mercredi 2 février 2011

Les oreilles du loup


Du haut de ses arbres et de ses cinq ans, un garçon farouchement libre, crinière rousse au vent et ses chaussettes jaunes bien remontées sur son pantalon rouge, guette les ombres du monde des adultes et le fantôme fou de son père. Bringuebalés dans la tourmente de la séparation de leurs parents, sa petite sœur et lui entament avec leur mère une errance entre ta savane et la ville, ta jungle et les plateaux de ta cordillère des Andes, en quête de survie, d'une éclaircie. Les sensations et images isolées qu'il perçoit avec ses yeux de tigre, la force de la violence et du malheur, mais surtout celle de l'amour et de ta beauté, composent le portrait impressionniste d'une Colombie sensuelle et meurtrie.
Et bien, je dois dire que je suis bien déçue par ce livre. Je cherchais un auteur en U, ce qui est déjà assez rare, un Colombien de surcroit……..et j’ai donc trouvé ce Monsieur, et son petit livre, dont la couverture m’a semblé fort sympathique.
Je ne peux pas dire que le livre est mal écrit, bien au contraire. Il est certainement trop bien écrit pour que ce langage imagé, onirique, et finalement abstrait puisse me toucher. J’ai eu beau lire, je n’ai jamais pu m’installer dans l’état d’esprit de ce petit garçon, ni ,m’impliquer dans son voyage à la fois réel et irréel qu’il entame avec sa petite sœur, et sa mère entre la ville et la campagne.
Il fuit le monde réel, et, dans un monologue use d’une symbolique animalière pas très explicite pour moi. Les oreilles du loup, titre de cet ouvrage, restent Le mystère du livre.
Un livre qui peut aisément convenir à des personnes ayant une sensibilité et un regard autres que les miens et, qui sont moins en attente d'une histoire, ou d'un scénario que moi.
Antonio Ungar-Les Allusifs-132 pages
Écrivain et journaliste, Antonio Ungar figure dans la liste « Bogotá 39 » réunissant les trente-neuf meilleurs auteurs latino-américains de moins de trente-neuf ans. Né en 1974 dans la capitale colombienne, il habite aujourd'hui en Palestine. Il travaille comme correspondant pour journaux espagnols, italiens et sud-américains, une activité pour laquelle il a remporté en 2006 le prix de journalisme Simón Bolívar. Il collabore régulièrement à des journaux colombiens et mexicains, pour lesquels il rédige des articles abordant principalement la situation au Moyen-Orient. Outre Les oreilles du loup, son premier ouvrage traduit en français, il est l'auteur de deux recueils de contes, Trece circos comunes (1999) et De ciertos animales tristes (2000), d'un livre pratique, Contar cuentos a los niños (2001), et d'un roman, Zanahorias voladoras (2004). Il travaille actuellement à la rédaction de son troisième roman, sur les massacres perpétrés par les groupes paramilitaires en Colombie.
Challenge 26 auteurs-26 livres: 6/26 [U]


Lecture sur proposition d' Evertkhrus

mardi 1 février 2011

A l'ouest rien de nouveau


« Quand nous partons, nous ne sommes que de vulgaires soldats, maussades ou de bonne humeur et, quand nous arrivons dans la zone où commence le front, nous sommes devenus des hommes-bêtes? »Témoignage d'un simple soldat allemand de la guerre de 1914-1918, À l'ouest rien de nouveau, roman pacifiste, réaliste et bouleversant connut, dès sa parution en 1928, un succès mondial retentissant. Il reste l'un des ouvrages les plus forts dans la dénonciation de la monstruosité de la guerre.
Me voilà assez partagée après la lecture de ce livre. En effet, j’ai trouvé ce récit lourd, angoissant, et, au final, pénible à lire. Le texte compact, les chapitres longs, et le manque d’espace accentuent davantage mon impression.
Et pourtant, ce texte est admirablement écrit, et compte tenu, de la nature même des faits, bien que très réaliste et explicite, Erich Maria Remarque a évité de versé dans un récit sanguinolent, et, de fait s’abstient de tout voyeurisme inutile. Et cela le rend émouvant.
Nous sommes durant la première guerre mondiale, Paul Bäumer, le narrateur, évoque son quotidien, au front en compagnie des autres soldats dans les tranchées, dans les hôpitaux, ou plus à « l’abri » lorsqu’ils ne sont pas en première ligne.
L’évolution de ces soldats est flagrante tout au long de ce récit, avec le temps ils deviennent résignés, s’interrogent sur le pourquoi et le comment de cette guerre.
« C’est bizarre, quand on y réfléchit, poursuit Kopp. Nous sommes ici pour défendre notre patrie. Mais les Français, eux aussi, sont là pour défendre la leur. Qui a donc raison ? »
« Pourquoi donc y a-t-il la guerre ?demande Tjaden »
Mieux qu’un livre d’histoire, l’auteur montre la boucherie que fut ce conflit, les conditions misérables dans lesquelles étaient les combattants.
« Le jeune homme aura de la peine à supporter le transport et c’est tout au plus s’il ne peut encore vivre quelques jours. Tout ce qu’il a souffert jusque là n’est rien à côté de ce qui lui reste à souffrir avant qu’il meure. »
Et quand les temps sont difficiles, quand les individus sont exposés de la sorte à la faim, au froid, et, à la mort, ou pire encore à la lente souffrance qui mène à la mort, rien ne vaut l’esprit de camaraderie qui règne partout et en toutes circonstances, mêmes les plus insignifiants.
En lisant ce texte, et en songeant à ce que peut être l’état d’esprit d’un soldat du rang lorsqu’il part au front, je ne peux m’empêcher de penser à cette phrase de Paul Valéry, «La guerre, un massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas » On ne pouvait pas être plus cynique.
Erich Maria Remarque-Le livre de poche n° 197-220 pages
Incorporé en 1916 et envoyé au front, Erich Maria Remarque revient un an plus tard, blessé aux mains ce qui le fait renoncer à une carrière de musicien pour laquelle il aspirait. Après avoir donné des cours en école primaire, il écrit quelques comptes rendus pour un journal. En 1920, il publie son premier livre 'La baraque de rêve' qui passera inaperçu. Mais c'est neuf ans plus tard, avec son roman 'A l'ouest rien de nouveau', que sa carrière débute vraiment. Il sera alors pris pour cible par les nazis qui l'accusent d'affaiblir le moral de la nation allemande dans ses écrits. En 1933, ses livres sont d'ailleurs brûlés à Berlin et interdits dans les bibliothèques. Il quitte alors l'Europe, car la Gestapo veut l'arrêter, pour New York, d'où il critique plus tard la nouvelle république de Weimar, faite selon lui de personnes mêlées de trop près aux crimes nazis. Avec sa nationalité américaine, il rentre en Suisse en 1947 et écrit de nombreux romans comme 'L' obélisque noir' ou 'Un temps pour vivre, un temps pour mourir'. C'est à partir de 1963 que la presse allemande reconnaît l'importance de son oeuvre.
Challenge 26 auteurs-26 livres: 5/26 [R]
Challenge ABC/Babélio: 14/26 [R]

lundi 31 janvier 2011

Le signal


Pour la dernière fois, Mack et sa femme, Vonnie, partent camper dans les montagnes du Wyoming afin de se dire adieu. Enlisé dans les dettes et l'alcool, Mack a peu à peu contraint Vonnie à renoncer à l'amour profond qui l'avait attirée vers l'Ouest, et la jeune femme a refait sa vie. Cette randonnée est un moment de complicité retrouvée, une ultime chance de se dévoiler l'un à l'autre. Pour Mack, cette expédition est aussi l'occasion d'exécuter une dernière mission pour le compte d'un intermédiaire douteux afin de sauver son ranch de la faillite. Au coeur des vastes étendues sauvages, guidé par un faible signal GPS, il doit retrouver une mystérieuse balise égarée lors d'un survol de la région. Mais cette mission se révélera bien plus périlleuse que prévu. Le Signal est un roman magistral combinant le destin d'un amour qui s'achève avec un suspense qui nous mène au paroxysme de l'angoisse. Un livre palpitant qui se lit d'une traite.
Fidèle à sa ligne éditoriale, les éditions Gallmeister, nous offre à nouveau un retour à la nature.
Ron Carlson, dans Le signal, non seulement nous emmène en randonnée dans le Wyoming, avec dans son écriture une manière presque invisible de vous projeter dans ces montagnes, de telle manière qu’en lisant, j’étais là-bas, le sac au dos, le bâton à la main à suer sur les chemins, et à (presque) admirer les lacs aux couleurs éclatantes.
Mis, il n’y a pas que cela, l’auteur ne se content pas d’un roman contemplatif, qui aurait pu devenir lassant.
Il met en scène un ex couple, qui se retrouve pour une randonnée d’adieu, en quelque sorte, comme au bon vieux temps, le temps où s’aimaient. Deux êtres qui le temps de 3 jours reprennent des gestes de vie commune .Mak sort de prison après avoir trempé dans des affaires pas très claires pour garder coûte de coûte le ranch familial. Vonnie, qui l’ épaulé, puis jette l’éponge, accepte ce dernier rendez-vous, sans savoir que Mack, n’a pas tout à fait rompu avec ses anciennes habitudes, et que la randonnée ne sera pas vraiment telle qu’elle l’avait imaginée. Et c’est cela qui va tenir le lecteur en haleine.
L’auteur nous amène à réfléchir sur la fin d’un amour, le couple, ou du moins de ce qu’il en reste, et sur la question d’un possible retour en arrière. Immanquablement le lecteur y pense : et si, finalement ………
Dans un style qui mélange le thème central de la nature, des grands espaces, de la beauté environnante que l’on contemple en même temps que nos deux compères, celui plus vif et direct des moments plus sportifs et plus virils, et, enfin, celui des souvenirs égrenés au fil de ce roman avec lesquels l’auteur nous fait « rentrer » dans les personnages, Ron Carlson, réussit à happer son lecteur, et à me happer, et m’entrainer passionnément dans cette histoire.
Ron Carlson-Gallmeister-222 pages
Ron Carlson est né en 1947, en Utah. Il est l’auteur de plusieurs recueils de nouvelles et de quatre romans qui ont reçu de nombreuses distinctions aux États-Unis. Il enseigne la littérature à l’Université de Californie, à Irvine, et vit à Huntington Beach. Le Signal, publié en 2009 aux États-Unis est son dernier roman.
Livre lu dans le cadre du challenge Nature writting organisé par "les lectures de folfaerie"


dimanche 30 janvier 2011

Vingt ans l'an quarante

Ils ont vingt ans, ils sont étudiants et ils s'aiment. Mais c'est la guerre, les Allemands occupent Paris. Alors eux, les étudiants, les amants, veulent combattre. Ils vont s'engager, même s'il faut soutenir la Milice, même s'il faut faire semblant. Ce sont des audaces qui se paient au prix fort... « Noël et Clotilde, je vous connais. J'ai vécu ce temps avec vous. J'ai dans l'oreille le claquement sec des semelles de bois, dans l'oeil le déploiement en corolle de vos robes légères dans les pédalées dominicales. Il y avait la guerre, bien sûr. Mais surtout l'amour et la faim. La peur de mourir et aussi la peur de survivre et d'en avoir honte...» Jean Cosmos (Extrait de l'avant-propos) Michel Wyn, avec une sensibilité et une vitalité qui ne lui ont jamais fait défaut tout au long de son parcours de réalisateur, nous livre, avec son premier roman Vingt ans l'an quarante, une page ambiguë de notre histoire.
Ils ont tout pour eux : ils sont jeunes, beaux, et s’engagent dans de belles études. Seulement voilà, nous sommes en 1943, année terrible pour la France : les exactions allemandes vont bon train. Il y a la milice, la Gestapo, la chasse aux juifs, les arrestations….
De tout cela, Noël et Clotilde, nos deux amoureux, sont conscients, et veulent faire quelque chose et s’engager. Elle est du « ch’nord », issue de la bourgeoisie de province, catholique mais s’en arrange un peu…..
Lui est de St Etienne, d’une honorable famille d’ouvriers, ayant déjà payé un lourd tribut à la folie des hommes, et le père, bien que du « bon bord » lui paraît être un bon père tranquille qui ne veut pas faire de vague.
Nous deux tourteaux ne sont pas pétainistes, bien au contraire.
« Tu n’imagines pas !....On a honte d’être un homme quand on voit ce qu’ils font. »
« Un regard à droite, un regard à gauche : personne ! Noël déchire l’affiche et repart en courant en direction de Montmartre. »
Seulement voilà à force de vouloir bien faire, ce brave Noël, tel est pris qui croyait prendre, s’y brulera les ailes. Résister en jouant sur les deux tableaux n’est pas donner à tout le monde.
Leur amour survivra t-il à ces évènements ?
Il y a ceux qui fidèles à leurs idéaux, et à leur morale, prendront le chemin de la Résistance active, ceux qui résisteront à leur manière, dans leurs actes de tous les jours, comme des héros de l’ombre, qui ici ou là cachent ceux que l’on persécute.
« Moi, ils ne m’ont rien fait, les juifs. Je ne comprends pas que le Maréchal laisse persécuter ses pauvres gens »
Et puis il y a les salauds, les collabos, qui mangent à tous les râteliers, et qui quand le vent tournera, tels des rats, quitteront le navire pour ne pas sombrer avec lui.
Voilà la période troublée qu’a connu le pays durant ces années, et que l’auteur avec une plume alerte a su mettre en évidence, pour en faire un livre à la fois léger, car très facile et agréable à lire, et à la fois profond dans l’analyse des sentiments ambigus que peuvent ressentir des jeunes gens projetés dans un conflit qui finalement les dépasse.
J’ai à la fois de la peine, et de la colère pour ce jeune homme. De la peine, car, je le crois profondément sincère dans ses convictions humaines, et son envie de bien faire. Mon soupçon de colère, parce que comment peut-on être aussi naïf ?
Clotilde aura été plus maligne.
Michel Wyn-Kyklos éditions-276 pages
Jeune diplômé de Sciences Politiques et de l'IDHEC, Michel Wyn débute sa carrière de réalisateur en devenant l'assistant de grands cinéastes tels que René Clément, Henri Verneuil, Christian-Jaque, André Hunebelle, Vincente Minnelli, Joshua Logan, Romain Gary, Stanley Donen, et participe aux tournages de célèbres films tels que « Paris brule-t-il ?» « Le Président », « La tulipe noire », etc.
En 1964, il réalise un court métrage « One day » qui reçoit le Grand Prix du Cinéma Indien et le Golden Gate Award 1964 (San Francisco).Avec la passion qui le caractérise, Michel Wyn ouvre la voie des grandes séries télévisuelles.Au cinéma, il réalise deux longs métrages : « Les suspects », et « Oublie-moi mandoline », une comédie au scénario signé Jacques Faizant.Il rédige au passage « Le cinéma et ses techniques » et divers scenarii et pièces de théâtre.Michel Wyn est aussi l'auteur de deux ouvrages racontant la trajectoire d'une intense vie au service de la mise en scène :
Je remercie Partage –lecture, pour ce partenariat avec Kyklos éditions, et cette nouvelle découverte qui m’aura donné une excellente journée de lecture.

samedi 29 janvier 2011

Les visages


Lorsqu'Ethan Müller, propriétaire d'une galerie, met la main sur une série de dessins d'une qualité exceptionnelle, il sait qu'il va enfin pouvoir se faire un nom dans l'univers impitoyable des marchands d'art. Leur mystérieux auteur, Victor Crack, a disparu corps et âme, après avoir vécu reclus près de quarante ans à New York dans un appartement miteux. Dès que les dessins sont rendus publics, la critique est unanime : c'est le travail d'un génie. La mécanique se dérègle le jour où un flic à la retraite reconnaît sur certains portraits les visages d'enfants victimes, des années plus tôt, d'un mystérieux tueur en série. Ethan se lance alors dans une enquête qui va bien vite virer à l'obsession. C'est le début d'une spirale infernale à l'intensité dramatique et au coup de théâtre final dignes des plus grands thrillers. Bien loin des polars calibrés habituels, Jesse Kellerman, styliste hors pair, nous offre ici un roman d'une indéniable qualité littéraire qui, doublée d'une intrigue machiavélique, place d'emblée le livre au niveau des plus grandes réussites du genre, tels Mystic River, de Dennis Lehane, ou L'Analyste, de John Katzenbach.
Je ne placerai pas ce livre au rang de coup de cœur, car, bien qu’il fût d’une lecture très agréable, il lui manquait ce petit quelque chose qui coupe le souffle, et qui lui donne une aura particulière.
Les premières pages se mettent gentiment en place, c’est un peu lent, mais malgré tout il y ce petit truc qui « m’autorise à continuer ».Assez vie ensuite le lecteur rentre dans le vif du sujet, et assez vite, j’ai commencé à deviner : dès la moitié du livre, je me suis dit : tiens il y a un truc là, c’est là que cela se passe. Dès la page 303, je me suis doutée d’un certain nombre de choses, qui se sont révélées vraies à la fin du livre. C’est ce suspense un peu perméable qui certainement manquera à ce livre.
Nous sommes à New- York, l’action se passe après les attentats du 11/09, dans le milieu des marchands d’art contemporain. Et c’est la découverte d’un grand nombre de dessins qui va bouleverser la vie d’Ethan galeriste de son métier.
J’ai aimé la construction de ce roman, dont, j’ai finalement du mal à définir le genre. Il est composé de 22 chapitres bien ancrés dans l’actualité de nos personnages, entrecoupés de 8 interludes qui sont en fait des flashbacks sur la généalogie d’une famille d’émigrés arrivés à New York d’Europe dans les années 1800. Et c’est au cours de ces préludes que le lecteur va petit à petit faire connaissance avec les Müller, et leur descendance. Une histoire typiquement américaine, ou, comment de pauvres Européens sans le sou arrivent à New-York et y font fortune, non sans y avoir laissé quelques casseroles derrières eux ?
Et ce sont justement les casseroles, qui nous intéressent ici…..
Jesse Kellerman-Sonatine-472 pages
Jesse Kellerman est né en 1978. Il est le fils des écrivains Jonathan et Faye Kellerman. Les Visages est son premier roman publié en France.
Challenge 26 livres/26 auteurs 4/26 [K]
Challenge New-York..............et oui l'action s'y déroule

mardi 25 janvier 2011

Quelques -uns des cent regrets


" Elle portait des cheveux un peu plus longs que par le passé. Sa blondeur s'était mêlée d'argent. Son visage gardait la beauté simple qui en était la marque. A peine les rides l'avaient-elles tissé d'un mince réseau de blessures. Le temps s'était déposé en elle, avec sa fatigue et son poids, comme une poussière. Etaient-ce les années vécues sans la voir qui me faisaient la croire plus jeune qu'elle n'était en vérité ? " A la mort de sa mère, le narrateur revient sur les lieux de son enfance, dans une petite ville du Nord inondée par la crue d'une rivière. Durant les trois jours qu'il passera là surgissent les figures disparues, celle de la mère bien sûr, jadis aimée plus que tout, et celle plus inquiétante du père absent dont la légende dit qu'il est mort dans une guerre lointaine. Roman poignant où, par petites touches, Philippe Claudel explore l'amour filial avec une extrême délicatesse et une surprenante réserve.
Il y a comme une nostalgie apaisante dans ce court roman, d’une pudeur et d’une délicatesse visibles à chaque page. Cela fait tant de bien que de lire des mots aussi doux qu’une caresse……
Par un jour de crue, le narrateur arrive dans une ville du nord, dont on ne connaît rien, pour enterrer sa mère qu’il n’a pas vue depuis 16 ans. Le narrateur ne dit rien de précis sur ce lieu, mais un ou deux indices ne laisseront pas indifférents : la pâtisserie du « merle blanc » si connu des gourmands Nancéens (toute ma jeunesse que ce merle blanc) où le petit garçon mangeait du St Epvre…..douceur bien connue à Nancy. Quelle part d’autobiographie comporte de roman ? Philippe Claudel est Nancéen……
Comme un peintre, notre narrateur, du bout de son pinceau, se laisse aller à ses souvenirs, à ses regrets. De cette mère qu’il a peu connu, qu’il a quittée seize ans auparavant, il va se souvenir avec une infinie tendresse, alors qu’il s’apprête à faire avec elle son dernier voyage. Il était arrivé chargé d’un mystère, qu’il choisira, finalement de ne pas lever, sans regrets.
Un ode à la mère, à toutes les mères ; celles qui sont encore là que l’on chérie, et celles qui ne le sont plus, mais dont on garde à jamais au fond de soi mille et un souvenirs, quelques regrets, un visage qui avec le temps s’estompe, mais ne s’efface jamais.
Merci Monsieur Claudel de cet oasis de douceur teintée de mélancolie mais sans la tristesse .
« Des poux, on en a plein, une mère, on en a qu’une ! »
Philippe Claudel- Folio n°4357- 182 pages
Philippe Claudel est né en 1962. Il est l'auteur des Âmes grises (prix Renaudot 2003, Grand prix littéraire des lectrices de Elle en 2004, consacré meilleur livre de l'année 2003 par le magazine Lire, traduit dans près de trente pays), et de La petite fille de Monsieur Linh (Stock, 2005). Quelques-uns des cent regrets, initialement paru aux éditions Balland, a reçu le prix Marcel Pagnol en 2000.

dimanche 23 janvier 2011

Premier amour


Au début de l'été 1833, à peine âgé de seize ans, Vladimir rencontre l'amour pour la première fois dans la maison de campagne où il passe les vacances. Mais la belle jeune fille qui l'a ébloui, plus âgée que lui, forte et indépendante, va bientôt le réduire au désespoir... --Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre.
Qui ne se souvient pas de ses premiers émois ?
Vladimir est éperdument amoureux, pour la première fois. Et comme un amoureux transis à peine sorti de l’enfance, il ne voit rien, ou du moins pas tout de suite. La belle est capricieuse, séductrice, elle sait y faire avec les hommes, elle les fait tourner en bourrique, les met à ses pieds. Vladimir, est jaloux, terriblement jaloux. Il supporte assez mal de voir ses rivaux autour d’elle. Mais au fond que sait-il de son rival ?
Cette Zénaïda, est ce qu’on appellerait de nos jours une allumeuse, mais qui n’éteint pas !! J’avais envie de prendre Vladimir entre 4 yeux et le faire réagir un peu, lui dire de ne pas s’emballer. La morale sera sauve, Vladimir saura tourner la page, pour les autres la vie leurs sera plus cruelle
Sans m’avoir transportée, cette nouvelle m’aura, et ce n’est déjà pas si mal, remise sur le chemin des beaux mots, et des phrases joliment tournées, et, au final fait passer un agréable moment.J’ai apprécié la belle évocation de la campagne russe, imagée subtilement.
Ivan Tourgueniev-J'ai lu Biblio-96 pages
Challenge ABC/Babélio: 13/26 [ T ]
Challenge 26 auteurs-26 livres : 3/26 [ T ]

samedi 22 janvier 2011

Deux femmes


Dans l'East End, banlieue sinistrée du sud-est de Londres, le danger et la violence sont l'ordinaire. Susan y joue des seules armes dont elle dispose : l'humour et l'amour infini qu'elle porte à Barry, son mari, le caïd à la gueule d'ange. Mais Barry ne sait pas l'aimer, et la frappe à la moindre contrariété. Un soir, dans un acte désespéré, Susan lui fait éclater le crâne à coups de marteau. Sa seule certitude, c'est d'avoir protégé ses quatre enfants d'un monstre. Eux, au moins, lui auront échappé. On la transfère dans la cellule de Matilda Enderby, meurtrière elle aussi. Les destins de ces deux femmes vont se nouer à jamais. Personne n'aurait pu prédire quelles conséquences aurait leur rencontre...
J'en ai lu 70 pages........ Cette chose n'est pas un livre, mais un torchon.... et je pèse mes mots.
Pas une seule ligne n'est exempte de vulgarité. Le vocabulaire est d'une pauvreté indescriptible. Les livres Arlequin à côté sont de la poésie......Et il y a 700 pages comme cela.......avis aux amateurs!!!
Le sujet aurait pu être intéressant, si "l'auteur" n'y avait pas mis cette vulgarité, et cette trivialité dans son langage, et s'il n'y avait pas mis autant de voyeurisme, qui, à mon sens est contre productif.
Qu'un homme use de ce langage, passe encore, mais de la main d'une femme , cela m'est intolérable.
J'ai déjà eu des navets dans les mains, mais là cela dépasse l'entendement !!
Les distributeurs de films sont tenus de respecter une signalétique en fonction du contenu de l'œuvre; les éditeurs seraient bien inspirés d'en faire de même avec les livres qu'ils éditent, cela éviteraient au lecteur potentiel de se faire tromper sur la marchandise et d'acheter malgré lui la vulgarité qui d'ordinaire se trouve gratuitement dans le caniveau pour peu qu'on se baisse un tout petit peu pour la ramasser.
Bref une parution à éviter à tout prix, vous y perdrez votre argent et votre temps.
Martina Cole-Le livre de poche-727 pages
Lu dans le cadre de la lecture commune avec Partage-Lecture

jeudi 20 janvier 2011

Cette vie ou une autre


Lucy a quitté le lycée et sa famille pour suivre un professeur charismatique qui n'est peut-être pas celui qu'elle croyait, Miles recherche son frère jumeau disparu depuis dix ans et qui a sans doute causé la mort de leurs parents, le jeune Ryan est bouleversé d'apprendre la véritable identité de son père : trois personnages totalement étrangers les uns aux autres, et dont les destins viennent s'entre-mêler de manière vertigineuse. Comme dans un jeu de pistes, Dan Chaon, finaliste du National Book Award, établit des correspondances subtiles entre ces trajectoires, transformant peu à peu son récit en un véritable suspense psychologique, à la croisée des univers de David Lynch et de Don DeLillo. Une démonstration de virtuosité et d'audace littéraires sur l'érosion de l'identité dans un monde de plus en plus virtuel.
Je remercie les éditions Albin Michel et Bob pour m’avoir permis de lire ce livre, et par la même occasion de découvrir cet auteur
Le lecteur rentre dans ce livre sans qu’il soit fait de fioritures : 3 chapitres courts, qui exposent trois histoires, trois destins. Puis les chapitres prendront une longueur plus traditionnelle, qui, chacun racontera une des trois histoires, en « flash back ».
Bien qu’il s’agisse d’un roman, Dan Chaon écrit à la manière d’un thriller psychologique. Cela rend la lecture rapide, haletante, et met le lecteur en état de tension qui le pousse inexorablement vers la fin.
Trois personnages, qui n’ont rien à voir les uns avec les autres. Ils ont en commun un passé un peu chaotique, et une personnalité quelque peu perturbée, et fragile. Au fur et à mesure, l’auteur tricote ses personnages, dont on perçoit, subtilement et progressivement, que les destins ne sont pas si étrangers que cela. Et pour cela, je suis satisfaite de ce livre qui m’aura tenue jusqu’au bout…….mais……mais, la fin me laisse sur ma faim. En effet, je pensais à une résolution claire et nette…Et bien non !! Cela est resté confus pour moi. Je referme ce livre avec une question et alors quoi ?
Ce livre reste au demeurant agréable à lire, de part une écriture soignée, une présentation aérée, bien découpée, équilibrée, et astucieusement bien construit……si ce n’est la chute, à mon goût un peu expédiée, et en tout cas beaucoup trop ouverte pour moi.
Dan Chaon-Albin Michel-402 pages
Originaire du Nebraska, Dan Chaon est l'auteur de Parmi les disparus (Albin Michel, 2002) et Le Livre de Jonas (Albin Michel, 2006). Considéré comme l'un des meilleurs écrivains de sa génération, il a reçu, dans son pays, de nombreuses distinctions littéraires. Dan Chaon enseigne à Oberlin College, la prestigieuse université de Cleveland (Ohio), où il vit aujourd'hui.

lundi 17 janvier 2011

Casco bay


Sept ans après le mystérieux accident qui a effacé sa mémoire, Stoney Calhoun a repris sa paisible existence de guide de pêche, partagée entre la boutique de la belle Kate Balaban et sa cabane isolée dans les bois du Maine. Jusqu'au jour où, sur une île inhabitée de Casco Bay, il découvre un cadavre entièrement carbonisé. Peu de temps après, le client qui l'accompagnait est assassiné. Malgré ses réticences, Calhoun est entraîné dans l'enquête du shérif Dickman et ses vieux réflexes reviennent. Casco Bay, la deuxième aventure de Stoney Calhoun, nous emmène une nouvelle fois dans les paysages marins du Maine qui laissent peu à peu resurgir les fantômes d'un passé menaçant.
C’est paradoxal à dire, mais je viens de lire un polar tranquille, calme, reposant. Un vrai polar, car, il y a du cadavre, plusieurs même, et du suspense qui vous tient jusqu’au bout. Et pourtant, et c’est là tout l’intérêt de ce livre, c’est qu’on n’en sort pas à bout de souffle, exsangue, les doigts crispés aux pages, le cœur palpitant prêt à rompre……. Non, j’ai refermé ce livre, à regret, mais reposée, avec l’impression d’avoir pris un grand bol d’air marin, d’avoir profité de chaque parcelle de nature dont l’auteur livre de superbes descriptions.
Nos personnages sont eux aussi apaisant. Calhoun est le plus attachant. Je le vois comme un briscard un peu bourru au cœur tendre, retranché dans sa cabane , dont la première partie de vie lui échappe, et qui s’est refait une santé au vert, en organisant des sorties de pêche dans Casco bay. Son épagneul Ralph, le suit comme son ombre, son omniprésence dans le roman saute aux yeux. Dès les premières pages, j’ai remarqué la relation quasi charnelle, en tout cas filiale entre ce solitaire féru de musique et son chien. Un type qui aime son chien et la musique ne peut être qu’un type bien.
« Pour lui la musique n’était pas qu’un fond sonore, elle méritait qu’on l écoute, même avec une seule oreille valide.»
Mr Tapply prouve ici que polar et belle écriture ne sont pas incompatibles. Dans cette région loin du tumulte des rands villes, et de ses ban lieux agitées et mal famées, le langage y est soigné. Le rythme n’est pas le même non plus. On ne se précipite pas, on prend le temps de vivre, et de profiter de chaque instant. Le shérif Dickman, est un calme aussi, mais redoutablement efficace, et persuasif. L’enquête est menée au rythme de la nature, sans sombrer dans l’apathie ni la mièvrerie. Je n’aime ni la mollesse ni la lenteur, et je suis grée à l’auteur de m’avoir épargné l’ennui et le ronron grâce à savant dosage de beau, de suspense, de tendresse, d’adrénaline, et de dépaysement.
« A environ deux cents mètres, une volée d’oiseaux, des mouettes, des mouettes et des sternes, était apparue dans le brouillard humide là où, une minute auparavant, il n’y avait rien. Elles décrivaient des cercles, se regroupaient puis plongeaient vers l’eau grise, et d’autres oiseaux s’approchaient à tire-d’aile venant de toutes les directions. Leurs cris rauques et leurs piaillements remplissaient l’air et, juste au-dessous, Calhoun vit les éclaboussures et les remous provoqués par une centaine de féroces tassergals. Ils encerclaient un banc de petits poissons complètement paniqués, et les oiseaux s’étaient précipités pour récupérer les restes de chair ensanglantée. Là sous nos yeux, pensa Calhoun, c’est tout Darwin en condensé »
Il y a quelques mois, alors que mon avion, sur le point d’arriver, survolait le golfe du Maine, le temps était clair, la vue entièrement dégagée, et il se dégageait comme une impression de sérénité, vu d’en haut. Je me disais qu’il pourrait faire bon aller se reposer là, juste en dessous….. Mr Tapply , m’a juste rafraîchi la mémoire, et donné soudainement une envie d’évasion.
William G.Tapply- Gallmeister-290 pages
William G. Tapply est l'auteur d'une vingtaine de romans policiers, dont Dérive sanglante, le premier volet des aventures de Stoney Calhoun. Il collabore régulièrement à des magazines de pêche américains et enseigne la littérature à Clark University.Il est décédé en juillet 2009

samedi 15 janvier 2011

Le dernier mort de Mitterrand


Le 7 avril 1994, François de Grossouvre se suicide dans son bureau, au cœur du Palais de l'Élysée, à deux pas de François Mitterrand dont il a été l'un des plus fidèles compagnons de route. Grossouvre, aristocrate maurrassien engagé dans la Résistance, industriel entretenant des réseaux en Afrique, ancien membre des services spéciaux, n'était plus le séducteur élégant, le financier des campagnes électorales, mais un homme amer, un ami déçu. Pourquoi ce ministre de la vie privée de François Mitterrand, parrain de Mazarine, a-t-il décidé d'en finir ? Pourquoi voulait-il dénoncer à la presse et à la justice les dérives d'une mitterrandie crépusculaire ? Le Dernier Mort de Mitterrand est une réflexion sur le pouvoir, c’est aussi le roman d'une amitié amoureuse, au-delà des intrigues courtisanes.
Je tiens à remercier chaleureusement Babélio et les éditions du Livre de poche pour m’avoir permis de lire cet ouvrage dans le cadre de la masse critique Babélio.
L’affaire avait fait grand bruit à l’époque…….. Un mort à l’Elysée, un conseiller, ami du Président se suicide au Château !!!! Cela fait vraiment désordre ; et cela rallonge, un peu plus la liste des « affaires » qui ont émaillé les deux septennats.
Raphaëlle Bacqué ne nous présente pas une enquête, mais plutôt un portrait de celui qui fut l’ami du Président, un de ses plus proches conseillers, mais surtout celui avec lequel le Président partageait un secret qui porte le nom de Mazarine.
Dans un style journalistique, donc clair et concis, l’auteur évoque un parcours bourgeois, ombrageux d’un homme tombé sous le charme du Président au point de mettre très tôt en œuvre tout un système visant à protéger au mieux ses petits secrets, et qui petit à petit tombe en disgrâce.
Férue d’actualité, et de politique, je ne découvre pas grand-chose. En revanche c’est amené d’une manière telle que cela se lit tel un roman. Le personnage en question dont, par contre, je n’avais qu’un tout petit aperçu, est bien abordé, et, la rédaction est bien agrémentée de déclarations des divers protagonistes…………et parfois cela fait froid dans le dos.
Raphaëlle Bacqué dresse, sans complaisance, le tableau des années Mitterrand, l’esprit de cours, les « affaires », le mode de vie assez peu en adéquation avec le discours officiel.
« Aucun journaliste, au grand jamais, n’est invité. François Mitterrand l’a interdit expressément ; le peuple de gauche ne goûterait pas de découvrir dans son journal une démonstration si éclatante de cette survivante monarchique au cœur de la République » (à propos des Chasses Présidentielles somptuaires dont était chargé Mr de Grossouvre)
Raphaëlle Bacqué-Le livre de poche-192 pages
Raphaëlle Bacqué, dont l’œuvre a déjà été récompensée par plusieurs prix, est journaliste au Monde depuis 1999. Elle est également l’auteur, entre autres, de Seul comme Chirac, La Femme fatale et L’Enfer de Matignon.

jeudi 13 janvier 2011

On dirait presque le paradis


Lemuel Sears mène une vie paisible à Manhattan. Conscient de son vieillissement, il vit dans la crainte de ne plus jamais connaître l'amour. Un jour, il se rend dans la petite ville de Janice pour patiner sur l'étang et découvre que celui-ci est utilisé comme dépotoir. Révolté, il entame une procédure judiciaire pour rendre à Janice son paysage bucolique. Entre politiciens véreux et mafiosi, Lemuel Sears croisera la route de femmes et d'hommes à la recherche, comme lui, d'un peu de beauté.
Je remercie Livraddict et les éditions Folio pour m’avoir permis de lire un auteur jusque là inconnu pour moi.
Cette lecture, dont j’attendais certainement trop est décevante. En effet, au regard de la 4ème de couverture, je m’attendais à quelque chose d’assez écologique, à une immersion en pleine nature.Or ça n’est pas tout à fait cela, en tout cas à mes yeux.
Je me suis un peu perdue dans ces deux familles. L’intrigue amoureuse qui ne dit pas son nom, tourne un peu en rond.
Et l’étang devenu une décharge publique, dans tout cela ? J’ai trouvé que le sujet était traité très succinctement, un peu à la va vite ; comme si finalement on savait déjà que l’affaire est entendue, et qu’on l’expédie.
Et pourtant la lecture en elle-même n’est pas désagréable. Le style est simple, quoiqu’un peu confus. Les moments poétiques ne manquent pas dans les descriptifs. L’humour ne manque pas non plus. Mais vous l’aurez compris, cela ne suffit pas à assouvir ma faim. En refermant le livre, je reste, en effet sur cette faim de grands espaces, de nature, de combat pour la préserver.
Je ne connaissais pas cet auteur, qui a bonne réputation, surtout dans la nouvelle. Je ne regrette pas de l’avoir lu, le livre est court. En revanche, je n’ai pas spécialement envie de poursuivre avec cet auteur.
John Cheever-Folio-132 pages

mercredi 12 janvier 2011

D'un autre monde


1914. Appelés sous les drapeaux, les hommes de la famille Kergalin sont arrachés à leur maison et à leur Bretagne natales. Ils reviendront blessés ou traumatisés et, désormais, pour eux comme pour les femmes qui ont dû s organiser en leur absence, rien ne sera plus comme avant ...

Vaste fresque éclairant notre temps, D un autre monde fait vivre plusieurs générations emportées dans le siècle par les grondements de l histoire. Affrontant le fracas des guerres et les assauts de la modernité, héros ou lâches, tour à tour jouets et maîtres de leur destin, les Kergalin nous touchent, comme s ils étaient les membres de notre propre famille.
Durant la lecture ce livre, j’ai « vécu » littéralement avec les Kergalin, dans cette région de Bretagne que je ne connais pas, mais qui m’a paru pourtant si familière.
Si j’ai pu me glisser dans cette famille, c’est qu’au fond, malgré son histoire bien à elle, malgré ses non dits, et ses secrets, c’est parce qu’au fond chacun peut s’y retrouver à un moment ou à un autre.
Madame Crozon met l’accent sur les évènements tragiques de ce siècle, pour donner à ses personnages toutes leur profondeur ; et ainsi démontrer que chacun d’eux, et donc nous, est le fruit non seulement de ses ancêtres, mais aussi de l’empreinte laissée par les conflits, les rapports sociaux et religieux de l’époque.
Chaque génération est marquée par « sa »guerre, et donne à la génération suivante son bagage à porter.
A chaque malheur, à chaque tragédie, arrive aussi son lot de joie et de réjouissances, comme pour mieux souligner le mouvement perpétuel des générations, e renouvellement presque systématique ; la vie qui reprend toujours le dessus quoiqu’il arrive.
Parmi les membres de cette famille qui à l’arrivée finit par être conséquente, et disséminé aux quatre coins du monde, il en est certains qui ne sont pas passés inaperçus.
D’abord, il y a Etienne ; l’exemplarité même cet homme. Un homme qu’on aimerait avoir rien que pour soi tant il est droit et profondément humain.
Madeleine, l’infirmière rebelle, en avance sur sont temps, et qui paiera cher pour tout cela. Madeleine et le réveil de l’engagement humanitaire, sa révolte contre la misère.
Emilienne, la « douairière », qui voit défiler les conflits, qui voit son monde changer, s’écrouler parfois. Emilienne qui résiste.
« Qu’un homme ne revienne pas de la guerre, c’est insupportable encore que comprhensible, mais une femme, une mère, ma fille… »
André, qui revient de loin, qui en a vu, enduré. André le dur, le replié. Mais au fond, , il a peut être ses raisons d’être ainsi.
« Je me suis engagé comme on s’exile, pour en finir avec les masques. »
Pauline, c’est l’avant dernière génération, c’est elle qui va faire la transition entre deux mondes, l’ancien et le nouveau. C’est elle qui va défricher les archives familiales, et va aller de découverte en découvertes, pour comprendre ou du moins éclairer certaine situations et certains comportement.
L’épisode Pauline est complexe : non seulement elle fait l’objet d’un long développement, et comme rien n’est jamais simple dans une famille, Pauline aura un autre visage…….
Je serais incomplète, en oubliant un personnage qui n’en est pas tout à fait un stricto senso, mais qui au même titre est le pilier de cette famille : c’est La Maison. Le domaine qui comme chaque personnage, s’adapte à son temps, à son usage. Cette maison, est la mémoire de la famille. Elle est le point de ralliement, le point d’ancrage de chacun. C’est en son cœur, que la plupart du temps, les secrets se délient…Cette maison est le théâtre des jours heureux, mais hélas aussi des drames ; les obsèques d’Alice en particulier.
C’est une écriture fluide, des chapitres aérés et de bonne longueur, qui ont contribué à rendre la complexité et le nombre de personnages plus compréhensible, et, de ce fait, en faire une lecture extrêmement agréable.
Claude Crozon-Robert Laffont-480 pages
Claude Crozon est psychanalyste. D'un autre monde est son premier roman.

vendredi 7 janvier 2011

Une vie après l'autre


D'incidences en coïncidences se forgent d'improbables destins : celui de Gabrielle aura été de rencontrer, un soir de décembre 1982, Lila von Haffen, pianiste classique adulée. Leurs existences vont s'imbriquer en dépit de l'empreinte que nulle gloire, nul génie, nul talent n'effacera. De cette étrange nuit où chacune se trouve dans l'attente d'un événement indéfini, la première va s'enfermer dans sa destinée tandis que la seconde s'en délivrera par le suicide. Vingt ans plus tard, Gabrielle entre en possession d'une correspondance signée de la main de la virtuose. Elle se lance alors sur ses traces, à travers l'Europe jusqu'en Argentine. Ce voyage la conduira à accepter son destin cristallisé en la personne de Lila von Haffen...
J’avais déjà tenté une première approche de cet auteur avec les années d’innocence, livre qui ne m’a pas laissé de souvenir notoire, si ce n’est le caractère brouillon du récit……
Malheureusement, pour moi, je constate la même chose dans ce livre là. C’est compliqué, embrouillé. En tout cas je m’y perds entre les lettres, les souvenirs de Gabrielle, et ce qu’elle vit au présent.
J’ai beaucoup de mal à comprendre ce qui se déroule sous mes yeux.
Qui est ce Lucas qui arrive p 64, comme cela sans les présentations d’usage ?
Il me semble qu’en réalité j’ai choisi ce livre pour de mauvaises raisons. En effet, c’est la musique, et Chopin qui m’ont attirée. Mais, même si il y a tout cela dans le récit, ça n’est que secondaire, et que prétexte. L’auteur veut nous parler d’autre chose que je ne perçois pas. Alors musicalement je suis frustrée, et je passe complètement à côté de ce qui est certainement un bon livre, mais visiblement pas pour moi.
Frankie Ventana-Kyklos-178 pages
Challenge ABC/Babélio : 12/26 [V]
Challenge 26 auteurs/26 livres: 2/26 [V]

jeudi 6 janvier 2011

Maria


Les Vosges sous l'occupation nazie. Maria est institutrice. D'une beauté saisissante, elle coule des jours insouciants avec son mari, Jean, patron du bistrot du coin. Lorsque les maquisards viennent la chercher à l'école devant ses élèves, ils promettent de la ramener bientôt, que tout ira bien… Commence alors le calvaire de Maria. Un calvaire qui durera toute sa vie. Car voilà : Jean est un traître, un collabo, et beaucoup sont morts par sa faute. Pour l'avoir aimé, Maria sera battue, torturée puis violée, avec à jamais gravé en elle la disgrâce et la cruauté de ceux que la France élèvera bientôt au rang de héros. Elle n'en parlera à personne. Cinquante ans plus tard, un jeune homme arrive dans cette vallée par une nuit neigeuse. Il vient rendre visite à l'une des pensionnaires de la maison de retraite. La voix fatiguée d'une conteuse sur les ondes d'une radio locale l'accompagne dans son périple nocturne. Pour ses auditeurs, elle évoque l'histoire de ces terres où gèlent les eaux de la Moselle. Les fantômes du passé planent sur son récit. Avec Maria, Pierre Pelot revient à sa géographie intime, honorant, dans cette langue percutante et sensible, la mémoire d'une région aussi écorchée que son personnage. Alors que la neige fond et devient boue, visages des résistants et des nazis se confondent. Un roman entre drame intimiste et thriller historique, aux paysages blancs issus d'Un roi sans divertissement de Jean Giono.
Elle nous parait bien frêle la Maria , comme on dit chez nous en Lorraine, elle parait comme une petite chose , perdue au fond de la Montagne vosgienne , malmenée par ses semblables, et ce ne sont pas forcément ceux qu’on croit qui sont les méchants…..Et pourtant, elle ne dira rien...elle assumera, comme on dit maintenant, vivra sa vie cahin -caha, sans se plaindre. Du fond de sa maison de retraite, elle raconte sur une station radio locale sa Lorraine, dont les propos, en italique, viennent couper ce court mais intense récit de Pierre Pelot, fin connaisseur des lieux puisqu’il y est né, comme pour mieux laisser aller le lecteur dans ce bout de Lorraine, et pour laisser planer encore un peu le mystère…..car mystère il y a , forcément……….
Un récit rude comme la vie d’autrefois dans ces vallées reculées des Vosges , avec l’accent de là –bas, s’il vous plait, ça fait plus vrai, et plus rustique.
Mais qu’on ne s’y prenne pas, elle a beau ne rien avoir dit du tout, elle se souvient de tout, la Maria. Et croyez moi, on a rancune tenace, dans le pays ; parole de demi-vosgienne……
« Il ne savait rien de la région. Ça ne lui était jamais venu à l’esprit qu’on pût y vivre. (…) Quelques clichés, bien sûr, à se mettre sous la dent, pas mieux. La ligne bleue des Vosges, les bucherons vosgiens, la Bête des Vosges, l’affaire Grégory……….Comme des sortes d’accrocs dans un paysage lisse de montagnes rondelettes couvertes de sapins. »
Je remercie chaleureusement Bob et les éditions Héloïse d’Ormesson qui m’ont permis de lire un auteur Lorrain que je ne connaissais pas encore, et dont je suivrai le travail.
Pierre Pelot-Héloïse d'Ormesson-128 pages
Né en 1945 à Saint-Maurice-sur-Moselle où il vit toujours, Pierre Pelot a signé plus d’une centaine de livres, du polar à la SF. Il est l’auteur notamment de L’Été en pente douce, C’est ainsi que les hommes vivent (prix Erckmann-Chatrian), Méchamment dimanche (prix Marcel Pagnol), L’Ombre des voyageuses (prix Amerigo Vespucci) et La Montagne des bœufs sauvages.

mardi 4 janvier 2011

Sous les étoiles


Par testament, le richissime et mystérieux Maurice Chauvet a contraint ses enfants à résoudre une énigme, faute de quoi sa fortune leur échapperait. A ses yeux, Patrick et Nicolas, ses fils, sont des ratés. Quant à Adrienne, jeune peintre de talent, sa vie tumultueuse l'a éloignée de son père.
Après la mort du magnat, pourquoi Adrienne décide t-elle soudain de relever le défi alors que l'argent ne l'intéresse pas ?
De Paris à Jérusalem et New York, guidée par un archéologue israélien, un cabaliste de Brooklyn, un jeune astronome et Michel Fuks, un romancier qu'elle a jadis aimé, Adrienne se lance dans une quête dont elle ignore le sens. Sans cesse le texte de l'énigme s'interpose entre elle et Chauvet, lui interdisant de connaître la paix qu'elle a si longtemps fuie et l'espoir d'elle ne sait quelle rédemption. Car la cruauté et l'amour des pères sont des secrets que leurs enfants ne peuvent percer sans mettre en cause leurs propres rêves. Pour Adrienne et ses frères, la liberté peut-elle naître du partage de la souffrance, de la reconnaissance et de la tendresse que recherchait le solitaire Maurice Chauvet ?
Peut-être la réponse se niche-t-elle sous les étoiles, au cœur même de l'énigme.
Livre voyageur, qui n’a pas emprunté la route des étoiles pour arriver jusqu’à moi, mais celles de l’amitié –et j’insiste sur le pluriel puisque qu’il en porte deux fois la marque ; d’une part de la personne qui m’en a fait cadeau, et je l’en remercie vivement, et de son auteur, d’autre part très attentive à l’accueil que l’on réserve à son œuvre.
Sous les étoiles, est l’avant dernier opus de Chochana Boukhobza découverte à l’occasion du troisième jour, paru récemment.
Radicalement différent, également, car plus mystique, plus ésotérique, j’ai un peu plus de mal à mettre en mots un avis de lecture, tant ma culture du fait religieux en général me fait défaut. Et, de fait, j’ai certainement mal compris, ou du moins mal perçu un certain nombre de choses.
Néanmoins, cela ne m’a pas empêchée d’en apprécier la lecture, et pour de multiples raisons.
La structure même du roman est agréable à appréhender :4 parties clairement identifiées, introduites par une citations de nos poètes ou des textes bibliques, une invitation au voyage à elles seules, précédées et suivies d’un prologue prometteur, et d’un épilogue qui pose la touche finale qui change tout et sans qui il manquerait un petit quelque chose.
Un livre structuré comme j’aime, c'est-à-dire avec logique, clarté ; j’oserais dire « scientifiquement »
L’écriture et le style me plaisent ; les mots sont choisis avec soin, les descriptions sont fines.
« New-York était la chair vivante que tous les mots, les photos, les commentaires ne feraient que déformer. »
L’intrigue, puisque c’est l’objet de ce roman, est bien menée. Le voyage auquel Chochana Boukhobza nous invite est à la fois dans le réel, en passant par Paris, New-York, et Jérusalem, mais aussi intérieur, avec le cheminement intime qu’Adrienne entreprend d’accomplir en tentant de résoudre l’énigme qui se pose à elle et ses deux frères, mais aussi, et surtout avec les échanges entre un vieux Rabbi et son petit fils. Le second, astronome, voit dans le ciel des étoiles, des constellations, et le premier y voit tout autre chose. Et c’est avec c’est autre chose que j’ai le plus de mal. Nous retrouvons cette dualité, entre Adrienne et ses frères, Entre le modernisme d’un observatoire de Manhattan, et le côté moyenâgeux une cour de Brooklyn où officie le vieux Rabbi.
Au cours de ma lecture, j’ai été frappée par la récurrence du chiffre 3 L'action se déroule dans 3 villes : 3 personnes pour bâtir l'énigme: Chauvet, l'archéologue, le Rabbi ; 3 personnes liées par cette énigme (dans la recherche) Adrienne, L'astrologue, et Michel ; une fratrie de 3 personnes ; les 3 diamants……..et 3 jours pour le lire (comme le troisième jour, d’ailleurs)
Est-ce un hasard, ou bien ………j’ai cherché une explication, sans succès…
Adrienne parviendra t-elle à relever le défi et récupérer l’héritage laissé par son père ? Que gagnera t-elle au fond, de ce périple ? Même si à un moment donné j’ai pu me douter, ça n’est vraiment qu’à la fin que les fils se dénouent. Et c’est tout ce qui fait le sel de ce livre : c’est qu’une fois le prologue lu, une seule option m’est offerte : aller au bout, pour savoir.
« Ton travail m’inspire du regret, pas du mépris. Car cent mille hommes peuvent prendre ta place devant ta lunette du télescope, mais dix à peine te valent pour étudier le Talmud ou la Cabale »
Chochana Boukhobza-Seuil (2002)-363 pages
Challenge ABC/Babélio: 11/26 [B]
Challenge 26 livres/26 auteurs: 1/26 [B]

samedi 1 janvier 2011

Un jardin sur le ventre


C’est l’histoire ordinaire de gens ordinaires dans une région où il ne fait ni beau ni mauvais. C’est l’histoire d’un peu tout le monde. L’histoire d’une vie fauchée. D’un amour qui s’arrête. D’une mère qui part. D’un mari qui devient veuf. D’un veuf qui ne veut pas le rester. C’est l’histoire de gens qui ne se comprennent pas. D’une sœur qui regrette. D’un frère qui revient. Il y a des petits-enfants qui souffrent, qui se taisent. Des filles qui pleurent, qui fument et des chiens qui aboient. C’est l’histoire banale de la vie et de la mort.
Une jolie couverture laissant une large part à un beau ciel, un titre intriguant, une maison d’édition inconnue………il n’en fallait pas plus pour me donner envie de lire ce livre. Et j’en suis fort aise car sitôt ouvert, je n’ai pas pu le lâcher. Point de suspense, point d’action effrénée, point d’humour, point de figures de style…….Alors quoi, me direz vous ?
Ce livre est la simplicité même, la vie, la mort, la joie, la peine, la résignation, le don de soi, l’amour, la révolte.
Ce livre ressemble à ce que tout un chacun peut vivre à un moment ou à un autre dans son existence. C’est certainement pour cela que je m’y suis plongée totalement.
Les mots sont simples, les phrases aussi ; et pourtant Fabienne Berthaud réussit à toucher au cœur, et fait réagir. Les souvenirs remontent.
Combien de fois ai-je eu envie de secouer Suzanne en lui disant « tire toi, il ne te mérite pas » ?
Combien de fois ai-je eu envie d’insulter Franck, ce type possessif, violent, manipulateur, hautain, orgueilleux, méprisant ?
Combien de fois j’aurais voulu être la fille de Suzanne pour lui ouvrir les yeux ? Mais à sa place, aurais-je pu ou su le faire ?
Avec beaucoup de pudeur, avec des expressions joliment travaillées, sous la plume de la narratrice qui n’est autre que la fille cadette de Suzanne, Fabienne Berthaud sans nier la réalité, rend la dureté de l’existence un peu plus racontable.
Une déclaration d’amour d’une fille à sa mère qui n’est plus, qui ne dit pas son nom, mais qui en a que plus de valeur.
Le jardin sur le ventre, est l’une d’elle ; mais je laisse le lecteur en découvrir la signification.
Je remercie infiniment les éditions Hugo et compagnie, et Bob pour cette superbe découverte.
Fabienne Berthaud-Hugo et Cie-284 pages
Depuis Cafards, son premier roman paru aux Editions Albin Michel, Fabienne Berthaud publie régulièrement mais à son rythme… lent.
Son dernier roman, Pieds nus sur les limaces, est paru en 2004 au Seuil et sort en poche (Points) le 15 novembre, en parallèle à une actualité cinématographique puisque le 1er décembre, le film tiré du roman est dans les salles et le metteur en scène n’est autre que Fabienne elle-même !
Le film a été sélectionné à Cannes cette année; il a clôturé la Quinzaine des réalisateurs. La critique est très bonne ; le casting, excellent, emmené par Diane Kruger et Ludivine Sagnier.

vendredi 31 décembre 2010

Bilan 2010-Perspectives 2011

Bonne et heureuse année 2011 à celles et ceux qui me lisent: blogueurs et blogueuses, éditeurs qui me font l'honneur et le plaisir de me faire découvrir leurs parutions, auteurs qui m'offrent de belles heures de lecture.

Cette année aura été une belle année lecture:

119 livres lus
30 coups de coeur

Mon top 5 est le suivant:

1- Purge de Sofi Oksanen
2-Le troisième jour de Chochana Boukhobza
3-Ru de Kim Thuy
4-Sukkwan Island de David Vann
5-Rosa Candida de Ava Audur Olafsdottir


Un Challenge épistolaire atteint, bien qu'il court jusqu'en juillet 2011, avec 5 livres du genre lus. Et je le poursuis.

De belles rencontres avec les auteurs:

Olivier Gérard, pour te retourne pas Handala
Chochana Boukhobza,avec le troisième jour, et un autre roman dont je parlerai bientôt
Maryse Condé, avec en attendant la montée des eaux
Alain Mabankou qui illuminait le salon avec son sourire éclatant et son rire communicatif
Philippe Claudel, l'enfant du pays, tellement affable et jovial
Max Gallo, et Jean d'Ormesson si captivants en conférence

L'avenir..........

Le challenge Partage -lecture dont il me reste 4 ouvrages à lire.( fin en juin 2011)
Le Challenge New-York, dont j'ai déjà lu 2 titres ( mais 13 titres à mon actif depuis 1 an...) (jusqu'au 1er septembre 2011)
Le challenge des Nobel , à mon initiative, jusqu'au 7 octobre 2011), avec 4 auteurs lus
Le challenge ABC / Babélio ( fin en septembre 2011) avec 10 auteurs/26

Et comme cela ne suffit pas encore, 2011 voit débuter 2 autres challenges


















mardi 28 décembre 2010

Karnak café


Le Caire, vers le milieu des années 1960. Au café Al-Karnak que gère une ancienne danseuse, le narrateur fait connaissance avec trois étudiants, Hilmi, Ismaïl et Zaynab. Le premier est l'amant de la gérante, et les deux autres, amis d'enfance, s'aiment tendrement. Tous les trois se considèrent comme des enfants de la révolution de 1952 et défendent ardemment ses principes et ses réalisations. Mais un jour ils cessent de fréquenter le café et, à leur retour, les clients apprennent qu'ils ont été arrêtés par la police politique qui les suspectait, contre toute évidence, d'appartenir au mouvement des Frères musulmans. Déjà ébranlés dans leurs certitudes, ils sont encore arrêtés à deux reprises sous d'autres prétextes fallacieux. L'un d'eux, Hilmi, meurt en prison tandis que Zaynab et Ismaïl en sortent comme des loques humaines. Surviennent alors, en juin 1967, la guerre contre Israël et la cuisante défaite de l'armée égyptienne... Ecrit en 1971 et publié en 1974, ce roman a eu un grand retentissement, et le film qui en a été tiré, avec à l'affiche les plus grandes vedettes du cinéma égyptien, a longtemps été censuré à la télévision. Mahfouz y fait preuve de son habituel talent de conteur, faisant du petit café le microcosme d'une Egypte en train de perdre ses repères.
Ce court roman est paru dans sa langue originale, l’arabe, en 1974,bien avant que ne lui soit attribué son Prix Nobel, mais ça n’est qu’en 2010 qu’il n’a été traduit et édité en français.
Au regard de certains, il peu paraître court, trop court, et à ce titre pas digne d’intérêt. Ne nous trompons pas, les auteurs savent très bien ce qu’ils font et pourquoi ils le font. Naguib Mahfouz, a voulu ainsi donner une impression de lourdeur, et d’étouffement au lecteur. Il a voulu, de ce fait aller à l’essentiel.
Karnak café est le lieu où l’on cause, librement, nonchalamment, sous le regard bienveillant et amoureux Qurunfula, ancienne danseuse orientale.
Trois jeunes y passent de longues heures, refont le monde, s’aiment. L’Egypte est devenue socialiste, et s’apprête à perdre une guerre éphémère contre les Israéliens. Il s’instaure alors un climat de suspicion, de répression. La torture est utilisée.
La jeunesse y perd ses repères, ses illusions.
L’écriture de Naghib Mahfouz traduit bien cette atmosphère là.
« Que nous est –il arrivé ? J’ai l’impression que nous sommes un peuple à la dérive. Les aléas de la vie et l’impact de la défaite nous ont fait perdre tout sens des valeurs…… »
Quatre parties constituent ce roman, la plus importante, celle consacrée à Qurunfula est la plus conséquente, comme pour mieux signifier le rôle pivot de cette femme pour ces jeune et ce café, lui aussi personnage, en quelque sorte de ce livre. Celle mettant en scène le bourreau est des plus réduite. Peut-être pour illustrer sa pensée ?
« Nous sommes tous à la fois victimes et assassins, qui ne comprend pas ça, ne comprend rien du tout. »
Voilà un auteur, dont cette lecture a été appréciée, que j’ai envie de découvrir à nouveau. Il y a dans son écriture une sensualité qui me parait intéressante à approfondir.
Autre détail qui a son importance, comme toujours les éditions Actes Sud ont mis un soin particulier à ce livre: papier ivoire épais, et jolie couverture pleine de mystère.
Naguib Mahfouz-Actes Sud-128 pages
Né au Caire, Naguib Mahfouz (1911-2006) est l'auteur de plus de cinquante romans et recueils de nouvelles qui lui ont valu en 1988 le prix Nobel de littérature. Une grande partie de son oeuvre est disponible en français chez Sindbad/Actes Sud et dans la collection Babel.
Nobel n°4

lundi 27 décembre 2010

Chroniques de Ford County


Un avocat frustré détourne des dommages-intérêts de ses clients ; un arnaqueur se prétend en partie amérindien pour ouvrir un casino ; un surveillant dans une maison de retraite manipule les patients et le personnel ; trois hommes partis en virée pour faire un don de sang s'arrêtent dans un club de strip-tease et finissent en prison ; la famille d'un homosexuel blanc atteint du sida demande à une vieille femme noire de le soigner jusqu'à sa mort... Dans un de ses livres les plus personnels, John Grisham nous emmène au coeur du comté du Mississippi où se déroulait déjà l'intrigue de son premier roman, Non coupable. Le sud des Etats-Unis et ses petites villes enclavées offrent, bien plus qu'un décor, un climat, un fil conducteur et constituent presque un personnage à part entière. Tantôt captivantes, tantôt émouvantes, ces Chroniques de Ford County décrivent les destins ordinaires ou extraordinaires de personnages qui se révèlent étonnamment proches de nous : leurs sentiments et leurs faiblesses, brossés avec justesse et souvent beaucoup d'humour, sont universels. Au détour d'une histoire, au creux d'un portrait, on découvre, s'il en était encore besoin, le talent de conteur de John Grisham.
J’ai fait connaissance avec John Grisham avec ses tous premiers romans policiers que j’ai lu avec délectations. Puis ceux-ci devenant au fil des parutions un peu routiniers, je m’en suis éloignée.
C’est la curiosité qui m’a poussée vers ce recueil de nouvelles, le genre n’étant pas habituel chez l’auteur.
Au cœur d’une petite ville de l’Etat du Mississippi, John Grisham compose 7 histoires qui placent l’humain comme dénominateur commun ; l’humain dans ce qu’il a de plus divers, en allant du meilleur au pire.
Lors de la lecture, je passe par presque tous les sentiments : la peur dans collecte sanglante, l’indignation dans havre de paix, le sentiment d’impuissance et d’espoir avec cette mère et ses deux fils dans dernier trajet, la honte et le dégoût dans dossiers poisseux, mais surtout l’émotion et l’espoir en l’humain dans un garçon pas comme les autres.
Les qualités de ce recueil ne manquent pas. En effet, les thèmes sont variés, la narration est de grande qualité. J’ai retrouvé la patte juridique de l’auteur dans quelques chroniques, et notamment un de ses sujets de prédilection qu’est la peine de mort, l’injustice. Nous sommes dans le sud, ne l’oublions pas.
Ces chroniques se lisent bien, sont de qualité et d’importance égale, même si j’ai moins aimé casino et huit ans après, sans forcément pouvoir y mettre une explication.
Mais, parce qu’il y a un mais, ce qui m’a gênée, c’est la forme littéraire en elle-même. En effet, pour m’y être récemment essayée, la nouvelle est pour moi difficile à lire : trop courte et trop longue à la fois, un manque d’unité dans la lecture, on « saute du cop à l’âne », je n’ai pas le temps de m’imprégner, de ce que je lis, de me concentrer que c’est déjà fini. Il y a toujours un sentiment d’inachevé, une impression de se disperser qui ne m’est pas agréable, et rend ma lecture hachée, tronçonnée.
Si j’ai pu prendre plaisir à cette lecture, c’est grâce au caractère sensé de ces histoires, aux qualités narratives, et à l’universalité de ce genre de chronique. John Grisham a dressé en un endroit précis, une photographie urbaine et sociétale. Mon cerveau cartésien, en tout cas, s’y est trouvé plus confortablement installé.
Je remercie chaleureusement Bob et les éditions Robert Laffont pour cette (re) découverte.
John Grisham-Robert Laffont-293 pages
Né en 1955, John Grisham a commencé sa carrière comme avocat dans une petite ville du Mississippi. Avec La Firme, parue en 1991, il a rencontré son premier grand succès de romancier. Depuis, il a vendu plus de soixante millions d'exemplaires dans le monde au travers de vingt-trois romans dont L’affaire Pélican, Le Maître du jeu, L'associé, La Loi du plus faible, Le Testament, L'héritage, Le Dernier Juré, Le Clandestin, L'accusé, Le Contrat, La Revanche et, plus récemment, L'infiltré, tous publiés chez Robert Laffont.