mardi 29 mai 2012

Dernier refrain à Ispahan


Deux chanteuses disparaissent à Ispahan. C’est qu’au pays des Mollahs, on ne plaisante pas avec la morale religieuse… du moins en apparence, car à y regarder de plus près, l’hypocrisie règne.
Si l’intrigue policière ne présente pas d’intérêt particulier, et se révèle assez poussive, elle n’en présente pas moins le mérite de montrer les dessous  d’un pouvoir iranien incapable de canaliser une soif de liberté de ses habitants, et surtout de ses  habitantes .Cette société asservie depuis plus de trente ans use de mille et une astuce pour contourner des lois imbéciles, discriminatoires, contraires aux règles élémentaires d’humanité ; des lois qui sont remises en questions jusqu’au cœur même du pouvoir et de la haute administration. Tout un pan de la jeunesse s’adonne aux vices de l’occident dénoncés, et sévèrement réprimandés par des mollahs complices et corrompus.
Les iraniens sont à bout de souffle ; les dernières révoltes de 2009 en sont la preuve.
Naïri Nahapétian, sait de quoi  elle parle. Elle a choisi  le registre «plus léger » du polar  pour s’exprimer, et dénoncer plus librement une situation dont on espère bientôt la fin. Les dictatures, quelles qu’elles soient finissent pas tomber ; mais chacune à son rythme, et à sa manière….

Dernier refrain à Ispahan,Naïri Nahapétian 
Liana Levi ; collection policiers (02/02/2012)
219 pages


4ème de couverture :
Interdit de montrer ses cheveux. Interdit de s'habiller sans respecter l'uniforme islamique. Et interdit de chanter en public. Les ayatollahs ne manquent pas d'idées quand il s'agit d'entraver la liberté des femmes. Pourtant, lorsque la grande chanteuse Roxana revient dans la ville de son enfance, après un long exil aux Etats-Unis, certains de ses airs résonnent encore dans les taxis d'Ispahan. Son projet ? Donner Un concert dans lequel se produiront d'autres femmes. Un projet qui ne verra jamais le jour car Roxana sera définitivement réduite au silence. Et elle ne sera pas la seule à subir ce sort... C'est justement à ce moment-là que Narek, un jeune journaliste franco-iranien venu prendre le pouls de la révolte de 2009, rejoint la ville. Cette enquête lui permettra encore une fois de découvrir une facette insoupçonnée de la réalité iranienne.

A propos de l'auteur 
Naïri Nahapétian a quitté l’Iran après la révolution islamique, à l’âge de neuf ans. Elle y est revenue à l’occasion de nombreux reportages pour des périodiques français. Elle travaille actuellement pour Alternatives économiques. Son premier roman, Qui a tué l’ayatollah Kanuni?, est publié dans plusieurs pays européens.


Pour le défi d'Anne.


 Pour le défi d'Opaline, la plume au féminin.


Challenge ABC Critiques Babélio: 23/26 [N]

lundi 28 mai 2012

C'est lundi, que lisez-vou? (41)

Ce que j'ai lu ou achevé la semaine passée

*Meurtriers sans visage, Henning Mankell
*La chambre des officiers, Marc Dugain  (billet le 12 juin)
*Les yeux au ciel, Karine Reysset
*Le mur, le kabyle, et le marin, Antonin Varenne 

 
Ce que je suis en train de lire

*Banquises, Valentine Goby
* 1 nouveauté de la rentrée 2012..... chut, top secret!!! 
 
Ce que je lirai ensuite

 On verra............

dimanche 27 mai 2012

Le mur, le kabyle, et le marin


Dès le premier chapitre,  dès les premières pages, c’est le mot viril qui me vient à la bouche pour qualifier ce livre. D’emblée, nous voilà catapultée sur le ring avec George dans le rôle du cogneur. L’ambiance, l’écriture, tout est brut, rugueux, âpre. L’univers est masculin ; pas de place pour les femmes  dans ce livre…celle du bordel mise à part. Les deux premiers tiers du roman verront s’alterner les époques et les personnages.
De nos jours, C’est George, dit le mur, petit flic sur la fin, boxeur amateur par ailleurs que nous apprenons à connaitre. Non content de cogner, ou de se faire cogner, il se fait quelques billets en exécutant quelques contrats. Jusqu’au jour où….
En 1958, nous sommes en Algérie, Vareni échoue dans un centre de renseignements où l’on ne mégote pas sur la torture qu’il refuse. Deux ans…. Deux ans qu’il lui faudra faire !!! Rachid, le kabyle, lui est prisonnier. On y retrouve les « cocos », les salauds
A ce stade, c’est un peu la confusion, on ne sait pas trop comment l’auteur va s’en sortir.
Nous retrouvons, le mur, aux souvenirs perdus, Rachid le kabyle, et le marin…. Chacun en route vers Marseille  qui pour se retrouver,  ou se venger.
Si j’ai aimé le côté viril des débuts, le style percutant, si son côté glauque, et malsain ne m’a pas plus rebutée que cela, il a manqué sur la longueur une tension que j’attendais plus soutenue. C’est finalement en spectatrice lointaine que j’ai suivi tout cela, sans empathie , ni antipathie particulière. L’auteur a des qualités littéraires indéniables.  Cette partie d’histoire de France, je l’avoue, ne me passionne guère, et ce depuis toujours. Est-ce la raison pour laquelle je suis restée  relativement insensible ? Une forme de roman noir qui ne me convient pas ? 

Un grand merci à Lizouzou pour ce livre voyageur,en partenariat avec libfly qui l'a plus apprécié que moi .

 Le mur, le kabyle, et le marin, Antonin Varenne
Viviane Hamy (10/03/2011)
285 pages




4ème de couverture :
Un voyage âpre dans le temps : 1957-2009. Dans les mois le père s'était décidé à dire son "refus" de partir pour l'Algérie, et la sanction qui s'ensuivit : l'affectation dans un DOP, un de ces lieux destinés à la " recherche du renseignement par la torture ". Le talent d'Antonin Varenne a fait le reste. Un exercice sur le fil de l'émotion et du besoin d'exorciser. Le Mur, le Kabyle et le marin... Un combat contre l'oubli. 2009. Sur un ring, un boxeur observe sans complaisance l'adversaire qu'il va affronter, un gamin de vingt ans... Faisant fi du manichéisme, le roman bouleverse par la justesse du plus humble de ses personnages, comme par son intuition des rêves d'une génération saccagée. Fakirs, d'Antonin Varenne, paru en 2009, a obtenu le Prix Michel Lebrun, le Prix Sang d'encre et le Prix des lecteurs de la collection Points 2010.
 
A propos de l'auteur:
Né à Paris, en 1973, Antonin Varenne n’y restera que quelques mois avant d’être enlevé par ses parents pour vivre aux quatre coins de France, puis sur un voilier. Il n’y reviendra qu’à vingt ans, pour poursuivre des études à Nanterre.
Après une maîtrise de philosophie (Machiavel et l’illusion politique), il quitte l’Université, devient alpiniste du bâtiment, vit à Toulouse, travaille en Islande, au Mexique et, en 2005, s’arrime au pied des montagnes Appalaches où il décide de mettre sur papier une première histoire.
Revenu en France accompagné d’une femme américaine, d’un enfant bilingue et d’un chien mexicain, il s’installe dans la Creuse et consacre désormais son temps à l’écriture.

jeudi 24 mai 2012

Les yeux au ciel


Ils sont venus, ils sont tous là, enfin presque, il va fêter son anniversaire, le grand-père …Six jours durant nous suivons tour à tour les éléments de cette famille recomposée. Il y a les morts dont on parle, il y a les ex, persona non-grata absents mais dont on parle, les enfants, les bien, et moins bien-vus, et la troisième génération. Et puis il y a celle dont on ne parle pas, mais qui inconsciemment se manifeste à Scarlett.
Au fil de ces jours, l’auteur fait parler les membres de cette famille dont les secrets se dévoilent petits à petit.
Stylistiquement, j’aurais apprécié un peu plus de recherche dans la narration, un peu trop linéaire, et simpliste à mon goût. L’écriture est alerte, et rend de fait la lecture rapide
Assez portée sur ces romans intimistes où les non-dits font peu à peu surface, j’ai  ressenti comme un certain vide à la lecture de ce roman auquel il manque selon moi une certaine substance. Tous les personnages sont intéressants, mais semblent avoir été traités en surface. Le lecteur reste ainsi toujours au bord de la route, jamais loin des personnages, mais pas assez près pour se les approprier totalement, et se sentir impliqué d’une manière ou d’une autre. Dommage !!
Je remercie les éditions Points et livraddict pour ce partenariat

Les yeux au ciel, Karine Reysset
Éditions de l’olivier (3 Mars 2011)/ Points (12 Avril 2012)
192/188 pages

 4ème de couverture :
L’anniversaire du grand-père s’éternise. Scarlett ne supporte plus la présence des triplés, ses cousins aux yeux délavés. Pour les effrayer, elle leur parle du fantôme qui lui rend visite à la nuit tombée. Celle qu’elle appelle Bonnie, comme dans Autant en emporte le vent, s’est évaporée trente ans plus tôt. Les adultes, inconsolés, se souviennent. Sauront-ils enfin s’avouer ce qu’ils ont sur le cœur ?
A propos de l'auteur :
Karine Reysset est née en 1974. Elle a grandi entre Arras, Rouen et la banlieue parisienne. Après dix ans passés à Paris, elle vit à Saint-Malo. Elle a travaillé durant six ans dans le secteur de l'édition avant de se consacrer pleinement à l'écriture. En 2003, elle publie son premier roman, L'Inattendue, suivi de En douce en 2004 aux Éditions du Rouergue et de À ta place et de Comme une mère aux Éditions de l'Olivier en 2006 et 2008. Elle écrit également pour la jeunesse et a publié huit romans à l'école des loisirs.


Pour le défi d'Opaline



lundi 21 mai 2012

Meurtriers sans visage


Cher Wallander, si vous me permettez cette familiarité….
Je vais devoir me prononcer sur vos dernières aventures, alors pour vous connaître un peu mieux, j’ai fait le pari un peu fou, de commencer par le début. Nous allons donc faire ensemble  un petit bout de chemin ces prochains mois !!!
Si je ne suis pas encore totalement acquise à votre cause, je dois vous dire que vous me plaisez bien. Ni parfait (qui le serait d’ailleurs ?), ni trop propre sur lui…encore qu’un petit effort serait le bienvenu, ni la grosse brute épaisse comme peuvent l’être certains flics à l’ego surdimensionné, vous vous révélez être un type suffisamment humain pour avoir envie de repartir avec vous à la recherche des vilains qui perturbent votre Suède. Dès le premier opus,  l’humble lectrice de policiers que je suis  perçoit déjà que vous n’avez pas encore « jeté tout votre jus ».
Vous n’êtes pas un type à  abandonner comme cela, quand bien même tout cela vous parait perdu d’avance. Vous creusez, étudiez toutes les pistes, sans juger, ni condamner d’avance.
Comme tout homme vous avez vos faiblesses, mais ne cherchez pas à les cacher ou les minimiser. Vous avez vos failles, et blessures. Votre femme vous a largué, et cela vous perturbe beaucoup ; j’avais presque envie de vous prendre par le bras et de vous dire gentiment  « n’insiste pas, quand une femme n’aime plus,  c’est fini, elle ne reviendra pas ; ne regarde pas en arrière, renoue le contact avec ta fille, elle est ta chair, et ton sang…. , entoure ton père de tendresse, il en a besoin, lui aussi….»
Et puis, parce que c’est tout de même votre job, vous êtes un bon flic, un bon chef, attentif  et bienveillant avec vos hommes. Les savoir affectés vous affecte aussi.
Enfin, et cela n’a rien à voir, mais cela a son importance, vous aimez la musique…et là, vous marquez le point capital !! Tout à fait entre nous, vous avez bien raison d’aimer Callas ; si ce n’est pas la plus belle voix, c’est la plus émouvante… et je crois que vous l’avez bien compris.
Alors même si vos première aventures comportent quelques petites longueurs, sont un tantinet trop linaires, je suis sure que comme le vin, vous vous bonifierez avec le temps.
Nous nous retrouverons vite commissaire…..

Meurtriers sans visage, Henning Mankell
 Bourgois (octobre 2001) / Points policier (Mars 2004) (Première parution en 1991)
385/384 pages 

 
4ème de couverture :
En pleine campagne suédoise, dans une ferme isolée, un couple de paysans retraités est torturé et sauvagement assassiné. Avant de mourir, la vieille femme a juste le temps de murmurer un mot : " étranger ".
Il n'en faut pas plus pour qu'une vague de violence et d'attentats se déclenche contre les demandeurs d'asile d'un camp de réfugiés de la région. Les médias s'emparent du fait divers et lui donnent une résonance nationale. La pression augmente sur les épaules de l'inspecteur Wallander, chargé de mener l'enquête. Il va devoir agir vite, avec sang-froid et détermination, et sans tomber dans le piège de la xénophobie ambiante qui brouille les pistes...
La première enquête du désormais célèbre Kurt Wallander, personnage phare des romans de Henning Mankell.


Un second roman de Henning Mankell, pour la Suède  pour le challenge de Prune.


 Nouvelle étape suédoise pour le challenge d'Anne.


C'est lundi,que lisez-vous? (40)

Ce que j'ai lu ou achevé la semaine passée

*Les amandes amères, Laurence Caussé
*En vieillissant les hommes pleurent, Jean-Luc Seigle

 
Ce que je suis en train de lire

*Meurtriers sans visage, Henning Mankell

Ce que je lirai ensuite

 On verra............

dimanche 20 mai 2012

11ème prix du roman Fnac

Pour la seconde fois, je suis sélectionnée pour faire partie du jury qui déterminera , début septembre le Grand prix du roman Fnac 2012.

Comme l'année dernière, j'aurai à lire "secrètement", durant le mois de juin, entre 4 et 6 livres. Ces livres devront être évalués pour le 2 juillet.

Les livres reçus:  (les avis seront posés en fonction des dates de parution, et des exigences des éditeurs)

1.Le manteau de Proust, Lorenza Foshini ( La table ronde)   Avis à venir
2.Peste&choléra, Patrick Deville (Seuil)
3.Les choix secrets, Hervé Bel   (JC Lattès)  Abandonné en cours de route
4.C, Tom McCarthy   (l'Olivier)       Abandonné en cours de route
5.La dactylographe de Mr James, Michael Heynes  (Philippe Rey)  Abandonné en cours de route



Le lauréat est:  Peste&choléra, Patrick Deville.... hélas, si je puis dire parce que je n’adhère pas au style de l'auteur.

La sélection a été pour moi fastidieuse à lire, et frustrante.Le résultat ne me satisfait pas, mais dans la mesure où de ce que j'ai reçu , rien n'avait la saveur d'un grand Prix......la nouvelle me laisse quelque eu indifférente.

samedi 19 mai 2012

En vieillissant les hommes pleurent


« Tout à l’heure je ne serai plus ce que je suis et que je n’aime pas être. Je n’aime pas qui je suis. Je n’aime pas ce qu’il faudrait que je sois, je n’aime pas me réjouir de cette vie –là, je ne suis pas  de cette vie, je suis d’un autre temps que je n’ai pas su retenir. »

Une journée dans la vie d’un homme Albert, ouvrier chez Michelin, qui en ce jour de juillet 1961 se trouve à la croisée des chemins. Ce jour-là, la famille s’apprête à recevoir le premier poste de télévision, pour enfin voir leur fils ainé mobilisé à la guerre d’Algérie. Le cadet, Gilles, est passionné de lecture.
Ce roman teinté de nostalgie, et d’odeur d’antan nous fait toucher du bout des doigts toute la sensibilité qu’un homme ne peut exprimer autrement qu’avec le geste, et les symboles. Les drames de la vie d’Albert sont palpables, mais jamais clairement dits. Il y a  Albert, le fils, dont la mère de plus en plus absente s’en va à petit feu. Il y a Albert, le père qui n’a pu ou su apprivoiser l’ainé, et qui dans un élan d’amour va confier le cadet aux bon soins d’un instituteur. Il y a Albert, l’époux dépassé par une épouse éprise de modernité, lui qui n’a d’intérêt que pour l’ordre ancien. Albert ne s’y retrouve plus, n’a pas sa place dans ce monde qui tourne trop vite pour lui.
En cette journée d’été la chaleur est là, mais n’accable pas le lecteur. L’auteur nous offre là une histoire tout en pudeur, sensibilité et humanité, servie par une écriture soignée. Une histoire de mémoire, d’oubli , d’un futur que l’on transmet faute de pouvoir l’accompagner soi-même.

En vieillissant les hommes pleurent, Jean-luc Seigle
 Flammarion (janvier 2012) 
Grand prix RTL-Lire 2012
247 pages


4ème de couverture :
9 juillet 1961. Dès le lever du jour, il fait déjà une chaleur à crever. Albert est ouvrier chez Michelin. Suzanne coud ses robes elle-même. Gilles, leur cadet, se passionne pour un roman de Balzac. Ce jour-là, la télévision fait son entrée dans la famille Chassaing. Tous attendent de voir Henri, le fils aîné, dans le reportage sur la guerre d'Algérie diffusé le soir même. Pour Albert, c'est le monde qui bascule. Saura-t-il y trouver sa place ?
Réflexion sur la modernité et le passage à la société de consommation, En vieillissant les hommes pleurent jette un regard saisissant sur les années 1960, théâtre intime et silencieux d'un des plus grands bouleversements du siècle dernier.
A propos de l'auteur 
Jean-Luc Seigle est un auteur et scénariste français pour la télévision et le cinéma. Il a publié quatre romans : La nuit dépeuplée en 2001, Le sacre de l'enfant mort en 2003, Laura ou Le secret des des 22 lames en 2006 et En vieillissant les hommes pleurent en 2012.

jeudi 17 mai 2012

Les amandes amères


« Pour apprendre à lire à Jules, il faut commencer par connaître Jules. »

Lire et écrire, quoi de plus normal pour la plupart d’entre nous, puisque c’est le premier des apprentissages, et qu’il est une seconde colonne vertébrale sans laquelle la vie n’est pas tout à fait pareille. Et pour cause sans la maitrise de la lecture, pas d’autonomie possible, pas de vie normale permise ; rien que la débrouille, l’esquive, et le repli sur soi.
Édith est traductrice, et appartient à ce que les sociologues appellent la classe moyenne supérieure. Fadila qu’elle emploie comme femme de ménage, est marocaine, ne sait ni lire ni écrire, et sa vie n’est que galère. Édith, dans un élan humaniste, et profondément bienveillant se propose de le lui apprendre ; Fadila, avec une volonté de fer, et ce malgré ses soixante-cinq ans, se lance dans cette aventure ô combien périlleuse.
Laurence Cossé met beaucoup d’elle dans ce roman, qui en réalité est en grande partie un récit. Avec beaucoup de délicatesse, elle montre combien être analphabète aujourd’hui est une humiliation dans une société comme la nôtre, où  tout passe par l’écrit. Ne pas maîtriser la langue, c’est s’exclure, et se faire exclure, c’est  s’offrir en pâture aux escrocs de tous poils. Laurence Cossé ne casse de le montrer tout au long de ces pages.
Forte de son expérience d’alphabétisation d’un enfant, elle va faire preuve d’ingéniosité, mais surtout de beaucoup d’humilité pour tenter d’apprendre à lire à une femme adulte. C’est en apprenant à connaitre Fadila, qu’elle va adapter ses méthodes. Édith tâtonne, essaie, reformule, se fait pratique et pragmatique, sans jamais pénaliser, ni rabaisser Fadila. Parce qu ’Édith ne tarde pas à se rendre compte, que contrairement à ce qui se passe chez l’enfant, l’apprentissage de la lecture chez les adultes n’est pas linéaire, elle va s’adapter sans cesse à Fadila. Les rapports humains qui s’établissent entre les deux femmes vont être bénéfiques autant à l’une qu’à l’autre. C’est en rentant à pas feutrés dans la vie de Fadila, que, petit à petit, Édith va comprendre ce qui a amené Fadila dans cette situation.
C’est avec beaucoup de naïveté que j’ai « touché du doigt » un problème sociétal dont on parle de plus en plus, mais pour lequel il me manquait ce petit quelque chose indispensable pour comprendre un peu mieux, et surtout ne plus  être aussi tranchée sur la question.
L’écriture,  et le style sont minutieusement adaptés aux personnages, avec le souci de coller à la réalité sans devenir caricatural, ni discriminant. Il y a beaucoup de sensibilité et de délicatesse dans cet ouvrage qui a le mérite de soulever une problématique, d’amorcer des réponses avec toute l’humilité que cela demande.

Les amandes amères, Laurence Cossé
Gallimard, collection la blanche-Septembre 2011
220 pages




 

4ème de couverture :
Découvrant que Fadila ne sait ni lire ni écrire, Édith entrevoit à quel point la vie est compliquée pour un analphabète et combien c'est humiliant. Elle lui propose de lui apprendre à lire le français. Fadila n'est pas jeune. Édith n'est pas entraînée. L'apprentissage s'avère difficile. Ce qui semblait acquis un jour est oublié la semaine suivante.
Si Fadila a tant de mal à progresser, c'est que sa vie entière est difficile. Ce n'est pas une marginale. Elle a une famille, un toit, du travail. Mais la violence a marqué son rapport aux autres, depuis l'adolescence. Elle a de la rancœur contre son Maroc natal et, en France, elle ne se fait pas à la solitude. Elle vit dans une perpétuelle inquiétude.
Édith, de son côté, se sent de plus en plus démunie dans cette aventure dont elle a pris la responsabilité et qui va l'entraîner beaucoup plus loin qu'elle n'aurait cru.
Une amitié singulière, rugueuse et douce, amère, cocasse.
 
A propos de l'auteur 
Romancière et nouvelliste née en 1950, Laurence Cossé a récemment publié aux Éditions Gallimard La femme du Premier ministre (collection blanche, 1998, Folio n° 3403), Le mobilier national (collection blanche, 2001, Folio n° 3665), Le 31 du mois d’août (collection blanche, 2003, Folio n° 4152), Vous n’écrivez plus ? (collection blanche, 2006), Au bon roman (collection blanche, 2009, Folio n° 5074).
Elle a été journaliste et critique littéraire (Le Quotidien de Paris), et producteur-délégué à France-Culture (Radio France). Dans ce cadre, elle a notamment réalisé des interviews d'Andreï Tarkovski, de Jorge Luis Borges, ou de Suzanne Lilar.

35ème ouvrage pour le challenge de Hérisson

 Pour le défi d'Opaline


lundi 14 mai 2012

C'est lundi, que lisez-vous? (39)

Ce que j'ai lu ou achevé la semaine passée

*Le secret de Dieu, David Empton
*L'invisible, Robert Pobi

 
Ce que je suis en train de lire

*Mon livre "âme."...
*Chroniques birmanes, Guy Delisle
Ce que je lirai ensuite

 On verra............

samedi 12 mai 2012

L'invisible


Comme l’indique la sobre et éloquente couverture, c’est pièce après pièce que se construit ce roman…jusqu’à la dernière pièce. Et bien malin qui pourra la poser avant les autres. Je me suis bien laissé prendre ; par l’histoire qui happe le lecteur, et par le vilain qui s’est bien joué de moi tout au long de ces 400 pages. Pour mon plus grand bonheur.
Tout tourne autour de Jake revenu dans la maison de son père , peintre fécond en pleine démence, et qui se voit embarqué sur une sombre histoire de meurtre. Jake a certains pouvoirs, et cela intéresse beaucoup la police locale. A l’extrémité de Long Island, l‘ambiance n’est pas des meilleures, d’autant que l’ouragan du siècle pointe le bout de son œil.
Comment, à partir d’un millier de toiles, l’auteur va peindre à son tour une seule et même toile  qui va livrer sa propre vérité ?
Si Robert Pobi, antiquaire de son état, remet le monde de l’art au centre de son histoire, comme Jesse Kellerman l’avait fait avec les visages, j’ai trouvé que Pobi l’avait utilisé de manière on ne  peut plus subtile et machiavélique, pour servir au lecteur un thriller qui sort des sentiers battus.
Les personnages ont tous une personnalité très bien exploitée. Tout au long de ce roman, ce sont ces mots qui reviennent à Jake « écorché vif » Ecorchées, comme le seront toutes les victimes, écorché comme Jake qui cache bien des zones d’ombre, écorchée comme sa femme, elle aussi particulière, écorché comme le père dont on dit qu’il est fou…mais l’est-il vraiment tant que cela ?
Le ton est juste, bien dosé entre le beau parlé, et celui un peu moins classieux qui sied si bien au FBI. Si les scènes décrites ont de quoi  combler les amateurs du genre sans tomber dans l’extrême ; ceci dit, parfois, il faut rester accroché à son livre…heureusement, il s’agit d’une fiction !!!
La tension générée par la succession de meurtres, et de disparitions, est alimentée par le stress bien palpable qui va crescendo alors que l’ouragan arrive et s’abat sur la région…
Voilà, à mon humble avis, un premier roman abouti ; et un auteur à suivre.
Un petit bémol cependant, enfin deux… une quatrième de couverture qui en dit un peu trop, et le titre anglais the bloodman qui convient mieux que l’invisible.
Je remercie chaleureusement Fabienne Reichenbach des éditions Sonatine, pour cette nouvelle collaboration, et sa confiance. Encore une fois, cette maison aura su me surprendre, et me captiver.

L'invisible, Robert Pobi
Sonatine, 10/05/2012
420 pages


 
4ème de couverture :
Montauk, Nouvelle-Angleterre. Jack Cole revient pour la première fois depuis près de trente ans dans la maison où il a grandi. Son père, Jacob Coleridge, un peintre reconnu et célébré dans tout le pays à l’égal de Jackson Pollock, y vit reclus depuis des années, souffrant de la maladie d’Alzheimer. Son état a récemment empiré et une crise de démence l’a conduit à l’hôpital. Si ses jours ne sont pas en danger, ses moments de lucidité sont rares. Jack, qui a le corps entièrement tatoué d’un chant de L’Enfer de Dante, souvenir d’une jeunesse perturbée, est lui aussi un artiste en son genre. Travaillant en indépendant pour le FBI, il possède un don unique pour lire les scènes de crime et entrer dans l’esprit des psychopathes. Alors qu’un terrible ouragan s’approche des côtes, Dan Hauser, le shérif de la ville, profite de la présence de Jack pour lui demander de l’aider à résoudre un double assassinat, celui d’une femme et d’un enfant dont on ignore les identités. Devant la méthode employée par le tueur, Jack ne peut s’empêcher de faire le lien avec un autre crime, jamais résolu, le meurtre de sa mère lorsqu’il avait 12 ans. Alors que le village est bientôt coupé du monde par la tempête, les meurtres se succèdent et Jack est bientôt convaincu que son père connaît l’identité de l’assassin. La clé réside-t-elle dans les 5 000 mystérieux tableaux qu’il a peints inlassablement ces dernières années et qui semblent constituer une sorte d’étrange puzzle ? C’est dans l’esprit de son père que Jack va cette fois devoir entrer, comme il entre d’habitude dans celui des criminels, pour trouver une vérité complètement inattendue.
 
A propos de l'auteur :
Inlassable voyageur, Robert Pobi a longtemps travaillé dans le monde des antiquités. Il vit au Canada. L’Invisible est son premier roman.

Pour le challenge d'Anne.

La convocation


Ce roman vit au rythme des convocations de sa narratrice, et de ses souvenirs, et réflexions qu’elle égraine lors de son trajet dans le bus.
1.      Le scénario
C’est d’un ennui mortel, c’est sans relief, sans saveur, rébarbatif… Il ne se passe rien dans ce livre. Armez-vous donc d’une bonne dose de patience pour ingurgiter ce truc –là….250 pages ne sont rien quand c’est intéressant, mais quand on s’emmerde, mieux vaut planifier un nombre de pages journalier pour tenter d’en venir à bout….et encore….
2.      Le style
Je me suis dit, prix Nobel de Littérature, cette femme doit avoir une patte, un  style ; bref, un petit truc en plus qui donne à son œuvre une dimension particulière. Et bien non !!! Pas de poésie, rien de particulier, un texte massif sans chapitre : un paquet qu’on vous file dans les mains, en vous disant  «  tiens débrouille toi avec ça »
Il n’y a rien dans cette écriture-là, on ne ressent pas le poids de la dictature.Elle ne suscite ni l'émotion, ni la colère, ne vous fait pas dire " tiens, c'est beau ça"....rien!!!
En tout cas, je ne remettrai plus mes yeux dans ses œuvres. Je n’ai accroché ni à ce qu’elle voulait me dire (je cherche toujours !!!) ni à son écriture.
Je me pose une question : son Prix Nobel, choix littéraire ou choix politique ?

La convocation, Herta Müller
 Métailié (7 février 2001)/Points (07/10/2010)
208/246 pages





 

4ème de couverture :
Traquée harcelée, humiliée. Ainsi va la vie sous la dictature de Ceausescu. Et sa vie à elle c’est  Albu, le commandant sadique qui la convoque quotidiennement pour des questions sans fin. C’est Paul, son mari, qui boit pour oublier. Et Lilly, son amie qui meurt sous les balles. Pour ne pas perdre la tête, elle se débat et résiste.
A propos de l'auteur :
Herta Müller, née le 17 août 1953 à Niţchidorf, est une romancière allemande d'origine roumaine, douzième femme lauréate du prix Nobel de littérature en 2009. Allemande du Banat, née à Niţchidorf/Nitzkydorf, alors village germanophone du judeţ de Timiş, dans la région de Timişoara, elle a émigré en Allemagne en 1987, fuyant la dictature de Nicolae Ceaușescu. Ses œuvres, marquées par une extraordinaire force poétique et un langage d'une précision sèche, évoquent souvent la violence contre les plus faibles, l'injustice, les terreurs de la dictature. Ses deux premiers livres (Niederungen et Drückender Tango), parus à Bucarest avant la chute du régime, ont été censurés. En Allemagne, H. Müller est considérée comme faisant partie de la Weltliteratur (la « littérature du monde »).


Escale roumaine pour le défi d'Anne





Lecture pour mon propre challenge. ->décennie 2001-2010

 Pour le défi d'Opaline.


 Pour la catégorie Nobel de littérature dans les challenge d'Ys.



jeudi 10 mai 2012

Des pavés sur la plage.....


 Marmotte m'a tentée.....



Il s’agit du mini-challenge estival, qui consistera, comme l’indique son titre, à profiter des vacances ou des soirées ensoleillées pour lire des pavés, tous genres confondus, avec ou sans plage Une bonne occasion de vider notre PAL de toutes ces “briques” qui nous font envie, mais qu’on n’ose pas entamer, de terminer ou d’avancer nos séries en cours, ou encore d’en commencer de nouvelles…
Pour définir si un livre rentre dans le challenge, voici quelques indications (arbitraire, certes, mais je fais ce que je peux^^).
Un pavé, c’est:
- en grand format, un livre qui dépasse les 350 pages
- en format poche, un livre qui dépasse les  500 pages
Bon, on n’est évidemment pas à une dizaine de pages près, tout dépend de l’édition, de la mise en page, de la taille des caractères, etc…

 Inscriptions jusqu’au  31 mai
 Début du challenge le 1er juin
 Fin du challenge le 21 septembre!



 Mon palmarès :

1.Au lieu-dit Noir-Etang, Thomas H.Cook
2.Les lisières, Olivier Adam
3.Le bonheur conjugal, Tahar Ben Jelloun
4.La lionne blanche, Henning Mankell
5.L'enfant perdu, John Hart
6.Des ombres dans la rue, Susan Hill


mercredi 9 mai 2012

Le secret de Dieu


Il y a au moins un argument irréfutable en faveur de ce livre : l’auteur connait parfaitement la région. Quoi de plus normal, me direz-vous, pour un journaliste qui l’a arpentée durant des années !!!
Cela suffit-il pour faire un bon livre ? C’est la grande question qui se pose à moi : bon livre ou pas…Si d’emblée je me pose la question, c’est que forcément la réponse va faire débat. Je me garderais bien de répondre oui, ou non.
Je dirais simplement, que si le début est dynamique, qu’il ne laisse pas le temps de se poser la moindre question, que si les chapitres courts contribuent beaucoup à entrainer le lecteur aux confins d’une logique que seul l’auteur ne semble maîtriser, l’humble lectrice que je suis s’est vite essoufflée au point de tenter de percer plus vite ce secret tant promis. Et je serais bien en peine de vous le révéler, car tout ça est bien obscur, et honnêtement bien indigeste d'autant plus qu' arrivée aux 2/3 de l’ouvrage les idées d’abandon me tiraillaient d’avantage que la curiosité de savoir.
Pourtant, le style est de bonne tenue, les chapitres sont courts….
Mais, à force de naviguer dans le temps, et de promener le lecteur dans les temps bibliques sans qu’il puisse donner, si ce n’est qu’un début de sens à ce qui se passe …j’avoue m’être lassée assez vite, et surtout brutalement.
Les personnages sont nombreux, et ne suscitent pas forcément  la sympathie. Je veux dire en cela, qu’ils (en tout cas Julie, et Daniel) n’ont rien de remarquable, ils m’ont semblé assez fade, et sans relief. De plus, il y a des personnages pour le moins surprenant, voir improbables.
Alors, bon livre, ou pas ? Un type de thriller qui ne me tient pas en haleine. Dommage pour moi, j’en espérais visiblement beaucoup plus qu’il ne pouvait m’apporter.
Je remercie les éditions Albin Michel pour l’envoi de ce livre, en étant assez navrée d’un retour de lecture aussi peu enthousiaste.

Le secret de Dieu,David Emton
Albin Michel (01/02/2012)
580 pages

 A propos de l'auteur:
Des bas-fonds de Cuba au sanctuaire mafieux de Corléone, d’Israël aux déserts du Turkménistan, Emton a enquêté comme Grand Reporter pour plusieurs magazines. Il se consacre désormais à l’écriture de romans.
Le Secret de Dieu (Albin Michel, 2 février 2012) est son premier thriller, où course-poursuites, flash-back historiques, dialogues ciselés, énigmes et rebondissements alternent dans un récit mené à tombeau ouvert. « Une fusion entre Indiana Jones et L’Exorciste », selon Gérard de Cortanze (Prix Renaudot 2002).