mardi 26 octobre 2010

La Gelée Royale

Pour dénoncer le mal, Delfi, une journaliste pugnace, part à la recherche du "secret de fabrication" de la Gelée royale, la "crème miracle". Elle finit par découvrir les secrets inavouables de cette potion magique, mixture qui déride les peaux en enflammant les esprits. Elle est secondée par deux complices : le publiciste attitré de la société productrice d'illusions, et une aristocrate femme de ménage africaine à la sagesse ensorceleuse. Delfi nous entraîne dans les méandres d'une mondialisation à la pensée formatée où l'argent-roi, tyran invisible, nous vend le rêve de l'éternité. Ce roman, traversé de métaphores et nourri de mythes africains, est à la fois une critique acerbe de la marchandisation des hommes et un magnifique portrait d'une jeune femme de notre époque. Un roman féroce, placé sous le signe de la révolte et de la dérision.
C’est grâce au bon goût d’une amie, que je découvre cet auteur. Madame Hachtroudi nous offre une satire décapante, et hilarante de notre société ainsi que ses petits et gros travers. Elle y égratigne nos élites politico-économiques, les ONG véreuses, notre course effrénée au profit, notre quête de l’éternelle jeunesse quelle qu’en fut le prix et la manière d’y parvenir.
Je me suis laissé attendrir par Delfi, jeune journaliste désabusée par une mutation dont elle ne voulait pas, condamnée à ne s’occuper que de futilités « esthético-cosmétiques », alors qu’en fait, c’est le journalisme de terrain qui l’intéresse. Et faut dire qu’il y a de quoi faire. Il y a cette enquête dont elle voudrait bien s’occuper, mais qui comme dans la vraie vie, semble vouloir être étouffée, ou du moins pas pressée d’être menée à son terme.
Qu’à cela ne tienne, Delfi, ira malgré tout, aidée par Mamachat, qui porte en elle toute l’Afrique et ses croyance, Marabout, ensorceleuse, mais surtout une seconde mère pour elle ; et par Lamney, prêt à trahir la société qui l’emploi, qu’elle voudrait bien aimer, mais voilà, Delfi est une écorchée vive, et a peur de s’investir avec quelqu’un.
Que renferme cette crème aux vertus magiques ? Par quels procédés est-elle mise au point ? Vous le saurez bien assez tôt….toujours est-il que cela n’est pas très reluisant. Les « riches » ne reculent devant rien pour s’enrichir d’avantage.
Le langage est choisi, tut droit sorti d’une salle de rédaction du magazine people à la mode, souvent risible, grinçant sans aucun doute, et sans complaisance. Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé n’étant que pure coïncidence…….oui, mais voilà, il faudrait être idiot pour ne pas en reconnaître certains ou certaines….
« En France, côté cour, nul n’osait, sous peine d’ostracisme à durée indéterminée, affirmer, infirmer ou confirmer si, oui ou zut, l’empereur de l’Elysée s’était mis, lui aussi au régime Gelée Royale, imposée , disait-on, par son épouse. Si oui ! Il y a un truc ! marmonnait-on dans les coulisses du Palais. En privé pas de rides que des tics, à la télé que des rides pas de tics ! » p28
« Non, franchement j’admire l’abnégation bon enfant de ce peuple. Les Français qui vous pousseraient sous les rails du métro pour passer devant vous, nos cheminots et nos postiers dont ce petit crétin de Tintin gaucho qui font grève pour un oui ou pour un non, et j’en passe ( !) devraient faire des stages de savoir vivre à Cuba ! » p59-60
J’en ris encore……..et d’actualité , en plus…Que du bonheur !!!
Une fiction féroce, qui décoiffe, à défaut de dérider, sans prétention, mais qui au fond fait tout de même réfléchir , surtout le soir en mettant le doigt dans le pot de crème sensée avoir toutes les vertus………..
Fariba Hachtroudi-Encre d'orient-170 pages
Née à Téhéran, expatriée en France depuis 1964, Fariba Hachtroudi est la fille d'un illustre savant iranien. Archéologue de formation, militante acharnée des droits de l'homme (Présidente de l'Association Mohsen Hachtroudi), journaliste indépendante, écrivain et romancière, la plupart de ses livres dont Iran, les rives du Sang (Prix littéraire des droits de l'homme 2000) ont été publiés au Seuil. En 2009, elle publie Le Douzième Imam est une femme? aux éditions Koutoubia.

C'est une chose étrange à la fin que ce monde

Qu’est-ce que la vie et d’où vient-elle ? Comment fonctionne l’univers ? Pourquoi y a-t-il quelque chose au lieu de rien ? Des mathématiciens aux philosophes grecs, à Einstein et à la théorie des quanta, en passant par Newton et Darwin, voilà déjà trois mille ans que les hommes s’efforcent de répondre à ces questions. L’histoire s’est accélérée depuis trois ou quatre siècles. Nous sommes entrés dans l’âge moderne et postmoderne. La science, la technique, les chiffres ont conquis la planète. Il semble que la raison l’ait emporté. Elle a permis aux hommes de remplacer les dieux à la tête des affaires du monde. Où en sommes-nous aujourd’hui ? Dieu est-il à reléguer au musée des gloires étrangères et des puissances déchues ? La vie a-t-elle un sens ou est-elle une parenthèse entre deux néants ? Est-il permis d’espérer quoi que ce soit au-delà de la mort ? Avec les mots les plus simples et les plus clairs, avec une rigueur mêlée de gaieté, Jean d’Ormesson aborde de façon neuve ces problèmes de toujours et raconte au lecteur le roman fabuleux de l’univers et des hommes.
Cher Monsieur d’Ormesson
J’ai eu le bonheur de vous écouter il y a quelques semaines ; ce fut un plaisir, un régal ; comme à chaque fois d’ailleurs. Naturellement j’ai eu très envie de vous lire…..
Et quelle ne fut pas ma déception : je ne vous comprends pas, je m’ennuie, j’avance dans le brouillard-autant dire je suis très mal à l’aise.
Il y a quelques années déjà, je planchais sur un de vos textes lors des épreuves de français du baccalauréat……….déjà je n’avais rien compris à vos mots, et j’ai raté l’épreuve.
Inconsciemment, je vous en ai longtemps « voulu », au point de ne jamais oser vous lire.
J’attendais en fait retrouver dans votre livre et dans vos mot la pétillante de vos yeux et de votre voix...Le fil du labyrinthe est trop détaillé, et, trop confus, on revient d’une idée à l’autre…Quant au vieux, il n’est pas assez clair pour moi, trop elliptique. J’attendais un roman, et c’est un catalogue auquel je fus confrontée. La rencontre avec votre livre ne s’est tout simplement pas faite.
Monsieur d’Ormesson, vous resterez, pour moi, une voix, à défaut d’être une plume-dont je ne juge en rien la qualité, loin de moi cette idée d’ailleurs.
Je remercie les éditions Robert Laffont et Livraddict qui m’ont permis la découverte de ce livre
Jean d'Ormesson-Robert Laffont-314 pages

dimanche 24 octobre 2010

Dans la vallée des larmes

«L'état quasi extatique, ce vide d'une extrême densité, qui m'avait transi juste après qu'on m'eut annoncé que j'avais un cancer, aura été la plus surprenante étape de mon aventure.
Aucun état amoureux, aucun événement, aucun autre voyage ne m'a donné à vivre cet exotisme engendré par l'effroi de me savoir condamné : un exotisme qui rejette aux confins de toute singularité, sous la menace, au bord du morcellement.
De quoi exactement avais-je fait l'expérience ? Je suis bien en peine de le dire. La peur, la volonté, tout désir étaient suspendus ; je subissais un vide qui m'emplissait totalement. Puisque je n'étais pas mort, je devais appartenir à la communauté des deux fois nés.»
« Être malade avait fait de moi un être aux aspirations cosmiques. Être en bonne santé ne faisait peut-être de moi qu’un égoïste. » p 49
Un court, mais intense récit, dans lequel un médecin urgentiste raconte son « voyage » à travers la maladie.
Il est jeune, médecin, et frappé d’un lymphome qui va le faire passer de l’autre côté du rideau, du côté des malades. Ce voyage va le porter de son lourd traitement à sa guérison.
Le médecin s’efface peu à peu pour laisser parler l’homme. L’homme ne s’encombre pas de détails, il va droit au but, avec des mots choisis, et dans une langue admirablement écrite.
La maladie est pour lui une seconde naissance ; et c’est à cette renaissance que nous assistons tout au long de ce livre sur les passages.
« L’appel du voyage ne venait pas d’une banale envie de partir, mais d’un besoin d’exotisme radical. Oui, peut-être étais-je vraiment pressé de mourir ? Rien ne m’avait été donné à vivre d’aussi intense que cette maladie ?» p66
L’auteur met en lumière un cap difficile à franchir dans sa vie sentimentale, l’éloignement, les solitudes bilatérales. Ce voyage, il le fera à sa façon, avec la compréhension et la tolérance de son compagnon.
Patrick Autréaux-Gallimard-118 pages

Le challenge des Nobel 2011



Le Prix Nobel 2010 vient tout juste d’être attribué. Afin de découvrir ou de redécouvrir celles et ceux qui depuis 1901 l’ont obtenu, je vous propose un nouveau défi : Le challenge des Nobel 2011.
Il démarrera le 1er Novembre 2010 et prendra fin le 7 octobre 2011, date à laquelle sera attribué le Prix 2011.
Si cela vous intéresse, venez me rejoindre, et inscrivez vous.Et Publiez vos avis sur vos blog en me prévenant.Parlez en autour de vous.
105 auteurs ont étés primés, alors n’hésitez pas à sortir des sentiers battus.
Je vous propose 3 niveaux de challenge :
Nobel pétillant : 3 à 4 auteurs lus
Nobel pétaradant :6 à 7 auteurs lus
Nobel explosif : 10 auteurs lu ou plus
Il n’y a rien à gagner, si ce n’est le plaisir de lire encore et toujours

Les participants

Bravo à eux !!!



1) Nobel pétillant

*Achille 49
André Gide; J.M.G Le Clézio

*Anne Sophie
Anatole France

*Jana
Kenzaburo Oê; John Steinbeck ; Boris Pasternak;

Isaac Bashevis Singer ;
Herta Müller
Imre Kertész


*Mélusine
Anatole France;
J.M.G. Le Clezio 
Doris Lessing

2)Nobel pétaradant



3) Nobel explosif

*Mimipinson
Liste ici
* Sharon
 Elfriede Jelinek ; André Gide; Doris Lessing
Bernard Shaw;Nadine Gordimer; Nelly Sachs
Selma LagerlöfSigrid Undset-
Toni Morrison- Knut Hamsun-

*Zazy
J.M.G Le Clézio; André Gide;Doris Lessing;
Mario Vargas Llosa


*La demone
Mario Vargas Llosa; William Faulkner

samedi 23 octobre 2010

Challenge New York en littérature


J'adore cette ville, et depuis un an, je lis autant que faire ce peut, la littérature s'y rapportant.
Je participe donc à un nouveau Challenge !!!

Mes lectures New York

Mitch Albom, Les cinq personnes que j'ai rencontrées là-haut
Peter Paul Auster, La trilogie New Yorkaise
Lawrence Block, Lendemains de terreur
Frank Conroy, Corps et âme
Don Delillo, l'homme qui tombe
Bruno Dellinger,World trade center,47 ème étage (Robert Laffont/j'ai lu)
Olivier Demoulin, l'homme qui épousa New-York (Grrr...art eds)
Jesse Kellerman, Les visages 
Douglas Kennedy, La poursuite du bonheur
Leonard Michaels, Sylvia
Richard Price, Ville noire, ville blanche
Jonathan Safran Foer, Extrêmement fort et incroyablement près (Editions de l'olivier/Points)
JD Salinger, l'attrape cœur ( Belfond/ Pocket)
Lauren Weisberger, le diable s'habille en Prada (Pocket)
Richard Yates, Easter parade (Robert Laffont)

Monet,"un oeil.....mais bon Dieu quel oeil!"


En 1874, Impression, soleil levant déchaîne la critique. Les impressionnistes, ces « malades de la rétine », bouleverseront pourtant la peinture. Touche et couleurs sont fragmentées pour traduire les vibrations de la lumière, jusqu'à cette étape ultime, les Nymphéas, qui font d'un Monet presque aveugle le précurseur des abstraits.
Sylvie Patin laisse parler le peintre. Un regard, une vision, un œil... - « Monet ce n'est qu'un œil... Mais, bon Dieu, quel œil ! », s'exclamait Cézanne -, une vie immensément longue, un lieu, enfin,
Giverny, désormais indissociable de l'œuvre du maître.
Fidèle à sa réputation, cette collection nous offre à nouveau une excellente biographie de ce peintre à l’honneur cette année avec une superbe exposition à Paris.
Avec à la fois suffisamment de détails et d’anecdotes, mais pas trop, Sylvie Patin nous relate la vie du peintre en sans oublier de bien remettre dans leur contexte les œuvres et les évènements de l’époque.
Le texte et les illustrations sont dosée de manière à ce que le lecteur ne soit ni étouffé par les détails biographiques, ni noyé dans les illustrations et reproductions. Il ne perd jamais le fil de sa lecture tout en étant transporté visuellement dans les divers endroits où Monet a posé son chevalet pour nous donner des toiles dont, personnellement je ne lasse jamais.
Ce livre est à lire après avoir vu, si, possible l’exposition ; aucune reproduction, d’aussi bonne qualité soit elle, ne remplace un tableau devant soi, dont on peut percevoir les couleurs, les détails, le coup de pinceau, mais surtout l’émotion qu’il dégage.
Sylvie Patin-176 pages- Découvertes Gallimard
Sylvie Patin est conservateur général du musée d’Orsay, et est l’un des commissaires de l’exposition Monet 2010 aux Galeries Nationales du Grand Palais, ainsi que d’autres auparavant

mardi 19 octobre 2010

Frédéric Chopin,l'âme du piano




Qui, en pensant au piano, ne songe d’abord à Frédéric Chopin ? Enfant précoce, pianiste virtuose tôt reconnu, il puisa dans la matière brute de la musique populaire de son pays pour la sublimer en un art novateur et singulier. C’est en explorateur de toutes ces ressources, plutôt qu’en interprète étincelant de sa seule virtuosité, que Chopin réussit à en extraire une œuvre musicale originale et forte.
Il traversa son époque, tel un météore, rencontrant les grands artistes romantiques de son temps, en apportant sa contribution à ce courant dont il fût un des porte-parole. Il laissa une œuvre musicale riche et multiforme, surtout pour son instrument de prédilection, le piano, et influença bien d’autres compositeurs tels que Bedrich Smetana, Antonin Dvorak, Béla Bartok, ou encore Zoltan Kodaly.
Une biographie à lire comme un roman
Je remercie Babélio et les éditions du Jasmin qui m’ont permis de découvrir ce livre.
« Chopin est passé parmi nous comme un fantôme…….. » dira Liszt à la mort du compositeur. p 237
Je crains qu’il en soit hélas de même pour cette biographie que j’ai trouvée sans âme et beaucoup trop linéaire à mon goût.
Les éléments de la vie de Chopin sont relatés, se côtoient sans que jamais, ou bien alors si peu, ils ne soient mis en relation véritable avec l’œuvre de Chopin. L’auteur se contente de faire un catalogue, au fur et à mesure sans analyser quoi que ce soit.
Heureusement que je connais assez bien le répertoire du compositeur pour l’écouter souvent, car ce livre ne m’y aurait pas amenée ; il ne donnait pas envie de mettre un disque et d’écouter tout au long de la lecture.
L’éditeur promettait au lecteur « une biographie à lire comme un roman »………..lecture heureusement rapide car inconsistante, mais un roman plus que médiocre.
Je terminerai sur une petite note positive ; j’ai trouvé la présentation du texte assez originale, avec les paragraphes tous ponctués d’un terme musical.
Claude Clément-Editions du jasmin-256 pages

dimanche 17 octobre 2010

Oscar et la dame rose



Voici les lettres adressées à Dieu par un enfant de dix ans. Elles ont été retrouvées par Mamie Rose, la « dame rose » qui vient lui rendre visite à l’hôpital pour enfants. Elles décrivent douze jours de la vie d’Oscar, douze jours pleins de personnages drôles et émouvants. Ces douze jours seront peut-être les douze derniers. Mais, grâce à Mamie Rose qui noue avec Oscar un très fort lien d’amour, ces douze jours deviendront légende.
Avoir 9 ans, être malade, et se savoir condamné…….Avoir 9 ans, ne pas pouvoir vivre sa vie d’enfant, et devant être une grande personne bien avant l’heure………
Oscar, comme tous les enfants malades, est d’une maturité à couper le souffle, mais garde une petite parcelle d’enfance.
"On fait comme si on venait à l’hôpital que pour guérir. Alors qu’on y vient aussi pour mourir" p 18
Oscar, se sent seul ; il "sait tout" alors que son entourage tente de lui faire comprendre le contraire. Durant son ultime séjour hospitalier il s’adresse à Dieu dans 13 lettres. Ces lettres sont pleines de sagesse, de tendresse, Il sera accompagné par la dame rose, qui sera pour lui un grand soutien, et, un guide spirituel sans en avoir la moindre prétention.
"Nous oublions que la vie est fragile, friable, éphémère. Nous faisons tous semblant d’être immortel." p18
"Oscar, la maladie, c’est comme la mort. C’est un fait, Ce n’est pas une punition." p 70
Pour émouvant qu’il puisse être, ce livre, n’en est pas moins tendre et humoristique parfois.
L’auteur a adopté un style qui correspond à celui d’un gamin de l’âge d’Oscar, mais avec les réparties d’un petit homme qui a grandi plus vite que les autres.
La dernière lettre à Dieu, est celle de la dame rose ; et c’est la plus émouvante.
Une lecture facile, juste assez prenante mais pas trop, mais qui a été agréable, et, qui tombait parfaitement bien après une précédente lecture qui occupe encore une large place dans mon esprit .Une lecture de transition, en quelque sorte.
Eric-Emmanuel Schmitt-Albin Michel-100 pages


84, Charing Cross Road

Pendant vingt ans, une New-Yorkaise fauchée a entretenu une correspondance avec son libraire londonien. Ses lettres, libres, émouvantes et inattendues, ont déjà conquis Anglais et Américains.
Nous sommes devant une longue correspondance puisqu’elle s’étale sur 20 ans. Helene Hanff, New-Yorkaise, dévoreuse de livres, et sans le sou, entretient une correspondance avec un fameux libraire londonien.
Je ne peux pas omettre de faire un parallèle avec un autre échange épistolaire que j’ai lu il y a peu de Katherine Pancol qui s’est assez largement inspirée de celui –ci)
J’ai trouvé cet échange drôle. Les lettres sont ponctués d’humour pince sans rire.
Est-ce le fait d’avoir lu "la copie " il y a peu, et de l’avoir énormément appréciée, mais je me suis sentie moins portée par cette correspondance tout en l’ayant apprécié. Les références littéraires datent un peu ; elles sont donc beaucoup moins attractives.
Helene Hanff-Autrement littératures-116pages

Soie




Vers 1860, pour sauver les élevages de vers à soie contaminés par une épidémie, Hervé Joncour entreprend quatre expéditions au Japon pour acheter des œufs sains.

Entre les monts du Vivarais et le Japon, c'est le choc de deux mondes, une histoire d'amour et de guerre, une alchimie merveilleuse qui tisse le roman de fils impalpables. Des voyages longs et dangereux, des amours impossibles qui se poursuivent sans jamais avoir commencé, des personnages de désirs et de passions, le velours d'une voix, la sacralisation d'un tissu magnifique et sensuel, et la lenteur, la lenteur des saisons et du temps immuable.

Soie, publié en Italie en 1996 et en France en 1997, est devenu en quelques mois un roman culte - succès mérité pour le plus raffiné des jeunes écrivains italiens.
Je ne ferai pas de critique à proprement dit, car en matière de ressenti, c'est "calme plat"
Cela se lit vite, cela meuble l'attente du début d'un concert, et l'entracte. Et c'est à peu près tout.
J'ai lu Noveccento, je m'y suis ennuyée, j'ai voulu redonner une chance à cet auteur.......Je n'y reviendrai plu. Sa "poésie" ne me procure pas le plaisir qu'une mousseline de soie peut me donner lorsqu'elle entoure mes cervicales.
Alessandro Baricco-Albin Michel-122 pages

samedi 16 octobre 2010

Belle de jour


Malgré tout l’amour qu’elle lui porte, Séverine s’ennuie avec son mari et n’éprouve guère de plaisir. Elle fait un jour la connaissance d’un homme qui l’entraîne dans une maison clandestine. Curieuse et troublée, Séverine devient Belle de Jour tous les après-midi…
La lecture de ce court roman me laisse mal à l’aise ; non pas vis-à-vis de la prostitution, à l’égard de laquelle je ne porte aucun jugement, et, au risque de choquer certains, que je trouve socialement utile et quelque part libératoire, pour peu, bien entendu qu’elle soit librement consentie. Ce qui n’est pas toujours évident.
Ce qui me "dérange "c’est Séverine, bourgeoise frigide et oisive le matin et le soir, qui va s’encanailler l’après-midi, et qui fini par trouver son "bonheur «dans la violence, la rudesse , et la clandestinité d’un bordel, certes bien tenu d’une certaine Madame Anaïs, mais un bordel tout de même.
Je me demande ce qui la pousse à faire cela. Elle n’st pas dans le besoin financier, son mari est chirurgien, elle est parfaitement intégrée à cette vie bourgeoise Parisienne, et en profite largement. Certes sa petite enfance est marquée par ce que j’ai perçu comme un épisode d’attouchements appuyés. Le prologue, à ce sujet donne large part à l’interprétation. Est la honte de cet épisode, une blessure secrète jamais mise en mots ?
Est-ce son fantasme, tout simplement ?
Je la vois comme une femme enfant, un peu trop gâtée, qui a un mari un peu trop gentil. Il n’aurait pas fait de mal à Séverine de se faire secouer de temps en temps.
Le rythme du livre est assez tranquille, pour s’accélérer à parti du chapitre 8, car à force de jouer les cachotières, il arrive ce qu’il doit arriver : se faire voir au mauvais endroit, par la mauvaise personne. Sauf que la mauvaise personne ne s’avère pas si mauvaise que cela, et que ce n’est pas forcément les "méchants "qui paient les pots cassés…..
Cette lecture, pas désagréable en soi, ne restera pas un souvenir impérissable. Le film qui en a été tiré, non plus, je ne l’ai pas terminé ; je trouve même qu’il n’a pas très bien vieilli.
Joseph Kessel-Folio-178 pages
Lu dans le cadre d'une lecture en commun avec Parfum de livres

Les porteurs de glace


Nico et Lou Desbrogé cachent leur drame familial au monde extérieur : leur fille adoptive a quitté la maison. Puisqu'elle est majeure, ils ne l'ont pas fait rechercher, mais son absence accentue l'éloignement, l'incompréhension et le silence qui depuis longtemps brisent leur couple.
Nico est psychiatre, il vient d'obtenir la direction de l'hôpital dans lequel il travaille depuis de nombreuses années. Aussi rigide dans ses nouvelles fonctions que chez lui, il se heurte peu à peu à de graves conflits sociaux au sein de l'établissement.
Totalement isolé, il va s'attacher à une jeune stagiaire prénommée Eva. Visiblement surmené, il s'octroie une escapade avec elle en Belgique, mais à l'aube, malgré son acharnement à ne rien laisser paraître, à maîtriser sa douleur face à la disparition de sa fille, il abandonne Eva et part au hasard en voiture. Après avoir tenté de joindre Lou au téléphone, il perd le contrôle de son véhicule…
"Lou et lui étaient des copains. Tout ce qu’ils avaient traversé ensemble était si important, si particulier-on ne pouvait le partager avec un autre. Pas elle. Ce secret glacé dont ils ne parlaient jamais appartenait à eux seuls" p99 (édition de poche)
Tels des porteurs de glaces, des montagnes d’autrefois qui amènent la fraicheur aux gens des villes, Lou et Nico portent leur fardeau…….
Il règne une atmosphère bien étrange tout au long de ce court roman. Les personnages principaux que sont Lou et Nico sont énigmatiques. Elle, professeur de français en collège, lui, psychiatre. Tous deux vivent ensemble, mais semblent à des années lumières l’un de l’autre. Ils communiquent peu ensemble. Fatalement, l’avenir ne semble pas des plus roses pour eux deux. Chacun s’enferme dans ses non dits, tente de résoudre, de son côté, le problème commun qui les taraude. Finalement on sait peu de chose sur eux deux, encore moins sur leur fille. La lecture de ce roman, dont l’écriture est agréable, et assez fine, est facile. Il est heureux qu’il ne soit pas trop long, car l’atmosphère lourde, lugubre, ne m’aurait certainement pas permis de tenir des centaines de pages. Paradoxalement, j’ai trouvé que le contenu de l’histoire manquait tout de même de consistance ; j’aurais aimé en savoir plus, j’aurais aimé que l’auteur développe ses personnages, s’attarde plus sur leur "intériorité". Je reste un peu sur ma faim en arrivant à la fin du livre ; il me reste comme un goût d’inachevé.
Ce sera pour moi un livre de passage : il est venu à moi, et reparti aussitôt, sans avoir imprimé sa marque au fond de moi. Il ne m’a pas interpellée, ni percutée, ni secouée. Un livre, sans plus, ni aimé, ni pas aimé.
Un livre dont le souvenir est déjà loin, très loin.
Livre lu dans le cadre d’une lecture commune avec Partage -Lecture
Anna Enquist- Actes Sud/Babel-142 pages
ABC Challenge Babélio: 7/26 [E]

jeudi 14 octobre 2010

Le troisième jour

Elisheva, musicienne connue dans le monde entier, et Rachel, son élève violoncelliste, arrivent de New York pour un concert à Jérusalem, en 1990, un matin de khamsin.
Tandis que Rachel retrouve sa famille, ses amis et un amour perdu, Elisheva prépare une très secrète entreprise. À l'hôtel, elle rencontre Daniel, un chasseur de nazis, et sur l'esplanade du Temple, Carlos, qui travaille pour le Vatican. Survivante des camps, puisant sa force dans la musique et la colère, Elisheva a embarqué les deux hommes dans son aventure.
Sur l'échiquier de Jérusalem, deux histoires se superposent, l'une errante, qui ressuscite les blessures de l'enfance et l'intrigue amoureuse, l'autre pleine de la promesse faite aux morts.
Dans un roman où chaque personnage livre sa vérité, Chochana Boukhobza tisse sur trois jours une aventure haletante dont Jérusalem, avec ses parfums et sa lumière intense, est le centre.
Pourquoi choisi t-on un livre plutôt qu’un autre, pourquoi Ce livre, alors que je ne connais pas, au départ son auteur ?
Son sujet, le mot de l’éditeur appelle à l’ouvrir, la jaquette, immédiatement, invite au voyage, en l’occurrence Jérusalem. Mais il y a la rencontre irremplaçable entre un auteur et son lecteur déjà conquis .Madame Boukhabza aura les mots pour faire de son livre un coup de cœur avant même de l’avoir lu.
Le troisième jour, jour où tout se dénoue ; le troisième jour, celui où j’ai refermé mon livre, la tête encore à Jérusalem, Fauré et l’élégie pour violoncelle que je fredonne encore et encore, et tous ces personnages si présents, si vivants, si humains avec leurs blessures, leurs espérances. Je referme ce livre avec encore bien ancrée cette ambiance tendue tellement palpable qui règne à Jérusalem.
"La vie, la mort dans ce pays sont en perpétuel contrepoids" p 352
Le troisième jour est superbement écrit ; le rythme des phrases y est soutenu, et le sera d’autant plus que le dénouement approche.
La musique, bien que discrète dans son évocation formelle, est omniprésente dans l’écriture, et dans la structure même du roman. Les chapitres, au nombre de trois sont dénommés cantiques ; évocation à la fois musicale et sacrée.
Trois jours, durant lesquels Rachel, Elishéva, Eytan, Daniel,Carlos, sont à Jérusalem pour y accomplir leur destin ; Quatre personnages unis par une même culture. Quatre personnages dont la vie est marquée, par les tourments de l’histoire. Chacun d’eux aura à cœur d’affronter ce qui les hante. Est-ce la solution ? Vont-ils trouver l’apaisement une fois accomplie leur " mission" ?
Tous les personnages sont attachants, et en particulier Rachel et Elishéva.
Elisheva, rescapée des camps, meurtrie, animée d’une vengeance destructrice, mais tellement compréhensible. Elle porte en elle, et sur elle les stigmates d’un passé lourd et obsédant.4
Rachel, d’une autre génération, jeune, dont le parcours est radicalement différent, mais elle aussi meurtrie, rejetée, tiraillée entre un amour de jeunesse, sa passion, sa culture et ses convictions.
Tout se tient, tout s’enchaine. Tout est clair. Madame Boukhobza a réussi, dans sa présentation, à ne pas perdre le lecteur dans les méandres de la mémoire des personnages qui se mélangent intimement avec leur présent. J’y suis particulièrement sensible.
Chochana Boukhobza-Denoël-412 pages
Chochana Boukhobza, née en 1959 à Tunis, est un écrivain israélien.
Elle a étudié les mathématiques en Israël.
Elle est l'auteur de plusieurs romans : le premier, Un été à Jérusalem, a reçu le Prix Méditerranée 1986 alors que le second, Le Cri, a été finaliste au Prix Fémina 1987.

lundi 11 octobre 2010

Les autres , c'est rien que des sales types

Après "J'aime pas les autres" (prix Georges-Brassens), et "Les Sales Bêtes" (prix 30 millions d'amis), Jacques A. Bertrand dresse un catalogue de ces êtres détestables que l'on reconnaît aisément en société car ils nous gâchent la vie. Catalogue accablant, à défaut d'être exhaustif. Vous y rencontrerez le Touriste (insupportable), le Parisien (odieux), le Provincial (qui ne l'est pas moins), le Voisin (ah ! le Voisin !), l'Imbécile Heureux (malheur !), le Médecin (à fuir), le Malade (il est partout), le Jeune (il prolifère). Et vous découvrirez même l'Agélaste qui, comme chacun sait, est celui qui ne rit jamais. Brillantes, ciselées, ces chroniques de Jacques A. Bertrand – qui ont déjà fait le bonheur des auditeurs des « Papous dans la tête », sur France Culture – raviront tous les amoureux du bel esprit.
Autrement dit, l’enfer c’est les autres………
Un recueil de 20 portraits d’individus que tout un chacun a rencontré au moins une fois dans sa vie, si ce n’est plus.
L’auteur manie la langue avec brio, finesse, humour. Il n’est jamais vulgaire, caustique à souhait. Du pur bonheur
Mes préférés ?
Le con, remporte le prix spécial ; Parce que l’on vit entouré de cons, et que forcément il y en a un en bas de chez soi. Je riais d’autant plus que je pensais "au mien", je veux dire, celui qui habite juste à côté….voisin….Con et voisin, et que j’appelle le vieux con, imbécile heureux à ses heures. Cela fait beaucoup pour un seul homme me direz vous, mais non, je suis encore gentille !!!!!!
Le parisien, justement parce que je ne suis pas de la capitale, mais provinciale, alors forcément cela me fait rire aux éclats.
Le malade, forcément j’en vois tous les jours, et beaucoup alors je commence par les connaître.
Un livre qui n’a pas d’autres prétentions que de faire rire, de mettre de bonne humeur, de faire oublier quelque temps que parfois on peut-être aussi un peu con de ne pas rire plus souvent des autres, mais surtout de soi même.
Jacques A.Bertrand-Julliard-134 pages

La vague

Cette histoire est basée sur une expérience réelle qui a eu lieu aux États-Unis dans les années 1970. Pour faire comprendre les mécanismes du nazisme à ses élèves, Ben Ross, professeur d'histoire, crée un mouvement expérimental au slogan fort : « La Force par la Discipline, la Force par la Communauté, la Force par l'Action. » En l'espace de quelques jours, l'atmosphère du paisible lycée californien se transforme en microcosme totalitaire : avec une docilité effrayante, les élèves abandonnent leur libre arbitre pour répondre aux ordres de leur nouveau leader, lui-même totalement pris par son personnage.
Quel choc pourra être assez violent pour réveiller leurs consciences et mettre fin à la démonstration ?
"Ben nota une nette amélioration dans la préparation au cours et à la participation en classe, mais il remarqua également qu’en lisant les chapitres désignés ses élèves réfléchissaient moins. Ils pouvaient recracher sans problème les réponses comme s’ils les avaient apprises par cœur, mais il n’y avait aucune analyse, aucun questionnement de leur part." 109
Bien qu’étant assez court, ce roman montre bien, pour peu que l’on ne soit pas très axé sur le détail, le mécanisme d’endoctrinement d’un groupe. Et le moins que l’on puisse dire, c’est tout cela peut aller très vite.
J’ai trouvé les personnages assez stéréotypés. L’écriture et le style, simples, sans grande recherche et sans fioriture, laissent le lecteur se concentrer sur les faits et les le processus d’endoctrinement.
Le livre ne manque par pour autant d’intérêt. Il remet chacun et chacune face à la tentation permanente d’uniformisation, de nivellement. La massification peut revêtir des formes extrêmement variées, et souvent anodines.
"Chérie, n’oublie pas que ce qui est à la mode n’est pas forcément bien."p 86
Voilà une chose que l’on comprend difficilement quand on est adolescent, âge où l’on préfère faire comme tout le monde pour ne pas avoir l’impression d’être rejeté par le groupe.
Todd Strasser-Pocket-222 pages
Challenge ABC Babélio: 6/26 [S]

dimanche 10 octobre 2010

L'ami retrouvé

Agé de seize ans, Hans Schwarz, fils unique d'un médecin juif, fréquente le lycée le plus renommé de Stuttgart. Il est encore seul et sans ami véritable lorsque l'arrivée dans sa classe d'un garçon d'une famille protestante d'illustre ascendance lui permet de réaliser son exigeant idéal de l'amitié, tel que le lui fait concevoir l'exaltation romantique qui est souvent le propre de l'adolescence.
C'est en 1932 qu'a lieu cette rencontre, qui sera de courte durée, les troubles déclenchés par la venue d’Hitler ayant fini par gagner la paisible ville de Stuttgart. Les parents de Hans, qui soupçonnent les vexations que subit le jeune homme au lycée, décident de l'envoyer en Amérique, où il fera sa carrière et s'efforcera de rayer de sa vie et d'oublier l'enfer de son passé. Ce passé qui se rappellera un jour à lui de façon tragique.
Coup de cœur pour un livre lu d’une traite, très dense bien que court, remarquablement écrit. Il n’est pas sans me rappeler Silbermann de Jacques de Lacretelle lu alors que j’étais au collège, et relu il y a quelque temps.
Deux adolescents que tous séparent vont se lier d’amitié au lycée dans l’Allemagne de l’entre deux guerres. L’un est juif de condition modeste, l’autre est protestant et aristocrate. J’ai beaucoup aimé le personnage de Hans, juif et élevé dans le respect de l’autre, et de la religion de l’autre ; Allemand avant d’être juif.
"C’est ainsi que j’avais grandi parmi les juifs et les Chrétiens, laissé à moi-même et à mes idées personnelles sur Dieu, sans croire absolument-ni douter sérieusement- qu’il existât un être supérieur et bienveillant, que notre monde était le centre de l’univers, et que nous étions juifs et gentils, les enfants préférés de Dieu." p48
"Tout ce que je savais, c’est que c’était là ma patrie, mon foyer, sans commencement ni fin, et qu’être juif n’avait fondamentalement pas plus d’importance que d’être né avec les cheveux roux. Nous étions Souabes avant toute chose, puis Allemands, et puis juifs." P 64
Hans est un garçon très mature, préoccupé par les questions spirituelles, Dieu, la religion. Il est d’une sensibilité à fleur de peau, soucieux de plaire, soucieux du regard de l’autre sur lui, et, souhaitant plus que tout être respecté.
"Comprends-moi. Je ne me soucie guère de relations sociales avec tes parents, sinon une fois pour cinq minutes, de façon à ne pas me sentir un intrus chez toi. D’ailleurs, je préfère être seul plutôt qu’humilié. Je vaux autant que tous les Hohenfels du monde. Sache que je ne permettrai à personne de m’humilier, fut-il roi, prince ou comte." p 93 (propos qu’il tient à son ami Conrad)
Bien qu’élevé dans une famille au regard méprisant à l’égard des juifs, Conrad se désolidarise de ses parents." Ne me regarde pas avec des yeux de chien battus ! Suis-je responsable de mes parents ? Y suis-je pour quelque chose ?"
L’Allemagne voit l’ascension d’Hitler et de ses idées extrémistes. Il n’y fait pas bon être juif en temps là. Hans devient un paria, il sera séparé de son ami, et envoyé en Amérique.
Bien des années plus tard, il retrouvera son ami………..mais comment ?
Un livre émouvant, à lire, relire. Un livre à faire découvrir autour de soi.
Fred Uhlman-Folio-122 pages
Challenge ABC Babelio: 5/26 [ U]


Extrêmement fort et incroyablement près

À neuf ans, Oskar Schell trouve extrêmement difficile de faire certaines choses, prendre une douche, ou l’ascenseur. Les ponts suspendus, les germes, les avions, les feus d’artifice, les Arabes dans le métro ou au restaurant, dans les cafés ou dans tout autre lieu public, mais aussi les échafaudages, les plaques d’égout, les sacs sans propriétaire, les chaussures, les gens à moustache, la fumée, les nœuds, les gratte-ciel et les turbans provoquent en lui une véritable panique. « Une grande partie du temps j’avais l’impression d’être au milieu d’un immense océan noir, ou au cœur de l’espace, mais pas de la façon qui aurait été passionnante. Simplement tout était incroyablement, loin de moi. C’était pire la nuit. »
Lorsqu’il trouve une clé dans le vase du dressing de son père un an après la mort de ce dernier dans les attentats du 11-Septembre, Oskar se met en tête de découvrir la serrure à laquelle elle correspond ainsi que la signification du mot « Black » écrit au dos d’une enveloppe. Va-t-il enfin résoudre le mystère de la disparition de son père ? Il décide de rencontrer toutes les personnes qui s’appellent Black à New York, soit deux cent seize foyers. Sa quête lui révélera l’histoire de sa famille…
" Pour Nicole, mon idée du beau."
Telle est la dédicace de ce livre. C’est si rare de lire une dédicace à la fois fine et tout en profondeur, que je la souligne. Une véritable déclaration d’amour…….
"Et puis une pensée est venue dans mon cerveau qui n’était pas comme les autres pensées. C’était plus près de moi, et plus fort. Je ne savais pas d’où elle venait, ou ce qu’elle voulait dire, ni même si je l’aimais ou je la détestais. Elle s’est ouverte comme une main, comme une fleur." P337 (édition brochée)
Comme la main ouverte en couverture de ce livre, une invitation à accompagner Oskar dans sa quête dans le New York d’après "le pire jour de sa vie «Il entretenait une relation privilégiée avec son père, avait les discussions les farfelues avec lui. Seulement voilà, il y eu le 11 Septembre, des messages sur un portables auxquels on ne répond pas, et puis …….
"Papa, c’était quelqu’un qui dirigeait une bijouterie familiale, voilà. Rien qu’un papa ordinaire." P205 (édition brochée)
Une clé qu’il retrouve, un nom ; Et voilà Oskar parti dans une recherche qui paraît impossible ; et pourtant……..
"Même si c’est relativement insignifiant, c’était quelque chose, et j’avais besoin de faire quelque chose, comme les requins, qui meurent s’ils ne nagent pas - je me suis renseigné là- dessus." p113 édition brochée)
Ce petit bonhomme de 9 ans nous prend par la main, et nous entraine avec lui au gré de sa perspicacité, de son courage à la recherche du mystère de cette clé, à la recherche de lui-même.
J’ai aimé ce mode narratif avec le " Je", qui nous fait rentrer pleinement dans l’histoire ; une histoire émouvante, mais qui ne verse pas dans le pathos ; une histoire qui reste digne jusqu’au bout.
Le roman est construit d’une manière très originale : des pages blanches, des photos, des signes, des chiffres, des phrases isolées ici ou là, de la couleur. Tout cela me fait penser à la fantaisie et à la malice de l’enfance dont Oskar n’est pas encore sortie, malgré son extraordinaire maturité.
En revanche, j’ai nettement moins apprécié les retours en arrière qui pour moi étaient plus que confus. Il m’a fallu de la ténacité pour les comprendre. L’histoire du sixième district me laisse interrogative. Je n’ai pas compris…..C’est ce qui en fera une lecture appréciée, et non très appréciée.
Jonathan Safran Foer-Edition de l'Olivier-448 pages

vendredi 8 octobre 2010

Le petit prince



Une rencontre entre un homme, le narrateur, qui n'a plus le sentiment d'appartenir au monde de ses semblables, et ce petit prince qui habite seul sur sa planète, aime les couchers de soleil et n'oublie jamais une question une fois qu'il l'a posée...
Conte philosophique, critique de la société, expression d'une solitude, le Petit Prince est d'abord un livre pour les enfants. Il leur ouvre des horizons, loin du conformisme des adultes.
Voilà un livre connu et lu depuis longtemps, mais que je redécouvre à chaque fois que je le relis, et, que je trouve encore plus beau que la dernière fois. Et à chaque fois je me dis :" quel dommage ne l’avoir lu sitôt alors que j’étais incapable d’en saisir les finesses."Seulement voilà, pour le relire maintenant, c’est qu’en son temps il avait déjà laissé une empreinte, si petite soit-elle……Et si donc je ne l’avais lu autrefois, le lirais-je maintenant ? Aurait –il à nouveau illuminé mes moments de lecture ?
J’avais donc probablement besoin d’un moment de poésie au milieu de l’agitation ambiante ; j’avais besoin d’un retour dans ce monde de l’enfance, moi qui, je pense être, à priori, une grande personne. Mais :" toutes les grandes personnes ont été des enfants."
Il y a tant à dire, tant à découvrir, ou à redécouvrir ……..Mon regard s’est arrêté sur cette réflexion du roi auquel le petit prince rend visite :
"Il faut exiger de chacun ce que chacun peut donner." A une époque ou l’homme est de plus exigeant de son prochain, de la société, de ceux qui nous gouvernent, cette phrase m’a plus qu’interpellée.
Un livre qui n’est jamais très loin de moi, qui va retrouver sa place de choix parmi mes trésors, mais qui sans aucun doute sera relu.
Antoine de Saint-Exupéry;Gallimard;98 pages

mercredi 6 octobre 2010

Challenge ABC Babélio


Un nouveau challenge !!!!!

Jusqu'à septembre 2011, le principe consiste à lire 26 livres, de 26 auteurs différents, dont l'initiale de leur nom de famille commence par une des 26 lettres de l'alphabet.


A: Olivier Adam,Le cœur régulier; févier 2011
B: Chochana Boukhobza,Sous les étoiles; Janvier 2011
C: John Connolly, Le livre des choses perdues;Mars 2011 ;Abandonné
D: Don Delillo,l'homme qui tombe; Mai 2011; Abandonné
E: Anna Enquist, Les porteurs de glace ; septembre 2010
F: William Faulkner,Sanctuaire; Août 2011
G: Laurent Gaudé,Ouragan; Mai 2011
H: Ernest Hemingway, Le soleil se lève aussi; août 2011
I: Arnaldur Indridason, La cite des jarres, septembre 2010
J: Sandra Jayat, La Zingarina ou l’herbe sauvage ; septembre 2010
K: Douglas Kennedy, la poursuite du bonheur; Novembre 2010
L: Frédéric Lenoir, l’oracle della luna; septembre 2010
M: Colum Mc Cann, Les saisons de la nuit;juin 2011
N :Nimrod, Les jambes d'Alice,Avril 2011
O: Sofi Oksanen, Purge; Novembre2010
P: Alan Paton, Pleure Ô pays bien aimé; juillet 2011
Q: Pascal Quignard, Tous les matins du monde ; septembre 2010
R: Erich Maria Remarque, A l'ouest rien de nouveau; février 2011
S: Todd Strasser, la vague; Octobre 2010
T : Ivan Tourgueniev,Premier amour; janvier 2011
U : Fred Uhlman, L’ami retrouvé; octobre 2010
V : Frankie Ventana, Une vie après l'autre; Janvier 2011
W : Alice Walker, La couleur pourpre; juillet 2011
Y : Akira Yoshimura,Le convoi de l'eau; novembre 2010
Z : Valérie Zenatti, En retard pour la guerre; Août 2011

dimanche 3 octobre 2010

Un homme à distance

« Ceci est l’histoire de Kay Bartholdi. Un jour, Kay est entrée dans mon restaurant. Elle a posé une grosse liasse de lettres sur la table. Elle m’a dit : Tu en fais ce que tu veux, je ne veux plus les garder. » Ainsi commence ce roman par lettres comme on en écrivait au XVIIIe siècle. Il raconte la liaison épistolaire de Kay Bartholdi, libraire à Fécamp, et d’un inconnu qui lui écrit pour commander des livres. Au fil des lettres, le ton devient moins officiel, plus inquisiteur, plus tendre aussi. Kay et Jonathan parlent de leurs lectures, certes, mais entament un vrai dialogue amoureux. Ils se font des scènes, ils se font des confidences, ils se tendent des pièges, s’engagent dans une relation que Kay, hantée par le souvenir d’une déchirure ancienne, s’efforce de repousser. Mais qui pourrait prédire vers quelle révélation l’emmène ce nouveau lien noué à travers des livres dont chacun des correspondants se sert comme de masques pour cacher ses vrais sentiments ? Dis-moi ce que tu lis, je te dirai qui tu es et comment tu aimes... semble dire ce nouveau roman de Katherine Pancol.
J’ai lu cette correspondance dans le cadre un petit challenge de littérature épistolaire .Cette fois ci Katherine Pancol me surprends agréablement par son écriture que j’ai trouvé tout simplement élégante, et infiniment plus intéressante que ses derniers livres. Celui est beaucoup plus antérieur puisqu’il est paru en 2002.
Un homme et une femme s’écrivent. D’abord, un courrier qui pourrait paraître presque professionnel. Mais au fil des lettres les lignes se font plus personnelles, plus intimes, plus vindicatives aussi. J’ai senti une réelle évolution dans la relation que pouvaient avoir ces deux êtres qui ne se voient pas. Kay est libraire à Fécamp, Jonathan, c’est l’américain itinérant qui se fait envoyer des livres par Kay.
Les écrits sont remplis de référence littéraires, qui, pour beaucoup ont titillé la lectrice que je suis, et arriveront un jour où l’autre jusqu’à moi.
Mais surtout ces lettres sont un retour à « l’ancien temps », celui où l’on prenait le temps de s’écrire. Que j’aimerais recevoir, si ce n’est au moins une fois, une lettre de ce genre.
Ce fut pour moi une lecture apaisante, et qui m’a réchauffée, comme le soleil d’automne qui l’accompagnait cet après-midi. Un coup de cœur.
Katherine Pancol-Le livre de poche n°30010-160 pages

samedi 2 octobre 2010

Vipère au poing




Vipère au poing, c’est le combat impitoyable livré par Jean Rezeau, dit Brasse-Bouillon, et ses frères, à leur mère, une femme odieuse, qu’ils ont surnommée Folcoche. Cri de haine et de révolte, ce roman, largement autobiographique, le premier d’Hervé Bazin, lui apporta la célébrité et le classa d’emblée parmi les écrivains contemporains les plus lus.
Pour tout un chacun, la mère, est la femme protectrice, aimante, bienveillante à l’égard de sa couvée. Les conflits mère –enfants ne sont pas rares. Mais peut-il exister un sentiment de haine à l’égard d’une mère, aussi revêche soit-elle ?
Hélas oui, ce livre, qui livre en grande partie les de souvenirs d’enfance de l’auteur en est la preuve.
Comment peut-on être odieuse, machiavélique, vicieuse avec ses enfants ? Comment un père normalement constitué peut-il être à ce point lâche et résigné, bien que de temps en temps il ait quelques sursauts de bon sens et d’autorité ?
Brasse-Bouillon vit au milieu de ses frères, dans une propriété familiale, à la campagne, à l’abri de leurs petits camarades. Leurs parents, pour de sombres raisons financières préfère assurer leur éducation à la maison à l’aide d’un abbé.Folcoche, puisque c’est ainsi que les enfants la surnomme tente par tous les moyens d’asseoir son emprise sur sa famille. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’ambiance n’y est pas de meilleures.
"Un an après la prise de pouvoir par notre mère, nous n’avions plus aucune foi dans la justice des nôtres."
"Toi, je ne te demande rien, mon garçon ! Je me doute bien que vous avez tout fait pour détourner l’attention de votre père. Tu n’iras pas à la chasse la prochaine fois."
Les brimades se suivent, et vont croissant. Seulement, les garçons, animés d’une telle haine pour cette mère qui n’a de nom que le nom, vont lui faire endurer les pires avaries. Des coups pendables, qui me feront rire, rire jaune, cependant, tellement la situation de ces enfants, et de Brasse –Bouillon, en particulier, est triste.
Voilà un écrit paradoxal, puisque qu’il m’a autant fait rire qu’il m’a fendu le cœur. J’ai sauté de joie à l’idée de voir Folcoche se retrouver à l’eau, et je n’avais pas envie de lui tendre la perche pour la sortir de là…..
Peu à peu Jean s’éloigne de cette mère, et défie le père pour tenter de lui ouvrir un tant soit peu les yeux :
"Excusez-moi d’être franc, papa. Mais vous vous montrez bien jaloux d’une autorité que vous n’exercez guère."
Jean qui commencera un peu un comprendre ce qu’est sa mère, lorsqu’injustement puni il s’enfuira chez les parents de cette dernière pensant y trouver réconfort et attention.
On ne peut être un bon parent que lorsqu’on a guérit de son enfance.
Hervé Bazin-Le livre de poche-192 pages