mercredi 8 décembre 2010

Quinze ans après, fanfan2


À vingt-cinq ans, Fanfan et Alexandre s’étaient désirés. Fou de romantisme, il lui avait fait une cour sans fin. Pour différer toujours l’usure de la passion. Quinze ans après, Alexandre a bien changé : toqué de vie domestique, il rêve d’un amour quotidiennement réenchanté. Désormais, il ne veut plus aimer toujours mais tous les jours. Avec une folie infatigable ! Mais comment prendre appui sur les tâches ménagères pour éperonner le désir ? Faire lavabo commun peut-il éviter de faire un jour rêves à part ? Seule l’aventure du quotidien amoureux mobilise son imagination. Ce défi peut-il être relevé sans votre aide ?
Je remercie le livre de poche et Bob qui m’ont permis de lire ce livre grâce à un partenariat. N’ayant pas lu Fanfan à sa sortie, je pouvais donc lire le second sans être parasitée par l’éventuel élan sympathique à son encontre. J’aborde donc Fanfan 2 l’esprit vierge…….
Et bien malgré cela, c’est une déception. J’ai une impression de vide en lisant ce livre. Les personnages m' insupportent comme Faustine de part sa personnalité perverse et profondément méchante, m’ennuient comme Fanfan par son côté mollasson, j’ai tellement envie de la secouer.Quant à Alexandre, ça n’est pas la modestie qui l’étouffe…..il fait sans cesse référence à son livre, à son film.
J’ai trouvé l’ambiance très parisienne, surfaite, superficielle.
Je ressors de cette lecture un arrière goût de campagne de markéting visant à relancer un auteur qui en son temps a marqué une génération ; génération qui comme la mienne a vieilli et est en attendre d’autre chose……un autre chose que, malheureusement je n’ai pas trouvé ici.
De plus je n’ai pas trouvé le style littéraire particulièrement élégant, ni particulièrement travaillé. Alexandre Jardin nous avait habitué à mieux.
Alexandre Jardin -Le livre de poche-287 pages

mardi 7 décembre 2010

Le violon du fou


Loin de chez lui, Cunnar passe ses journées à jouer du violon au détriment de ses études. Lorsqu'il apprend que le domaine familial est en décrépitude, que sa mère est ruinée, il décide de rentrer, d'oublier sa musique et d'être enfin raisonnable. Confiant, le jeune héritier se met donc au travail en investissant leurs derniers sous dans l'élevage. Mais le troupeau est décimé par l'hiver. Impuissant, désespéré et hon­teux, Gunnar perd la raison.
Devenu colporteur, il sillonne la région avec son éternel violon tel un mendiant halluciné, jusqu'au jour où, effrayé par d'obscures visions, il se réfugie dans un cimetière...
Menant subtilement le lecteur entre naturalisme et fantastique, Selma Lagerlöf, une fois encore, surprend par la puissance de son écriture.
Une écriture soignée, agréable, et, bien construite, une couverture aux allures de contes anciens, un éditeur de qualité, une histoire où il est question d‘un violon et d’un violoniste………..et pourtant, cette lecture est loin de m’avoir comblée.
J’avais des souvenirs anciens d’un beau livre de cet auteur, le merveilleux voyage de Nils…..
Je me suis dit, à l’approche de Noël, un peu de magie, et de féerie ne feront pas de mal. Et pourtant, la magie n’a pas opéré, elle s’est éteinte même.
Je pense que ce genre de littérature, s’il a été apprécié en son temps, me parait démodé, un peu vieilli.
Les personnages sont attachants, Gunnar attaché à la musique et son violon, qui perd la raison, pour la retrouver avec Ingrid ; Ingrid la morte qui ressuscite et remet Gunnar sur les rails. Et pourtant je n’ai pas trouvé l’attache où m’accrocher pour aller à la rencontre de ce livre.
Selma Lagerlöf-Actes Sud-150 pages
L'auteur:
Selma Lagerlöf (1858-1940), prix Nobel de littérature en 1909, est sans conteste l'un des plus célèbres écrivains suédois. Son oeuvre est nourrie des légendes et de l'histoire de la région de Värmland, merveilleusement transposées par son imagination lyrique hors du commun. Parmi ses livres les plus fameux on peut citer La Saga de Costa Berling, et le texte qui lui valut sa renommée internationale : Le Merveilleux Voyage de Nils Holgersson à travers la Suède (édition intégrale illustrée disponible chez Actes Sud).

samedi 4 décembre 2010

Rosa candida

Le jeune Arnljótur va quitter la maison, son frère jumeau autiste, son vieux père octogénaire, et les paysages crépusculaires de laves couvertes de lichens. Sa mère a eu un accident de voiture. Mourante dans le tas de ferraille, elle a trouvé la force de téléphoner aux siens et de donner quelques tranquilles recommandations à son fils qui aura écouté sans s'en rendre compte les dernières paroles d'une mère adorée. Un lien les unissait : le jardin et la serre où elle cultivait une variété rare de Rosa candida à huit pétales. C'est là qu'Arnljótur aura aimé Anna, une amie d'un ami, un petit bout de nuit, et l'aura mise innocemment enceinte. En route pour une ancienne roseraie du continent, avec dans ses bagages deux ou trois boutures de Rosa candida, Arnljótur part sans le savoir à la rencontre d'Anna et de sa petite fille, là-bas, dans un autre éden, oublié du monde et gardé par un moine cinéphile.
Un coup de cœur pour une lecture serine, limpide, dont les mots et les pages défilent, et qu’il faut savoir mettre en retrait un moment pour mieux la reprendre et ne plus la quitter.
Un livre au format à peine plus gros qu’un livre de poche, mais broché, ce qui en fait un objet agréable à tenir. La couverture aux allures psychédéliques, détonnent avec le caractère tendre, décalé, et hors du temps de cette histoire qui finit dans la lumière.
« Ma fille est immobile, à califourchon sur mes épaules. Je mets ma main en visière et plonge le regard dans l’aveuglante clarté. C’est alors que je la vois, tout en haut, dans le vitrail du chœur, la rose pourpre à huit pétales, à l’instant précis où le premier rayon transperce la corolle et vient se poser sur la joue de l’enfant. »
Ce jeune homme de 22 ans, rouquin, que son père appelle tendrement « mon petit Lobbi, s’en va prendre ses « quartiers d’été » dans un vieux monastère du continent, dont on ne sait ni le nom, ni la localisation, afin de redonner vie à une légendaire roseraie en perpétuant ce que sa mère tant aimée, et disparue lui a appris depuis sa plus tendre enfance. Il n’emporte que quelques boutons de roses, et une photo de sa fille, née d’une brève union d’un soir, et qui porte le doux prénom de Flora Sol.
Seulement voilà le destin sonne toujours à la porte………Anna refait surface, revient avec sa fille dans les bras……..
Parti pour défricher un jardin, c’est avant tout à sa propre vie qu’il va redonner vie. En cela il sera aidé par frère Thomas, vieux moine cinéphile et amateur de bonnes liqueurs qui, l’air de rien va lui l’éclairer.
« Les hasards ont un sens, dit l’abbé »
« Rares sont ceux qui prennent le temps de penser à la mort. Et puis il y a ceux qui n’ont pas le temps de mourir »
Le jardinier des roses va se découvrir Papa. Ce garçon qui au départ parait naïf, parfois un peu simplet, s’avère un homme plein de sensibilité et d’intelligence ; un garçon sans cesse hanté par une mère trop tôt disparue et qu’il ne cesse de faire vivre en l’évoquant constamment.
Ce livre ne manque pas d’humour : « J’éprouve de l’empathie pour saint Joseph. Il a du se sentir bien seul sous la couette »
Audur Ava Olafsdottir-Zulma-336 pages
D'un réalisme sans affèterie, tout l'art d'Audur Ava réside dans le décalage de son personnage, candide, cocasse et tendre. Cette insolite justesse psychologique, étrange comme le jour austral, s'épanouit dans un road movie dont notre héros sort plus ingénu que jamais, avec son angelot sur le dos. Audur Ava Ólafsdóttir est née en 1958 à Reykjavík. Rosa candida, largement salué par la presse et la critique lors de sa parution en 2007 et deux fois primé, est traduit pour la première fois en français.


Livre lu avec Livraddict dans le cadre de "destination Islande"

vendredi 3 décembre 2010

L'éveil


Une villégiature en Louisiane à la fin du XIX ème siècle : robes de mousseline, ombrelles, soirées musicales, villas du bord de mer et enfants sages. Un univers serein et paisible. Un peu trop, peut-être, aux yeux d'Edna pour qui cette quiétude confine à la torpeur. Une émotion amoureuse, un parfum enivrant et la vie change de registre. C'est «l'éveil». La jeune femme découvre son goût de vivre, sa créativité, son corps, elle-même en somme. Découverte qui ne va pas sans poser problème, dans l'Amérique de ces années-là ; pour l'héroïne du roman et pour l'auteur, dont l'oeuvre fut jugée scandaleuse, dénoncée par la presse et mise au ban des librairies de Saint-Louis en 1899, pour être enfin reconnu dans les années soixante comme l'un des grands classiques de la littérature américaine.
Une histoire de femme, écrite par une femme d’un autre siècle, qui ouvre la voie au féminisme.
Nous sommes en Louisiane à la fin du 19 ème siècle. Les femmes trompent encore leur ennui en « recevant , chez elle le mardi après midi », de blanc vêtues portant ombrelle et crinolines, dirigeant de main de maître une maisonnée remplie de métis, quarteronnes et mulâtres à leur service……….Un temps où les dames étaient des mères avant tout et épouses assujetties à leur maris; pour ce qui était de la femme……..autre temps , autres mœurs.
Edna Pontellier a 28 ans, deux enfants, et semble décidée à passer outre ces injonctions sociales et sociétales. Elle s’ennuie avec Léonce, son époux ; s’éprend de Robert, et succombe à Alcée Arobin. Elle s’éveille à la vie, à une autre vie.
« Elle abandonna complètement les mardis, et ne rendit pas las visites qu’on lui faisait. Elle ne s’obligerait plus vainement à diriger sa maison en bonne ménagère. Elle allait et venait selon son humeur, et se prêtait autant qu’elle le pouvait à ses fantaisies passagères. »
Elle aime ses enfants, mais sans plus ; ne s’en occupe pas plus que cela. Edna ne semble pas résolue à se sacrifier pour sa progéniture. Elle a le désir d’accéder à son indépendance en vivant de son art, la peinture. Mais, n’est pas artiste qui veut. Son amie la demoiselle Reisz, pianiste, le lui rappelle cruellement.
Edna, ne veut suivre le modèle en vigueur dont sa bonne amie Adèle Rastignolle, la mère par excellence, est l’archétype. Elle ne sera pas l’artiste qu’elle souhaitait être. Robert, dont elle est éperdument amoureuse ne veut s’engager avec elle dans une relation adultère. Le passage à l’acte n’est pas plus satisfaisant. Que lui reste t-il ?.....
Ce court roman a des allures « d’autant en emporte le vent », pour tout l’atmosphère coloniale qu’il dégage. La Louisiane, en ce temps là a beau avoir aboli l’esclavage, la ségrégation raciale est omniprésente, avec, dans le roman, l’usage d’un vocabulaire bien spécifique.
L’influence française est également bien relatée par des expressions que l’auteur a glissée telles quelles.
Le rythme est à l’image de la région, ralenti par la chaleur, et la moiteur que l’on sent à travers l’écriture, sans pour autant que la lecture en soit affectée.
Kate Chopin-Liana Levi-215 pages
Kate Chopin (1850-1904) est née dans à Saint-Louis d'un père irlandais et d'une mère française. En 1882, à la mort de son mari, elle entreprit de traduire des oeuvres de Maupassant et de rédiger ses premières nouvelles. L'Eveil paraît en 1899 ; l'accueil scandalisé du public la laisse amère et déçue jusqu'à sa mort. Celle par qui le scandale arrive ne connut qu'une gloire posthume.


mercredi 1 décembre 2010

Challenge 26 livres-26 auteurs

Nouveau Challenge qui à partir de janvier 2011 fera liste commune avec le Challenge ABC Babélio.

A: Olivier Adam, Le cœur régulier ( contemporain Fçais,232 pages) Février 2011
B: Chochana Boukhobza, Sous les étoiles (roman contemporain Fçais, 363 pages) Janvier 2011
C: John Connolly, Le livre des choses perdues (jeunesse Irl, 346 pages) Mars 2011 Abandonné
D: Don Delillo, L'homme qui tombe (roman contemporain USA, 296 pages) Mai2011 Abandonné
E: James Ellory ,Seul le silence (contemporain US ,600 pages)- Décembre 2011
F: William Faulkner, sanctuaire(USA, 375 pages)
G: Laurent Gaudé, Ouragan (roman contemporain Fçais ,189 pages) Mai 2011
H: Ernest Hemingway, Le soleil se lève aussi ( roman classique US,275 pages) Août 2011 Abandon
I: Arnaldur Indridason, Hypothermie (polar islandais, 350 pages)
J: Elfriede Jelinek, La pianiste (contemporain, All, 250 pages) Février 2011
K: Jesse Kellermann, les visages (thriller, Us, 472 pages) Janvier 2011
L:  Fouad Laroui, La vieille dame du riad (roman français 250 pages)
M: Colum Mc Cann, Les saisons de la nuit (roman contemporain US,320 pages)
N : Nimrod, Les jambes d'Alice (Roman contemporain Afr,140 pages) Avril 2011
O: Joseph O'Connor, Muse (contemporain Irl,278 pages) Octobre 2011
P: Alan Paton, Pleure Ô pays bien aimé (classique Afr, 429 pages); juillet 2011
Q: Queffélec, Les noces barbares (contemporain Fçais,308 pages); Novembre 2011
R: Eric Maria Remarque, à l'ouest rien de nouveau (roman All, 220 pages) Février 2011
S: Alexandre Soljenitsyne, Une journée d'Ivan Denissovitch (roman russe, 280 pages) Juin 2011
T: Ivan Tourgueniev, Premier amour (classique Russe, 96 pages) Janvier 2011
U :Antonio Ungar, ,les oreilles du loup (contemporain Colombie, 132 pages) Février 2011
V : Frankie Ventana,Une vie après l'autre, (Roman contemporain Fçais, 174 pages) Janvier 2011
W : Alice Walker, La couleur pourpre (Littérature épistolaire, 344 pages), Juillet 2011
X : Qiu Xiaolong, Les courants fourbes du lac Tai (policier Chine, 310 pages)
Y :
Richard Yates,Easter parade (roman US,267 pages); septembre 2011
Z : Valérie Zenatti, En retard pour la guerre (roman français , 190 pages) Août 2011

mardi 30 novembre 2010

Profondeurs




Automne 1914. La Suède, malgré sa neutralité, craint d'être entraînée dans la guerre, car les flottes allemande et russe s'affrontent au large de ses côtes. Le capitaine Lars Tobiasson-Svartman reçoit la mission de sonder les fonds de la mer Baltique et de chercher une route maritime secrète à travers l'archipel d'Östergöland. L'homme est hanté par l'idée de contrôle qu'il exerce en mesurant tout ce qui l'entoure, les masses, le temps, les distances entre les lieux, les objets et les êtres (sa femme Kristina restée à Stockholm). Mais lorsqu'il découvre Sara Fredrika vivant seule sur une île désolée, la présence de cette femme très vite l'obsède et il devient son amant. Le fragile couvercle qu'il maintenait sur son " abîme " intérieur se soulève et son univers tiré au cordeau vole en éclats. D'allers et retours entre l'île et Stockholm, il s'invente des missions secrètes. De mensonge en mensonge - à Sara Fredrika, à Kristina, qui perd la raison, à l'amirauté qui le pousse à démissionner -, Tobiasson perd pied, sombre dans la folie et se suicide par noyade. Dans ce récit sobre et parfaitement construit, porté par une intensité émotionnelle constante, Mankell se mesure ici avec les plus grands auteurs suédois contemporains, Torgny Lindgren et Per Olof Enquist.

Profondeurs, au pluriel….un titre quelque peu énigmatique ; une couverture à dominante sombre, un rivage désert, une barque en premier plan…………..voilà qui est bien intrigant.
Profondeurs, comme celles de la mer dont le Capitaine Lars Tobiasson-Svartman, est chargé par son état-major de répertorier afin de permettre aux navires de guerre de circuler en toute sécurité.
Nous sommes à la veille de la première guerre mondiale, la Suède est neutre, mais se tient prête face à la marine Russe, et à la marine Allemande.
Le capitaine est amené à partir en mission secrète afin de mener à bien sa mission. La mort rôde, elle est partout.
Il règne une ambiance froide, glaçante, humide, hostile. L’auteur s’attarde sur les longues nuits suédoises, et les hivers extrêmes. Les hommes boivent, trompent leur ennui comme ils peuvent.
Le capitaine n’est pas en reste ; il s’invente une autre vie, vit une double vie.
Profondeurs, que le capitaine a inexorablement creusées après sa rencontre avec Sara Frederika ; comme l’abîme dans laquelle s’enfonce inexorablement le capitaine, sa femme. Son imagination, ses mensonges l’entraineront dans les profondeurs océaniques et dans les profondeurs de l’âme humaine
Une fois n’est pas coutume, c’est pour un livre à ambiance que j’aurai un gros coup de cœur. En dépit d’une quatrième de couverture inappropriée et trop révélatrice, ce livre m’a véritablement happée, au point qu’il m’a été difficile de le lâcher. J’ai trouvé l’écriture concise, les phrases courtes, et efficaces. Les chapitres sont courts, et le livre bien équilibré en dix parties. Tous ces éléments en rendent la lecture agréable, et lui donne un rythme soutenu.
« Parfois je suis quelqu’un d’autre, peut-être mon père, peut-être quelqu’un dont je n’ai pas idée. Je cherche quelque chose qui n’a pas de fond, dans la mer, comme en moi-même. »
Henning Mankell-Seuil-343pages

samedi 27 novembre 2010

Comme un père




Par un hasard douloureux de la vie, Louise, à vingt-cinq ans, perd sa mère et retrouve son père. Emprisonné depuis vingt ans, celui-ci demande l'hospitalité à sa fille avant de recommencer une nouvelle vie. Louise accepte, dans le déchirement et la culpabilité. Pendant cinq jours, le père et la fille vont tenter de vivre ensemble. Enfermée dans son hostilité, Louise découvre cette partie d'elle-même qu'elle a toujours niée. Mais ce subit retour du passé est le prix qu'elle doit payer pour aller de l'avant.
Laurence Tardieu a vingt-neuf ans. Elle nous donne ici son premier roman.
Un tout petit texte, tout en finesse, mais dont les mots et les phrases sont claires nettes et précises.
Dans ce premier roman, Laurence Tardieu s’attarde sur la relation père –fille, ou plutôt, la non relation père –fille. Et je dois dire que c’est assez émouvant de voir deux êtres liés de chair et de sang ne pas se reconnaître, non pas physiquement mais en tant parents. Louise s’est depuis longtemps détachée de ce père en prison depuis 20 ans. Elle l’héberger, par pur sens de l’hospitalité, mais……mais……Voilà une situation impensable, mais pas si rare que cela.
Ce texte se situe sur deux niveaux narratif, mais, à mon sens, construit un peu maladroitement. Ce double niveau permet à Laurence Tardieu, au travers de son personnage d’engager une réflexion sur la création artistique. C’est ce qui rend à mes yeux ce roman un peu moins bien que le jugement de Léa. La manière que Laurence Tardieu a d’explorer les sentiments humains est très plaisante, et est de plus en plus travaillée au fil de son œuvre.
Laurence Tardieu-Arléa-118 pages

La maison d'à côté



Un fait divers dans une banlieue résidentielle de Boston passionne les médias. Sandra Jones, jeune maîtresse d’école et mère modèle, a disparu. Seul témoin : sa petite fille de quatre ans. Suspect Nº1 : son mari Jason.

Dès que l’inspectrice D.D. Warren pénètre chez les Jones, elle sent que quelque chose cloche : les réticences de Jason à répondre à ses questions, son peu d’empressement à savoir ce qui a bien pu arriver à son épouse "chérie"… Tente-t-il de brouiller les pistes ou cherche-t-il à protéger sa fille, à se cacher ? Mais de qui ?

Après avoir lu ce suspense, vous ne regarderez jamais plus une porte déverrouillée, une fenêtre entrouverte ou une page Web de la même façon… Les fans de Sauver sa peau apprécieront cette nouvelle enquête particulièrement surprenante de la non moins surprenante D.D. Warren !
Une famille bien comme il faut : papa, maman et une ravissante petite fille, résidant dans une banlieue plutôt chic de Boston. Et pourtant en y regardant de près le tableau n’est pas aussi idyllique que cela.
Chacun espionne l’autre, chacun traine derrière lui quelques casseroles fort peu avouables. Mais les apparences sont sauves.
Un voisin, lui non plus pas très propre sur lui, c’est le moins que l’on puisse dire : un délinquant sexuel, fiché, catalogué, je dirais même presque étiqueté en tant que tel.
Quand Sandra disparaît au cours d’une nuit, il n’en faut pas moins pour faire d’Aidan Browster le coupable idéal.
Ce sera au commandant D.D Warner et son acolyte Miller de trouver le nœud de cette histoire pas banale du tout. C’est qu’elle n’est pas banale non plus D.D : un peu frustrée sur les bords (et les bords sont larges !!!), qui ne pense qu’au travail….normal, elle n’a que cela à se mettre sous la dent….
Et nos ne seront pas au bout de nos surprises ; Au beau milieu de l’histoire surgit de nulle part le père de Sandra, un élève as de l’informatique……….ah l’informatique, chers ordinateurs qui n’en finissent pas de délivrer leurs secrets, si tant est qu’un mari, lui aussi le coupable idéal, ne tente pas par tous les moyens de les faire taire……..
Il reste Clarissa, Ree pour les intimes, 4 ans, sensée savoir des choses, mais……Elle aurait pu être un peu plus mise en valeur, avoir un rôle un peu plus consistant.
Jusqu’au bout le secret aura été bien gardé. Non, non, je ne dirai rien, et comme je ne lis pas la fin avant la fin, et bien comme tout le monde, j’ai douté, tiqué, trouvé que telle ou telle ficelle était peut-être un peu trop grosse. Alors pour savoir, il n’y a qu’une solution, ne pas s’arrêter……
J’ai bien aimé la construction originale du roman. Il s’agit d’une narration à trois voix, qui sans rien dévoiler, permet tout de même au lecteur de cheminer dans son raisonnement, et de se dire « et si ça n’était pas ça, et si la solution était carrément ailleurs ? »
Le style est alerte, on ne s’ennuie pas une minute, un langage, parfois un peu…… « Pas très chrétien » ; en même temps n’oublions pas que nous avons affaire à un délinquant sexuel, et que ces gaillards là, en général, ne s’embarrasse pas avec la sémantique. Cela pourrait en choquer certains, pas moi, cela faisait partie du décor.
Tous les ingrédients étaient réunis pour en faire un coup de cœur
Lisa Gardner-Albin Michel-420 pages

mardi 23 novembre 2010

Et le jour pour eux sera comme la nuit



Denis d'Aubigné est bien mort, ce 23 janvier à huit heures du matin, dans la cour d'un immeuble bourgeois d'une rue paisible du XVe arrondissement de Paris. Vingt ans, sept étages. Pourquoi un jeune homme met-il brutalement fin à ses jours ? Un père, une mère, une grande sœur et un petit frère cherchent à répondre à cette question déchirante. Où est Denis ? Où sont-ils sans lui ? On ne sait rien de la mort sauf qu'elle change des vies.
Ayant connu deux suicides en peu de temps dans mon entourage, et ayant pu constater les ravages collatéraux que l’un d’entre eux a pu faire, le sujet, évidemment me « parlait ». Et s’il me parlait, je ne voulais pas pour autant avoir entre les mains un ouvrage technique, dont je n’avais pas vraiment l’usage, un roman me paraissant plus approprié.
L’ouvrage d’Ariane Bois est à mon sens une réussite. Dans une écriture minimaliste, ciselée, et j’ose dire saccadée par moment, mais avec infiniment de tact, de pudeur, et, de profondeur parvient à rentrer dans l’intime d’une famille anéantie par le suicide de l’un des leurs.
Une famille bourgeoise parisienne dans le modèle le plus traditionnel à qui tout semble sourire, trois beaux enfants qui ne semblent manquer de rien. Et pourtant….et pourtant…..
Pourquoi ? Telle sera la question tout au long de ce livre. Pourquoi Denis s’est t-il supprimé, que s’est t-il passé ?
Comment la famille va-t-elle encaisser ce séisme ; comment va-telle en parler, ou ne pas en parler ? Comment va affronter le monde autour d’elle ?
Le lecteur suit à distance raisonnable grâce à l’absence de voyeurisme la mise e route du processus de deuil de cette famille. Une famille dans laquelle on ne parle as beaucoup, dans laquelle il ne fait pas bon étaler ses douleurs ; une famille dans laquelle la mort est encore un mot tabou.
« Y a-t-il des familles où l’on aborde ce sujet avec un enfant de vingt ans ? Et chez les Aubigné, la mort était rarement évoquée »
Ceci dit, il n’y a pas que chez eux…….
« Il faut se montrer digne de Denis. Pas question d’exhiber sa douleur en public. »
Ariane Bois n’esquive pas les difficultés du couple : le dialogue impossible, le repli, les reproches, la culpabilité.
Le thème de la culpabilité m’a beaucoup interpellée dans la mesure où elle est un sentiment plutôt catholique, alors que curieusement le père est protestant, et la mère issue d’une famille juive. La culpabilité de ne pas avoir vu, ne pas avoir décelé (le père étant médecin), la culpabilité de ne pas avoir assez fait……..Attaché ou non à une pratique religieuse, la culpabilité est certainement ce qui ronge le plus de l’intérieur , et contre laquelle l’entourage peut le moins. De fait j’ai également remarqué l’absence de toutes manifestation de « bigoterie » d’idolâtrie, ou, de cérémonial plutôt catho traditionnel ; ce qui a donné à mon avis un caractère plus humain, et plus naturel au deuil.
Puisque le dialogue est absent, puisque que le chagrin ne s’exprime, il ne reste que la chimie pour tenter d’améliorer…..
Cette famille part à la dérive ; toute la famille chacun à sa façon. J’avais envie de les enfermer tous afin qu’ils se parlent, enfin, qu’ils disent les choses ouvertement, notamment au petit frère. J’avais envie de secouer la mère de Laura qui lui dit « c’est atroce, mais tu en auras un autre »…….
Il y aurait tant à dire…….
Un livre qui se veut apaisant, que l’on peut lire sans crainte, juste, discret, sans mot de trop, qui s’arrête là où faut, qui ne pas se faire envahissant.
Difficile de se mettre dans la peau de ces personnage, même quand on vit cela de très près…difficile de rassurer un proche et le convaincre qu’il a tout fait, qu’il ne pouvait faire plus, et qu’il ne pouvait éviter le geste, qu’il n’est pas responsable de la part de l’autre…….
Ariane Bois-Ramsay-125 pages
Quelques mots à propos de l'auteur
Ariane Blois est grand reporter, spécialisée dans les sujets de société. Avec Et le jour pour eux sera comme la nuit, elle signe son premier roman.

lundi 22 novembre 2010

La poursuite du bonheur

Dans l'Amérique de l'après-guerre minée par ses contradictions, des années noires du maccarthysme à nos jours, La Poursuite du bonheur nous plonge au coeur d'une magnifique histoire d'amour.
Manhattan, Thanksgiving 1945. Artistes, écrivains, musiciens... tout Greenwich Village se presse à la fête organisée par Eric Smythe, dandy et dramaturge engagé. Ce soir-là, sa soeur Sara, fraîchement débarquée à New York, croise le regard de Jack Malone, journaliste de l'armée américaine. Amour d'une nuit, passion d'une vie, l'histoire de Sara et Jack va bouleverser plusieurs générations.
Un demi-siècle plus tard, à l'enterrement de sa mère, Kate Malone remarque une vieille dame qui ne la quitte pas des yeux. Coups de téléphone, lettres incessantes... Commence alors un harcèlement de tous les instants. Jusqu'au jour où Kate reçoit un album de photos... La jeune femme prend peur : qui est cette inconnue? Que lui veut-elle ?
Douglas Kennedy nous livre ici un roman ambitieux où, à travers d'inoubliables portraits de femmes, résonnent les thèmes qui lui sont chers : la quête inlassable du bonheur, la responsabilité individuelle, la trahison.
Deux femmes se partagent la narration de ce roman qui vous prend à la gorge et ne vous lâche plus : Sara et Kate. Deux femmes liées au même homme sans le savoir.
Kate introduira et conclura l’histoire dans deux parties relativement courtes et concises.
Sara, qui est l’héroïne se taille la plus belle et la plus intense partie du livre.
Nous sommes au sortir de la seconde guerre mondiale, à New-York. Sara est jeune, probablement superbe, et a envie de croquer la vie à pleine dent à son idée, selon son idéal. La société New-Yorkaise est plutôt à cheval sur des principes, des valeurs puritaines qu’il convient, au fond, ne pas transgresser ; en apparence tout du moins. Sara l’apprendra à ses dépends, tout au long de sa vie, et se battra contre vents et marées pour ce qu’elle considère sa part de bonheur. Y parviendra t-elle ? Et à quel prix ?
Dans ce livre se résument toutes les contradictions d’une Amérique qui dans les années 50 a connu un épisode de chasse aux sorcières sans précédent.
Une Amérique qui se veut moderne, mais qui au fond reste profondément attachée à ses valeurs rigoristes, à une morale dépassée que tout le monde ou presque bafoue, mais dont les transgressions peuvent amener celui qui s’y aventure au ban de la société.
Une Amérique qui se veut le défenseur de la liberté, mais qui au nom de la peur, des préjugés ne pouvait admettre d’autres manières de penser.
J’ai aimé refaire le voyage à New-York, ressentir la ville au travers des mots de Douglas Kennedy, ressentir cette frénésie urbaine déjà si présente dans les années 50.
L’auteur fait très bien ressortir l’envie de consommer de cette société américaine, et en même temps son contraire avec l’évocation de la vie beaucoup plus austère qui règne un peu pus au nord du côté de Boston.
Ce livre se lit d’une traite ou presque ; l’histoire est prenante, dynamique, sans temps mort. J’ai trouvé l’écriture agréable. Ce n’est pas pour Douglas Kennedy dont je n’ai pas entendu que des éloges, loin s’en faut, que j’ai choisi ce livre, mais pour New-York.Il parait que c’est le meilleur Kennedy ; ce qui fait qu’avec cet auteur, je resterai sur cette note positive et n’en aborderai pas d’autres livres.
« Tu ne connais pas encore le principe fondamental de la vie américaine ? Quand tu te sens coupable de lâcheté morale, tu atténues tes remords en allant claquer plein d’argent. »
Une affirmation on ne peut plus…. american way of life……..
Doublas Kenneky-Pocket-774 pages
ABC Challenge Babelio:10/26 [K]

vendredi 12 novembre 2010

Purge


En 1992, l’union soviétique s’effondre et la population estonienne fête le départ des Russes. Mais la vieille Aliide, elle, redoute les pillages et vit terrée dans sa maison, au fin fond des campagnes.
Ainsi, lorsqu’elle trouve Zara dans son jardin, une jeune femme qui semble en grande détresse, elle hésite à lui ouvrir sa porte. Ces deux femmes vont faire connaissance, et un lourd secret de famille va se révéler, en lien avec le passé de l’occupation soviétique et l’amour qu’Aliide a ressenti pour Hans, un résistant. La vieille dame va alors décider de protéger Zara jusqu’au bout, quel qu’en soit le prix.
Sofi Oksanen s’empare de l’Histoire pour bâtir une tragédie familiale envoûtante. Haletant comme un film d’Hitchcock, son roman pose plusieurs questions passionnantes : peut-on vivre dans un pays occupé sans se compromettre ? Quel jugement peut-on porter sur ces trahisons ou actes de collaboration une fois disparu le poids de la contrainte ?
Des questions qui ne peuvent que résonner fortement dans la tête des lecteurs français.
« Un vrai chef-d’oeuvre. Une merveille.
J’espère que tous les lecteurs du monde, les vrais, liront Purge. » Nancy Huston
Les lecteurs ne s’y sont pas trompés en lui attribuant le Prix du roman. Plus qu’un coup de cœur, ce livre est une véritable claque que je reçois. Il m’a fallu me freiner pour ne pas le dévorer trop vite. Un livre aussi puissant, aussi percutant ne pouvait que se savourer avec l’esprit libre de tout le reste.
Un livre que je classe parmi mes 3 livres de l’année 2010
Le cadre se situe en Estonie et en URSS, de 1936 à 1992 ; sujet rarement abordé dans le roman. Il faut avant tout remettre en place l’Estonie dans son cadre géographique et historique, ce qui relativement complexe puisque l’occupation soviétique, l’occupation allemande, la seconde guerre mondiale, le Stalinisme, puis la chute de l’Union soviétique ont provoqué bien des tourments dans cette région.
Dès les première pages, j’ai compris que ce livre ne me laisserait pas indemne. Sofia Oksanen a une écriture percutante, violente, parfois quand la situation l’exige.
Construit avec pertinence, ce roman tisse sa toile au fur et à mesure. Le lecteur sent bien que…... mais il n’en est pas sur, le mystère se lève lentement, tel une intrigue policière qui fait voyager dans le temps, et l’espace.
Sofi Oksanen n‘épargne rien à son lecteur, ni la monstruosité stalinienne, ni celle des nazis, la déconfiture de l’empire soviétique qui laissera place à l’emprise des mafias, ces femmes à la recherche d’un monde meilleur- naïves sans aucun doute, mais prêtes à tout pour une autre vie – que l’on prostitue sans vergogne. Il y a de la violence dans le propos de l’auteur, qui ne m’a pas gênée, puisque les faits sont là. Les tabous tombent, la nausée n’est pas loin. On sait que cela eût existé (et que cela existe encore), mais formulé comme cela, quelle choc, quelle claque !!!
De quoi s’agit-il me direz vous ? Difficile de ne pas trop en dire, et de rompre le charme de la lecture
Aliide vit terrée dans sa campagne, et un beau jour, la fille est là apeurée dans son jardin…
L’histoire peut commencer………..Laissez vous faire, vous en aurez le souffle coupé
« Dans la terre du désespoir poussent de mauvaises fleurs »
Sofi Oksanen-Stock-408 pages-Prix du roman Fnac2010-Prix Fémina étranger 2010
Quelques mots à propos de l'auteur

Sofi Oksanen est née en Finlande en 1977, d’une mère estonienne et d’un père finlandais. Elle est devenue en trois romans et quelques pièces de théâtre un personnage incontournable de la scène littéraire finlandaise. Purge a marqué la consécration de l’auteur, qui a reçu en 2008 l’ensemble des prix littéraires du pays, mais le roman a également enrichi le débat historiographique sur cette période de l’occupation soviétique.
ABC Challenge Babélio: 9/26 [O]

jeudi 11 novembre 2010

Le jugement de Léa



Une jeune femme, Léa, a commis l'irréparable. Sous la surveillance d'un gardien, elle attend que les jurés de la cour d'assises rendent leur verdict. Le huis-clos et la violence morale de la situation font remonter à sa mémoire le frère adoré et disparu, les parents qui ne savaient pas aimer, les hommes qui ont traversé sa vie. Au cours de ces trois heures, un lien se noue entre Léa et le gardien, deux êtres que tout devrait tenir éloignés, mais que la solitude rapproche pour quelques instants. Et c'est ainsi que l'heure du verdict devient, pour Léa, celui de la grâce. Après Comme un père, Laurence Tardieu signe ici son deuxième roman.
Laurence Tardieu n’a pas son pareil pour transcrire en si peu de mots, mais si pertinents tous les sentiments d’une femme et d’une mère qui attend que les jurés décident ou non de sa culpabilité.
Léa est accusée d’infanticide, le crime le plus horrible qui soit dans nos sociétés.
C’est avant tout une femme qui est là, avec toutes ses ambigüités, toutes ses souffrances.
Elle est là, seule avec son gardien. Elle n’a rien pu dire à son procès. C’est devant cet homme qui ne peut rein pour elle, n’est là que pour la surveiller, quelle va peu à peu se libérer, aller au plus profond d’elle-même, va tenter d’expliquer l’inexplicable, revisiter sa plus tendre enfance pour en décrypter les origines de tout cela.
« Certaines choses, on ne peut pas les raconter. Ce serait trop misérable. » p39
Cette femme est tellement seule sur sa chaise à attendre que d’autres décident de son avenir ; elle parle d’elle, de son enfance, de son enfant. C’est ce surveillant, si humain, qui parviendra à ce qu’elle se libère, pour ne pas qu’elle devienne folle. La présence discrète d’un homme, mais efficace et chaleureuse.
Voilà une femme qui a commis l’infanticide, mais à laquelle je me suis attachée, sans la juger. Comment a-t-elle pu en arriver là ? Elle ne le dit pas ouvertement. Par petite touche elle dessine la fille qu’elle a été pour sa mère, et, son père.
Peut-on être vraiment mère quand on n’a pas été profondément l’enfant de quelqu’un ?
C’est quoi être mère ? Elle aussi se pose la question ; sans en avoir les réponses.
L’écriture de Laurence Tardieu est d’un rythme soutenu, les mots sont choisis, sans fioritures inutiles ; l’essentiel, rien que l’essentiel, comme pour laisser le lecteur à sa propre réflexion sur le sujet, douloureux, et, toujours d’actualité.
Une lecture qui m’a imprégnée tant elle poignante.
Laurence Tardieu-arléa-108 pages

Confidence africaine



« Je lisais tranquillement : tout à coup, je l'ai vue écarter mon rideau, bondir vers moi et renverser mon chandelier d'un coup de poing. Ah, ça n'a pas été long ! Je ne me possédais plus. En deux secondes j'étais debout et je l'empoignais à bras-le-corps. Que s'est-il passé au juste ? J'essaye de me rappeler tout, le mieux possible. On était dans l'obscurité. Je rageais pour de bon. Elle aussi. C'était une gaillarde solide. Je m'efforçais de la maîtriser, de la jeter par terre, avec le désir très net de cogner dessus et de lui enlever l'envie de recommencer. On était tous les deux en chemise, pressés l'un contre l'autre dans le noir, et on luttait comme deux forcenés. »
Il y a des textes qui n’ont besoin de rien d’autre que ce que l’auteur a bien voulu en mettre.
Ce livre est court, trop court, diront certains, juste ce qu’il faut à mon humble avis pour déceler chez son auteur la finesse du verbe, le choix précis du vocabulaire, la sobriété du style. Juste assez pour me donner envie de poursuivre dans son œuvre.
C’est Katherine Pancol dans Un homme à distance, qui me mettra l’eau à la bouche.
Roger Martin du Gard relate dans ces quelques pages les confidences d’un ami. Tout en retenue, tout en délicatesse, il réussi à faire comprendre au lecteur de quoi il s’agit. Jamais il n’intervient, il écoute avec attention, simplement, sans juger.
Je ne peux rien dévoiler de l’histoire sous peine d’en rompre le « charme ».
Une déclaration à laquelle j’adhère totalement.
« J’aime les gens simples et francs, qui sont ce qu’ils sont et se donnent pour tels, sans camouflage. » p 31
Roger Martin du Gard-Gallimard-88 pages
Quelques mots à propos de l'auteur
Auteur marquant de la première moitié du XXe siècle, l'oeuvre de Roger Martin du Gard intéressa tant l'avant-garde littéraire que le grand public. Si ses romans paraissaient relever d'une tradition classique, certains comme Camus ont vu en Martin du Gard un véritable annonciateur de la littérature de la seconde moitié du XXe siècle. Fils d'une famille de magistrats, il obtient un diplôme d'archiviste paléographe à l'Ecole des chartes en 1905. C'est son premier grand livre, 'Jean Barois', qui le fait remarquer des dirigeants de la NRF. Après la guerre, il se consacre à l'écriture d'un grand roman de douze tomes 'Les Thibault'. Il ne met fin à cette entreprise qu'en 1937 avec le dernier tome, 'L' été 1914'. Il reçoit le prix Nobel de littérature en 1937 pour l'ensemble de son oeuvre, qui compte aussi des 'farces paysannes' et des nouvelles. C'est à Nice, qu'il a rejoint lors de l'occupation allemande, qu'il entreprend son dernier roman, laissé inachevé, 'Souvenirs du colonel de Maumort'.

mercredi 10 novembre 2010

Bella Ciao



Myléna en avait assez.
Je n'ai pas attendu qu'elle me largue, c'est moi qui suis parti. Au bord de l'océan, pour en finir. Quand j'ai repris pied sur le rivage, j'étais dessoûlé, nu comme une bête et ne possédais plus rien. Passé un rideau de pins, on voyait des vignes. J'y ai trouvé un emploi d'ouvrier agricole. Franck ne m'a pas épargné, avec lui on ne prend guère de gants. Les mains deviennent comme des pelotes d'aiguilles.
J'ai continué à boire. J'ai appris cependant à travailler sans relever la tête. Est-ce ainsi que les hommes vivent ? Oui, s'il y a un espoir au bout. Le mien était de regarder mes enfants en face. Et de reconquérir ma belle.
Ce roman ne m’aura pas laissé un souvenir impérissable. La lecture en est aisée. Le sujet était porteur, et aurait pu donner quelque chose de puissant. Seulement voilà, cela manque de souffle, de profondeur. L’auteur n’a pas réussi à me toucher par cette histoire banale au départ, et à laquelle il pas, malgré une écriture soignée, réussi à lui donné un petit supplément d’âme.
La fin est laissée à l’appréciation du lecteur, qui se sent un peu seul, après le point d’interrogation final.
Eric Holder-Seuil-146 pages
Eric Holder vit actuellement dans le Médoc.
Il est passé maître dans l'art du roman bref, brillant et ciselé. On se souvient notamment de Mademoiselle Chambon, L'Homme de chevet, La Correspondante et, dernier en date, La Baïne

mardi 9 novembre 2010

Zola Jackson

Août 2005, delta du Mississippi : l’ouragan Katrina s’abat sur la Nouvelle-Orléans. Les digues cèdent sur le lac Ponchartrain et les quartiers modestes sont engloutis.
La catastrophe touche de plein fouet la communauté noire. Tandis que ses voisins attendent des secours qui mettront des jours à arriver, l’institutrice Zola Jackson s’organise chez elle pour sa survie. L’eau continue de monter, inexorablement. Du ciel, les hélicoptères des télévisions filment la mort en direct.
Réfugiée dans le grenier avec sa chienne Lady, Zola n’a peut-être pas dit son dernier mot.
Sous la plume de Gilles Leroy, Zola Jackson, femme de trempe et mère émouvante, rejoint le cercle des grandes héroïnes romanesques.
« Mais on ne quitte pas la Nouvelle-Orléans. On y nait, on y crève. C’est comme ça. » p23
Cette phrase résume à elle seule le ton de ce livre, court, mais riche et intense, qui se laisse lire d’une traite et qui que laisse pas indifférent.
Gille Leroy, dont c’est le premier livre que je lis, brosse le portrait d’une femme émouvante, attachante. Et il le fait en à peine 140 pages avec des mots percutants, et des phrases directes et ciselées.
Zola Jackson, a la cinquantaine, vit dans un de ces quartiers anéantis par l’ouragan Katrina qui ravage la Nouvelle –Orléans en août 2005.
Elle en a vu d’autre, Zola :
« J’ai survécu à l’ouragan Betsy. Mon fils était encore au sein, déjà malade, et là, oui j’ai eu peur. On a survécu tous les deux, tous seuls dans notre gourbi. » p22
Une femme au caractère bien trempé, qui ne s’en laisse pas dire, et qui sait ce que lutter veut dire.
Gille Leroy, en fait son héroïne, le personnage principal, en la posant d’emblée comme narratrice. Il mélange tout au long de ce livre le présent et le passé, pour mieux nous faire apprécier le vécu de cette femme : les difficiles conditions des Noirs, la méchanceté, l’insalubrité des logements. Rien n’a vraiment changé…..
Zola est profondément humaine, elle est institutrice dans son quartier.
« On passe plus de temps à rire et à débiter des sornettes qu’à réviser les leçons. (…)Le rire des enfants est une musique du ciel. » p46
Que dire de la fierté d’une mère qui a voulu le meilleur pour son fils, Caryl ; qui l’aime tant, qui l’admire, si heureuse de sa réussite, mais qui en même temps ne se résout pas à accepter ses choix de vie, mais qui malgré tout s’interroge de ses réactions.
« Etais-je si laide, si noire à ses yeux mêmes, que mon fils a fui toute femme et jusqu’à ma couleur ? » p103
Un roman qui navigue entre la réalité cruelle et morbide de la catastrophe, et les souvenirs d’un autre cyclone, intime celui là, qui touche son cœur de mère.
Les souvenirs tendres d’un époux, dont elle livre ici où là quelques éléments….
Gilles Leroy-Mercure de France-140 pages

dimanche 7 novembre 2010

Le convoi de l'eau


Un homme étrange s'engage au sein d'une équipe chargée de construire un barrage en haute montagne. Perdu dans la brume, tout au fond d'une vallée mal connue,se révèlent les contours d'un hameau, mais les travaux ne sont pas relis en question par cette découverte: le village sera englouti sous les eaux.
Au cours de ce terrible chantier, le destin de cet homme entre en résonance avec celui de la communauté condamnée à l'exil. A la veille du départ qui leur est imposé, il observe les premières silhouettes alignées sur le chantier escarpé. Elles sont innombrables et portent sur leur dos un singulier fardeau.
Des images de toute beauté, inoubliables
Tous les chemins mènent au livre. Pour celui-ci, c’est le libraire qui m’y aura amenée. J’en cherchais un autre, je lui parlais d’un que j’avais particulièrement aimé ; lui me présente celui là…..Comment résister à son œil pétillant en en parlant ? Comment résister à cette couverture superbe, au format si reconnaissable des Editions Actes-Sud, et de la qualité de leur papier ?
Je n’avais jamais lu d’auteur Japonais. Je me suis donc laissée tenter. Et puis, mon libraire m’assurant qu’il me reprenait le livre s’il ne ma plaisait pas, et en prenant un autre à la place !!!
Voilà un récit qui met les sens en éveil, et pour le moins étrange dans l’atmosphère qu’il dégage.
Nous sommes plongés dans une vallée reculée du Japon, au milieu des montagnes, dans une ambiance humide. J’ai été frappée par le vocabulaire se rapportant à l’eau : torrent, source, pluie, cataracte, bain, brume, brouillard. La sensation d’humidité, de moiteur est perceptible, même chez soi !!! « La peau luisante d’eau de pluie » p69
« La source jaillissait du lit peu profond. Le sable dansait au fond de l’eau, étincelant comme des paillettes. » p 72
Par ailleurs la référence aux couleurs est omniprésente, toutes les couleurs, mais notamment la couleur verte : « une fine couche de vert-de gris » p 45 ; « la vallée avait entièrement reverdie » p 68 ; « nous les écrasons en tâches vertes avec des tapettes » p69 ; « Le torrent s’écartait un peu de son lit, et ça et là, entourés d’impressionnantes parois rocheuses, s’ouvraient des gouffres vert foncé » p 71
« A cause de l’humidité, le corps était coloré de vert clair, comme s’il était couvert de mousses ou de moisissures. Il n’y avait plus e trace du vêtement blanc, qui frappé par la pluie et exposé à la brume, s’était déjà transformé en une chose naturelle » p116
En outre, le mot mousse est lui aussi très présent.
La nature, tient à elle seule de personnage ; de même rang que les habitants du hameau, les ouvriers ou le narrateur qui est un être bien étrange. Il voue une fascination pour les os.
« Cinq petits morceaux d’os des doigts du pied de sa femme……Posséder une partie d’elle me donnait le plaisir de profaner son cadavre » p20
« Le cadavre de la fille commençait déjà à montrer les premiers signes de transformation en squelette » p 136
Quand je vous dis étrange………
La mort est omniprésente dans ce récit, celui dramatique de la femme du narrateur, celui d’une villageoise, d’un ouvrier.
L’étrange est repoussant, mais, et, c’est tout le paradoxe de cette lecture, m’a attirée inexorablement vers la fin.
Vous l’aurez compris, ce récit ne se résume pas, il s’apprécie pas petite touches, ici où là, à tête reposée. Il ne fut pas un coup de cœur, mais assurément une belle découverte ; une lecture appréciée, aidée en cela par un nombre de page réduit pour ne pas alourdir d’avantage l’atmosphère.
Je voulais terminer en soulignant la poésie, le raffinement de ce texte, si caractéristiques d’une littérature japonaise que je connais bien mal.
Que mon libraire soit remercié de ce partage. Je ne lui rapporterai pas le livre, d’une part il est trop beau, et d’autre part il plaira autour de moi.
Akira Yoshimura-Actes-Sud-171 pages
Né le 1er mai 1927 dans le quartier populaire de Nippori à Tokyo, Akira Yoshimura publie une œuvre inspirée de vieilles légendes, de faits divers ou de l’histoire récente de son pays. Il a reçu de très prestigieux prix littéraires. Il est mort en 2006.
Actes Sud a déjà publié Naufrages (1999 et Babel n° 623), Liberté conditionnelle (2001) La nouvelle Liberté conditionnelle a servi de base au film L'Anguille de Shōhei Imamura. La Jeune Fille suppliciée sur une étagère suivi de Le Sourire des pierres (2002 et Babel n° 773), La Guerre des jours lointains (2004 et Babel n° 852) et Voyages vers les étoiles (20006).
ABC Challenge Babelio :8/26 [ Y]

samedi 6 novembre 2010

Créance de sang

L'ex-agent du FBI Terry McCaleb est à peine remis d'une greffe du cœur quand une inconnue, Graciela Rivers, vient le voir sur le bateau où il se repose et le somme d'enquêter sur la mort d'une certaine Gloria Torres, abattue à bout portant et de sang froid par un tueur masqué, dans une épicerie de la banlieue de Los Angeles.
Agacé par l'aplomb de la jeune femme, McCaleb refuse. Mais Graciela insiste et se trouble. Elle lui révèle soudain que Gloria Torres n'est autre que sa propre sœur, et que c'est son cœur qui bat sous l'énorme cicatrice qu'il a encore en travers de la poitrine : cette enquête, Terry McCaleb la lui doit.
J’avais entendu dire, de source sure, que ce livre faisait partie des excellents titres de cet auteur. Etant le premier Connelly que je lis, et en tout cas pas le dernier, je n’ai pas le recul nécessaire pour confirmer les dires. Ceci étant, je l’ai adoré. Et si les obligations professionnelles et la fatigue ne s’étaient pas interposées, j’aurais lu ce livre d’une traite.
Le suspens y est croissant ; une fois la moitié du livre arrivée, je ne tenais plus, il fallait que je le finisse. L’affaire s’accélère, la lecture également.
Un polar qui est placé sous le signe du cœur, celui d’une autre qui bat dans la poitrine de cet agent du FBI, et e ce même cœur qui bat la chamade pour une femme.
J’ai aimé être plongée dans le milieu hospitalier et de celui de la transplantation. Je n’y ai décelé, pour autant que ma modeste culture médicale m’y autorise, aucune invraisemblance.
J’ai apprécié le profil psychologique de McCaleb, un dur au cœur tendre, rempli de doute, et à l’état d’esprit tellement ambiguë typique des greffés ; rongé par la culpabilité, et si heureux d’être en vie
Eh lisant un policier, je me moque comme d’une guigne qu’il soit nordique, américain, ou de la vieille Europe…… Je lui demande d’être bien ficelé, de me tenir en haleine, de m’extraire du quotidien, bref, de me faire passer un moment d’exception.
Assurément avec ce polar ce fut le cas : un coup de cœur.
Michael Connelly-Seuil-460 pages

lundi 1 novembre 2010

Quand revient l'été

Chez nous, il y a les habitués, ceux qui reviennent chaque année à leur saison préférée, le début de l'été, ou encore lors des longues journées sèches d'août... Et voici que s'annonce Harry, un après-midi d'août de l'an de grâce 1994. Atteint d'un cancer du poumon, le célèbre financier Harry Wainwright veut absolument retourner encore une fois dans le modeste club de pêche à la mouche au fin fond de l'Etat du Maine où il a ses habitudes depuis trente ans. Pourquoi ? Quand revient l'été nous plonge dans l'histoire tourmentée d'une famille américaine brisée deux fois, par la Seconde Guerre mondiale, puis par celle du Viétnam, à la rencontre d'hommes et de femmes qui nous racontent leurs blessures — et finalement leur secret.
Quand revient l’été, quelle jolie phrase pour un livre lu à l’entrée de l’hiver !
Une jolie couverture, avec au centre de celle-ci un arbre dont on devine les couleurs automnales débutantes, un homme au premier plan, les pieds dans l’eau en train de pécher.
L’image est bucolique, tout come l’ambiance de ce livre. Je pensais au très beau film Et au milieu coule une rivière…….
Quatre parties encadrées par un prologue qui nous amène au sortir de la seconde guerre mondiale avec le retour des combats de Joe accompagné de sa femme et de leur fils Joe junior…..et d’un épilogue…..Chaque chapitre est en fait intitulé d’un nom de personnage qui sera le narrateur de ce chapitre là. Seul l’épilogue aura une voix différente, jamais entendue
Nous sommes dans l’Amérique profonde, pas celles des spéculateurs, des frimeurs ou des golden boys ; l’Amérique des grand s espaces, là où la nature reprend ses droits, là où ses habitants sont authentiques, ne s’embarrassent pas de paroles inutiles, là où la pudeur et la discrétion l’emportent.
Joe, le fils est marié à Lucy, et a repris le domaine familial où chaque année reviennent se remettre au vert les citadins, dont Harry, un fidèle des lieux depuis 30 ans.
Jordan est guide au domaine.
Les personnages, vont au gré de leur intervention tisser une histoire où se mêlent l’amour, l’Histoire avec un H, les secrets, car sinon, il n’y aurait as de piquant, la question de la fin de vie est de sa gestion.
Ce livre est à la fois reposant comme les rives d’une rivière au milieu de la nature, avec une indescriptible sensation de calme, mais sans qu’il n’y jamais la moindre longueur et que le lecteur n’éprouve la vilaine sensation de mollesse ni l’impression de faire du sur place. Une fois plongée dans ce livre j’ai eu beaucoup de mal à m’en extraire.
« Et je me suis haï moi-même aussi fort que j’ai pu haïr Harry, qui n’avait rien fait de mal sinon aimer un endroit et les gens qui y vivaient, avec tant de force que c’était là qu’il désirait mourir, et pas ailleurs. » p 469
Je remercie infiniment les éditions Le livre de poche et BoB pour cette lecture en partenariat, qui est pour moi un coup de cœur, et la découverte d’un auteur dont je suivrai les prochaines parutions.
Justin Cronin-Le livre de poche-538
Justin Cronin est l'une des valeurs montantes de la jeune littérature américaine. Lauréat du prix Pen-Hemingway pour Huit saisons (Mercure de France, 2003), il vit et enseigne à Houston, au Texas.