil en cuir crème. C'est peu. Pour Alex Delaware et Milo Sturgis, le tandem d'enquêteurs le plus détonnant de la côte Ouest, l'enquête ressemble à un puzzle mal dessiné. Orné d'un leitmotiv: une silhouette au sexe indéfini, mutante et insaisissable. Des quartiers huppés aux bas-fonds des banlieues, ils sillonnent Los Angeles dans l'ombre d'un meurtrier qui laisse derrière lui la mort et des témoins hébétés...
Quelle est mon attente d’un policier ?
1° Ne pas voir le temps passer en le lisant
2° Etre prise à la gorge au point de devoir me faire violence pour poser le livre quand les impératifs me l’imposent.
3° Avoir cette boule au ventre qui s’impose de plus au fur et à mesure que les pages défilent.
4° Un rythme soutenu, ou à défaut, une réelle immersion dans la vie et le milieu des personnages.
Après avoir découvert le fils Kellerman qui sans m’avoir mis en émoi, m’a tout de même fait passer un bon moment de lecture, j’ai souhaité découvrir le père avec son dernier opus……
Et bien, quelle déception, j’arrive péniblement à la moitié du livre sans avoir réellement pu me concentrer plus de ¾ d’heure d’affilée sur ce livre. Je ne me fais pas prier pour aller vaquer à d’autres occupations même en plein milieu de chapitre.
Je ne trouve pas le texte particulièrement bien écrit ; ce n’est pas moche, ni grossier, mais ordinaire, standard.
L’histoire principale se perd dans des faits secondaires qui paraissent parfois surgir de nulle part.
Bref, il n’y a rien dans ce livre qui puisse combler mon attente d’un policier. Je m’y ennuie à mourir. Pour parler familièrement : cela ne casse pas trois pattes à un canard…..
Jonathan Kellerman a bonne presse, en général….ce livre, en particulier, n’est pas des mieux notés…….J’accorderai à l’auteur une seconde chance, mais une seule. Si la séance de rattrapage ne s’avère pas plus concluante, Mr Kellerman n’aura plus les honneurs de mes de mes (beaux) yeux !!
Jonathan Kellerman-Seuil (septembre 2010)- 393 pages

vendredi 4 mars 2011

Joue,joue sans t'arrêter




Pianiste prodige, Janna vient d'obtenir une bourse pour étudier au Conservatoire de Moscou lorsque les troupes d'Hitler déferlent sur l'Ukraine. Comme l'ensemble des juifs de Kharkov, Janna et sa famille sont conduits à Drobitski Yar, pour y être exécutés en masse. Mais Janna parvient à s'échapper du cortège. Avec sa petite soeur Frina, retrouvée par miracle, elle va tout faire pour survivre. Même s'il leur faut jouer devant des officiers allemands. Et les suivre à Berlin, quelques semaines avant l'assaut final...
Sans forcément être le récit du siècle, celui qui vous cloue et vous met KO comme j’ai pu en lire parfois, il n’en demeure pas moins un bel hommage d’un fils à sa mère, pianiste prodige, rescapée des horreurs Nazis en Ukraine, mais surtout petit bout de femme sorti précocement de l’enfance, et viscéralement attachée à la vie.
Je me suis laissée cheminer avec Janna et sa petite sœur seul au milieu du chaos, avec elle le manteau de son père qui en la poussant lui laissa pour seule héritage cette phrase qui la guidera toute sa vie « Fais comme tu voudras, mais vis. Va ! » Janna n’aura de cesse de vivre malgré tout, et de vivre son art même s’il faut jouer pour le plaisir des Allemand. Le piano est sa vie, la vie. C’est avec une partition de Chopin cachée sur elle qu’elle traversera l’Europe, où son destin l’attendra et lui offrira le plus beau des cadeaux.
On pourra reprocher à cette histoire d’être trop belle, mais elle est vraie. Alors je ne boude pas mon plaisir, pour un livre émouvant dont la lecture m’a bercée de musique, et fait passer d’agréables heures.
Greg Dawson-Littératures autrement-259 pages
Le poids d'un passé caché n'avait jamais cessé de hanter Greg Dawson. Quand Janna, sa mère, a fini par lui révéler sa vérité, il en a tiré cette haletante odyssée de deux enfants à travers l'enfer nazi.

dimanche 27 février 2011

Maison des autres


Grand admirateur de James et de Conrad, D'Arzo sait bien que les moments essentiels sont ceux où " il ne se passe rien ". Mais ce rien engendre ici une prose tendue et scandée où chaque mot semble arraché à la plus secrète réticence. La douloureuse question que la vieille femme de Maison des autres, après maints détours et lapsus, pose au prêtre d'un village perdu de l'Apennin émilien ne peut avoir de réponse. Dans un univers minéral et désolé que rythme le retour obsédant des saisons et des gestes, à peine troublé par le drame indicible qui fait le livre, elle renvoie chaque lecteur au profond de lui-même.
Un petit village dans la montagne où il ne se passe rien, où la vie s’écoule jour après jour…tel est le décor de cette petite nouvelle. Un curé vit au rythme de ses habitants, des clarines, des chiens qui aboient dans la nuit, des enfants du village, des morts qu’il faut enterrer.
« A cet instant on entendit, là dehors, un bruit de clarines de bronze, un bruissement comme de luzerne et d’eau qui envahissait la rue toute entière et un nombre infini de légers piétinements et de bêlements. »
La vie pourrait continuer ainsi s’il n’y avait pas cette question soudaine d’une vieille du village au prêtre………question à laquelle il ne répondra pas .......lâcheté, honnêteté ?
La solitude de l’homme d’église en général est mise en en lumière ici .Tel le commun des mortels, face aux grandes interrogations, il est face à lui même, sans réponse, livré à sa propre conscience, à ses propres doutes.
Une courte nouvelle à lire, à relire, parce qu’elle ne livre certainement pas toutes ses richesses au premier abord.
Silvio d'Arzo-Verdier-86 pages ( existe en poche chez Rivages)
Silvio d’Arzo (Enzio Comparoni) est né à Reggio Emilia en 1920. Il y est mort en 1952, sans en être jamais vraiment parti. Il déserta de l'armée en 1943 parce qu'il n'aimait pas le fascisme. Et c'était un grand admirateur de Henry James, de Conrad et de Stevenson.

samedi 26 février 2011

Anaïs


Libre et fière de sa beauté, fille mère indifférente à son enfant et maîtresse effacée d'un homme marié plus âgé qu'elle, Anaïs est une femme qui, de reculs en renoncements, traverse avec nonchalance la seconde moitié du XXe siècle. Mélancolie douce-amère et dérive des sentiments rythment ce récit polyphonique dans lequel les voix des personnages nous rapprochent peu à peu de l'héroïne. Porté par une écriture d'une sensibilité rare, Anaïs est un roman initiatique déchirant et cruel.
Ce livre se lit comme un rien, son écriture y est ciselée et précise .L’auteur, dont c’est ici le premier roman, a choisi de faire parler plusieurs narrateurs, pour nous présenter Anaïs, comme s’il voulait, finalement ne pas trop la mettre en avant, comme son héroïne qui tout au long de sa vie ne n’est pas mis en avant, mais au contraire a tu ses amours, ses désirs, pour se faire aimer de tous ceux qu’elle a aimé. Elle en délaissera pour cela son fils, né alors quelle était très jeune.
Si l’histoire n’a pas, en elle-même un intérêt capital, elle n’en reste pas moins émouvante devant Anaïs qui se sacrifie à chaque fois pour garder auprès d’elle, si ce n’est qu’un tout petit peu, l’homme qu’elle aime sans obtenir en retour l’amour et la présence tant désirée.
Des hommes qu’elle aura côtoyé sa vie durant, un seul s’intéressera vraiment à elle, mais il est déjà trop tard. Les autres auront profité d’elle, aimé sans doute mais à leur façon, sans ne jamais renoncer à rien, ou, pour d’autres avec la lâcheté et le cynisme en plus.
Je remercie chaleureusement Bob et les éditions l’Editeur pour m’avoir permis de lire cet ouvrage.
Michaël Colledo-l'Editeur(janvier 2011 )-221 pages
Michaël Collado est né dans le Var en 1973. Après une thèse consacrée à l'auteur mexicain Paco Ignacio Taibo II, il a enseigné l'espagnol en France et aux Etats-Unis. Désormais fixé en Afrique du Sud, il consacre l'intégralité du temps libre que lui laisse l'enseignement à l'écriture. Anais est son premier roman.

lundi 21 février 2011

Le coeur régulier


" Vu de loin on ne voit rien ", disait souvent Nathan. Depuis la mort de ce frère tant aimé, Sarah se sent de plus en plus étrangère à sa vie, jusque-là " si parfaite ". Le coeur en cavale, elle s'enfuit au Japon et se réfugie dans un petit village au pied des falaises. Nathan prétendait avoir trouvé la paix là-bas, auprès d'un certain Natsume. En revisitant les lieux d'élection de ce frère disparu, Sarah a l'espoir de se rapprocher, une dernière fois, de lui. Mais c'est sa propre histoire qu'elle va redécouvrir, à ses risques et périls. Grâce à une écriture qui fait toute la place à la sensation, à l'impression, au paysage aussi bien intérieur qu'extérieur, Olivier Adam décrit les plus infimes mouvements du coeur et pose les grandes questions qui dérangent.
Avec une écriture, et un style légers, et fluides, ce livre se lit tout seul, sans effort malgré le climat de gravité qui y règne.
Olivier Adam se met dans la peau d’une femme, qui assommée de chagrin à la mort de son frère, quitte mari et enfants pour se réfugier au Japon pour tenter d’y trouver des réponses. Dans un va et vient continu, le lecteur rentre progressivement dans l’intimité de cette familiale et professionnelle de Sarah, deux mondes avec leurs rudesses et leurs cicatrices qu’ils laissent insidieusement.
C’est plutôt un roman d’atmosphère, où l’on palpe plus les choses qu’elles ne sont clairement dites. Le paysage y occupe une large place, notamment au Japon, où j’imaginais assez bien quel pouvait être le lieu où Sarah s’est refugiée pour comprendre ce frère qui n’avait pas voulu, ou pu suivre le même chemin. Qu’a-t-il pu trouver au bord de ces falaises, en compagnie de Natsum ?
Sarah parviendra t-elle à comprendre, à cicatriser ?
Il y a beaucoup de souffrance, de non dit, sans que cela en soit étouffant.Le voyage sera pour elle une renaissance, une prise de conscience par rapport à sa propre vie de routine, presque tracée d’avance qui au fond l’étouffait un peu sans oser s’en détacher.
« Vu de près, pris dans le cours ordinaire, on ne voit rien de sa propre vie. »
« Si j’avais une chose du monde de l’entreprise, et du travail en général, c’est qu’on y tolère mal les faibles, que toute faille doit y être camouflée, toute fragilité niée, toute fatigue combattue et oubliée, qu’une part non négligeable de nous même doit être laissée au vestiaire comme un costume qu’on enfilerait qu’une fois le soir venu »
« C’est même pour cela que je l’ai épousé, je crois. Parce qu’il était gentil, pondéré, rassurant, raisonnable et fiable, et parce que j’aimais qu’il soit tout ça. Parce qu’il me tenait à la surface, me maintenait au-dessus des flots. Parce qu’à force d’avoir les pieds si fermement ancrés sur terre, il m’empêchait de glisser. »
Olivier Adam-Edition de l'Olivier-232 pages
Olivier Adam est né en 1974. Après avoir grandi en banlieue et vécu à Paris, il s’est installé à Saint-Malo. Il est l’auteur de nombreux livres dont Passer l’hiver (Goncourt de la nouvelle 2004), Falaises, À l’abri de rien (prix France Télévisons 2007 et prix Jean-Amila-Meckert 2008), Des vents contraires (Prix RTL/ Lire 2009).
Challenge 26 auteurs/26 livres: 8/26 [A]
Challenge ABC/Babélio: 15/26 [A]

samedi 19 février 2011

Carmen (Georges Bizet)

Opéra en quatre actes sur un livret de Ludovic Halevy et Henri Meilhac, d’après la nouvelle éponyme de Prosper Mérimée. 
Mise en scène : Carlos Wagner. Décors : Rifail Ajdarpasic. Costumes : Patrick Dutertre. Lumières : Fabrice Kebour. Chorégraphie : Ana Garcia.
 Avec : Isabelle Druet, Carmen ; Chad Shelton, Don José ; Chang Han Lim, Escamillo ; Claudia Galli, Micaëla ; Pascale Baudin, Frasquita ; Sylvia De La Muela, Mercédès ; Olivier Grand, Le Dancaïre ; Julien Dran, Le Remendado ; Jean-Vincent Blot, Zuniga ; Philippe-Nicolas Martin, Moralès.
 Chœurs de l’Opéra National de Lorraine (chef de chœur : Merion Powell). 
Chœurs de l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole (chef de chœur : Jean-Pierre Aniorte). Chœur d’enfants spécialisé du Conservatoire à Rayonnement Régional de Metz Métropole « Gabriel Pierné » (direction : Annick Pignot-Hœrner). 
Ballet de l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole.
 Orchestre Symphonique et Lyrique de Nancy, direction : Claude Schnitzler. 


Hormis le plaisir évident de pouvoir articuler pratiquement tout l'opéra , parce que je le connais presque par coeur, et que j'ai à chaque fois un souvenir ému d'avoir participer il y a un bail aux chœurs de Carmen avec Migenes Johnson; la soirée fut un régal.

Le décor, assez sombre, unique, mais modulable. La couleur était apportée par les lumière, et le tulle rouge dans la robe de Carmen. La couleur des costumes était à dominante noire, excepté les uniformes des brigades, en bleu, et la robe de Michaela. La touche de couleur, était aussi dans la danse, avec un bel effort de ce côté là.
Mais surtout c'était la couleur du timbre de Carmen: chaud, rond, de beaux aiguës qui restaient dans la tonalité.

Un confort d'écoute, puisque la qualité de diction exemptait l'auditeur (en tout cas pour ma part) d'utiliser les sous-titres, sauf pour ce pauvre Escamillo, à la prononciation approximative ( il est d'origine asiatique, alors je ne le blâme pas complètement).

Un bravo au choeur d'enfants; ces même enfants avec tout le sérieux, mais également leur fantaisie pour apporter une touche d'humour à l'ensemble.

Un moment magique, qui a filé si vite, que j'aurais bien recommencé. Les représentations sont archi complètes.....pas moyen de prendre une piqure de rappel. Les collégiens étaient là, avec leur professeur de musique: fruit d'un partenariat rectorat/opéra pour que chaque collégien aille au moins une fois dans cette Maison, pour y découvrir ce qui s'y passe, pour leur montrer "autre chose", titiller leur curiosité.

Je n'oublie pas don José, époustouflant, et Michaela très applaudie



jeudi 17 février 2011

Dérive sanglante




Suite à un improbable accident de montagne qui lui a fait perdre la mémoire, Stoney Calhoun est un homme sans passé. Cinq ans après avoir quitté l'hôpital, une confortable somme d'argent en poche, il a refait sa vie dans le Maine et coule des jours paisibles entre la boutique de pèche ou il travaille et sa cabane enfouie au cœur des bois. Jusqu'à ce que son meilleur ami disparaisse. Calhoun se lance alors sur sa piste et accumule les découvertes macabres. Au fur et à mesure, il se découvre d'inattendus talents d'enquêteur- qui vont le confronter aux fantômes de son passé. Première aventure de Stoney Calhoun, Dérive sanglante nous promène à travers les paysages idylliques et chargés d'histoire du Maine, jusqu'à un final aussi violent qu'étonnant.
J’ai fait connaissance il y a quelque temps de Stoney et Ralph avec Casco bay, et ce fut un délisse. Le regretté Mr Tapply n’en était pas à son premier coup d’essai, puisque Dérive sanglante est le premier volet des aventures de Calhoun. Je fais donc le voyage un peu à l’envers ; ceci n’a aucune incidence.
Nous sommes à nouveau dans ce décor bucolique du Maine, la forêt, les rivières, la pêche. Tapply nous présente son personnage principal, un homme sans mémoire, en tout cas officiellement, qui s’est installé là, tel un ermite, dans une cabane isolée, avec Ralph son fidèle compagnon à quatre pattes.
Je l’apprécie, ce Stoney, bourru, un peu ours mal léché, qui accueille les inconnus avec la carabine au point, mais mélomane à souhait, amateur de belle littérature fidèle, et dur au cœur tendre.
S’il est arrivé dans sa cabane pour y trouver le calme et le grand air, il ne va le rester bien longtemps. Il suffira que son meilleur ami, guide de pêche comme lui, disparaisse un beau jour, pour qu’il se mette en tête de tirer les choses au clair. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ne sera pas au bout de ses peines ; les choses ont beau s’écouler au rythme de la nature, sans précipitation, le livre ne manque pas d’action. C’est tranquille, mais pas mou ; il n’y a pas de démonstrations macabres, mais c’est viril. C’est sur ce point que je suis en désaccord sur la quatrième de couverture qui à mon sens y va un peu fort.
Mr Tapply, nous fait encore une fois la démonstration, que policier, ne veut pas dire grossièreté, ni langage châtier. Bien au contraire, il se fait un plaisir de mettre du lyrisme dans son écriture. La nature est omniprésente ; le lecteur vit en communion avec elle ; ici la forêt nous livre ses odeurs, ses bruissements, ses secrets aussi …….mais pour cela il faudra lire !!!
Mr Tapply ayant eu la mauvaise idée de nous quitter trop tôt, hormis Dark Tiger, qu’il me reste à découvrir, ne nous livrera plus ses superbes histoires…à mon grand regret.
Autre petite remarque, le titre original Bitch Creek, me paraissait plus adapté à ce livre que la traduction donnée pour l’édition française.
William G.Tapply-Gallmeister-267 pages
William G. Tapply est l'auteur d'une vingtaine de romans policiers dont Dérive sanglante et Casco Bay, les deux premiers volets des aventures de Stoney Calhoun, ainsi que de plusieurs livres consacrés à la pêche. Il est mort en 2009, alors que DarkTiger s'apprêtait à sortir aux Etats-Unis.
Lu dans le cadre du Challenge "Nature writting" de folfaerie



mardi 15 février 2011

L'héritière de Jacaranda


À la mort de Jock Witney, tyran domestique à la tête du plus grand vignoble d'Australie - le Domaine de Jacaranda -, sa famille se rend compte que les affaires vont en réalité très mal. Quand un groupe français fait une offre de rachat des plus alléchantes, les membres du clan s'entredéchirent.
Cornelia, la veuve de Jock, âgée de 90 ans, refuse catégoriquement de vendre. Elle aimerait convaincre Sophie, sa petite-fille, la prunelle de ses yeux, que la propriété familiale peut être conservée.
Dans ce but, Cornelia l'entraîne à l'autre bout de l'Australie, dans la vallée de Hunter, sur les traces de ses ancêtres. Elle profite de ce voyage pour lui narrer l'épopée familiale.
Du Sussex des années 1830 à l'Australie moderne, Tamara McKinley retrace la vie d'une famille de pionniers, marquée par de lourds secrets, des déchirures et une malédiction... Sophie saura-t-elle la briser pour réconcilier les deux branches de la famille et sauver le domaine ?
Ce livre, je l’ai croqué avec gourmandise, délectation, et abnégation. Je ne connaissais l’auteur que de nom, sans avoir l’occasion de la lire jusqu’à maintenant. Je reviendrai vers elle avec grand plaisir.
Comme à chaque fois, je suis captivée par les histoires familiales compliquées ; celles qui comportent ses secrets, ses vilains petits canards, son homme providentiel (ici il faut regarder du côté des femmes), et comble du bonheur nous sont racontée ne manière non linéaire, en mêlant le passé et le présent, presque à l’insu du lecteur. Que du bonheur !
L’invitation au voyage est puissante. L’auteur, Australienne de naissance, y situe en grande partie son action, et, par un jeu subtil de retour sur le passé nous renvoie dans la vieille Angleterre, la mère Patrie, avec ses us et coutumes de l’époque qui à chaque fois me révoltent.
« Tu ne le regretteras pas, Gilbert. Tu seras maître en ta demeure, Roses est la domestique d’Isabelle et sera à ta disposition quand ton estomac réclamera de la viande et non du pain perdu. Qui te reprochera de prendre une maîtresse ? C’est une tradition chez les hommes mariés, tu sais. » (C’est la mère de Gilbert, une Lady, qui s’exprime ainsi devant son fils…)
Je dirais que c’est un roman féminin, car beaucoup de femmes constituent les personnages principaux, et c’est à elles que revient la puissance de décision, la force, le caractère, l’esprit de révolte dans le bon ou mauvais sens ; les hommes y étant présentés sous un angle plus péjoratif.
J’ai beaucoup aimé ce long retour aux sources, que Cornelia entreprend avec sa petite fille Sophie. Chacune a de bonnes raisons de le faire, aussi bien à titre individuel que dans l’intérêt de la famille et de l’entreprise familiale. Sophie est de retour au pays après un divorce, les affaires familiales vont mal, très mal, la famille se déchire, Cornelia a 90 ans, et se sent au seuil de sa vie, et voudrait solder certains comptes pour mieux préparer l’avenir. J'aurais aimé en avoir au moins une comme elle...
« Après tant d’années de silence, elles souhaitaient peut-être combler la brèche et ramener un peu de vie dans les vignes en déclin. Elle pariait gros mais il le fallait si elle voulait sauver l’héritage de sa petite- fille. Si elle échouait, ce serait la victoire de Jock depuis l’au-delà. »
Elle m’a plu cette grand-mère qui pleine de tendresse, d’amour déploie une énergie folle pour mettre Sophie ne refasse pas les mêmes erreurs qu’elle par le passé.
Et puis il y a ces secrets, la malédiction, les haines familiales, les révélations. Tout cela sera révélé, distillé intelligemment, tout au long de ce roman à l’écriture agréable, dynamique, et entrainante. Une fois ouvert se livre se referme difficilement jusqu’à ce que la paix revienne, et que nos personnages redonnent du sens à leur vie.
Je remercie infiniment les éditions de l’Archipel et Bob pour m’avoir permis de recevoir, de lire, et surtout de savourer ce livre.

Tamara McKinley-L'Archipel-368 pages
Née à Launceston (Tasmanie), Tamara McKinley est encore enfant lorsqu’elle émigre en Grande-Bretagne, où elle est inscrite dans un pensionnat de jeunes filles du Sussex. Après avoir écrit des thrillers psychologiques, elle signe des sagas à succès, dont La Dernière Valse de Mathilda, Eclair d’été et Le Chant des secrets (L’Archipel, 2005 à 2009). Mère de trois enfants, Tamara McKinley vit sur la côte Sud de l’Angleterre, mais retourne souvent dans son pays natal, pour y puiser l’inspiration de ses romans.

dimanche 13 février 2011

Pour l'amour du père




Quand elle était enfant, le père a dit Alice : « Si tu as de la chance avec toi, tout ce que tu entreprendras réussira… »Cette phrase a obsédé Alice comme une énigme qu’il faut résoudre. Elle est de venue avocate. Mais a-t-elle réussi sa vie ? Avec ses sœurs, le temps a été impitoyable. Juliette est veuve. Edmée, mal mariée, lit des romans-photos se lance avec passion, dans une liaison avec un étudiant de 18 ans. Leurs enfants sont en pleine révolte. Comme l’avait été Sassou, la quatrième sœur, Sassou que le père a chassée. Depuis, personne n’a eu de ses nouvelles. Est-elle morte ? Est-elle encore vivante ? Lorsqu’ils ont quitté la Tunisie, trente ans plus tôt, un mince anneau d’or, l’alliance du père, a été empochée par un douanier. Et l’histoire qui nous force à répéter les gestes anciens poussera Edmée à donner à Alice son alliance et sa bague afin qu’elle les vende.
Comment s’affranchir du passé sans renier l’amour du père ?
Ceci est mon troisième roman de Chochana Boukhobza ; il précède 6 ans auparavant sous les étoiles, l’avant dernier. Si dans celui-ci, la plume est moins travaillée que sous les étoiles, et le troisième jour, on retrouve bien cette manière à la fois simple et complexe de dire les choses avec des mots simples, des phrases courtes, rendant le tout très efficace.
On y retrouve les thèmes communs à savoir la transmission, l’héritage familial immatériel, l’exil.
La fin du roman est largement ouverte. Nous suivons le parcours de vie de 4 sœurs, venues avec leur père en France. L’exil commençait. Des 4 sœurs nous n’en verrons que 3, mais la quatrième nous n’aurons que des bribes d’informations. D’ailleurs personne ne sait ce qu’est devenue Sassou. Et c’est bien là le drame. Elle hante tout le monde, mais personne n’en parle. D’ailleurs, chacun a sa version de l’histoire.
«Il pleure en parlant. Il s’essuie les joues, mais les larmes coulent sans qu’il puisse les retenir. Il dit qu’il l’avait prévenue, le seul nom de Sassou, c’est comme une écharde dans les yeux. »
Et si c’était Sassou qui pouvait faire revenir un peu de bonheur dans cette famille écorchée ?
Il y a bien un frère, mais lui, est parti gagner sa vie dans Kibboutz. Il est loi, et revient peu.
Les trois sœurs ont eu des vies différentes, on fait leurs choix, plus ou moins malheureux. Le père les aime, mais comme beaucoup d’hommes, ne dit rien, puis que c’est évident. Il a du mal à comprendre les chemins de chacune d’elles. De leur côté elles souhaitent vivre à leur façon, mais comment ne pas trahir l’héritage familial ? Comment garder le cap, tout en prenant une direction différente ?
Il n’y a pas de réponses, que des amorces, c’est en cela que j’y ai vu une fin ouverte. Cependant, les personnages évoluent, et s’ouvrent au dialogue, se laissent aller, le père s’autorise à parler de leur mère, très tôt disparue tout en restant énigmatique.
« L’amour que j’ai eu pour ta mère m’a couté deux filles. »
Chochana Boukhobza-Seuil-188 pages

Le mystère Napoléon


Lors de sa mort en 1821 à Saint Hélène, Napoléon emporta dans sa tombe bien des secrets. Durant ses années de conquête, il avait en effet mis la main sur de nombreuses richesses mais aussi sur des archives occultes. En particulier celles du Vatican et des Chevaliers de Malte. C'est à la quête d'un des secrets de l'Empereur, peut-être le mieux gardé, que se lance cette fois Cotton Malone. Pour quelles raisons Napoléon a-t-il, peu de temps avant sa mort, demandé à son fidèle serviteur Saint Denis de remettre à son fils un ouvrage consacré aux Royaumes Mérovingiens ? Quels sont les
secrets que renferme ce livre ? Et qu'en est-il de ces mystérieux documents que se sont disputés dans le plus grand secret l'Empereur et son ancien complice, devenu son ennemi juré, le Comte Pozzo di Borgio ? Du Paris historique à la Tour Santa Maria au Cap Corse, en passant par un mystérieux château de la Loire, Steve Berry nous propose encore une fois un fabuleux voyage en compagnie de Cotton Malone, plein de mystères, d'énigmes et de retournements.
Le mystère Napoléon restera mystérieux pour moi, car je suis dans l’incapacité de poursuivre au-delà de la page 150…….. C’est simple, je ne comprends rien à cette histoire.
N’ayant jamais lu Steve Berry, je ne savais pas trop ce que j’allais y trouver, mais une chose est sure, c’est que plus je lis, plus c’est embrouillé, plus il y a d’énigmes, et plus que je m’y perds, et plus je peine à continuer.
Il y a trop de lieux dans ce livre, on n’arrive pas à se poser, que déjà on est ailleurs…..
Une énorme déception pour moi, et il est clair, que c’en est fini avec cet auteur, qui plait, je le sais, mais qui n’a pas su m’embarquer là où je souhaitais aller.
Je remercie Bob et les éditions du Cherche midi pour ce partenariat, avec mes plus grands regrets pour ne pas avoir pu apprécier et poursuivre cette lecture
Steve Berry-Le cherche midi-507 pages
Steve Berry est avocat ; Il vit en Géorgie. Après Le Troisième Secret, L'Héritage des Templiers, L'Enigme Alexandrie, La Conspiration du temple, La Prophétie Charlemagne et Le Musée perdu, Le Mystère Napoléon est son septième roman publié en France. Traduit dans plus de quinze langues, il a figuré sur la liste des best-sellers dès sa parution aux Etats-Unis.

samedi 12 février 2011

La pianiste


Elle ne boit pas, ne fume pas, couche encore à 36 ans dans le lit maternel et aime bien rester chez elle. Chaque fois que ses horaires de professeur de piano au conservatoire de Vienne le lui permettent, elle se plaît à fréquenter les cinémas pornos, les peepshows et les fourrés du Prater. Et quand un de ses étudiants tombe amoureux d'elle, Erika Kohut ne sait lui offrir en échange qu'un scénario éculé, propre à redorer la vieille relation du maître et de l'esclave. Cru, féroce et en même temps d'un comique irrésistible, ce livre n'épargne ni l'amour maternel et ses vaines ambitions, ni la vénérable institution qu'est à Vienne la grande musique, ni le sexe et ses névroses.
A sa sortie, j’avais vu le film ; je l’avais trouvé dérangeant, dur, mais joué à la perfection.
Je ressors de cette lecture un peu groggy. En effet, tout est dense et implacable dans cet ouvrage. Voici un roman, composé de deux parties à peine identifiées, sans aucun chapitre, et dont le contenu de chaque partie est à peine aéré. La densité du texte rend le contenu encore plus lourd. Je ressens comme un essoufflement à la lecture, car on ne sait pas où s’arrêter, bien qu’il faille s’arrêter, tellement c’est difficile. Ce livre ne se lit pas d’une traite, il nécessite que l’on prenne son temps.
Bien que la trame de l’histoire ne se situe pas en huis clos, l’impression qui se dégage est celle d’un enfermement, un enferment psychologique des personnages, et notamment les deux protagonistes féminins.
Erika est professeur de piano au conservatoire de musique de Vienne. Elle a 36 ans, et vit (encore) chez sa mère….et dès les premières lignes, on imagine quel sera le psychisme de l’enfant, comme se plait à l’appeler sa mère. Cette mère qui est tyrannique, culpabilisante, infantilisante, abaissante, jalouse de sa fille, qui n’a jamais fait de place au père, et qui formera avec Erika un couple assez glauque.
Erika, en effet, partage avec sa mère le lit conjugale, et est installée dans une relation de dépendance à sa mère, qui lui rappelle constamment les sacrifices consentis pour elle, afin qu’elle se consacre à son art : la musique.
« Le métier d’Erika, la passion d’Erika ne font qu’un : c’est la musique, puissance céleste. »
« Souvent la mère est prise d’inquiétude, car tout possédant doit apprendre d’abord, et il l’apprend dans la douleur, que la confiance c’est bien, mais le contrôle c’est mieux. »
«Chez Erika, tout ce qui peut être fermé est fermé. »
Erika a reçu une éducation rigide, autoritaire, dénuée de toute image et repères masculins, l’homme ayant été diabolisé par la mère. Et, c’est là son drame. Il y a un fossé abyssal entre l’image policée, rigide, cassante, et lisse qu’elle donne lorsqu’elle enseigne « Madame le professeur », et celle dépravée, dévergondée, et névrosée lorsqu’elle sort du conservatoire pour aller dans les peepshow, et jouer les voyeuses dans les parcs un peu chauds de la ville de Vienne.
« Mais Erika ne veut pas passer à l’acte, elle veut simplement regarder. »
De cette absence de repère masculin, Erika sera incapable d’aimer, elle qui de par l’éducation maternelle est incapable de s’aimer. Sa relation aux hommes parait bien compromise.
« Erika ne sent rien et n’a jamais rien senti. Elle est aussi insensible que du carton goudronné sous la pluie. »
Alors quand un élève, plus jeune qu’elle s’en éprendra, la relation qu’ils entretiendront ne pourra qu’être esclavagiste, perverse et violente.
Bien que l’histoire soit nettement portée sur la sexualité é et ses déviances , et que l’auteur soit claire à ce sujet, la sémantique reste dans l’ordre de l’acceptable. L’auteur épargne à son lecteur, par un style impeccable, la vulgarité et ne dédaigne pas user ici ou là d’un humour assez caustique.
Ces deux femmes, pour des raisons qui finalement se rejoignent m’inspirent de la tristesse. Elles sont plus à plaindre qu’à blâmer, même la mère, dont on ne sait explicitement pas grand-chose sur son passé, mais que l’on n' imagine pas très épanouissant.
Elfriede Jelinek-éditions Jacqueline Chambon(1988)/Points-250 pages
Elfriede Jelinek est née en 1946 en Styrie. Organiste, compositeur, romancière, dramaturge et pamphlétaire, elle a obtenu le prix Nobel en 2004. On la considère comme l’héritière du grand Thomas Bernhardt. “L’Autriche signifie pour moi une provocation permanente. Finalement, cet amour-haine continuel est un humus fertile pour l’écriture.” Elfriede Jelinek, qui vit à Vienne dans une retraite farouche depuis son prix Nobel, est perpétuellement branchée sur le monde à travers Internet et toutes les formes des médias.

Challenge des Nobel n°6
Challenge 26 auteurs/26 livres: 7/26 [J]

mercredi 9 février 2011

La porte étroite


La porte était close. Le verrou n'opposait toutefois qu'une résistance assez faible et que d'un coup d'épaule j'allais briser... A cet instant j'entendis un bruit de pas ; je me dissimulai dans le retrait du mur.
Je ne pus voir qui sortait du jardin; mais j'entendis, je sentis que c'était Alissa. Elle fit trois pas en avant, appela faiblement :
- Est-ce toi Jérôme?...
Mon cœur, qui battait violemment, s'arrêta, et, comme de ma gorge serrée ne pouvait sortir une parole, elle répéta plus fort
- Jérôme! Est-ce toi?
A l'entendre ainsi m'appeler, l'émotion qui m'étreignit fut si vive qu'elle me fit tomber à genoux.
Je ne garderai pas de cette lecture un souvenir impérissable, bien au contraire. Elle s’est faite dans un climat de révolte quasi permanent. En outre je l’ai trouvée terriblement ennuyeuse, austère, et en tout cas plus efficace que n’importe quel somnifère.
Je n’ai pas aimé le style qui m’est paru immédiatement ampoulé, austère, tarabiscoté. Tout cela est désuet, vieillot, démodé. Il m’a fallu lutter pour lire les 30 pages que je m’assignais à chaque fois que j’ouvrais ce livre pour ne pas dormir.
Que dire de l’histoire ?
Jérôme aime Alissa, sa cousine, qui l’aime également. Pour l’instant tout va bien, il suffirait qu’ils se marient, qu’ils eurent beaucoup d’enfants, comme le prescrit la religion Chrétienne, et l’affaire serait entendue en on en reparlerait plus….. Et bien non, la sœur d’Alissa, Juliette, aime aussi Jérôme (quel succès !!), et Alissa s’en rend compte. Et c’est là que l’affaire tourne au vinaigre. Alissa se laisse aller, aspire à la sainteté, et, sublime un amour jusqu’au renoncement, au sacrifice.
D’emblée l’austérité protestante est palpable, et le moindre bout de chair visible, ou couleur inappropriée provoquent scandale et indignation.
« Et vous appelez aussi de deuil ce châle rouge qu’elle a mis sur ses épaules ? Flora, vous me révoltez ! S’écriait ma mère »
Au sein de cette famille, personne ne sait ce qu’il veut ; On hésite, se pose des questions, se tourmente, se déchire……
« Tout, en elle, n’était que question et qu’attente…Je vous dirais comment cette interrogation s’empara de moi, fit ma vie »
Alissa est versatile : quand elle est seule, elle écrit des lettres enflammées (dans la limite de la morale, tout de même !!!) à Jérôme, et quand ce dernier est dans les parages, elle ne veut pas le voir, et veut souffrir vertueusement……Elle aurait mérité d’être secouée un bon coup.
La clé de ce livre, se situe dans les Evangiles « Efforcez vous d’entrer par la porte étroite, car la porte large et le chemin spacieux mènent à la perdition, et nombreux sont ceux qui y passent » C’est cette voix du sacrifice, de la recherche de la difficulté suprême qui guident les personnages dans la conduite de leur vie…..
Cette vie de rigueur leur plait ; ils la recherchent. Alors Alissa souffre, c’est un fait, mais je reste impassible devant tout cela. C’est son choix, qu’elle assume. Qu’ils assument, car Jérôme est tout autant illuminé, endoctriné. Ils prennent tout pour vérité absolue ; il n’y a aucune place pour le libre arbitre, et le sens critique…..
J’ai été, malgré moi, imprégnée de religion, et d’histoires de ce genre, et je me suis battue pour imposer mon propre chemin ; alors j’ai du mal à comprendre cette résignation, ce manque de combativité.
Toute idée de sacrifice, de vie excluant tout plaisir, le refus du bonheur, de culpabilité permanente m’est insupportable. Ce sont des notions très Chrétiennes auxquelles ne n’adhère pas du tout.
C’est pourquoi, je suis persuadée qu’il faut être infiniment croyant pour apprécier ce livre. Un chef d’œuvre pour certain, une histoire sans intérêt pour moi. Je n’ai pas aimé du tout. Je l’ai lu, presque en intégralité, puisque j’ai survolé de très haut je journal d’Alissa, parce qu’il était court. Sinon, il aurait connu le même sort que ses camarades plus copieux : retour au placard.
André Gide-Folio n°210-185 pages
Lauréat du prix Nobel en 1947, André Gide est considéré comme un écrivain majeur du XXe siècle, 'un contemporain capital' selon les termes d'André Malraux. D'abord proche des cercles symbolistes, il se détache peu à peu de ce mouvement et publie sa première oeuvre majeure : 'Les Nourritures terrestres' en 1897. Il y évoque déjà la question de l'homosexualité - thème repris dans l'essai intitulé 'Corydon' - et clame sa volonté d'assouvir ses désirs et de s'affranchir des servitudes sociales et religieuses. Ces convictions nouvelles mettent un terme à son amitié avec le fervent catholique Paul Claudel. Toute sa vie, André Gide se préoccupe du rôle et de la responsabilité de l'écrivain et devient un des chefs de file de la Nouvelle revue française. Son succès s'accroît après la Première Guerre mondiale, notamment grâce à sa théorie de 'l' acte gratuit' développée dans 'Les Caves du Vatican'. Avec 'Les Faux-monnayeurs', l'auteur signe son chef-d' œuvre et s'inscrit comme un précurseur du Nouveau Roman par sa forme narrative complexe : refus de chronologie linéaire, multiplication des points de vues et intrusion d'histoires secondaires. La richesse du travail d'André Gide réside en grande partie dans son apparente contradiction, celle d'un homme élevé dans la rigueur protestante, très attaché à l'ordre moral mais toujours en quête de liberté, à la recherche de ses propres codes littéraires et existentiels.
Lu dans le cadre du Challenge de Nobel:



Lu dans le cadre de la lecture commune avec Partage-Lecture

mardi 8 février 2011

L'arbre aux secrets


Sofia est une jeune fille au caractère volontaire et orgueilleux, hérité de sa mère, Anna, fougueuse Irlandaise qui a quitté son pays pour épouser Paco Solanas, un argentin issu d'une grande famille. Sofia grandit dans la superbe hacienda familiale de Santa Catalina, entourée de ses nombreux cousins. Elle est particulièrement proche de l'un d'eux, Santiago, et quant cette complicité se transforme en une liaison passionnée, leurs parents ne peuvent le tolérer. Commence alors pour Sofia un interminable exil. D'argentine en Angleterre, en passant par la Suisse, son destin restera à tout jamais marqué par cet amour interdit...
C’est le type même de livre qui vous délivre de ce que vous avez pu lire de vilain, ou d’une lecture empesée et somnifère du moment.
Ce livre m’a fait voyager, m’a fait vivre avec ces personnages aux caractères bien trempé, et bien décidés à Vivre.
Ce livre, une fois que vous l’avez dans les mains, ne vous quitte plus. Le reste n’est plus rien, ou presque rien.
Ce livre est tout à la fois, tendre, passionné, dépaysant, triste, cruel, parfois révoltant.
Ce livre vous ferait presque oublier qu’il faut aller travailler ; Il vous coupe du monde ambiant et de ses contraintes.
C’est l’histoire d’un amour interdit ; mais pas comme souvent dans les histoires d’amour, un truc un peu guimauve pour les cœurs d’artichaut prêts à pleurer à la moindre ligne au son des violons langoureux………
C’est un peu plus que cela. Une famille qui apprend au fil des années et des drames à se réconcilier, à se retrouver, à apaiser ses douleurs et ses non-dits, à se comprendre, et aussi à renoncer. Une famille comme il en existe des tas d’autres avec ses épines bien ancrées.
L’écriture est alerte, entrainante, sans temps mort, sans bla -bla inutile.
La fin, m’a émue. Les personnages m’ont remuée. Le parcours de Sofia m’a interpellée, et à bien des égards, m’a touchée au cœur.
Santa Montefiore- France-Loisirs/Belfond-538 pages
Né(e) à : Winchester, 1970Issue de l'aristocratie anglaise, Santa Montefiore est diplômée de l'université d'Exeter en espagnol et en italien.
Elle a vécu plusieurs années en Argentine, à Buenos Aires, pays natale de sa mère.
En 1998 elle c'est convertie au judaïsme en se mariant avec l'écrivain Simon Sebag Montefiore (1965).