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dimanche 14 octobre 2018

Je me suis tue


Dans sa cellule à Fresnes, Claire attend son procès. On ne sait rien, mais on devine immédiatement que quelque chose de monstrueux se trame derrière tout cela.
Puis Claire prend la parole, et s’explique, détaille. Aussi prolixe sur le papier qu’elle est muette, stoïque, impassible et passive devant ses juges.
Claire s’est tue, Claire ne dit rien, et ne dira rien pour l’éternité….
 Ce livre n’est pas un thriller, mais il est construit  comme tel  ; la tension monte à chaque page sans que l’on sache de quoi sera faite la suivante.
Mathieu Menegaux ne juge pas, n’accable pas, pas plus qu’il ne soutient, ou du moins cherche à comprendre. A charge au lecteur d’appréhender au fil de sa lecture, d’aller de découverte en découverte ; de comprendre, ou pas ;de condamner, ou pas, de compatir ou pas…

Entre ces pages il y a une vie, avec ce qu’elle de complexe, avec ses tabous, ses douleurs, ses barrières, ses incertitudes, ses mensonges, ses petits miracles. Une vie qui bascule un soir pas comme les autres et dont les évènements semblent s’enchaîner et échapper à Claire ; en tout cas, c’est comme ça que je l’interprète, que je l’imagine ; peut-être que je me trompe ?

J’ai lu ce livre d’une traite, en apnée, ou presque à la faveur d’un long trajet en avion, happée par la tension croissante qui se dégage, bercée par une play- liste riche et minutieusement choisie par l’auteur, et qui fait  intelligemment diversion à ce huis-clos noir et glauque. Dans ce texte il n’y a aucune place pour le superflu ; chaque mot compte.

Je me suis tue de Mathieu Menegaux, chez Grasset (Avril 2015,192pages), disponible en poche chez Points (Janvier 2017,144 pages)


Mathieu Menegaux est né à Paris en 1967.
Son premier roman, 'Je me suis tue', publié chez Grasset en 2015 et Points en 2017, a obtenu le prix du premier roman des 29e Journées du Livre de Sablet (Vaucluse).

En 2017, il revient avec 'Un fils parfait' qui reçoit le prix Claude Chabrol du roman noir et qui est en cours d’adaptation pour la télévision.Il publie en 2018 "Est-ce ainsi que les hommes jugent ?"

dimanche 2 avril 2017

Nid de vipères



« J’ai voué toute ma vie à cette vengeance »

Isabela et Fred ne sont encore que des enfants quand leur vie familiale bascule suite au viol et à l’agression de ses parents poussés au dépouillement. Tout cela porte un nom : Turvel ; qui depuis a gravi tous les échelons politiques, et domine les affaires les plus véreuses de la région.

Si Fred a fait sa vie à New-York, en tentant d’oublier, Isabela s’est juré de venger ses parents, quoi qu’il lui en coûte. Il lui en faudra du courage, de la détermination, il lui faudra mettre son orgueil en sourdine pour parvenir à s’infiltrer au cœur du monde  et de la vie de Turvel dans le seul et unique but de le détruire.

Nid de vipère est l’histoire de cette vengeance, avec un style qui ne ressemble à aucun autre : dialogues non séparés de la narration sans indication explicite de provenance, absence de temporalité, et chronologie toute relative.

Mais ce qui frappe, comme dans Pssica d’ailleurs, c’est l’extrême rudesse de la prose de l’auteur. La violence transpire de chaque mot, de chaque personnage, de chaque situation. Point de répit, pas plus qu’il n’y a de rédemption. Tout finira par exploser ; personne  sur laquelle on puisse s’accrocher ;personne n’en sortira indemne.

On sent chez l’auteur comme l’urgence de dire les choses telles qu’il les vit, et les voit dans ce bout de Brésil gangrené de toute part.

Ce roman, c’est du brut de chez brut ; pas l’ombre d’une poésie ; pas la moindre partielle de ciel bleu ; c’est noir, implacable, et sans issue !

Nid de vipères, de Edyr August, traduit du portugais (Brésil) par Diniz Galhos (Mars 2015, 150 pages)


Edyr Augusto est né en 1954 à Belém. Journaliste et écrivain, il a débuté sa carrière en tant que dramaturge à la fin des années 1970. Il écrit toujours pour le théâtre et endosse parfois le rôle de metteur en scène. Edyr a également écrit des recueils de poésie et de chroniques. Belém, son premier roman, peinture noire de la métropole amazonienne, est paru au Brésil en 1998 et en France en 2013. Ont suivi Moscow, Nid de vipères et Pssica.
Très attaché à sa région, l'État du Pará, au nord du Brésil, Edyr Augusto y ancre tous ses récits.
Il a deux fils, un petit-fils, une compagne qui est actrice et deux chiens. Passionné de football, il donnerait tout pour devenir joueur professionnel.

mercredi 6 juillet 2016

Carnaval



« Comme j’aime être précis, sachez que je passerai sur La Nouvelle- Orléans mardi prochain, à 0h15 (heure terrestre). Dans mon immense mansuétude, je vous fais la proposition que voici : J’aime beaucoup le jazz. Aussi je jure par tous les diables résidant aux Enfers, que seront épargnés tous ceux dont la demeure dansera au rythme d’un groupe de jazz. »
 Cela est signé du tueur à la hache dans une lettre adressé au journal local de La Nouvelle- Orléans…

Nous sommes en 1919, à La Nouvelle-Orléans. Un mystérieux tueur sévit à la hache de la pire manière qui soit. Tout le monde patine ; la Police d’abord. Chacun y va de sa petite enquête, chacun dans son coin, chacun avec ses motivations et ses petits secrets : un journaliste en mal de scoop, une secrétaire d’agence de détectives au sang mêlé qui aimerait bien devenir détective, un ancien flic tout juste sorti de prison…

La Nouvelle-Orléans n’est pas une ville tranquille ; la ségrégation y bat son plein, la mafia sicilienne  est omniprésente, et le vaudou jamais très loin. Il faut ajouter à cela un ouragan qui s’annonce…

Ambiance électrique, chaude, lourde, étouffante, jazzy… Carnaval c’est tout cela à la fois. Ray Celestin , dont c’est ici le premier roman, s’inspire d’une réalité historique pour construire un thriller implacable bardé de mystère et au réalisme étonnant. Le lecteur est totalement immergé dans la réalité historique de cette ville,  dans sa moiteur, et ses tensions sociales et raciales. L’auteur prend le soin d’installer son histoire, et a pris le parti d’accentuer le climat ambiant avec une écriture dotée d’une certaine langueur. On savoure davantage ce livre qu’on ne le dévore. On appréciera le voyage temporel, et spatial, mais aussi la promenade musicale qui nous transporte aux sources de ce bon "vieux jazz" qui  démange les pieds.

Carnaval est un premier roman prometteur, et une très belle découverte que je dois à l’excellent défricheur de polar qu’est Bernard Poirette ; toujours de bons conseils !

Carnaval de Ray Celestin, traduit de l’anglais par Jean Szlamovicz, aux éditions du Cherche midi (Mai 2015, 496 pages), disponible en format poche chez 10/18 (Mai 2016, 528 pages)
 


Ray Celestin vit à Londres. Il est linguiste et scénariste. Carnaval est son premier roman. Il a été élu meilleur premier roman de l’année par l’Association des écrivains anglais de polar.

Challenge Petit bac chez Enna : Spectacle (ligne 4)

mardi 8 mars 2016

Madame Zou



Madame Zou est l’une des prisonnières que nous avons croisée dans le précédent opus.
Dans ce troisième et dernier volet, bien que consacré à Madame Zou, c’est de manière plus indirecte que l’auteur s’y attache. D’abord au présent lorsqu’elle sort enfin de son enfermement pour aller croupir au bureau des affaires culturelles. Puis dans un grand bond en arrière l’histoire  s’arrête sur la vie carcérale des femmes jugées criminelles par le pouvoir.
Cette fois, c’est l’homosexualité féminine qui est abordée ici. Sujet tabou au plus haut point en Chine.
Zhang Yihe se fait plus mordante, et plus crue quand il s’agit de dénoncer, mais n’en oublie pas pour autant d’entourer de douceur  ses personnages.
Cet opus est de meilleur facture que le premier,Madame Liu, mais moins émouvant que le second, Madame Yang, qui restera à mon sens le plus abouti.

Madame Zou de Zhang Yihe, traduit du chinois par François Sastourné, chez Ming Books (Janvier 2015, 230 pages)


Zhang Yihe est née à Chongqing en septembre 1942. En 1960, elle entre à l’Institut de recherche sur l’opéra chinois, où elle intègre le département de littérature. Dix ans plus tard, elle est dénoncée pour avoir critiqué l'épouse de Mao, Jian Qing, dans son journal intime. Elle passe 9 ans dans un camp de rééducation. Elle commence à publier en 1999, d'abord sur l'opéra, avant de passer à la fiction. Ses livres sont régulièrement censurés en Chine.

lundi 11 janvier 2016

Un fond de vérité



Nous sommes à Sandomierz, 200 km au sud de Varsovie, petite bourgade tranquille au bord de la Vistule, à l’époque actuelle. Szacki, procureur y est fraichement débarqué afin de mettre un peu de distance vis à vie de son ex d’une part, et d’y trouver un peu de calme, professionnellement parlant…. Lourde erreur !!
Le voilà  assez vite confronté à un meurtre à la mise en scène  qui rappelle les heures sombres du pays. Tout cela s’apparente à des pratiques judaïques…..
Voilà le lecteur embarqué au cœur d’un pays qui n’en a pas terminé avec son passé.
Zygmunt Miloszewski, dont c’est ici le second roman, remonte le fil d’une très vieille vengeance, et explore ainsi une histoire douloureuse tout en campant une son ouvrage dans une Pologne moderne où l’ombre tutélaire de la religion est encore vive.
L’auteur prend son temps dans la construction de son roman qui cependant ne comporte aucune longueur. La plume est alerte, travaillée sans être guindée, un brin mordante.
On lit ce roman avec un réel plaisir tant par ce qu’on y apprend que part un suspense savamment entretenu.
Assurément une très belle découverte.

Un fond de vérité de Zygmunt Miloszewski, traduit du polonais par Kamil Barbaski, Mirobole éditions, 2015,470 pages


Zygmunt Miłoszewski, né à Varsovie le 8 mai 1976, est un auteur phare de la jeune génération polonaise. Ecrivain, journaliste et scénariste, il fait ses débuts en 2005 avec un roman d’horreur remarqué, Interphone. Aujourd’hui, ses romans sont traduits dans 9 pays.
Les Impliqués (Mirobole, 2013) s’est vu sélectionné pour de nombreux prix, tel le Prix du polar européen , le Prix SNCF du polar et le Prix des lectrices de Elle. Mirobole a publié en janvier 2015 le deuxième volet des enquêtes de Teodore Szacki, Un fond de vérité.