jeudi 18 août 2011

Jeanne


Voici le livre secret de Jacqueline de Romilly. Écrit dans l'année qui suivit la mort de sa mère, en 1977, elle en fit imprimer quelques exemplaires pour les donner à ses amis. Mais par pudeur, par respect, parce qu'il y a quelque chose de vulgaire à se laisser interroger sur ce qu'il y a de plus intime, et parce qu'elle avait horreur de la vulgarité, elle n'a pas souhaité que ce livre soit publié de son vivant et a chargé son éditeur et ami Bernard de Fallois de le publier après sa mort. Elle fait ici le portrait d'une femme aux dons multiples, travailleuse infatigable, qui fit preuve pendant trente ans d'un talent d'écrivain reconnu, mais ne connut jamais le véritable succès. Après avoir perdu son mari au début de la guerre de 14, elle avait choisi de vivre dans l'ombre de sa fille. C'est toute une époque de la vie française du premier XXe siècle que Jacqueline de Romilly fait revivre autour d'elle. Mais c'est aussi le récit - on a presque envie de dire la confession - de l'union indissoluble d'une fille et de sa mère. Jacqueline de Romilly nous en dit beaucoup sur elle-même, à cette occasion, et nous comprenons mieux ce sentiment mêlé d'admiration, de sympathie, de reconnaissance et d'affection que ses lecteurs, même s'ils ne l'avaient jamais rencontrée, ont éprouvé en apprenant sa disparition.
Jeanne, sa mère ; Jeanne  son amie ; Jeanne, sa vie, Jeanne, l’amour de sa vie. C’est cette proximité avec sa mère qui avant tout surprend : il n’y a pas de maman, ou ma mère….. « Je suis sa fille-la fille de Jeanne au bracelet d’argent, ou plutôt celle qui avait été Jeanne au bracelet d’argent. » Cela surprend, mais il y a un tel respect à nommer sa mère ainsi, Elle l’érige à un rang supérieur.
Jacqueline de Romilly aura attendu sa propre mort pour offrir au public cette déclaration d’amour à sa mère que son éditeur conservait précieusement depuis 34 ans.
Si c’est bien de Jeanne Malvoisin dont il est question, Jacqueline de Romilly est omniprésente par le "Je" employé. Elle prend de fait position dans le couple fusionnel mère fille-fille. L’une ne va pas sans l’autre, elles ne font qu’un. Au travers de sa mère, c’est également elle que Jacqueline de Romilly raconte
C’est la grande guerre qui va sceller cet amour. Jeanne se retrouve veuve très vite avec une petite à élever. Jeanne a quelques talents pour écrire. Il faudra se serrer les coudes, travailler, vivre, ou plutôt survivre.
L’histoire d’une femme, l’histoire des femmes durant les guerres. Qu’il est difficile d’être seule, d’être veuve et mère, d’être une femme respectable et respectée durant cette époque.
Jeanne, c’est la bonté même, le sacrifice même. Elle vit pour et au travers de son enfant.
Jacqueline de Romilly dresse un vibrant hommage à cette femme de lettres, intelligente, et qui n’a vécu que pour sa fille.
« Je sais aussi que tout ce qui a jamais tenté Jeanne, dans la, a été refusé par elle à cause de moi. »
« Telle était, pour Jeanne, la joie de la richesse : pouvoir me donner tout ce dont j’avais un instant envie. »
C’est à la fois tendre, doux, émouvant, très instructif sur l’entre –deux guerre.
Je regrette cependant que ce livre soit écrit dans une langue trop belle pour ce genre littéraire. Le livre en aurait été plus sensible, plus proche. Peut-être que l’auteur aurait gagné à fendre davantage l’armure, même si je reconnais aisément, qu’à l’époque où ce livre a été écrit, et juste après le décès ce Jeanne, l’exercice pouvait être plus délicat.
Jacqueline de Romilly-Editions de Fallois-248 pages
26/03/1913-18/12/2010
Jacqueline de Romilly, née Jacqueline David, est la fille de Maxime David, professeur de philosophie, mort pour la France, et de Jeanne Malvoisin. Elle a épousé en 1940 Michel Worms de Romilly.

Études à Paris : au lycée Molière (lauréate du Concours général, la première année où les filles pouvaient concourir), à Louis-le-Grand, à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm (1933), à la Sorbonne.

Agrégée de lettres, docteur ès lettres, elle enseigne quelques années dans des lycées, puis devient professeur de langue et littérature grecques à l’université de Lille (1949-1957) et à la Sorbonne (1957-1973), avant d’être nommée professeur au Collège de France en 1973 (chaire : La Grèce et la formation de la pensée morale et politique).

Du début à la fin, elle s’est consacrée à la littérature grecque ancienne, écrivant et enseignant soit sur les auteurs de l’époque classique (comme Thucydide et les tragiques) soit sur l’histoire des idées et leur analyse progressive dans la pensée grecque (ainsi la loi, la démocratie, la douceur, etc.).
Elle a également écrit sur l’enseignement. Quelques livres sortent de ce cadre professionnel ou humaniste : un livre sur la Provence, paru en 1987, et un roman, paru en 1990, ainsi que quatre volumes de nouvelles.
Après avoir été la première femme professeur au Collège de France, Jacqueline de Romilly a été la première femme membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres (1975) et a présidé cette Académie pour l’année 1987.
Prix Ambatiélos de l’Académie des inscriptions et belles-lettres (1948), prix Croiset de l’Institut de France (1969), prix Langlois de l’Académie française (1974), Grand prix d’Académie de l’Académie française (1984), prix Onassis (Athènes, 1995) et diverses récompenses grecques, dont en 2008 le prix du Parlement hellénique.
Élue à l’Académie française, le 24 novembre 1988, au fauteuil d’André Roussin (7 fauteuil).
Obtenant la nationalité grecque en 1995, elle est nommée « ambassadrice de l'hellénisme » en 2000. Jacqueline de Romilly s'est convertie au catholicisme en 2008, à quatre-vingt-quinze ans.

La plume au féminin avec Opaline    

mercredi 17 août 2011

L'heure trouble


À l’heure trouble avant la tombée de la nuit, un enfant disparaît sans laisser de trace dans les brouillards d’une petite île de la Baltique. Vingt ans plus tard, une de ses chaussures est mystérieusement adressée à son grand-père. Qui a intérêt à relancer l’affaire ? Pourquoi toutes les pistes mènent-elles à un criminel mort il y a longtemps ?
Dans une oppressante atmosphère d’huis-clos, une étrange histoire de deuil, d’oubli et de pardon, hantée par les ombres du passé.

Nº1 des ventes en Suède, déjà traduit dans une dizaine de pays, ce suspense complexe et envoûtant a été élu Meilleur roman policier suédois 2007 par la Swedish Academy of Crime.

« Des débuts impressionnants… Theorin excelle à créer une atmosphère lugubre tout en explorant avec sensibilité les liens familiaux. » The Times
Tout comme le sang des pierres, son troisième roman, j’ai lu d’une traite ce livre, première parution de l’auteur.
L’heure trouble porte bien son nom, car tout y est trouble. Chaque personnage a sa part d’ombre. La situation, les faits sont mystérieux. L’étrange n’est pas loin, les esprits non plus.
L’auteur saura tout au long de ces pages éclairer le lecteur, petit à petit, à son rythme, mais suffisamment tard pour qu’encore une fois je sois bluffée par la fin.
En combinant judicieusement le passé et le présent, et clairement, nous avançons pas à pas au milieu de cette nature que l’on devine belle, bucolique et hostile à la fois. Sur une île, en mer Baltique, où il n’y a guère d’habitants, les elfes s’invitent parfois , les morts  donnent l’impression d’être vivants, et les vivants ont parfois une partie d’eux qui ne l’est plus…..Julia dont le petit garçon a disparu 20 ans auparavant n’est plus tout à fait là, goûte un peu trop au vin rouge, et déprime tout ce qu’elle peut. C’est sans compter sur son vieux père, bourré d’arthrose, qui retrouve une seconde jeunesse en se lançant à cops perdu sur les traces de Jens son petit-fils, non sans y entrainer au passage sa fille, et de vielles connaissances de l’île.
Les liens familiaux se resserrent, on se parle ; c’est le moment de solder le passé, de songer à faire son deuil, d’aller de l’avant, de reprendre goût à la vie…
Si l’histoire prend à la gorge, par son mystère, par ce sinistre sbire, Nils, dont on ne voudrait en aucun cas croiser le moindre chemin, tant il est dépourvu de tout sens humain, si l’ambiance est sombre, "brouillardeuse", il n’y a aucune sensation d’avoir au dessus de soi une chape de plomb qui vous oppresse.
Le rythme de l’écriture compense le rythme insulaire loin de la grande ville. L’auteur saura également varier les rythmes en fonction de l’époque évoquée, et des personnages.
Cela donne un roman noir, prenant, qui se lit tout seul, et qui vous captive jusqu’à la dernière page….A lire pour celles et ceux qui ne connaissent encore pas l’auteur, et à suivre pour les autres….

Johan Theorin-Albin Michel(février 2009) -432 pages
Lu dans le cadre du défi scandinave en noir proposé par Prune . Pour la Suède, et Johan Theorin

Le Turquetto

Se pourrait-il qu'un tableau célèbre – dont la signature présente une discrète anomalie – soit l'unique oeuvre qui nous reste d'un des plus grands peintres de la Renaissance vénitienne ? Un égal du Titien ou du Véronèse ? Né à Constantinople en 1519, Elie Soriano a émigré très jeune à Venise, masqué son identité, troqué son nom contre celui d'Elias Troyanos, fréquenté les ateliers de Titien, et fait une carrière exceptionnelle sous le nom de Turquetto : le "Petit Turc", comme l'a surnommé Titien lui-même. Metin Arditi retrace le destin mouvementé de cet artiste, né juif en terre musulmane, nourri de foi chrétienne, qui fut traîné en justice pour hérésie…
Il est vraiment dommage que la 4ème de couverture en dise un peu trop.Je ne m’appesantirai donc pas sur l’histoire en elle-même. Metin Arditi, dont je découvre ici l’univers et la plume, nous offre un roman sur une base historique, et artistique : celle d’un peintre de la renaissance, entre Venise et Constantinople, où nous suivons très bien le bouillonnement artistique, l’obscurantisme religieux alors que la Réforme bat son plein ailleurs et que l’Eglise catholique tente de garder la suprématie sur les âmes et sur le cours des choses.
L’art et la Religion, ses interférences, la place des juifs dans la cité, la persécution qui leur était, déjà ,si je puis dire, infligée, les relations sulfureuse entre le monde de l’art, de la politique et le de la gouvernance religieuse sont les point forts de ce roman écrit sous un rythme idéal : ni galopant ni somnolant. Le roman est découpé en 4 parties équilibrées, qui correspondent aux 4 étapes de vie du Turquetto. Tous les ingrédients sont réunis pour en faire une lecture passionnante car instructive, agréable puisque le style est élégant sans ostentation ni prétentions inutiles.
Encore une fois les éditions Actes Sud présentent un ouvrage soigné, avec une touche d’originalité non négligeable, et dont la couverture qui n’est autre que le tableau en question est à elle seule une invitation qui ne se refuse pas.
 Je prendrai volontiers, un jour prochain, le chemin vers un autre ouvrage de Metin Arditi.
Metin Arditi-Actes Sud (17/08/2011)-285 pages


Né à Ankara en 1945, écrivain suisse
Ecrivain, homme d'affaires et mécène passionné de musique, Metin Arditi arrive en Suisse alors qu'il est encore enfant. Après des études de génie atomique à l'Ecole polytechnique de Lausanne, il apprend le métier des affaires à l'Université de Stanford aux Etats-Unis. C'est lors de son retour à Genève, où il s'installe, qu'il fonde une société d'investissements immobiliers, avant de créer la Fondation Arditi et de présider l'Orchestre de la Suisse Romande. Il publie alors son premier roman 'Mon cher Jean... de la cigale à la fracture sociale' en 1998, qui sera suivi de plusieurs œuvres récompensées telles 'La Pension Marguerite', Prix Lipp Suisse 2006, ou encore 'L' Imprévisible', publié la même année, et 'La Fille des Louganis' (2007). La rentrée littéraire 2009 est l'occasion de découvrir 'Loin des bras', aux éditions Actes Sud, qui évoque les années passées par Metin Arditi au pensionnat.

Lu dans le cadre du jury du prix du roman Fnac 2011


2/7 dans le cadre du challenge 1% littéraire organisé par Hérisson          

L'ampleur du saccage


Héritiers maudits d'une féroce répression sexuelle qui s'est exercée trente ans plus tôt et a marqué leurs destins respectifs du sceau de la désespérance, quatre hommes liés par la fatalité du sang traversent la Méditerranée où s'écrit, sous le ciel algérien, l'ultime épisode de leur inconsolable désastre.
Sur un motif de tragédie antique, de crimes réitérés et d’impossible expiation, Kaoutar Harchi retrace, de la nuit d’une prison française à la quête des origines sous les cieux de l’Algérie, la fable funeste d’une humanité condamnée à s’entredéchirer dès lors que ceux qui la composent, interdits de parole ou ligotés par le refoulement de leur mémoire, sont rendus incapables d’exorciser les démons qui gouvernent leur chair animale.
« - Je te raconte tout ça pour que tu comprennes que j’ai besoin de le faire…Partir là bas, ce n’est pas simplement réaliser ses dernières volontés…c’est surtout me libérer et avancer ! »

L’ampleur du saccage…. Je dirais les saccages….saccages des corps, saccages des âmes, saccages des vies, saccages humains….

A lire le titre, à lire le mot de l’éditeur, à regarder la couverture terne, grisâtre, montant un enfant nu de dos maigrichon, penchant la tête de côté, il y avait de quoi avoir quelques à priori quant au contenu.
Le sujet est lourd, les paroles sont souvent insoutenables, les faits à peine croyables…
La construction de ce court, et c’est une heureuse initiative, et pesant roman, est chaotique, comme le sont les vies de nos 4 personnages. L’auteur saura, au fur et à mesure mettre en place un puzzle aux pièces complexes, tortueuses, mais  qui finalement s’emboitent bien. C’est un des aspects du livre que j’ai apprécié.
La narration est une sorte de quatuor. Comme en musique où les instruments ont tour à tour la parole, Arezkisi le meurtrier, Larbi son tuteur, Ryeb le gardien de prison, et Riddah le directeur de prison ont leur propre partition à l’intérieur de laquelle le passé resurgit au détour de paragraphes. 
De nos personnages qui au départ nous paraissent indépendants les une des autres, nous apprendrons, qu’ils sont liés entre eux par de terribles secrets, prisonniers d’une éducation où la tradition, les non dits, la violence sont les fondations.
Ce mode narratif multiple, chaotique correspond en tout point à l’atmosphère du livre.
L’auteur emmène son lecteur sur les chemins de l’enfance sacrifiée, de l’errance et de déracinement de l’étranger, du retour aux origines, de la destruction humaine inexorable.

En laissant décanter un peu , et en tentant de rassembler mes idées, mes réflexions, et finalement en y pensant souvent après, je me dis que c’est finalement ça un coup de cœur : un livre dont le sujet n’enthousiasme pas forcément mais qui laisse des traces, un livre que j’aimerais faire voyager, non pas pour le faire aimer, mais simplement le faire découvrir, pour faire parler ceux qui le liront, en bien ou en mal…car il en restera forcément quelque chose.
  
Kaoutar Harchi- Actes -Sud ( 17/08/2011)-120 pages       

Née à Strasbourg en 1987, de parents marocains, Kaoutar Harchi, titulaire d'une licence de lettres modernes, d'un master de socio-anthropologie et d'un master de socio-critique est, depuis 2010, doctorante-monitrice à la Sorbonne, où elle assure des enseignements en littérature et sociologie. Elle vit aujourd'hui dans la région parisienne.
Elle est l'auteur des deux romans : Zone cinglée (Sarbacane; 2009) et L'Ampleur du saccage (Actes Sud ; 2011).

 Je remercie Libfly et le furet du nord qui m’ont offert la possibilité de lire avant tout le monde cet ouvrage de la prochaine rentrée littéraire.              


 1/7 dans le cadre du 1% littéraire 2011 organisé par Hérisson


La plume au féminin avec Opaline                 

mardi 16 août 2011

Une saison blanche et sèche


Ben D Toit, un professeur d’histoire afrikaner, découvre les réalités de son pays et de l’apartheid quand Gordon, le jardinier noir de son école, et son fils sont arrêtés et meurent en prison.
Prix Médicis étranger 1980, Une saison blanche et sèche est le quatrième roman d’André Brink. Interdit dès sa publication en Afrique du Sud, il fut traduit dans une dizaine de langues. Écrit dans un style somptueux, riche de couleurs et d’image c’est l’œuvre la plus significative, la plus engagée, la plus achevée, d’un très grand romancier.
Ce livre est sur l’étagère depuis un an, prévu à l’origine pour une lecture commune vers l’Afrique du sud. Au dernier moment je lui avais préféré l’odeur des pommes de Mark Behr (lecture très appréciée, et dont je me souviens encore bien), sans trop savoir pourquoi d’ailleurs, et jusqu’à maintenant avec une occasion de lui faire prendre l’air, rien n’avait dirigé ma main vers ce livre……comme c’est bizarre.
Comment d’un sujet aussi grave et douloureux, l’auteur a-t-il pu faire un livre aussi insipide, et bâtir une histoire d’une banalité déconcertante. Le sujet aurait, pourtant pu donner une œuvre grandiose .Hélas, ce livre m’a laissée de marbre : pas une émotion n’est venue chatouiller mon âme de lectrice ; rien, une neutralité affligeante.
Certes, c’est écrit correctement, André Brink n’est pas un " un mauvais rédacteur". C’est juste que le style de ce livre, n’ait rien d’ambitieux, rien de particulier qui fait que ce livre interpelle, dans un sens ou dans un autre. J’ai en mémoire, le style, et l’écriture de J.M Coetzee, sud-africain également, mais Prix Nobel de Littérature….La voilà l’explication : à force de lire des bonnes choses, je deviens difficile, exigeante, intransigeante peut-être. Peut-être ai-je un cœur de pierre, qui sait ? Mais en ouvrant un livre, je veux être interpellée, je veux vibrer, je veux tout simplement.Et là, je n'ai rien eu, rien vu, rien senti, rien entendu,même pas voulu connaître la fin. Désintérêt total.
J’ai un souvenir encore vivace, du charme un peu désuet de Pleure Ô pays bien aimé qui a laissé son empreinte.
La construction même de ce roman n’incite pas à ressentir. Le narrateur, n’est pas un personnage partie prenante de l’histoire. Il raconte, de loin, ne prend pas position, se s’implique pas, reste en dehors. De fait, moi, lectrice, je ne me sens pas "prise par la main" par un personnage, qui m’aurait dit " voilà ce que j’ai à te dire, voilà comment je vis les choses, voilà comment je les perçois ".
Cette construction linéaire est sans relief, sans détours, sans petits coins perdus dans lequel s’engouffre le lecteur, pour mieux retrouver la lumière. Un peu comme une allée en forêt, rectiligne, et désespérément  plate ; à force on s’ennuie, on marche en fermant les yeux sans grand danger.
C’est à peu près comme ça que je lis ce livre : je lis, les yeux suivent les mots, mais le cerveau est ailleurs, encore avec le livre précédent, et déjà avec le livre suivant dont j’attends qu’il me secoue davantage.

Je me pose la question du prix obtenu par ce livre, en 1980…est-ce un choix politique, en relation avec ce qui se passait là-bas, pour faire bouger les choses ?
Écrit dans un style somptueux, riche de couleurs et d’image c’est l’œuvre la plus significative, la plus engagée, la plus achevée, d’un très grand romancier. Pour reprendre la note de l’éditeur, je m’insurge contre  le style somptueux et riche en couleur…tout de même n’exagérons rien.

Il semblerait, qu’André Brink, pour ce livre, ne s’y soit pris comme il le fait habituellement dans sa construction littéraire. Pour cela il mérite une seconde chance, quand l’occasion se présentera.
André Brink- Stock(1980)/Le livre de poche(1982)-416 pages

Né en 1935, André Brink enseigne la littérature anglaise à l'Université de Cape Town. Il est l'auteur d'une douzaine de livres parmi lesquels Une Saison blanche et sèche (prix Médicis étranger 1980), Etats d'urgence, Le Vallon du diable, Un turbulent silence.


Challenge la littérature fait son cinéma, proposé par Will  

lundi 15 août 2011

C'est lundi, que lisez vous?

Je me lance à mon tour dans cette rubrique hebdomadaire.

Ce que j'ai lu la semaine passée

En retard pour la guerre, Valérie Zénatti
Les courants fourbes du lac Tai, Qiu Xiaolong
Le prince des marées, Pat Conroy (LC du 20 août)

Ce que je lis en ce moment

Une saison blanche et sèche, André Brink qui m'ennuie prodigieusement
L'heure trouble, Johan Theorin 

Cette semaine seront publiés 2 avis de lectures du mois de juin, 2 nouveautés de la rentrée littéraire chez Actes Sud
Et ce conformément aux souhaits des éditeurs, et aux engagements que j'ai pris auprès d'eux de ne pas publier d'avis avant la parution officielle d'un livre en librairie.

Ce que je lirai ensuite

Deux lectures, autour du mot soleil (LC du 1er septembre)
Le portrait de Dorian Gray,Oscar Wilde (LC du 30 août)
Jeanne, Jacqueline de Romilly
entre autre......



jeudi 11 août 2011

Les courants fourbes du lac Tai


Parce qu’il a besoin de vacances, l’inspecteur Chen est envoyé en repos au bord du lac Tai. Ce paysage idyllique cache malheureusement une triste réalité : l’eau du lac est infestée par les rejets des usines alentour. Le directeur de l’une d’entre elles est assassiné et les militants écologistes radicaux sont montrés du doigt. Dans un pays où la croissance économique débridée nie les impératifs environnementaux les plus élémentaires, l’enquête se révèle délicate pour l’inspecteur Chen.
Pour une première rencontre avec l’auteur, je dirais que ce fut un coup d’épée dans le lac. Je me suis beaucoup ennuyée avec ce policier sis je compare avec ceux que j’ai lus dernièrement. Je l’ai trouvé terriblement classique, et conventionnel.
La construction, n’apporte aucune originalité, elle est linéaire, sans marque particulière qui pourrait faire que je grade un petit quelque chose du livre.
Le rythme est lent, très lent. Bien qu’écrit en anglais, c’est un roman "asiatique" et cela se sent, se ressent ; et cette langueur, n’est pas compensée, pas relevée, pas épicée, malgré les nombreuses allusions à l’art culinaire chinois.
Tout cela manque de sang, de méchants, des vrais, des durs, des tatoués !!! Même pas peur !!!
Des personnages sans panache, ni couleur.
Et pourtant, ce policier aurait pu être bien, si l’intrigue avait été plus fouillée, plus étoffée, plus complexe. L’auteur, a choisi de nous emmené dans une région, qui se devine accueillante, reposante, au bord d’un lac, dans un cadre idyllique où les cadres des partis ont leurs habitudes pour s’y reposer et s’y détendre. A quelques encablures de là, le cadre est moins bucolique….Et c’est justement en ciblant sur les paradoxes de la Chine, que l’auteur aurait pu construire une intrigue des temps moderne où l’écologie, le développement économique et la politique ne font pas toujours bon ménage. Tout cela, bien sur est abordé, mais tout est convenu, attendu.
Le style ne révèle rien de particulier, en tout cas rien de remarquable ; Chen, poète à ses heures ne réussit pas à me toucher en glissant ici où là le fruit de son inspiration.
Peut-être que les autres opus de Qui Xiaolong valent le détour, peut-être que celui-ci est moins réussi….peut-être qu’il me faudrait tenter à nouveau ma chance…..je ne suis pas certaine du tout d’en avoir envie.
Qui Xiaolong- Liana Levi(2010)/Points (2011)-310 pages
Lu  comme juré des lecteurs dans le cadre du Prix du meilleur polar des éditions Points






Challenge ABC/Babélio, 25/26 [X]
Challenge 26 lives/26 auteurs, 19/26 [X]




lundi 8 août 2011

En retard pour la guerre


Israël, janvier 1991. Une attaque de l'Irak à l'arme chimique est redoutée, la guerre du golfe est imminente. Constance Kahn, une jeune Française, a choisi de s'installer à Jérusalem pour écrire son mémoire sur Flavius Josèphe. Elle partage sa vie avec Nathanaël, un peintre révolté et imprévisible, travaille dans une boutique bio, a pour amie Tamar, étudiante comme elle en histoire antique, et sur le point d'accoucher. Dans quinze jours tout ce monde aura peut-être disparu. Lorsque les sirènes retentissent, Constance maîtrise de moins en moins le chaos émotionnel qui l'envahit, mêlant les traumatismes du passé aux angoisses du présent. En retard pour la guerre est un roman à l'écriture sensible et retenue. Sa vitalité et son réalisme rappellent le ton de certains jeunes cinéastes israéliens contemporains.
« Oui, mais quoi ? Comment saisir l’essentiel ? Distinguer ce qui, dans le présent ,sera important sera une fois transformé en passé ? »

Malgré cette guerre chimique que tout le monde redoute, ce livre est reposant à lire. Constance vit avec son compagnon depuis peu en Israël pour terminer un mémoire, mais pas uniquement pour cela….La très brève première partie lancera une pierre dont le lecteur ne recevra les morceaux qu’à la fin du livre. Entre temps, avec finesse et sensibilité, nous partageons l’angoisse, les doutes de Constance, amis que le quotidien de ses amis et voisins de quartier.
Prise par des souvenirs encombrants, Constance a bien du mal à tout clarifier, ses motivations, son couple. Elle court après le temps, les objets, l’agent…mais au fond que fait-elle là ?
Ce livre fait réfléchir  sur le quotidien des populations vivant dans un pays en alerte permanente, et qui plus est sous la menace d’une guerre chimique. Comment faire en sorte que la peur ne prenne pas le dessus ?

« La mort dans cette nuit de vacarme n’est pas dans l’ordre des choses, ne peut pas clore les années écoulées depuis notre naissance. »
Il y a de l’espoir dans ce livre, intuitivement, je ne pouvais pas penser, en lisant à une fin tragique…..
Si je n’ai pas ressenti ce petit quelque chose indéfinissable, je n’en ai pas moins apprécié cette lecture pour la qualité de l’écriture, sa finesse, sa concision, et une certaine musicalité que j’avais déjà rencontrés chez Aharon Appelfeld dont elle est sa traductrice.
Ce premier roman est, à mes yeux, prometteur. Son auteur est à suivre de près.
Valérie Zenatti-L'olivier(janvier 2006)-188 pages

Valérie Zenatti est née à Nice en 1970. Elle a publié plusieurs livres pour la jeunesse dont Quand j'étais soldate (2002) et Une bouteille dans la mer de Gaza (2005). Depuis un an, elle se consacre à la traduction, notamment des ouvrages de Aharon Appelfeld, et à l'écriture. En retard pour la guerre est son premier roman.

Challenge ABC/Babélio: 24/26 [Z]
Challenge 26 auteurs/26 livres 18/26 [Z]

Livre lu dans le cadre du défi la plume au féminin, organisé par Opaline   





Lecture dans le cadre du challenge la lecture fait son cinéma organisé par Will


dimanche 7 août 2011

Sanctuaire

« Temple ne vit pas, n'entendit pas s'ouvrir la porte de sa chambre. Au bout d'un instant, elle tourna par hasard les yeux de ce côté et y aperçut Popeye, son chapeau sur le coin de la figure. Sans bruit, il entra, ferma la porte, poussa le verrou, se dirigea vers elle. Tout doucement, elle se renfonça dans le lit, remontant jusqu'au menton les couvertures, et resta ainsi, anxieusement attentive aux gestes de Popeye. Il s'approcha, la regarda. Elle sentit son corps se contracter insensiblement, se dérober dans un isolement aussi absolu que si elle eût été attachée sur le clocher d'une église. Elle sourit à Popeye d'un pauvre sourire humble et gauche, découvrant l'émail de ses dents. »
Il m’aura fallu une lecture commune, une vraie (celle que l’on choisi ensemble, sans se cacher, que l’on lit en même temps à son rythme, et pour laquelle on accepte d’échanger en temps direct ses impressions, ses doutes, ses incompréhensions pour mieux progresser et aborder une lecture délicate), pour qu’enfin j’ose aborder Faulkner .
Seule dans mon coin, j’aurais probablement abandonné ce livre sans l’intelligence d’autres lecteurs qui n’ont pas peur, eux ,d’être influencés……
Cela faisait longtemps que je voulais régler un « petit compte » comprenne qui voudra…..

Faulkner, c’est de la littérature de haute volée, une littérature qui vous prend à la gorge. Ce n’est pas une petite lecture facile, ou comme disent certains, « une lecture détente ».
Faulkner a bien un style, une patte. Il a une manière bien à lui d’emmener son lecteur dans les recoins de l’âme humaine. Il a l’art de vous illuminer tout d’un coup sur une chose, et tout aussi vite de vous replonger dans le brouillard. Il suggère  plus qu’il ne révèle. Il sait attendre avant de préciser les choses, laissant le lecteur de longs moments à ses doutes et questions.
Faulkner ne nomme pas franchement les choses, ni les personnages ; souvent il multiplie les appellations….glisse des évènements anodins…

La narration chez Faulkner est précise, et fourmille de détails .Les dialogues sont parfaitement adaptés aux personnages et aux situations.

Le roman pose d’emblée l’ambiance générale. « Quelque part, caché, mystérieux, et pourtant tout proche, un oiseau lança trois notes, puis se tut. » Les trois coups avant la pièce de théâtre.

On y boit beaucoup, l’alcoolisme fait partie du décor.

André Malraux, dans sa préface prévient : « Sanctuaire est donc un roman d’atmosphère policière sans policiers, de gangs aux gangsters crasseux, parfois lâches, sans puissance. »

Il ne faudra donc pas chercher dans ce roman de folles embardées, des rebondissements fracassants. Le rythme n’est pourtant pas lent ni ennuyeux, c’est seulement qu’il est construit à la manière d’un roman noir, avec comme toile de fond toute son époque, tout un contexte social et sociétal.
Il faut simplement accepter de se laisser aller,  de se laisser perdre, de ne pas comprendre ou savoir pendant un moment, pour mieux se retrouver ensuite. Une lecture fine et attentive s’impose. Chaque mot, chaque ligne a son importance. Moi qui ne relis pas mes livres, me suis surprise à  en relire des pans entiers et à découvrir des choses qui m’avaient échappées.


Que vous dire de l’intrigue, si ce n’est qu’en dire si ce n’est un peu, c’est déjà trop en dire.
Les personnages sont mystérieux, glauques, patibulaires, franchement antipathiques pour certains : Tommy, Popeye (drôle de nom, tout de même…..) Godwin…
Seul Horace Benbow montre un visage « humain » ; c’est l’avocat, qui cherche à faire la lumière sur l’affaire, et qui croit encore à la justice. « Je ne puis rester les bras croisés quand je vois l’injustice… », Répond-il à sa sœur, petite bourgeoise.

Et puis Temple Drake, fille de juge, étudiante qui se laisse embarquer par Gowan complètement ivre, et qui va échouer dans la pire bicoque qui soit….et ce sera descente aux enfers. Temple/Sanctuaire……faut-il y voir un lien. ?
Elle reste un mystère pour moi, cette fille….pourquoi en arrive-t-elle là ? Pourquoi ne se sauve t-elle pas ? Qu4est-ce qui la retient dans ce bordel tenu par Miss Reba alors qu’elle fricote avec Red ? Pourquoi protège t-elle son bourreau ?
Elle a d'emblée des comportements, et des attitudes quelques peu équivoques qui laissent penser au lecteur que les choses n’en resteront pas là….   « Sans cesser de courir, elle eut l’air de s’arrêter. Le pan de son manteau qui battait derrière elle n’eut pas le temps de la rattraper ; toutefois, pendant une fraction de seconde, elle regarda Popeye en face avec un sourire aguichant et crispé qui découvrit ses dents. »

Faulkner sème ici où la des idées, des détails qui semblent insignifiants, mais que l’on retrouve parfois longtemps après pour éclairer ou pour insister….Ce sont ces élément-là qui me font affirmer que ce livre nécessite une lecture fine et attentive.

Ce livre est un coup de cœur, non pas pour le scénario en lui-même, mais pour l’immense qualité littéraire, le style, et ce qu’il me laisse à l’esprit .Je relirai Faulkner, c’est certain.

 William Faulkner-Gallimard/Folio- 375 pages
William Faulkner naît en 1897, à New Albany dans le Mississippi, dans une vieille famille aristocratique ruinée par la guerre de Sécession. Son père, Murry Cuthbert Faulkner, est un raté doublé d'un ivrogne dominé par sa femme, Maud. Enfant taciturne et étrange, le jeune William se distingue par ses goûts littéraires et artistiques. Il s'engage dans l'aviation canadienne après avoir été délaissé par Estelle, dont il était amoureux, mais l'Armistice met fin à la guerre avant qu'il ait appris à piloter. Il rentre cependant chez lui auréolé de la gloire du soldat et se vantant d'exploits inventés de toutes pièces. Il commence à écrire tout en exerçant différents métiers, sans grande conviction. Marqué par la forte personnalité de sa mère et son échec sentimental, William Faulkner mêle puritanisme et sensualité comme en témoigne le titre de son premier recueil de poèmes, Le Faune de marbre, en 1924. Il séjourne à Paris, à New York, à La Nouvelle-Orléans et, à son retour, épouse Estelle, qui a divorcé, et s'installe à Oxford. Il y mène une vie de romancier dont les livres ne se vendent guère malgré l'estime de la critique. Quelques-uns de ses plus grands romans paraissent alors : Sanctuaire, Tandis que j'agonise, Lumière d'août, Sartoris, Le Bruit et la fureur... Ils dressent une topographie de l'univers romanesque de l'écrivain : le comté de Yoknapatawpha et la ville de Jefferson dans le Sud après la guerre de Sécession. Faulkner publie également des recueils de nouvelles, comme Treize histoires, premières œuvres traduites en français dans les années 1930. Il part travailler comme scénariste à Hollywood où il rencontre Meta Carpenter qui devient sa maîtresse. Son sens du devoir lui intime de la quitter et cette rupture lui inspire son dernier chef d'œuvre, Les Palmiers sauvages. Il commence enfin à pouvoir vivre de sa plume et obtient le prix Nobel de littérature en 1949. Malheureusement son inspiration se tarit. L'alcool finit par avoir raison de lui, le 16 juillet 1962, au moment où paraît son dernier roman, Les Larrons.
  L'univers de Faulkner est un univers pessimiste, dont la déchéance, le péché, l'expiation par la souffrance forment la trame dramatique, et son œuvre compte parmi les plus importantes de la littérature américaine.

 Lu dans le cadre du Challenge des Nobel , Nobel 10  Challenge atteint

Challenge ABC/Babélio: 23/26 [ F]
Challenge 26 livres/26 auteurs: 17/26 [F]

mardi 2 août 2011

Le goût de New-York


Fantasme de la Ville par excellence, et ville de tous les fantasmes, New York est devenue une source abondante de mythes, de l'eldorado contemporain à la cité de tous les dangers : grandeur et décadence de la Babylone moderne, matière première inépuisable pour d'innombrables romans, films, poèmes, spectacles, qui hésitent souvent entre les deux extrêmes d'une vision tantôt infernale tantôt idéale... Vivre à New York, c'est habiter cette fiction, la chanson de geste de l'ère contemporaine. Mais vivre New York, c'est aussi confronter te rêve à ta réalité. Et découvrir une autre expérience, la magie de la foute n'empêchant pas une étrange solitude, les prémices de promesse tournant parfois aux illusions perdues. Balade en compagnie de Woody Allen, Louis-Ferdinand Céline, Tonino Benacquista, Jonathan Safran Foer, Jerome Charyn, Tom Wolfe, Andy Warhol, Edith Wharton, Francis Scott Fitzgerald, Truman Capote, Bob Dylan, Maryse Condé, Bret Easton Ellis, Georges Perec, Paul Auster et bien d'autres...
A l’origine ce recueil devait être un avant goût de voyage, une sorte de bain initiatique avant de plonger dans le bain new-yorkais. Le temps a passé, les livres se sont succédés et se sont remplacés et bousculés.
C’est l’esprit distancié, après ne nombreuses autres lectures new-yorkaises, que je me suis décidée à sortir de l’oubli cet opus. Se picore plus qu’il ne se lit ; Une fois n’est pas coutume, c’est à l’envers que j’ai choisi d’imprégner des thèmes abordés
Quatre parties, pour quatre visions, quatre idées de cette ville aux visages multiples. Une ville dont on rêve, que l’on regarde, que l’on vit, et enfin qui se pense….
L’eldorado contemporain :Ce sera pour moi la partie la plus abstraite, et donc la moins plaisante
La ville debout : où l’architecture, les ponts en inspirent plus d’un. Le Corbusier s’enflamme des buildings, Paul Morand disserte à propos des ponts
Le pays de la chance : C’est la partie que j’ai préférée, avec des textes variés et d’époques différentes qui montrent bien la ville de tous les possibles.
La ville non éternelle : Ce sont des écrivains non New-yorkais qui l’illustrent, et en parlent. Je retiendrai celui de Léopold Sédar Senghor sur la négritude à New-York, le communautarisme, les populations qui s’ignorent. Chacun à sa place.
 L’intérêt de cette présentation, c’est la diversité des auteurs qui ont été choisis. J’ai notamment apprécié de ne pas croiser, ou alors si peu, d’auteurs New-yorkais…..Je ne peux faire l’impasse de Paul Auster qui sait comme nul autre transmettre son amour pour cette ville, en particulier dans trilogie New-yorkaise. Ce recueil a la particularité de sortir des sentiers battus, et rien que pour cela, vaut d’être picoré ici ou là….

Textes choisis et présentés par Jérôme Neutres-Mercure de France (2009)-140 pages

Lecture dans le cadre du Challenge New-York, organisé par Well-read-kid


Le goût de Nancy


A Nancy, jusqu'au milieu du XVIIe siècle, une vaste esplanade séparait ta Ville-Vieille et la Ville-Neuve. Stanislas, ancien roi de Pologne, devenu duc de Lorraine en 1737, va projeter d'y établir une place destinée à honorer et glorifier son gendre le roi de France, Louis XV. Première de toutes les places royales françaises, elle sacralise l'image de marque royale tout en accueillant les festivités populaires. Aujourd'hui, 250 ans et une rénovation complète plus tard, on aurait tendance à assimiler Nancy à sa célèbre place, et vice versa. Mais ce serait oublier, dans te désordre, la bergamote, les mirabelles, l'Art nouveau, les macarons, l'Ecole de Nancy, Majorelle, Gallé, Delacroix, M. Coué et sa méthode, les frères Daum, Edmond de Goncourt, l'odeur de tilleul à la fin du printemps et au début de l'été... Visite guidée sur les traces de Victor Hugo, Stendhal, Edith Wharton, Marek Halter, René Char, Philippe Claudel, Maurice Barrès, Jocelyne François et bien d'autres...
Nancy, c’est loin, il n’y a pas la mer, il y fait froid l’hiver….Alors il fallait bien quelques bons mots pour attirer le visiteur.
Et le Nancéen, me direz vous ? Lui, qui comme moi connaît bien, et aime sa ville, peut-il être surpris en lisant ce recueil ?
Et bien oui, surpris d’y découvrir que des personnages comme la romancière Edith Wharton y fut correspondante de guerre, et livra un émouvant témoignage de 14 juillet. Que Simone de Beauvoir, de passage alors qu’elle rendait visite à Sartre en Alsace ne l’a pas aimé, comparé à Strasbourg…
J’ai ai lu des pages de tendresse à l’évocation de notre très chère bibliothèque municipale que l’on doit à Stanislas, et toujours  en service  de nos jours.
Je me suis délectée en lisant la folle aventure du macaron des célèbres sœurs macarons, toujours imité mais jamais égalé et dont la recette est jalousement gardé par un célèbre pâtissier de la ville.
J’ai souri en lisant Fernand Rousselot qui revisite la méthode Coué…..toujours très efficace…Si je vous l’assure.
Céline, dans son voyage au bout de la nuit rappelle que le doigt de Stanislas- bien avant de servir aux réjouissances des carabins, indiquait aux hommes de troupe la direction des quartiers....un peu chauds de la ville !!!
Et pour finir, en humour, avec la devise des footballeurs Nancéens «  Qui s’y frotte s’y pique »….Et oui si les anglais ont la rose, et les hollandais la tulipe, à Nancy nous avons le chardon…alors  soyez sur vos garde !! Parole de Nancéenne.
Textes choisis par  Paulette Choné et Brigitte Heckel- Mercure de France(2005)-142 pages


lundi 1 août 2011

Challenge: 50 états, 50 billets

17 mois à travers les Etats-Unis........Le voyage de fou.Bon ne rêvons pas, c'est avec les livres qu'il se fera, pas au volant d'une grosse américaine, la country à fond les manettes, le chapeau de cow-boy vissé sur la tête!!!    Donc fin du voyage le 31 décembre 2012..... 31 décembre 2014, après plusieurs prolongations !!!!

C'est déjà pas si mal que cela.C'est Sofynet qui nous y invite.....


50 états, 50 billets.... Oui, mais encore ?
Le but est que chaque participant(e) essaie d'écrire un billet par état des Etats-Unis. Je vais être plus clair : il peut s'agir de critique de livre, de film, d'une série ou d'un épisode de celle-ci, d'un compte rendu de voyage, d'un billet d'humeur sur un fait d'actualité, d'une recette, qu'importe... Mais il faut qu'il y ait un lien clair avec l'état que vous avez choisi d'illustrer ainsi. Et le billet ne peut être lié qu'à un état.

On peut aussi parler cinéma, série télé, ou reportage voyage.....

Chaque état évoqué rapportera 1 point. Un point bonus sera donné à chaque personne ayant été seule à évoquer un état (par exemple, si une seule personne fait un billet sur le Nevada, hop, un point de plus pour elle). Un cadeau surprise sera remis à la personne qui aura le plus de points.

Alabama

Les feuilles mortes, Thomas H.Cook 
Alaska

Désolations, David Vann
 
Arizona

Clandestin, Philip Caputo
Arkansas


 
Californie

Le prix de la peur, Chris Carter
Poète aveugle, Lawrence Ferlinghetti 
 
Caroline du Nord

L'enfant perdu, John Hart 
Caroline du sud

Le prince des marées, Pat Conroy 
Colorado

Tueur de bisons, Frank Mayer

Connecticut

L'Amérique des écrivains, Pauline Guéna

Dakota du Nord

Dans le silence du vent, Louise Erdrich

Dakota du Sud

L'hiver du fer sacré, Joseph Marshall III

Floride

Ils vivent la nuit, Dennis Lehane

Georgie

La Couleur pourpre, Alice Walker
Hawaï

Les descendants, Kaui Hart Hemmings

Idaho

Illinois

Indiana

Donnybrook, Frank Bill

Iowa

La terre des Peaux-Rouges, Philippe Jacquin

Kansas

De sang-froid, Truman Capote

Kentucky

 Sweetwater, Roxana Robinson

Louisiane
 
Ouragan, Laurent Gaudé 
Maine


Ailleurs, Richard Russo

Massachusetts

La lettre écarlate, Nathaniel Hawthorne
 
Michigan

Dalva, Jim Harrison


Minnesota
Freedom, Jonathan Franzen
 
Mississippi

La couleurs des sentiments, Kathryn Stockett 
Missouri


Les apparences, Gillian Flynn

Montana

Montana 1948, Larry Watson
 
Nebraska


 
Nevada

 Ma grand-mère cannibale, France Bequette
New Hampshire

Les filles de l'ouragan, Joyce Maynard

New Jersey

Terroriste, John Updike

Nouveau Mexique

Ohio

Home, Toni Morrison

Oklahoma

L'accusé, John Grisham


Oregon

Derniers adieux, Lisa Gardner

Pennsylvanie

Lune de sang, Todd Ritter
 

Rhode Island

La route, Cormac McCarthy
 

Tennessee

Le silence des agneaux, Thomas Harris

 Texas

Le sillage de l'oubli,Bruce Machart 

Utah
Refuge, Terry Tempest Williams
 
Vermont


Virginie

Virginie Occidentale

La guerre de Sécession, André Kaspi

Washington

La mort et la belle vie, Richard Hugo

Washington DC (District of Columbia)

Où va l'Amérique d'Obama, Hervé de Carmoy

Wisconsin

Instinct de survie, Jeffery Deaver
 
Wyoming

Bird Cloud, Annie Proulx

Billet bonus 










dimanche 31 juillet 2011

Le rocher de Tanios

" Le destin passe et repasse à travers nous, comme l'aiguille du cordonnier à travers le cuir qu'il façonne. " Pour Tanios, enfant des montagnes libanaises, le destin se marque d'abord dans le mystère qui entoure sa naissance : fils de la trop belle Lamia, des murmures courent le pays sur l'identité de son vrai père. Le destin passera de nouveau, dans ces années 1830 où l'Empire ottoman, l'Egypte, l'Angleterre se disputent ce pays promis aux déchirements, le jour où l'assassinat d'un chef religieux contraindra Tanios à l'exil... Mêlant l'histoire et la légende, la sagesse et la folie des hommes, le romancier de Léon l'Africain et du Premier Siècle après Béatrice nous entraîne dans un prodigieux voyage romanesque qui lui a valu le prix Goncourt 1993. --Ce texte fait référence à l'édition Poche.
 
Je connaissais Amin Maalouf de nom, mais ne l’avais jamais lu. Alors qu’il devient immortel, pour réparer cela, je choisis l’ouvrage qui lui valut le Prix Goncourt.
Et bien c’est fait, je l’aurai lu au moins une fois !!! Mais que tirer de ce livre ? Pas grand-chose.
Je l’ai terminé, très vite, comme on finit son assiette pour être quitte, et pouvoir passer au dessert, qui est plus prometteur. Le plat était mangeable, mais sans saveur, sans goût, sans odeur.
Et bien ici c’est pareil : cela se lit, c’est limpide, bien écrit. Mais quoi, me direz-vous ?
L’histoire est un peu maigrichonne ; ça manque un, beaucoup de corps. Si l’écriture est lipide le style est lourd. Il s’y dégage une espèce de léthargie toute orientale, une sorte d’indolence, de nonchalance, qui à la longue lasse énormément quand il n’y a pas la poésie, les couleurs, et un peu d’épice pour retenir le lecteur.
Peut-être que c’est au second, voir au troisième degré qu’il faut lire ce roman s’apparentant à un conte……Si on veut…… 

Amin Maalouf- Grasset (1993) Prix Goncourt-280 pages