mardi 5 juillet 2011

La couleur pourpre


" Toute ma vie je m'ai moquée de ce que les gens pensaient de moi. Mais dans mon coeur, c'était important Dieu qu'est-ce qu'il pensait. Et voilà maintenant j'ai compris, il pense pas, il se prélasse là-haut, assis sur son trône à faire la sourde oreille. " Célie est née sous de tristes auspices. Hier régulièrement violée par son père et aujourd'hui négligée par son mari, elle ne connaît des hommes que leurs pires travers. L'amour, pour elle, c'est d'abord Shug, une merveilleuse chanteuse de blues qui saura l'extraire de sa pauvre vie. C'est aussi Nettie, sa sœur, missionnaire en Afrique, avec laquelle elle correspond sans relâche. L'amour, c'est encore le bon Dieu, à qui elle s'adresse parfois, même si elle a l'impression qu'il la laisse un peu tomber. --Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre.
« Bref on a parlé de Dieu, mai moi je suis encore un peu perdue dans tout ça. J’essaie de me sortir le vieil homme blanc de la tête. Jusque là ça m’a tellement occupée de penser à lui que j’ai rien remarqué des choses qu’il a crées. Par exemple, un épi de maïs, comment il a pu faire ça ? Et la couleur pourpre, d’où ça peut bien venir ? Les petites fleurs des champs et tout. »

Comment faire pour se soulager, supporter l’insupportable, s’évader de ses conditions de vie….ou plutôt de survie ? Comment combler l’absence d’un être avec lequel on a passé les premières années de sa vie et dont on est subitement séparé ?

Les deux sœurs Celie et Nettie choisissent de s’écrire sans savoir que ni l’une ni l’autre ne recevra le courrier de l’autre.
Celie c’est le vilain petit canard, le mari de sa mère la maltraite, la violente jusqu’à l’abject, sa sœur plus perméable à la scolarisation résiste aux assauts du beau père. Celie est mariée à une brute épaisse, est séparée de Nettie qui s’en ira accompagner des missionnaires en Afrique  pour transmettre, et éduquer.
Et c’est en s’adressant à  son " cher Bon Dieu " que Celie, comme l’ultime recours à cette chienne de vie entame une correspondance à sa sœur dont elle ignore tout , jusqu’à l’endroit où la joindre. C’est tout la détresse d’une jeune fille qui émane de ces lettres touchantes. On y lit toute la rudesse de la société sudiste non éduquée, sexiste, violente, incestueuse.
Il faudra attendre 145 pages avant de trouver d’autres lettres, celles de Nettie, et surtout de comprendre pourquoi : les lettres étaient subtilisées par ce mari odieux.
Bien résolue à voir changer les choses, Celie trouvera la rédemption dans les bras d’une femme. Si compte tenue de l’époque, la chose peut paraître choquante, hors norme, voir complètement taboue, c’est avec bienveillance et soulagement pour elle que je la vois se libérer de ses sordides années d’enfance. Auprès d’elle on la sent évoluer, reprendre confiance.
Et quand Celie retrouvera les lettres de Nettie, ce n’est plus au Bon dieu qu’elle écrira mais à sa "chère Nettie».
Ce sont ces circonstances qui explique que la correspondance n’est pas présentée de manière traditionnelle, c’est à dire avec une alternance de courrier au grès de leur envoi et réception, mais regroupée.
En ce qui concerne le style, l’auteur est parvenue à rendre encore plus vivante cette correspondance avec un langage parfaitement adapté au niveau d’éducation et d’alphabétisation des deux sœurs. Si celui de Nettie est de bonne facture, celui de Celie est proche du parler familier, et sans faire de vilain jeu de mot, de l’ordre du "petit nègre", sans que cela gène la lecture.

Cette correspondance apporte une réflexion intéressante à propos de la religion, et de sa pratique.
« Et alors ? S’il (le bon Dieu) ouvrait ses oreilles toutes grandes pour écouter les femmes noires, le monde ça serait quand même autre chose, c’est moi que j’te l’ dis. »
« Tout ce que j’ai senti de divin à l’église, c’est moi qui l’ai amené. Et à mon idée c’est pareil pour tout le monde. Les gens viennent là pour y mettre ensemble leurs petits morceaux, de bon Dieu, comme dans un puzzle tu sais ; pas pour le trouver. »
 Alice Walker-Robert Laffont, pavillons poche-350 pages

Alice Malsenior Walker, est une écrivaine et une militante féministe américaine, née en 1944 à Eatonton (Géorgie)

Walker possède des origines afro-américaine, Cherokee, écossaise et irlandaise. Elle entame ses études au Collège Spelman (Atlanta, Géorgie) et est diplômée en 1965 au Collège Sarah Lawrence (Yonkers, New York). Elle a été mariée à Mel Leventhal de 1967 à 1976. Ensemble, ils ont eu une fille, Rebecca Walker, qui devient également écrivaine et militante
Elle écrit des romans, des nouvelles, des essais et des poèmes. Ces écrits mettent en valeur la lutte des femmes de couleur contre le racisme, le sexisme et la violence répandus dans la société américaine. Elle se proclame ouvertement bisexuelle.
Elle a composé son premier recueil de poésies lors de sa dernière année au Collège Sarah Lawrence. Elle suspend son activité d'écriture lorsqu'elle s'installe avec Leventhal dans le Mississipi et qu'elle rejoint le Mouvement des droits civiques.
En plus des nouvelles et des poèmes, elle écrit son premier roman, The Third Life of Grange Copeland, en 1970. En 1976, paraît Meridian; ce livre raconte la lutte des militants pour les droits civiques dans le Sud, et Walker y relate certaines de ses propres expériences.
En 1982, elle publie La Couleur pourpre qui deviendra son roman phare. Le roman obtient le Prix Pulitzer de la Fiction et le National Book Award en 1983. Il sera adapté au cinéma en 1985 par Steven Spielberg et en comédie musicale en 2005 à Broadway.
Elle s'engage en politique en partie sous l'influence d'Howard Zinn qui a été l'un de ses professeurs au Collège Spelman. Elle a milité longtemps dans les années 1960 dans le mouvement pour les droits civiques, et elle continue à défendre l'égalité des droits pour tous.
Elle s'illustre dans la défense de l'environnement, le féminisme, la protection des animaux et a fait campagne contre les mutilations génitales des femmes (voir excision et infibulation). Elle s'est aussi engagée pour la cause cubaine, notamment contre l'embargo, et s'est rendue à plusieurs reprises à Cuba.

Challenge ABC/Babélio, 21/26 [W]
Challenge 26 livres/26 auteurs,15/26 [W]

Lu dans le cadre du challenge la littérature fait son cinéma organisé par Will    
Lu également dans le cadre du challenge épistolaire organisé par petite bouquinette, et  à la découverte des livres  



  Pour la Géorgie 2/50

dimanche 3 juillet 2011

La couleur des sentiments


Chez les Blancs de Jackson, Mississippi, ce sont les Noires qui font le ménage, la cuisine, et qui s'occupent des enfants. On est en 1962, les lois raciales font autorité. En quarante ans de service, Aibileen a appris à tenir sa langue. L'insolente Minny, sa meilleure amie, vient tout juste de se faire renvoyer. Si les choses s'enveniment, elle devra chercher du travail dans une autre ville. Peut-être même s'exiler dans un autre Etat, comme Constantine, qu'on n'a plus revue ici depuis que, pour des raisons inavouables, les Phelan l'ont congédiée. Mais Skeeter, la fille des Phelan, n'est pas comme les autres. De retour à Jackson au terme de ses études, elle s'acharne à découvrir pourquoi Constantine, qui l'a élevée avec amour pendant vingt-deux ans, est partie sans même lui laisser un mot. Une jeune bourgeoise blanche et deux bonnes noires. Personne ne croirait à leur amitié ; moins encore la toléreraient. Pourtant, poussées par une sourde envie de changer les choses, malgré la peur, elles vont unir leurs destins, et en grand secret écrire une histoire bouleversante. Passionnant, drôle, émouvant, La Couleur des sentiments a conquis l'Amérique avec ses personnages inoubliables. Vendu à plus de deux millions d'exemplaires, ce premier roman, véritable phénomène culturel outre-Atlantique, est un pur bonheur de lecture.
« La honte  n’est pas noire, comme la saleté, comme je l’avais toujours cru. La honte a la couleur de l’uniforme blanc tout neuf quand votre mère a passé une nuit à repasser pour gagner de quoi vous l’acheter, et que vous le lui rapportez sans une tâche, sans une trace de travail. »

Un roman épais et lourd, et qui se lit comme un rien ; un roman qui vous happe à chaque fois que vous vous en approchez ;
Un roman qui  se chante à trois voix, ces voix du sud, chaudes et puissantes ; ces voix qui tantôt sonnent la frivolité et la cruauté des blancs, tantôt la résignation et le désespoir des noirs.

Nous sommes au début des années 60 dans une Amérique ségrégationniste. Les blancs et les noirs ne sont pas tout à fait les mêmes citoyens. On ne mange pas dans les mêmes assiettes, ne va pas dans les mêmes écoles, ne fréquente pas les mêmes bibliothèques, et l’on croit encore que les noirs répandent de graves maladies par les sanitaires.

De la communauté noire nous avons Aibileen, la sage. Elle courbe l’échine, se tait quoi qu’il arrive, mais surtout donne de la tendresse et de l’amour pour 3 aux enfants de blancs qu’elle élève comme les siens.
Minny, en revanche c’est la "grande gueule de service", qui se fait mettre à la porte à chaque fois, mais qui cuisine comme une déesse.
Miss Skeeter, en revanche est de l’autre côté de la barrière, vit dans une famille bourgeoise dont les traits et les travers sont largement disséqués. Miss Skeeter est une rebelle. Elle ne goûte guère aux frivolités de son milieu, n’est pas pressée de se trouver un mari, et comble des règles en vigueur, veut travailler, et devenir écrivain.

La couleur des sentiments, est l’histoire du livre que Miss Skeeter souhaite écrire sur les "bonnes ", et d’une amitié improbable qu’elle va nouer avec tout ce que la ville compte comme domestiques qui se sentent enfin considérées et écoutées. C’est l’histoire de ce livre fantôme et dangereux dont toute la ville finit par découvrir l’existence, mais dont personne ne sait vraiment de qui parle t-on réellement.
C’est à la fois féroce, drôle voir jubilatoire, révoltant.
Je me suis amusée du combat mené par Miss Hilly, l’idiote parfaite, pour l’instauration d’une loi rendant obligatoire l’installation de sanitaires séparés pour les domestiques.
J’avais pitié de Celia, mal dégrossie, mal fagotée, et à l’allure un peu vulgaire rejetée de ses pairs, et que l’on a envie de prendre par la main pour lui expliquer un peu comment " ça se danse par ici"
J’avais de la tendresse pour Aibileen, que la vie n’a hélas pas épargnée, et qui me faisait penser à la domestique d’autant en emporte le vent s’écriant « Mam’selle Scalett, c’est très inconvenant »

Sur un ton juste, dans un style équilibré, et qui colle à chaque fois avec le personnage qui parle, Kathryn Stockett nous fait rentrer immédiatement dans l’intimité de ces trois femmes et de leur entourage. Elle nous nous invite à la réflexion sur ce qu’a été cette époque pas si lointaine tout en proposant un livre plaisir idéal pour les vacances.
Kathryn Stockett-éditions Jacqueline Chambon ( septembre 2010)- 523 pages

Kathryn Stockett a grandi à Jackson. Elle vit actuellement à Atlanta avec son mari et leur fille, et travaille à l'écriture de son deuxième roman.
Pour le Mississippi 5/50  

samedi 2 juillet 2011

Une odyssée cambodgienne


1979. Un camp de réfugiés à la frontière thaïlandaise. Pour Haing Ngor, rescapé de l’holocauste cambodgien, le cauchemar est terminé. Quatre années de tortures, de massacres sous le régime de Pol Pot effacées par un espoir : le départ vers les Etats-Unis. Mais « un jour se promit-il, je raconterai au monde entier ce qui s’est passé là-bas ».
Voici le récit terrifiant et bouleversant de ce jeune médecin de Phnom Penh, déporté, réduit à l’esclavage par les Khmers rouges, spectateur impuissant de la mort de tous ses proches : ses parents, sa femme, son enfant nouveau-né. 
L’histoire se répète malgré les " plus jamais cela" que chacun se dit après-coup la main sur le cœur….
Il y a un peu moins de quarante ans, c’est un pays tout entier qui tombe dans  l’horreur, victime du communisme poussé à extrême et à l’absurde. Osons le mot : génocide. Quand au nom d’une idéologie, quelle qu’elle soit, on s’attaque à une culture, et à celles et ceux qui s’en réclament, quand on tue, massacre, cela s’appelle un génocide.
Nous sommes en 1975, le Cambodge qui a obtenu son indépendance  vint ans plus tôt bascule dans la guerre civile, qui va déboucher sur un massacre sans précédent de la part des Khmers rouges, communistes emmenés par Pol Pot. Un régime qui veut éradiquer sa culture, ses élites, sa foi, son école….. Qui veut tout détruire ; mais pour mettre quoi à la place ? Le chaos.

Ce livre n’est pas un livre d’histoire, c’est l’histoire d’un pays  au travers de l’histoire d’un homme  et de sa famille durant ces 4 années d’enfer.
Haing Ngor, est médecin, un "intellectuel" comme le disent les tyrans, un ennemi donc. Nous le quitterons alors qu’il reçoit son Oscar pour son rôle dans le film admirable et bouleversant  La déchirure. Entre temps, c’est l’enfer qu’il connaîtra…la maltraitance, la faim, la torture, la maladie, les travaux forcés. Il sera déporté avec sa famille et comme des milliers d’autres dans les camps dont peu en sortiront.
Quarante et un chapitres égrainent ce livre qu’entourent un prologue et une sorte d’épilogue au doux nom de Kama, faisant appel à la renaissance successive des êtres, qui dans le cas précis de ce livre est une ouverture vers le futur. Les mots sont durs, soigneusement choisis. Le lecteur ne sera pas épargné ; et c’est mieux ainsi. Nombreux sont les passages qui m’ont donné la nausée, m’ont inspiré la colère, le dégoût, et le sentiment que l’Homme n’a rien compris du passé.

 Il faut dire les choses, faire savoir au monde ce qui s’est passé là-bas. Le génocide cambodgien n’est " vendeur", on en parle peu, c’est loin, il a fait" moins de victimes que d’autres génocides …

Au milieu de ces horreurs,Haing Ngor, se pose des questions, cherche à comprendre pourquoi la population se laisse faire ainsi…. Il prend aussi le temps de nous laisser des images positives de ce pays qu’il aime temps, de se laisser attendrir par le beau.

« Il n’y a pas de plus beau spectacle qu’un champ de riz en herbe sous le soleil. C’est comme une flaque de lumière rafraichissante, reposante pour les yeux. Quand on marche le long des rizières, on sent ce parfum subtil, et on peut voir le ciel et les nuages se refléter dans l’eau entre les tiges »  Ce n’est pas moi qui contredirais cela, l’Asie offre aux yeux une palette de vert comme nulle part ailleurs.

Ngor a des mots magnifiques pour sa femme, compagne de bagne et de torture, qui la soutenu, mais dont il n’a pu sauver ni la vie ni celle de leur nouveau-né.

Je fais le vœu, qu’un jour il n’y ait plus seulement un jour dans l’année pour commémorer la déportation des juifs, mais un jour pour tous les génocides : les indiens d’Amériques, les Arméniens, Les Bosniaques, Les Rwandais…..

Un livre à lire absolument.
Haing Ngor-Pocket -444 pages
Né le 22 mars 1940 au Cambodge, et mort en 1996 à Los Angeles.
Devenu célèbre grâce à l’oscar qu’il a obtenu en 1985 pour son rôle dans " la déchirure ", Haing Ngor a été salué dans toute la presse pour ce document qui ne laissera personne indifférent. Il continue aujourd’hui à se battre "pour que le monde comprenne mieux ce que sont le communisme et les autres régimes au Cambodge"

Troisième séjour cambodgien littéraire dans le cadre du challenge destination Cambodge proposé par Evertkhorus


Le portail

François Bizot, membre de l'École française d'Extrême-Orient, est fait prisonnier au Cambodge par les Khmers rouges, en 1971. Enchaîné, il passe trois mois dans un camp de maquisards. Chaque jour, il est interrogé par l'un des plus grands bourreaux du XXe siècle, futur responsable de plusieurs dizaines de milliers de morts, aujourd'hui jugé pour crimes contre l'humanité : Douch.
Au moment de la chute de Phnom Penh, en 1975, François Bizot est désigné par les Khmers rouges comme l'interprète du Comité de sécurité militaire de la ville chargé des étrangers auprès des autorités françaises. Il est le témoin privilégié d'une des grandes tragédies dont certains intellectuels français ont été les complices.
Pour la première fois, François Bizot raconte sa détention, décrit une révolution méconnue, démonte les mécanismes de l'épouvante et fait tomber le masque du bourreau monstre.
Grâce à une écriture splendide et à un retour tragique sur son passé, l'auteur nous fait pénétrer au cœur du pays khmer, tout en nous dévoilant les terribles contradictions qui – dans les forêts du Cambodge comme ailleurs – habitent l'homme depuis toujours.
« Alors j’ouvrais les yeux dans le noir et  sortais m’immerger dans cette parcelle moite d’univers que le destin nous avait attribuée : le périmètre de l’ambassade, enveloppé de ténèbres. »

A lire la 4ème de couverture je m’attendais à un récit choc…C’est le contraire, j’ai lu un texte d’une exquise courtoisie. Mais, ne vous y méprenez pas, François Bizot dit ce qu’il a à dire, sans complaisance ; il a le style plus lyrique, qu’il met au service d’une parfaite connaissance de la région, et de ses us et coutumes.

Ce texte découpé en chapitres de longueur traditionnelle, se compose en réalité de deux parties égales non matérialisées qui représentent les deux " périodes" auxquelles il fait référence.

La première, est relative à sa détention au cours de l’année 1971 dans un camp Khmer. Il y fera la connaissance de celui qui sera jugé quarante années plus tard pour crimes contre l’humanité, Douch. Quelle que soit l’époque, quel que soit les lieux, nous retrouvons la dure réalité des camps, avec ses variantes locales…ici le paludisme, et la cruauté toute particulière des Khmers rouges ; bien curieuse manière d’honorer un idéal démocratique, et d’égalité….
Curieusement, c’est Douch qui se révèle le plus humain. Bizot sera relativement épargné, sans aucun doute parce que français, et parce connaissant parfaitement la culture khmère dont il parle d’ailleurs la langue. C’est dans cette partie du récit, que Bizot, met en évidence la mise en place de l’idéologie révolutionnaire et de ce qui en suivra. C’est avec beaucoup d’intelligence, en mettant à disposition toute ses connaissances de sa culture, qu’il réussit à faire parler Douch, pour ainsi mieux le sonder.
« Ah !, coupa t-il (c’est Douch qui s’exprime), leur duplicité m’insupporte au plus haut point ! La seule façon est de les terroriser, de les isoler, de les affamer. »
Et voilà ce qu’en dit Bizot, qui avait bien cerné la complexité du personnage :
« Or, n’était-ce pas seulement l’homme en lui qui était un danger ? Car je n’avais pas devant moi un monstre abyssal, mais un être humain que la nature avait conditionné pour tuer affilant son intelligence telles les dents du requin ou du loup…quoiqu’en prenant grand soin ne pas lui ôter sa psychologie humaine. »

La seconde partie fait référence à une période plus tardive, 1975, marquant si je peux dire le début de la fin. Les Khmères rouges ont investi la capitale, les réfugiés arrivent en masse vers l’ambassade où Bizot est interprète. Il lutte jusqu’aux dernières limites pour faire évacuer un maximum. Tout se joue au niveau du portail au-delà duquel l’extraterritorialité est de plus en plus bafouée. Le portail c’est la frontière. C’est une vie de reclus, dans une ville en état de siège, où bientôt commencera un génocide, dont hélas personne ne pale plus guère de nos jours…
Avec habileté, Bizot travaille au service des français, qui pour beaucoup d’entre eux ont aussi des attaches très fortes au Cambodge. Il fera aussi son possible pour extraire les cambodgiens qui se retrouvent seuls. Tout son amour pour ce pays, et sa culture séculaire émane de ce livre. C’est un déchirement pour lui de partir,  de ne pouvoir sauver ses travaux effectuer à l’Ecole d’extrême –orient, et d’assister impuissant à cette descente aux enfers dont le pays mettra des décennies à se relever.

« Telle une âme libérée – pour la seconde fois – par le juge des morts, je sortis de l’enfer cambodgien, en passant le pont des transmigrations. »

François Bizot- La table ronde (25/08/2000)-398 pages 
François Bizot, né à Nancy en 1940, est un anthropologue français, spécialiste du bouddhisme de la péninsule du sud-est asiatique, à l'École française d'Extrême-Orient (EFEO).
l a vécu la guerre civile au Cambodge, pays dont il étudiait les reliques religieuses au début des années 1970. En particulier, il a été détenu en 1971 dans un camp de rééducation khmer rouge, dont il fut l'unique rescapé. Dans ce camp il a été interrogé par Kang Kek Ieu, plus connu sous le surnom de Douch, qui allait, plus tard, devenir le terrifiant et méthodique bourreau de la prison de Tuol Sleng (S-21), ancienne école située à Phnom Penh.

Il a également vécu de l'intérieur l'évacuation de Phnom Penh par les Khmers rouges (du 17 au 30 avril 1975), en tant qu'interprète des étrangers réfugiés en masse dans l'ambassade de France.

Il a relaté ces quelques années et ce parcours dans son livre Le Portail, récompensé par le Prix littéraire de l'armée de terre - Erwan Bergot en 2000 et le Prix des Deux Magots en 2001. Son aventure au Cambodge a aussi inspiré un film, Derrière le portail, de Jean Baronnet (2004).

Livre lu dans le cadre du challenge Destination Cambodge, organisé par Evertkhorus .




Angkor, la forêt de pierre

Capitale du Royaume du Cambodge du IXe au XVe siècle, Angkor suscite très tôt des descriptions où l'étonnement le dispute à l'admiration. En 1296, un ambassadeur chinois est impressionné par cette ville «barbare». Aux XVIe et XVIIe siècles, des missionnaires européens y voient l'égale de Rome ou de Babel, tandis qu'un Japonais visitant la Ville croit se trouver en Inde. Peu après 1860, Henri Mouhot - le plus célèbre de ses «découvreurs» et l'un des plus romantiques - la place définitivement sur la carte des merveilles du monde ; c'est alors que débute le dégagement systématique et l'exploration scientifique du site qui, jamais oublié, redevient le palladium d'une nation - refuge en période de crise, étendard sous tous les régimes. Son inscription sur la liste du Patrimoine mondial par l'Unesco en 1992 officialise la valeur que lui avaient donnée depuis longtemps les voyageurs.
Historien et archéologue, Bruno Dagens retrace les grandes étapes d'une découverte émerveillée.
Dans le cadre d’une lecture commune ayant pour thématique le Cambodge, j’ai choisi de commencer par un ouvrage document sur le site archéologique d’Angkor.
Les éditions découvertes Gallimard, dans un ouvrage concis, superbement illustré, et documenté donne une très bonne première approche du sujet.
Je m’attendais à quelque chose davantage axé sur le site en lui-même. En fait, c’est plus sous l’angle historique que nous abordons Angkor, avec les différents personnages qui l’on découvert, ou plutôt re découvert, puisqu’en réalité Angkor ,capitale historique du royaume du Cambodge ,est connu depuis le milieu du XVI ème siècle, mais que c’est par la présence française, et la fameuse Ecole française d’extrême orient, que le site sera redécouvert et étudié.

Bruno Dagens-Gallimard (collection Découvertes) 1989-192 pages
Bruno Dagens, professeur émérite à l'université Paris 3-Sorbonne nouvelle, ancien membre de l'Ecole française d'Extrême-Orient, archéologue et sanskritiste, a mené dès la fin des années 1950 à travers le monde indien et indianisé- en Afghanistan, en Asie du, Sud-est (Cambodge, Thaïlande, Laos) et en Inde - des recherches sur l'architecture et l'iconographie des temples et les traités techniques sanskrits qui leur sont consacrés. Ses publications comprennent l'édition et la traduction du Mayamata, célèbre traité d'architecture, et celles (parfois en collaboration) de plusieurs traités sivaïtes; à cela s'ajoutent l'étude descriptive d'un ensemble de près de 400 temples d'Andhra Pradesh, de nombreux articles, deux ouvrages de vulgarisation dans la Collection Découvertes-Gallimard sur Angkor et sur le dieu Shiva (ce dernier en collaboration) et enfin un «guide culturel» sur le Cambodge ancien.


Lu dans le cadre de Destination Cambodge organisé par Evertkhorus 


mercredi 29 juin 2011

Une journée d'Ivan Denissovitch


Prisonnier depuis huit ans dans un camp de travaux forcés en Asie centrale sous le régime stalinien, Ivan Denissovitch Choukhov, petit homme bon et débrouillard, est un zek, un détenu dans le langage administratif soviétique. Harcelé par ses bourreaux, le froid et la faim, il s'adapte pour survivre avec dignité dans un univers inhumain. Avec Une journée d'Ivan Denissovitch, Alexandre Soljenitsyne nous plonge dans le quotidien d'une victime parmi d'autres du système concentrationnaire soviétique. Au fil de cette journée, c'est toute l'horreur de ce monde " hors la vie" qui nous saute au visage, mais c'est aussi et surtout la résistance. (D’après l’édition de poche de Robert Laffont)
La publication de l’ouvrage, bien qu’autorisée par le régime, a eu un fort retentissement, et pour cause, Soljenitsyne, y parle du Goulag, le système concentrationnaire où le régime communiste déportait ses opposants de toute sorte.

Ce livre se mérite ; il faut savoir prendre le temps et son temps pour l’apprécier mais surtout pour l’apprivoiser. Ce n’est pas tant le style qui est difficile, que le facteur temps qui serait presque un personnage à lui tout seul ; le lecteur rentre dans une autre dimension ; tout se passe à l’échelle de la journée. Alors forcément, cela laisse le temps aux choses et aux personnages.
En effet, sans être compliqué, Soljénitsyne est fidèle au " style russe ", riche en détails, en petits rien insignifiants qui demande une lecture attentive, une concentration maximum. L’effort vaut la peine. Soljénitsyne avec des mots simples, sobres parvient traduire l’ambiance concentrationnaire du Goulag, des conditions de travail, des difficultés et humiliations en tout genre que les prisonniers subissent.
Ce livre met en évidence le fatalisme, trait de caractère très russe. On ne sent pas de révolte parmi les personnages, seulement que es choses sont comme cela et qu’il faut les accepter comme elles viennent.
 Et dans cet univers lourd, difficile, froid, l’humour n’est pas en reste.

« Le travail, c’est comme un bâton, ça a deux bouts ; quand on travaille pour des hommes, on en met un coup ; quand c’est pour des cons, on fait semblant. »

« Une journée de passée. Sans un seul nuage. Presque de bonheur. Des journées comme ça, dans sa peine, il y en avait, d'un bout à l'autre, trois mille six cent cinquante-trois. Les trois de rallonge, c'était la faute aux années bissextiles. »

Soljenitsyne, après avoir été interdit, emprisonné, banni de son pays, a été réhabilité. Désormais son œuvre est étudié des lycéens russes. J’ai hâte de lire d’autres de ses œuvres, avec notamment l’imposant archipel du Goulag.

Alexandre Soljenitsyne- Julliard (1963) existe en format poche-279 pages

Alexandre Soljénitsyne est né en 1918 à Kislovodsk. Orphelin de père, il fut élevé pauvrement mais parvint cependant à faire de brillantes études de mathématiques, de physique, d'histoire, de littérature et de philosophie. Décoré de l'Armée rouge pendant la Seconde Guerre mondiale, il est arrêté en 1945 pour avoir critiqué Staline et condamné à huit ans de camp de travail. Après quatre autres années de relégation, il est réhabilité en 1957. C'est au bagne qu'il avait commencé à écrire. En 1962, Khrouchtchev autorise la publication d'Une journée d'Ivan Denissovitch, mais à partir de 1965, toutes ses œuvres sont interdites en Union soviétique. Exportées clandestinement, elles sont aussitôt traduites dans plusieurs langues étrangères : le Premier Cercle, le Pavillon des cancéreux, de nombreuses nouvelles, enfin l'Archipel du Goulag qui lui vaut d'être arrêté en 1974, puis déchu de la citoyenneté soviétique et expulsé. Prix Nobel de littérature en 1970, Soljénitsyne a vécu vingt ans aux États-Unis où il a achevé la rédaction de sa gigantesque fresque historique commencée en 1936 : la Roue rouge. Il a regagné sa patrie en mai 1994, et a vécu à Moscou où il meurt à son domicile à 89 ans dans la nuit du 3 au 4 août 2008.

Challenge Nobel 9






Challenge 26 auteurs/26 livres: 14/26 [S]

Connaissez vous - Paris?


Y a-t-il un rapport entre l'eau de Javel et le quai du même nom ? Combien y a-t-il d'arcs de triomphe à Paris ? Quel agréable souvenir dentaire est attaché à la place des Etats-Unis ? Entre novembre 1936 et octobre 1938, Raymond Queneau pose chaque jour aux lecteurs du quotidien L'Intransigeant trois questions sur Paris. L'Histoire s'y mêle à l'anecdote, la pratique documentaire aux dérives dans la ville, le sourire au savoir. Sur une idée d'Emmanuel Souchier, la présente édition vous propose plus de quatre cents de ces questions assorties de leurs réponses. Pour parcourir la Ville Lumière en compagnie de l'un de ses plus éminents piétons et découvrir une oeuvre méconnue de Raymond Queneau, jamais encore publiée en volume.

Cette question me va droit au cœur, moi qui aime tant "fouiner" et déambuler dans Paris. Je comptais bien avec ce livre, apprendre, mais apprendre en m’amusant et sans ennui.
Ce livre n’est pas un ivre comme les autres. Il reprend sous un même volume les questions à propos de Paris que Raymond Queneau posait régulièrement aux lecteurs de " l’intransigeant" aujourd’hui disparu des publications.
Ce recueil est composé de 76 groupes de 6 questions dont les réponses sont données au verso. Tout y passe : de la Grande Histoire, aux petites histoires de Paris, des Personnages nés ou morts sur place à ceux auxquels on peut rattacher une anecdote croustillante, des monuments les plus connus aux façades les plus anonymes…..
 On ne lit pas ce livre tel l’affamé qui fait son repas intégral, mais tel le grignoteur piochant ici où là de quoi combler une petite dent creuse.

Incontestablement le contenu est fort intéressant …mais….la construction et la présentation font que cela devient vite étouffant et lassant. Si j’ai appris énormément de chose, je doute qu’au terme de du livre il m’en reste beaucoup, tant les informations arrivent de manière sèche et impersonnelle.
J’aurais apprécié une petite originalité dans la présentation de ce quiz : en faire ressortir des thématiques par exemple, y adjoindre quelques illustrations…

Je remercie Livraddict et les éditions Folio pour ce partenariat

Raymond Queneau-Folio n°5254 (mai 2011)-175 pages


jeudi 23 juin 2011

Le temps présidentiel, mémoires tome 2

Dans le second volume de ses Mémoires, Jacques Chirac aborde avec une grande liberté de ton les deux mandats de sa présidence, la plus longue de la Ve République après celle de François Mitterrand. Il dresse son bilan et explique ce qui a guidé ses grands choix, sans passer sous silence les aspects qui ont suscité des critiques et des commentaires ? la dissolution de 1997, le feuilleton des « affaires », l’échec du référendum sur la Constitution européenne ? , il rétablit aussi la vérité sur les réformes menées en faveur de la réduction de la « fracture sociale » et de la modernisation du pays.
Il consacre une large part de ce récit aux questions de politique étrangère et à son inlassable engagement pour le respect des cultures et la paix, tant en ex-Yougoslavie qu’en Irak. Restituant ses échanges avec les grands chefs d’État du moment, de Bill Clinton et George W. Bush à Tony Blair, de Boris Eltsine et Vladimir Poutine à Helmut Kohl et aux dirigeants chinois, il révèle les dessous, jusqu’ici tenus secrets, d’une action internationale souvent déterminante.
Jacques Chirac évoque également avec beaucoup de sincérité ses relations avec les principaux protagonistes de ses douze années de pouvoir : aussi bien Alain Juppé et Lionel Jospin, que Jean-Pierre Raffarin, Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin.
Il raconte, enfin, l’autre grande aventure de cette période : la création du musée des Arts Premiers, aventure qui reflète, au-delà de sa dimension esthétique, la part la plus authentique d’un président profondément humaniste, épris d’universel.
En conclusion, Jacques Chirac s’adresse à la jeunesse et aux créateurs, tous ceux qui seront les acteurs de la France de demain, et s’appuie sur son expérience hors du commun pour livrer dans un « testament politique » sa vision d’une « France qui ose ».


« Car il n’existe pas plus de hiérarchie entre les arts et la culture qu’il n’existe de hiérarchie entre les peuples. » 20 juin 2006, Inauguration du musée des arts premiers, quai Branly

Ce second volet se veut plus politique, plus profond, et plus vachard aussi. Si Chirac ne tarit pas d’éloge pour ses plus fidèle collaborateurs, pour un certain nombre de personnalités qu’elles soient de son bord ou pas, il peut être sans concession pour d’autres et pas forcement des moindre, à tors ou à raison….car on ne connaît jamais les dessous d’une histoire ou de la grande Histoire. A certains moments il attribue aux une et aux autres des traits de caractères ou des actes qui étaient les siens ou ses faits en d’autres temps.

Quand j’écris que ces mémoires ont un caractère plus politique et plus profond, c’est que d’une part Chirac ne parle plus de lui, mais surtout des grands sujets internationaux, environnementaux, des enjeux du futur qui ont occupés sa présidence. Il m’a paru beaucoup plus sincère et  plus vrai lorsqu’il revient longuement sur ce qui l’a amené à refuser une intervention militaire ne Irak, sur son cheminement en matière d’environnement, sur sa réflexion à propos des enjeux de société au niveau planétaire.
Sur le plan intérieur, je suis nettement convaincue par ses propos, son analyse du 21 avril qui à mon sens n’a pas été compris (et pas uniquement par lui d’ailleurs) et par les réponses données.
Ses échecs ne sont pas esquivés, mais….il ne regrette rien.

Sans être dupe sur le fait qu’il ne peut pas tout dire, et qu’il n’a pas forcément intérêt à dire certaines choses, cet ouvrage a au moins le mérite de balayer de manière assez complète ces quinze dernières années , de connaître un peu mieux les principaux dirigeants internationaux.

L’ancien chef de l’état, tel un vieux sage, drapé d’une étoffe d’humanisme, feinte ou sincère ? je ne me prononce pas, revient aux origines de l’Homme, pour mieux s’adresser à la jeunesse : « Alors Français : rêvez ! Osez ! Ultime message, testament, mise en garde, humour corrézien….à chacun de juger 

Jacques Chirac(en collaboration avec Jean-Luc Barré) -Nil éditions (juin 2011)-610 pages

lundi 20 juin 2011

Chaque pas doit être un but; mémoires tome1


Jacques Chirac ne parle pas facilement de lui-même. Pudique et secret, il se raconte ici pour la première fois. Dans un style vivant et direct, non dénué d’humour, il évoque ses origines familiales, sa jeunesse aventureuse et ses débuts en politique, depuis son élection en 1967 comme député de Corrèze, qui lui a permis de s’imposer très vite dans un milieu pour lequel il ne se sentait pas prédestiné.
Ce volume couvre les soixante-trois premières années de sa vie, jusqu’à son élection à la présidence de la République en 1995. On y voit naître et se former un homme politique hors normes et s’élaborer sa réflexion profondément marquée par les valeurs conjointes du radicalisme et du gaullisme. Jacques Chirac revient sur ses relations privilégiées avec Georges Pompidou, ses rapports conflictuels avec Valéry Giscard d’Estaing, sa cohabitation à la fois orageuse et complice avec François Mitterrand, son affrontement avec Édouard Balladur. Il lève le voile sur les années de solitude qui, nonobstant les trahisons, l’ont conduit en 1995 à la tête de l’État. C’est avec la même franchise qu’il révèle ses échanges avec divers chefs d’État étrangers. Jacques Chirac consacre aussi une large place dans ce livre à ses souvenirs personnels, brossant un portrait intime et émouvant de ses parents, de son épouse Bernadette et de ses filles Laurence et Claude. Il nous fait entrer dans son « jardin secret » en expliquant les raisons de son goût pour l’Asie et les arts premiers, qui a largement fondé sa vision humaniste du monde et de l’Histoire.
Retiré de la vie politique, enfin officiellement, mais pas tout à fait  malgré tout,  Chirac le pudique se livre, un peu plus que d’ordinaire.
Chirac fait partie du paysage politique du pays depuis que je suis l’actualité, bien avant d’être électrice.
Chirac, l’Homme Chirac, m’est sympathique. C’est le bulldozer qui aime la poésie, c’est l’homme pressé et moderne qui s’intéresse aux origines de l’Homme. Née un même jour que lui, je me reconnais dans ses contradictions.

Le premier volet de ses mémoires, qui prend fin à la veille de son élection à la Présidence de la République est à mon sens plus personnel que politique. Bien que né à Paris, c’est en Corrèze, qu’il puisera ses racines radicales –socialistes, marqué par un grand –père instituteur de campagne, et laïc, enfant unique adulé par sa mère, et dont il dira de son père « qui a su lui inculquer un profond respect du travail ».
Il me fera sourire en évoquant une jeunesse pleine d’idéaux : son ambition d’être marin au long cours, la signature de l’appel de Stockholm, son épopée américaine….
Il s’attarde longuement sur la passion de sa vie pour les arts premiers ; une passion qu’il a longtemps tenu secrète, préférant passer pour un inculte, alors qu’il est reconnu pour être un spécialiste du domaine.
L’animal politique n’est pas loin. La « chose » a été sa vie. Si rien de nouveau ne nous est révélé, c’est une autre facette de la politique qui est montrée : celle des amitiés, mais aussi des trahisons, vraies ou ressenties, celles des coups bas. Pas une personnalité de l’époque ne manque à l’appel. Il n’est as tendre avec celles de sa famille politique, plus bienveillant avec ses adversaires ; revient longuement sur celui qu’il considérait comme un père : Pompidou.
« Lorsque j’apprends sa mort, le soir du 2 avril, le chagrin qui me submerge est tel que je ne cherche nullement à dissimuler ma peine, en privé comme en public. Bien que nous n’ayons jamais été intimes, je ressens la morte de  Georges Pompidou  aussi cruellement que celle d’un proche. »

Chirac le pudique, se fait sincère, je le crois en tout en ce qui concerne ce point précis, lorsqu’il évoque son engagement et ses conséquence sur sa vie familiale, sa fille Laurence, son épouse qui envers et contre tout l’a toujours soutenu.
Je suis un peu moins convaincue par ses combats, non pas que je ne trouve pas sincère dans ses convictions, mais plutôt dans la manière de les mettre en œuvre, et sur les résultats.
Par contre je suis « admirative » de l’endurance, et de la persévérance du personnage. En quarante  années de politique, il a eu ses hauts et ses bas, ses victoires et ses échecs –cuisants pour certains-mais à chaque fois il est remonté en selle, Bernadette à ses côtés, plus conquérant que jamais pour atteindre son, objectif : accéder à la Présidence.

Sur la forme, ces mémoires, sont agréables  à lire ; 24 chapitres sur le mode thématique, et en annexes des discours de l’époque et son bilan de gouvernement  1986-1988. Le style est à l’image du personnage accessible, sans détour, clair.
Bien que je j'ai lu ce livre dès sa parution, j’en rédige mes impressions au moment où je termine le second volet de ses mémoires.
Jacques Chirac- Nil éditions (novembre 2009)-505 pages

mardi 14 juin 2011

Challenge musical

 Anne (des mots et des notes)  nous propose une nouvelle aventure , toute en musique, une poésie qui cause au creux de l'oreille

Dans une semaine, c'est l'été... et c'est la fête de la musique !!
Alors voilà, je viens ajouter un défi de plus à la blogosphère en délire... tant mieux ou tant pis, à vous de juger !
Ce challenge s'appellera : Des notes et des mots.

N'ayons pas peur des mots, ni des notes, je serai grande soliste internationale avec 5 livres minimum, 1 CD ou 1 DVD .

Pas de panique, nous avons tout notre temps......fêtons ensemble la musique en 2011, 2012, et faisons le bilan en   le 21 juin 2013

Comme je suis une grande mélomane, j'ai pris un peu...beaucoup d'avance avec:

*Jean Baptiste Destremau, la sonate de l'assassin
*Alessandro Baricco, Noveccento: pianiste
*Franck Conroy, Corps et âme
*Pascal Quignard, Tous les matins du monde
*E.E.Schmitt, Ma vie avec Mozart
*Claude Clément, Chopin l'âme du piano
*Chochana Boukhobza, Le troisième jour
*Selma Lagerlöf, Le violon du fou
*Elfriede Jelinek, La pianiste
*Greg Dawson, Joue, joue sans t'arrêter
*Yogo Ogawa, Les tendres plaintes



A partir de maintenant, commence mon challenge.......
Do, le dos, il a bon dos.
rayon de soleil d'or
Mi, c'est la moitié d'un ton
Fa, c'est facile à chanter
Sol, la terre où nous marchons
La, l'endroit où nous allons
Si, l'espoir que nous avons
Do, et nous recommençons.....


*Paola Calvetti, L'amour secret 
*Wahiba Khiari, Nos silences 
*Metin Arditi, La pension Marguerite
*Jon Savage,Machine soul
* Naïri Nahapétian,Dernier refrain à Ispahan 
*Gaëlle Josse,Nos vies désaccordées 
*Raphaël Jerusalmy, Sauver Mozart
*Simon Van Booy, L'amour commence en hiver
*Vincent Borel, Richard W.
*Metin Arditi, Prince d'orchestre

dimanche 12 juin 2011

La marche de Mina


Après le décès de son père, alors que sa mère doit s'éloigner pour parfaire sa formation professionnelle, la petite Tomoko est revue pour un an chez son oncle et sa tante. Tomoko a douze ans ; à Kobe, son oncle l'attend sur le quai de la gare. Il la serre dans ses bras et la conduit jusqu'à la très belle demeure familiale. Pour Tomoko, tout est ici singulièrement différent. Sa cousine Mina passe ses journées dans les livres, collectionne les boîtes d'allumettes illustrées sur lesquelles elle écrit des histoires minuscules ; un hippopotame nain vit dans le jardin, son oncle a des cheveux châtains, il dirige une usine d'eau minérale et la grand-mère se prénomme Rosa. Au cœur des années soixante-dix, Tomoko va découvrir dans cette maison l'au-delà de son archipel : à travers la littérature étrangère, les récits de Rosa sur son Allemagne natale et la retransmission des Jeux olympiques de Munich à la télévision, c'est un tout autre paysage qui s'offre à elle. La grande romancière japonaise explore dans ce livre, et pour la première fois dans son œuvre, le thème de l'étranger et des origines. En choisissant le prisme des liens de l'enfance, elle inscrit ce roman, comme le précédent intitulé la formule préférée du professeur, dans un cycle voué à la tendresse et à l'initiation.
J’avais aimé la musicalité des tendres plaintes, et de fait j’avais envie de retrouver Yoko Ogawa dans sa " veine gentille".
L’écriture est tout aussi élégante, poétique parfois. Seulement voilà, malgré cela, ce livre n’a pas eu grand effet sur moi .Si j’en ai apprécié la lecture durant la première moitié, c’était sans passion et sans sursaut de curiosité qui pousse inexorablement vers la fin.
Il m’a fallu le temps pour venir à bout de la seconde moitié du livre tant il y a de longueurs et de petites choses sans intérêt qui finissent par lasser.
Yoko Ogawa, a comme souvent en littérature asiatique, une écriture lente, voir contemplative. Cela ne me gêne pas dans la mesure où j’ai une béquille suffisamment nourricière pour me tenir  en éveil. Ce fut le cas dans les tendres plaintes, où la musique, le clavecin  stimulaient en moi un certain nombre de récepteurs.
Ce ne fut pas le cas avec la marche de Mina, qui malgré les petites histoires, qui malgré Pochiko  et sa façon bien à lui d’accueillir son monde, ne renfermait pas le terreau pour fertiliser cette lecture.
J’ai pu, ici ou là apprécier la tendresse et l’attachement entre Mina et Tomoko…mais…pas au-delà.
Ce roman aux qualités indiscutables n’a pas fait naître d’émotion particulière ; ni dégout ni enthousiasme. Et c’est peut-être ce qui est pire, que de ne rien ressentir du tout, si ce n’est l’envie, à un moment donné d’en finir au plus vite.

Yoko Ogawa-Actes Sud (11/01/2008) -317 pages

mercredi 8 juin 2011

Le retable des ardents


Fascinant chef d’oeuvre de la Renaissance, le Retable d’Issenheim de Mathias Grünewald est connu dans le monde entier. Mais qui donc est Mathias Grünewald ? Est-il ce Meister Mathis dont on peut trouver la trace fugitive ça et là dans de pauvres chroniques ? Pourquoi, quand on cherche à
retracer son parcours, a-t-on l’impression désespérante que le peintre a choisi une stratégie de fuite pour échapper à la postérité ? Pour contourner ce parti pris de discrétion et d’humilité, il ne reste à l’amateur d’histoire qu’une seule issue : éclairer le personnage à la lumière de son oeuvre. Car, dans la chambre obscure du passé, le Retable d’Issenheim est un puissant révélateur. Il met à jour non
seulement le contexte de cette période charnière du passage des temps médiévaux à ceux de la Renaissance mais aussi, et surtout, la véritable personnalité de Mathis : celle d’un homme dévoré par la foi mais aussi profondément chamboulé par les malheurs de son temps. La curiosité de l’historien nous livre aujourd’hui un roman sensible et bouleversant.

Avant toute chose, pour savoir de ce qu’il est question dans le livre

Le retable (du latin retro tabula altaris : en arrière d'autel) est une construction verticale qui porte des décors sculptés ou peints en arrière de la table d'autel. L'étymologie du mot français est la même que l'espagnol retablo, lorsque le terme italien est pala d'altare.

Il est fréquent qu'un retable se compose de plusieurs volets, deux pour un diptyque, trois pour un triptyque voire davantage pour un polyptyque.

« Je compris que notre peinte était aussi un peu alchimiste, à ceci près qu’il ne cherchait pas, lui, à transformer le plomb en or mais tout simplement à obtenir les plus belles couleurs pour honorer notre Seigneur. »

Ce livre, présenté comme un roman, mais à mon sens se situe à mi-chemin du récit et du roman. Il combine à la fois une narration avec le "je" qui est l’assistant de Maître Mathis , et un mode plus impersonnel dans une grand partie du livre. Cela n’altère en rien sa qualité, c’est simplement une impression personnelle qui n’engage que moi.

Je remercie News book et  les éditions Verger, maison alsacienne, qui m’ont permis de lire ce livre, et par la même occasion de mettre à l’honneur par ouvrage original une région magnifique qu’est l’Alsace ; et pour y habiter tout près je peux en attester doublement.

Michel Winter a su très bien, dans un vocabulaire et avec un style accessible, amener son lecteur sur les chemins de l’art, de la religion, de l’histoire nous instruire de manière pointue, et savante, sans alourdir son teste ni assommer le lecteur.
J’ai lu ce livre avec beaucoup d’intérêt : avec le plaisir du roman, et l’attractivité du livre de connaissance.

Nous sommes en 1512, en haute Alsace il sévit une terrible épidémie de maladie des ardents, ou le feu de St Antoine. Maître Mathis, reçoit une commande pour un retable pour la communauté des Antonins d’Issenheim.
C’est sous la plume de Johan, son apprenti que nous suivrons tantôt de manière romanesque, et tantôt sur le mode plus documentaire (parce qu’il y a beaucoup de lacunes historique sur la question, qu’à partir du moment où les faits ne sont plus établi, l’auteur s’est osé à la liberté) la naissance de cet œuvre d’art encore exposée en Alsace.
L’auteur montre avec talent comment la piété d’un artiste va l’inspirer dans son œuvre, comment toutes les interrogations qui l’animent durant les 4 ans de genèse du retable vont au fur et à mesure le faire cheminer.
L’auteur n’en oublie pas pour autant le contexte politique et religieux de l’époque : la haute Alsace est dans le St empire germanique, et est fortement influencée par la réforme protestante, qui fera beaucoup douter le peintre. Le climat inquisitoire, avec notamment le sort réservé à celles que l’on soupçonnait de sorcellerie est bien abordé.

J’ai aussi beaucoup apprécié la précision des descriptions géographiques et des édifices ; en particulier la cathédrale de Strasbourg…
« Jamais il n’a vu, dans ce monde rhénan pourtant riche en sanctuaires somptueux, une construction aussi élancée, aussi richement décorée. Et cette pierre, le grès des Vosges qui se sculptait comme de la dentelle, accrochait et réverbérait les rayons du soleil dès le début de l’après-midi, quand l’épais brouillard qui parfois pesait sur la cité se levait sur les toits et les quais humides de la ville. »

Les techniques artistiques, et les matériaux utilisés pour les couleurs sont très bien abordés, avec juste de théorie mais pas trop.

Au final, j’ai beaucoup appris tout en détente et plaisir. Je n’ai qu’une hâte : me précipiter au musée Unter-Linden de Colmar où ce retable est exposé.


Michel Winter-Le verger éditeur -240 pages

Pour vous donner une idée de ce que représente ce retable:
 Retable fermé, avec la crucifixion au centre, St Sébastien à gauche, St Antoine à droite; L mise au tombeau sous la crucifixion.

 Retable, première ouverture, avec de gauche à droite: l'Annonciation, le concert des anges, la Nativité, la Résurrection
.Retable seconde ouverture avec de gauche à droite: la visite de St Antoine à St Paul, St Augustin, St Antoine, St Jérôme, la tentation de St Antoine

lundi 6 juin 2011

Les trois lumières

LES TROIS LUMIÈRES. Dans la chaleur de l’été, un père conduit sa fille dans une ferme du Wexford, au fond de l’Irlande rurale. Bien qu’elle ait pour tout bagage les vêtements qu’elle porte, son séjour chez les Kinsella, des amis de ses parents, semble devoir durer. Sa mère est à nouveau enceinte, et il s’agit de la soulager jusqu’à l’arrivée du nouvel enfant.
Au fil des jours, puis des mois, la jeune narratrice apprivoise cet endroit singulier, où la végétation est étonnamment luxuriante, les bêtes grasses et les sources jaillissantes. Livrée à elle-même au milieu d’adultes qui ne la traitent pas comme une enfant, elle apprend à connaître, au gré des veillées, des parties de cartes et des travaux quotidiens, ce couple de fermiers taciturnes qui pourtant l’entourent de leur bienveillance. Pour elle qui n’a connu que l’indifférence de ses parents dans une fratrie nombreuse, la vie prend une nouvelle dimension. Elle apprend à jouir du temps et de l’espace, et s’épanouit dans l’affection de cette nouvelle famille qui semble ne pas avoir de secrets. Certains détails malgré tout l’intriguent : les habits dont elle se voit affublée, la réaction de Mr Kinsella quand il les découvre sur elle, l’attitude de Mrs Kinsella lors de leurs rares sorties à la ville voisine…
Claire Keegan excelle à éveiller l’attention de son lecteur sur ces petites dissonances où transparaît le désarroi de ses personnages, en apparence si maîtres d’eux-mêmes. Explorant avec le talent qui lui est coutumier les failles du quotidien, elle brosse ici le portrait magnifique d’une enfant qui apprend à grandir entourée d’adultes mystérieux et d’une nature dont la beauté coupe le souffle.
Les parutions chez Sabine Wespeiser sont peu nombreuses chaque année, mais sont de qualité.  Leurs auteurs sont fidèles, et de qualité ; loin du tape à l’œil que l’on peut rencontrer parfois ailleurs. La sobriété est également de mise au niveau du livre lui-même. J’en apprécie le format carré caractéristique, son papier épais ivoire, et d’une extrême douceur.

Une petite fille  que son père amène chez des amis sans enfant, pour passer quelque temps au calme, le temps que la maman accouche de son énième enfant….Tel est le cadre de cette nouvelle dans un Irlande profonde, rurale, et humaine.
Elle est "la petite", puis "pétale". Elle arrive sans valise ; son père l’a oubliée. Elle mal peignée, crasseuse. Une enfant parmi tant d’autres dans une famille qui n’a pas la tendresse en bandoulière.
« Elle vous coutera une fortune en nourriture. » dit son père en la confiant…
La petite va donc arriver dans une famille qui a son secret, et de la tendresse à revendre. Les Kinsella sont attentifs, aimants, un peu originaux….mais qu’importe.
 « Oh, n’est –elle pas là pour qu’on la gâte ? dit Kinsella. »
 J’ai lu, ou plutôt goûté avec gourmandise, une savoureuse nouvelle, très courte, au style simple, où pas un mot n’est de trop. Claire Keegan économise en mot pour mieux laisser parler  la tendresse, l’amour, le respect de l’autre et la vie. 
Claire Keegan-Sabine Wespeiser-100 pages

Claire Keegan est née en 1968 en Irlande. Elle a grandi dans une ferme du comté de Wicklow, qu’elle a quittée pour aller étudier à La Nouvelle-Orléans et au pays de Galles. Également diplômée du Trinity College à Dublin, elle vit aujourd’hui près de Sligo. L’Antarctique, son premier recueil de nouvelles paru en mai 2010 chez Sabine Wespieser éditeur, a remporté un beau succès. Foster (Les Trois Lumières) a été publié dans le New Yorker en février 2010, puis édité comme texte isolé par l’éditeur anglo-saxon de Claire Keegan, Faber and Faber. Cette longue nouvelle a été couronnée par le prix le plus prestigieux du monde anglophone pour les textes courts, le Davy Byrnes Award. À paraître en 2012, chez le même éditeur, Walk the Blue Fields (À travers les champs bleus), son deuxième recueil de nouvelles.



 Seconde promenade irlandaise avec Val

dimanche 5 juin 2011

Les saisons de la nuit


« Ce roman parle de New York, d'amour, de mariages mixtes, de terrassiers qui creusent des tunnels, de bâtisseurs de gratte-ciel qui dansent sur des poutrelles à des centaines de mètres au-dessus de la ville. C'est peut-être le premier vrai roman consacré aux sans-abri, à ceux qui vivent au-dessous et à l'écart de la cité prospère. On sent que Colum McCann a fréquenté ces lieux-là : dans une langue qui procure un plaisir presque physique, il évoque avec une rare puissance ce présent qui empeste et ce passé qui oppresse. »
Frank McCourt
« Un superbe roman [...]. Je n'ai pas le souvenir qu'un auteur de la génération de McCann m'ait aussi profondément remué. »
Jim Harrison

« C’est seulement sous terre que la couleur est abolie, que les hommes deviennent des hommes. »
« Seigneur, j'suis tellement au fond du trou, quand je lève les yeux, je vois que le fond. »

A New-York nous admirons les buildings, nous arpentons les galeries du "subway", empruntons les nombreux tunnels qui servent à désengorger la ville et à relier les différents" borough" en entre eux. Ces constructions et infrastructures sont nées au début du siècle en accompagnant l’essor de la grosse pomme. Mais que savons-nous des hommes qui l’ont fait ?
Parallèlement, deux histoires se mettent en place, et finiront par se rejoindre pour ne faire plus qu’une.
A début du siècle, ce sont Nathan le noir, Sean, Vanucci l’italien, Con l’irlandais qui creusent tels des forçats des temps modernes tout droit sortis d’un roman de Zola, le tunnel qui relie Brooklyn à Manhattan ( probablement celui là même qu’empruntent les passagers de l’aéroport Kennedy) .
« Il y a eu beaucoup de morts dans le tunnel, mais c’est une loi que ces hommes-là acceptent :Tant qu’on vit, on vit, et puis plus rien. »
Quatre personnages reflet de la société américaine, qui vivent, ou survivent, se soutiennent mutuellement face aux accidents, à la maladie, au racisme puant, aux préjugés. « L’obscurité les dérobe aux regard : bien que mariés, ils vivent une histoire d’amour illicite. »
Hiver 91,  Teefrog le clochard, l’homme des rues, ou plutôt des sous terrain, nous entraine là où les touristes ne vont jamais. Mais au juste qui est Teefrog ?

Ce roman est construit  avec beaucoup d’intelligence ; alternativement nous changeons d’époque, et suivons les uns et les autres au gré de leurs vicissitudes et de leurs petits bonheurs. Progressivement nous apprenons à les connaître, passons les générations pour qu’enfin se lève le mystère Teefrog.
Avec minutie, et beaucoup de réalisme Colum McCann, rend ici hommage aux hommes de l’ombre, aux laissés pour compte, à ceux qui n’ont pas profité de l’essor économique de la ville, à tous ceux  que New-York cachent  et dénigre.

Ce roman est triste, mais plein d’humanité, et j’ose dire qui éclaire le lecteur sur une ville qui n’est pas que néons, boutiques de luxe, et grosses limousines. Il m’a kidnappée, serrée très fort, remuée, fait sourire parfois, attendrie, révoltée. Je l’ai aimé. C’est le second ouvrage que je lis de Colum McCann ; jamais 2 sans 3, dit-on…
Colum McCann-10/18-320 pages
Né à Dublin en 1965, Colum McCann est l'auteur de plusieurs romans - dont Le Chant du coyote, Les Saisons de la nuit , Danseur et Zoli - et de deux recueils de nouvelles, La Rivière de l'exil et Ailleurs, en ce pays. Son nouveau roman, Et que le vaste monde poursuive sa course folle, paru aux Editions Belfond en 2009, a remporté le National Book Award. Colum McCann vit aujourd'hui à New York.

Challenge ABC/Babélio :20/26 [M] 
Challenge 26 livres/26 auteurs: 13/26 [M]

Challenge New-York à l'initiative de Well read kid
Challenge de la littérature irlandaise à l'initiative de Val





Pour l'état de New-York 3/50